‹ Les supercheries littéraires dévoilées (volume 2)Chapitre 526 sur 1082 · VIII. M. DE LA MENNAIS JOURNALISTE · texte numérisé non relu

VIII. M. DE LA MENNAIS JOURNALISTE

CLX VI. Avant 1830, M. F. de La Mennais a coopéré à beaucoup de journaux religieux et politiques, tels que le « Conservateur», dont il fut Tune des premières colonnes (1818} ; le « Défenseur», le «Drapeau blanc», le «Mémorial catholique», la « Quotidienne», tous journaux ultra-

M. Chenevière, qu'il avait injustement accusé d'incrédulité. — Dans ses * Considérations sur le système philosophique de M. de La Mennais », le P. Uni ri Lacordaire, son ancien disciple, a établi que le système philosophique de M . de La Mennais renferme le plus vaste protestantisme qui ait encore paru.

(4) La conspiration des poudres, qui fit. pendre les deux jésuites Garnet et Oldecorne, fut découvre à Londres, le 5 novembre 4605.

(5) Henri VII, empereur d'Allemagne, excommuuié par le pape, fut empoisonné par un Jacobin, uvec le vin de la communion.

LA MENNAIS

LA MENNAIS

mon tains et du droit divin. « Ses divers articles ont tous été dictés par cette ardeur de zèle et cette supériorité de talent qui ne souffrent guère de comparaison : mais il nous semble cependant que l'auteur a trop voulu, dans quelques-uns de ses écrits, combattre l'esprit démocratique par l'aristocratie, l'incrédulité par 1 intolérance, les horribles maximes de la Révolution par les innovations qui ne seraient pas sans danger, les monstruosités enfin du xvine siècle par les paradoxes du xv*. Il nous paraît aussi avoir trop confondu Y autorite en elle-même et prise dans sa source, laquelle très-certainement vient do Dieu, créateur et conservateur de toute société humaine, avec Y exercice de cette même autorité, que le Très-Haut a incontestablement laissé à l'arbitrage des peuples, aux* différents gouvernements desquels (sauf l'anarchie et le despotisme, qui ne sont que la privation de tout ordre politique), la religion catholique applique elle-même son sceau vivifiant et divin dès qu'ils sont une fois établis. »

Ainsi s'exprimait, en 4824, an savant et respectable prêtre, compatriote du fameux abbé de La Mennais, l'abbé F.-G.-B. Manet, auteur delà < Biographie des Malouins célèbres ». M. Manet n'avait pointa s'occuper de son compatriote dès 182G, car alors il est à présumer qu'il eût été moins indulgent pour lui.

Il est vrai que M. l'abbé Manet met en note du passage que nous venons de citer une opinion en faveur du droit divin, depuis longtemps repoussé par M. de La Mennais lui-même, mais n'en faisant pas néanmoins la censure du prêtre apostat qui, après s'être fait plus papiste que le Pape, a été plus tard plus sansculotte que le voyou.

« Ce serait une grande erreur de penser que les monarchies absolues reposent essentiellement sur le dogme absurde et impie de la souveraineté du peuple, et sur ce pacte mesquin et imaginaire qu'ont rêvé les philosophes du dix-huitième siècle. Les unes et les autres sont basées sur la loi éternelle de celui qui nous a fait dire par son apôtre {Rom., 43, v. I, etc.) : « Qu'il n'y a point de puissance qui ne vienne de Dieu; que c'est lui qui a établi toutes celles qui sont sur terre; qu'ainsi, s'opposer à ces puissances, c'est résister a l'ordre du Très-Haut même », qui les fait toutes parvenir au degré où elles sont, ou par sa volonté expresse lorsque les moyens d'y arriver sont légitimes, ou du moins par sa permission lorsqu'il y a quelque chose d'injuste et de vicieux dans ces moyens ; en un mot, que le prince, dans sa haute magistrature, n'est pas le ministre du peuple, mais le ministre de Dieu, tant pour favoriser dans le bien, que pour exécuter sa vengeance contre ceux qui font mal. Biogr. des Malouins célèbres, p. 246-47.

