CHAPITRE IV
Identification des Sulfocyanates.
Emploi du Perchlorure de fer. - Les Substances empêchantes.
Le perchlorure de fer Fe*CI* donne. avec les sulfocyanales, une coloration rouge sang caractéristique : cette coloration, due à la formation par double décomposition d'une certaine quantité de sulfocyanate ferrique, se distingue de la nuance semblable que présentent certains autres sels de fer (acétate, sulfile, hyposulfite, méconate) par son passage dans l'éther par agitation ; en outre, les alcalis précipitent l'hydrale ferrique en décolorant la solution ; cette dernière pâlit par addition de snblimé et devient totalement incolore par ébullition en présence de chlorure d'or.
L'intensité de la coloration décroit à mesure que la tempéralure s'élève, par le refroidissement la couleur rouge apparaît de nouveau : on croit que la diminution d'intensité est due à une double décomposition inverse, la solution ferrique exempte d'autres sels, loin de sé décolorer, devient au contraire plus foncée quand on la chauffe. Les matières organiques n'exercent pas d'influence sur la production de la couleur. Cette coloration disparaît par addition de réducteurs, tels que le thiosulfate de sodium ou l'hydrogène naissant.
Cette action du perchlorure de fer sur les sulfocyanates est d'une sensibilité extrême, mais elle est très délicate à obtenir, car elle se trouve masquée complètement ou tout au moins très atténuée par la présence d'un certain nombre de composés.
En effet, des substances telles que l'acide métaphosphorique, l’'orthophosphate de sodium, masquent totalement la coloration et, en leur présence, aucune coloration ne {rahit la présence du sulfocyanate ferrique.
L'acétate de sodium, l'acide tartrique, le sérum sanguin (Gb et de nombreux autres composés, atténuent l'intensité de la coloration à un tel point que l'expert se trouve dans l'impossibilité, d'après son examen, dénoncer une conclusion définie et d'affirmer l'existence des sulfocyanales.
Au contraire, d’autres corps, tels que le chlorure de calcium, l'acide trichloracétique, l'acide picrique, l'alcool, etc... ne gênent nullement cette réaction.
Les expériences que nous avons effectuées nous ont conduit aux résultats suivants :
1° Certaines conditions sont indispensables pour que la mise en évidence des sulfocyanates par le perchlorure de fer ait une valeur pratique réelle ; de plus, les milieux dans lesquels nous opérons en toxicologie sont toujours très complexes et souvent mal connus. Nous en avons déduit que, dans la recherche des
(4) R. Douris et VERNES : C. R. AC. SC. f. 167%, p 1912" 1918;
sulfocyanates en toxicologie, jamais il ne fallait s'en tenir à la coloration obtenue par action du perchlorure de fer et surtout baser sur elle un dosage colorimétrique.
Il faudra toujours soumettre le liquide résultant de certaines manipulations appropriées à la méthode de CHELLE : transformation par le mélange chromique de l'acide sulfocyanique en acide cyanhydrique et entraînement de ce dernier par un courant d'air privé d'anhydride carbonique dans une solution alcaline réceptrice. A ce moment-là, identification du cyanure formé par la réaction du Bleu de Prusse et dosage par l'iodure d'argent ammoniacal {itré en cas de doses faibles ou par la méthode cyanoargentimé- (rique normale, en cas de dose assez forte.
2° Nous avons établi une méthode très sensible de recherche et d'extraction des sulfocyanates dans les viscères. Nous lui avons consacré un chapitre spécial, dans lequel nous expliquerons le choix du défécant employé et les précautions que nous avons dû prendre pour être en harmonie complète avec les résultats obtenus et éviter ainsi bien des erreurs.
3° Cette étude des substances empêchantes ou favorisantes de la réaction d'identification des sulfocyanates par emploi du chlorure ferrique nous a permis d'avoir une juste idée de la valeur de la réaction de Mile VizLarp (1) concernant la mise en évidence des sulfocyanates dans le sang.
Mlle Vizzarp traitait le filtrat de la défécation trichloracétique du sang par le perchlorure de fer et opérait un dosage colorimétrique : c’est une technique trop exposée aux causes d'erreurs, nous lui préférerons la méthode suivante :
Identification et dosage des dérivés sulfocyanés dans le sang.
Les réactions analytiques habituelles des sulfocyanates, appliquées au sérum sanguin, sont plus ou moins masquées par la présence des matières albuminoïdes : il en est ainsi pour lPaction du perchlorure de fer, Tout dosage colorimétrique doit être rejeté, il faudra, dans ce cas, amener par oxydation les sulfocyanates à l’état de cyanures, identifier et doser ces derniers selon le procédé de CHELLE.
Ce procédé de CHELLE sera appliqué au filtrat de la défécalion
du sang et nous recommandons vivement d'utiliser ici comme défécant l'acide picrique et non l'acide trichloracétique. L'acide trichloracétique est souvent très impur, il renferme fréquemment du fer qui réagirait sur les sulfocyanates en présence provoquerait des pertes par formation de sulfocyanate ferrique insoluble et, par la coloration rouge développée, gênerait la suite des opérations. |
Ce défécant peut aussi renfermer de l'acide acétique, qui donnerail, avec le perchlorure de fer, de l'acétate ferrique rouge soluble pouvant prêter à confusion. Né
Le GHUS VILLARD : Présence ou formation dans l'organisme humain ne oCyanures; leur importance er matière d’expertises toxicologiques se Doctorat Pharm. Montpellier, 1930.