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CHAPITRE PREMIER

Origine possible des dérivés sulfocyanés dans l'organisme.

Le sort de l'acide cyanhydrique dans l'organisme a fait l’objet de nombreuses recherches. Sa transformation fréquente et partielle en acide sulfocyanique sous l'influence de la putréfaction observée par CHELLE est d'un réel intérêt toxicologique. Cette présence « d'acide cyanhydrique dissimulé » constitue parfois la seule preuve de l’empoisonnement accidentel ou criminel par un composé cyanhydrique. Il importait done de rechercher, pour écarter toute cause d'erreurs judiciaires, si cette présence ne pouvait pas tenir à des causes plus ou moins banales et autres qu'à l'absorption d’un cyanure toxique.

1° SULFOCYANATES NORMAUX (1) : Dans la salive, c'est TReEvi- RANUS qui le premier, en 1814, découvrit cet acide sulfocyanique, qu'il appela « acide sanguin » par suite de la coloration rouge sang qu'il donne avec le perchlorure de fer Fe2Cl6, Mais cette présence de sulfocyanures, environ 80 milligrammes par litre évalués en acide sulfocyanique SCNH, ne constilue pas une cause d'erreur, les traces de salives existant dans les viscères, même dans le tube digestif, étant trop faibles pour permettre d'en déceler les sulfocyanates par les procédés courants. Malgré tout, c’est une assertion qui n'est pas négligeable et dont l'importance ressortira dans l'hypothèse que nous formulons plus loin (Chapitre VII).

Dans l'urine, TrEeDMANN et GMELIN ont les premiers entrevu la présence des sulfocyanates, mais c’est LEARED, en 1870, qui en donna la preuve : il évapora l'urine au B. M. jusqu'à consistance sirupeuse, puis il la traita par l'alcool et y ajouta un lait de chaux : le liquide filtré donna une coloration rouge avec le perchlorure de fer, mais ici encore la quantité trouvée est si faible que la cause d'erreur n'est pas à redouter : il faudra cependant se méfier de l'influence de l'alimentation, comme nous allons le voir.

Les sulfocyanates ont également été trouvés, en quantité infime il est vrai, dans le sang, le suc gastrique, la bile, et d’autres liquides biologiques et pathologiques.

Cette connaissance des sulfocyanates normaux est certes de toute importance pour le chimiste toxicologue, mais nous estimons que vu leur faible quantité dans l'organisme, ainsi qu'il ressort des documents fournis par de nombreuses expériences, il sera toujours possible à l'expert de différencier l'acide sulfocyanique SCNH provenant de la transformation de l'acide cyanhydrique, de l'acide sulfocyanique normal.

De plus, d'après CHELLE, et cela a été vérifié depuis, jamais la putréfaction d'organes normaux n’engendre de sulfocyanures. Les expériences faites in vitro et in vivo, sont confirmées par Îles

(1) Les sulfocyanates normaux de l'organisme. Bull. Soc. Pharmacie de Bordeaux, 1918-1920, p. 20.

no

résultats négatifs obtenus au cours de nombreuses expertises toxicologiques sur des viscères en état de putréfaction avancée, Les sulfocyanates normaux ne doivent ni ne peuvent être une cause d'erreur. Leur formation est considérée comme un produit de désassimilation ayant son origine dans le soufre des matières albuminoïdes alimentaires dont il dériverait par un mécanisme chimique mal déterminé, peut-être en passant par les formes intermédiaires de complexes sulfurés, tels que la cystine, cystéine, sulfo-urée, dont il serait le terme ultime de décomposition.

En effet, Armand GAUTIER, dans ses travaux sur la molécule d'albumine, a montré que les composés suivants :

No NHESES | i juue : CO C—NH Xanthine : CO C—Nil Acide urique : i 4 20 1 ï ÿcH NH — C — NH NH—C—N7 Mn | Hypoxanthine : CH C—NHX LE RE Nec NH—Cco N= CN’ Guanine : HN=c FÉMANLEN re Adénine : cH NH ou (CHX)° NA h CES NECENZ

ont entre eux des relations étroites d'origine, de propriétés et de constitution. Ce sont des produits de désassimilation des matières protéiques ; quoique tous ne donnent pas l’urée directement ces composés sont, par leur propre structure moléculaire, des uréides stables où l’on retrouve les restes plus ou moins modifiés de deux molécules d'urée. Or, l’adénine a des rapports très étroits avec l'acide cyanhydrique HON, puisqu'elle est exactement son polymère et, en partant de cet acide Cyanhydrique, GAUTIER a fait la synthèse de la xanthine ; à chaud, en présence des alcalis l'adénine donne facilement de l'acide cyanhydrique : il existe donc bien un noyau cyanique dans les matières protéiques et, comme l'a montré PASCHELES par ses expériences, c’est une partie du soufre facilement dissociable des albuminoïdes qui accomplit la trans formation des composés cyanés en COMpPOsÉs sulfocyanés, Fr

2° SULFOCYANATES D’ORIGINE ALIMENTAIRE : Les crucifères renferment des complexes glucosidiques capables de se dédoubler en présence d'eau, sous l’action d’un ferment coexistant dans la plante en donnant des éthers-sels de l'acide sou ani

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Sinigrine ou Myronate de K + Myrosine + H°0 = Glucose + SOfKH + S = C = N CH CH = CH*, principe constituant de l'essence de moutarde,

Au moment du dédoublement du glucoside, du sulfocyanure d'allyle instable se forme simultanément à l'isosulfocyanate, forme stable: c'est à la présence de ce sulfoeyanale plus ou moins hydrolisé que l’on doit de déceler l'acide sulfocyanique SCNH dans les moutardes.

De nombreux auteurs (nous en avons fait l'expérience sur nous-mêmes) ont montré qu'une alimentalion riche en cerucifères augmente la teneur habituelle des sulfocyanates normaux ; Îles commémoratifs éviteront la cause d'erreur possible.

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