Dans les quatre journaux que nous avons cités, M. F. de La Mennais avait poursuivi, avec persévérance, la mission réformatrice qu'il s'était imposée, en faveur de l'unité catholique et de l'autorité papale.

Jusque là l'administration, bien que mécontente de la chaleur de sa controverse, avait bien voulu ne la considérer que comme spéculative. Mais lorsque, en 1823,

il s'avisa d'attaquer, dans plusieurs articles insérés an Drapeau blanc, M. Frayssinous, grand-maltre de l'Université, sur la plainte de celui-ci, ou du moins à son instigation, les tribunaux s'en mêlèrent. Ce premier procès de l'auteur de « l'Essai sur l'indifférence» émut vivement la curiosité publique. On s'évertuait eu conjectures sur la manière dont le ministère pourrait s'y prendre pour faire justice au corps universitaire, sans attaquer directement un homme du talent, dn caractère et du rang de l'abbé de La Mennais. L'on n'était pas moins inquiet de savoir quelle serait l'attitude de ce fameux accusé, surtout depuis que, paraissant relever avec fierté le gant que lui jetait son puissant adversaire, il avait écrit ces mots : Eh bien, l'on verra ce que c'est qu'un prêtre l Cependant l'attente publique fut doublement trompée, et M. de La Mennais, profitant du bénéfice de la législation qui admet des éditeurs responsables, laissa tomber l'arrêt du tribunal sur le sieur Pesson de la Maison-Neuve, éditeur du « Drapeau blanc », qui se défendait pourtant d'une manière assez péremptoire en alléguant que l'article incriminé était signé en toutes lettres du nom de l'auteur. A la vérité la peine encourue par cet éditeur se borna à quinze jonrs de prison et i cent cinquante francs d'amende. Pour cette amende, quelque légère qu'elle fût, le peu intéressé M. de La Mennais n'en persista pas moins à se soustraire, aux dépens d'un autre, aux conséquences de ses hardies manifestations. Dans l'article qui motiva cette condamnation, on lisait entre autres passages qui semblaient empreints de l'exagération la plus violente, les lignes mensongères que voici : « Il existe en France dtê maisons soumises, d'une matière plus ou moins directe, à l'Université, et où les enfants sont élevés dans l'athéisme pratique et dans la haine du Christianisme : dans un de ces horribles repaires du vice et de l'irréligion, on a vu trente élèves aller ensemble à la table sainte, garder l'hostie consacrée, et en cacheter les lettres qu'ils écrivaient à leurs parents ». On y lisait encore qu'une « race impie, dépravée, révolutionnaire, se forme sous l'influence de l'Université ». Malgré l'issue du procès dont nous venons de parler, M. de La Mennais n'échappa point complètement aux effets du ressentiment qu'il avait provoqué, et il fut frappé dans la personne d'un frère qu'il aime tendrement. Ce dernier, M. J.-M. de La Mennais, alors vicaire delà Grande- A umônerie, fut destitué* cette occasion (1). Quoi qu'il en soit, Rome gardait à l'éloquent défenseur de l'unité catholique et de l'autorité papale de flatteurs dédommagements ; en effet, dans un voyage qu'il fit l'année suivante (1824), à la capitale du monde chrétien, il fut accueilli et fêté comme aurait pu l'être un homme de la première distinction dans la hiérarchie. On a été jusqu'à dire que le Pape lui offrit le chapeau de cardinal, qu'il ne put lui faire accepter, et cet exemple d'une grandeur d'âme toute chrétienne

(1) « L'abbé de La Mennais n'a jamais accepté ni demandé aucune fonction du Gouvernement. L'indépendance est la compagne du génie » (Biographie de l'abbé de La Mennais, par l'abbé Gerbe t). — Les apôtres da désintéressement du clergé et de la séparation de l'Eglise et de l'Etat devaient donner, ce semble, une meilleure raison que celle-là. Quoi qu'il en soit, le frère Félix était parvenu à introduire le frère Jean à la Grande-Aumônerie-, et telle fut un moment la puissance de la coterie, que le directeur de la police lui-même venait à bout d'empêcher l'impression d'un ouvrage de l'abbé Baston contre elle.

