FRESNES
que l'histoire de la Chine contredit ouvertement celle des Juifs, non-seulement pour les calculs immenses que les Chinois adoptent, mais par des endroits qui ne peuvent être contestés, comme des éclipses très-anciennement observées, de quoi le P. Souciet devait bienlot rendre compte au public, d'après les lettres du P. Gaubil, missionnaire à la Chine, qui prouveraient également et l'habileté des Chinois sur l'astronomie et la haute antiquité de leurs observations. » Le premier usage que je ferai de cet endroit, c'est d'observer qu'il concourt avec un antre pour nous apprendre quand t l'Examen critique » fut composé ; on voit que ce fut peu avant que le P. Souciet publiât l'ouvrage du P. Gaubil sur l'astronomie chinoise, lequel parut à Paris en 1729, et fut suivi en 1732 de deux autres volumes d'observations physiques et mathématiques faites à la Chine.
Cette observation est sans réplique ; je puis encore cependant lui donner un nouveau degré d'évidence.
Ecoutons sur ce sujet (l'histoire de la Chine), dit l'auteur de « l'Examen critique » , écoutons un jésuite qui écrivait il n'y a pas longtemps, et il cite une lettre du P. Fauque dans le vingt-neuvième recueil des < Lettres édifiantes et curieuses », publié en 1729.
Je trouve ces réflexions à la page 80 (édition de 1 767) : cPossidonius, fameux médecin du rv* siècle, rapportait a des maladies naturelles ce qu'on appelle possessions ; M. de Saint-André, qui a écrit depuis peu très-sensément sur ce sujet, n'est pas fort éloigné de ce sentiment. » Or les Lettres de M. de Saint-André, au sujet de la magie, etc., sont de l'année 1725, in-12.
Je lis ces mots à la page 91 ; « Depuis quelques années, un prélat, célèbre par son zèle pour la cause et par sa crédulité, n'a pu s'empêcher de s'écrier : Quel est l'évêque qui ait gouverné avec soin pendant plusieurs années, et qui n'ait plus confondu et rejeté de busses possessions, de miracles douteux, de visions équivoques, que la malignité des hommes du siècle n'en a critiqué? » L'anteur indique ici la t Vie de Marie à h Coque » du fameux Languet; elle parut en 1729, râ-4.
Tout cela n'est-il pas écrit avec simplicité, avec bonne foi? Quel motif eût eu un philosophe de simuler en 1766 l'époque de 1730? Pour moi, je retrouve Burignydans « l'Examen critique », c'est-à-dire l'homme •m et simple, le savant modeste, et dont on raconte tant d'anecdotes qui toutes peignent la candeur de son caractère ; il était âgé de trente i quarante ans lorsqu'il le composa : c'est l'âge de la force et du talent. Pour ceux qui ont voulu voir dans Morellet l'auteur de « l'Examen critique », il faut qu'ils le supposent occupé de cet ouvrage dans sa vingtième année : cette fable est à peu près aussi absurde que celle qui fit paraître le grand Arnauld dans une prétendue assemblée tenue àBourgfbntaine, pour établir le Déisme sur les raines dn Catholicisme. Le célèbre docteur n'avait que neuf ans à l'époque indiquée par ses odieux •détracteurs.
Les personnes que j'ai considérées jusqu'ici comme opposées à mon opinion sur l'auteur de < l'Examen critique » sont vouées par état à l'étude de la théologie, ou croient avoir acquis de l'habileté dans cette science. Les gens de lettres, les savants même, se sont rendus à l'évidence de mes preuves ; l'un d'eux m'a fait l'honneur de m'écrire le 13 mars 1807 : « Je puis vous dire que l'abbé Morellet a donné publiquement, devant des personnes qui me l'ont rapporté, sa parole d'honneur que « l'Examen critique » n'était pas de lui ; mai d*Houdetot a confirmé que Burigny en était Pau-
£ 1 leur, et cela sur le témoignage même de Burigny, qui le lui avait confié ».
Aussi un homme de lettres domicilié à Reims m'at-il avoué que le manuscrit de i l'Examen critique » existait encore dans la famille de M. de Burigny. On ferait bien de l'envoyer à la Bibliothèque du Roi, pour mettre les curieux en état d'examiner les changements qu'il a subis à l'époque de l'impression. Si on en croit le frère de Naigeon, le manuscrit était plein de lacunes et d'incorrections; l'éditeur y a fait seul tout ce qu'il fallait pour le rendre lisible,
II. Lettres à Eugénie, ou Préservatif contre les préjugés (Composées par le baron d'Holbach, et publiées avec un Avertissement et des notes par Naigeon). Londres {Amst., M. M. Hey), 1768, 2 vol.
in-8.
Insérées dans les Œuvres (philosophiques) de Fréret (Paris, 1792, 4 vol. in-8), dont elles forment le tomel.
IU. Examen critique du Nouveau Testament (Nouv. édition). Londres, 1777, in-8.
Inséré au tome II des Œuvres (philosophiques) de Fréret. Paria, 1792, A vol. in-8."
Cet ouvrage, qui n'est point de Fréret, parut pour la première fois, en 1769, sous le titre de « Réflexions impartiales sur l'Evangile », à la suite des c Opinions des anciens sur les Juifs », par feu M. de Mirabaud, in-8. Il en existe une édition sous le même titre, Londres, 1773, in-12, accompagnée de < l'Essai sur l'Apocalypse » , par Abauzit.
Il circulait des copies manuscrites de cet ouvrage longtemps avant son impression ; c'est d'après une de ces copies que l'abbé Gautier en publia la critique sous ce titre : « Réfutation dn Celse moderne ». LunévUle, 1752, ou Paris, 1765, in-8. A. A. B— r.