LAMENNAIS

LAMENNAIS

ne surprit pas cens qui se souvinrent que sons le mi- Distère de M. Decazes, M. l'abbé de La Mennais avait déjà refusé un évèché ! Qui connaît l'orgueil, l'ambition démesurée et l'intérêt de ce prêtre, ne croira point à cette assertion. Il est pourtant vrai qu'après la soumission apparente de M. de La Mennais au Saint-Siège, en 4833, « le généreux, le confiant archevêque de Paris était allé jusqu'à offrir an prêtre renouvelé des lettres de grand-vicaire, qu'il refusa. L'infidèle avait déjà dit dans son cœur : Il n'y a point de prêtre ! » On a dit aussi « qu'en 1823, il avait été sur le point d'être nommé dépoté par un arrondissement dans la province de Bretagne ; mais nous garantissons d'autant moins l'authenticité du fait, qoe les conditions du cens et de l'âge, qui manquaient à M. de La Mennais, le rendent peu vraisemblable » . Disons pourtant encore pour comhattre l'une de ces deux dernières assertions que M. de La Mennais est né en 4782 ; qu'en 4825 il avait quarante-un ans, et qu'à celte époque il avait largement l'âge d'éligibilité. « M. de La Mennais a successivement écrit dans tons les journaux depuis 4844. Après 4830, le prêtre nltramontain ayant ajouté une seconde qualité à la première, celle de démagogue, non-seulement ne se borna plus à écrire dans les journaux religieux, mais il écrivit encore dans les journaux profanes et même révolutionnaires. Il fonda, en 4830, le journal « l'Avenir » (16 octobre 48$0 — 3 novembre 4831) dont les doctrines subversives furent attaquées par tous les amis de nos libertés gallicanes.

Seize propositions des articles de ce journal ont été censurées par les autorités ecclésiastiques et confirmées par le Saint-Siège. La plupart des articles où ces profitions sont contenues ont été rassemblés dans les « Mélanges catholiques » (Paris, 4831, 2 vol. in-8).Il faut pourtant observer que certains articles de < l'Avenir » que l'autorité ecclésiastique a cru dignes de censure, ou ne se trouvent pas dans ce recueil, ou y ont fié essentiellement altérés, quoique son titre annonce des extraits de « l'Avenir » , et que les éditeurs déclarent dans la préface, qoe c'est c là ce qu'ils ont fait, qu'ils ne le cachent à personne ; qu'on n'aura pas de peine de chercher ça et là leurs pensées pour les leur reprocher ». (Censure t page iv.)

En 4833, il écrivit dans la « Revue catholique »; de 4833 à 4838 il fournil à la c Bévue des Deux Mondes » quelques articles de politique, et surtout les premiers fragments de ses « Paroles d'un croyant », détestable et dangereux ouvrage qui lui valut de la part des critiques modérés le nom de Gondorcet ecclésiastique. Du 40 février au * juin 4837, il fournit des artides au journal « le Monde ». Il prit aussi part à b rédaction d'un recueil fondé par l'un des hommes qui a ;le plus mis la France en péril par ses dangereuses utopies. M. Louis Blanc, la * Revue du progrès politique, social et littéraire * (4" juin 4839). Enfin, lorsqu'après avoir jeté le froc aux orties, notre abbé eut pris le parti de se faire l'apôtre de la démagogie la mieux prononcée, il fonda ce qu'il a intitulé, salaniquement, c Le Peuple constituant » (4848).

M. de La Mennais n'est pas homme à laisser une page se perdre dans un recueil soit religieux ou politiqoe. 11 sait qu'avec des pages, on fait des feuilles, et avec des feuilles des volumes qu'une classe de lecteurs achète. Or, il faut qu'on le sache, M. de La Mennais est son propre marchand ; les libraires ne sont que ses commis, sauf pour t l'Imitation de Jésus-Christ » dont îl a aliéné la propriété pour six ans ; aussi est-on sûr de trouver reproduit dans l'un ou l'antre des trois volumes de ses « Mélanges » , dans les < Mélanges ca-

tholiques » et dans plusieurs antres petits recueils i l'usage de ce bon peuple qu'il aima tant, parce qu'il achète ses anarchiques rêveries, tons les articles qui ont été publiés dans les journaux, depuis et y compris le c Conservateur » jusqu'au « Peuple constituant », distance énorme !

Nos lecteurs ne liront pas sans intérêt les adieux qu'à deux époques différentes le prêtre journaliste a adressés à ses abonnés, les premiers, comme ultaramontain, renfermant un appel aux catholiques à la révolte, et les derniers, comme démagogue en surplis, un autre /appel à l'écume de la société française contre le Gouvernement accepté par les gens honnêtes.

Suspension de « l'Avenir », 45 novembre 4834. No 28.

c Les catholiques ont commence, depuis un an, un grand combat, qui finira, s'ils persévèrent, par le plus beau triomphe qui ait jamais été accordé à des efforts humains. Le monde leur devra la liberté, non pas cette liberté menteuse et destructive qu'on suit à la trace du sang, et qui, après d'horribles dévastations, aboutit à planter un sabre sur des ruines ; mais une liberté réelle, fondée sur le respect des droits, inséparable de l'ordre, pure comme le ciel où elle recevra son dernier développement, sainte comme Dieu, qui en a gravé l'ineffaçable désir dans le cœur de l'Homme. Alors, et alors seulement, le Christianisme, dégagé des nuages qui le voilent, apparaîtra de nouveau à l'horizon de la Société comme l'astre qui l'éclairé, l'échauffé, la vivifie, et les peuples, tournant vers lui leurs regards, accompagneront sa course magnifique de leurs chants de joie et des hymnes sans cesse renaissants de leur amour. Car il ne faut pas s'y méprendre, si la foi languit, si la Religion n'inspire à plusieurs qu'un superbe dédain ou une pitié amère, c'est que là où les gouvernements la tiennent sous leur dépendance, elle a perdn dans la servitude son caractère natif de grandeur et tout ensemble celte fécondité qui, s'épanchant en bienfaits inépuisables, suivait, en quelque sorte, dans leurs plus secrètes voies, nos misères pour les réparer ; c'est qu'impuissante à défendre les droits que Jésus-Christ a rendus aux fils d'Adam dégénérés, au lieu de rétablir sur leur front le sceau divin, elle semble elle-même, sous les fers qui la dégradent, porter l'empreinte de leur faiblesse et de leur caducité. En la voyant telle qu'ils l'ont faite, ou telle qu'ils ont souffert qu'on la fit, les hommes ont rougi de cette œuvre de l'Homme.

« Mais que les catholiques ne l'oublient point, ce n'est pas en un jour qu'ils briseront ces vieilles chaînes. Partout la puissance humaine les serre convulsivement dans sa main, persuadée qu'elle ne peut vivre, si la pensée, si la conscience est libre. Mais cette main se lassera : déjà ses forces s'épuisent; et c'est pourquoi, le pouvoir pressentant la fin de son insolente domination sur ce qui n'a pas été soumis à son empire, tend, si l'on peut dire, tous ses muscles pour retenir ce qui lui échappe, et perpétuer sa tyrannie par un effort désespéré. De là ce qui se passe en France. Le ministère travaille à réaliser de fait la Constitution civile du clergé, en s'y substituant à la place du peuple dans la nomination des évèques et des curés. Il cherche à s'emparer de l'admistration temporelle des séminaires, en attendant qu'il envahisse l'administration spirituelle, par le choix qu'il s'attribuera des directeurs et des professeurs. Et il ne s'arrêtera pas là : M. de Montalivet, dans son ivresse de despotisme, ne se croit-il pas autorisé à désigner les livres de religion dont on devra faire usage dans les écoles primaires du monopole l 11 s' est mis dans la tète qu'en France tous les enfants lut

LA MENNAIS

LA MENNAIS

appartenaient, que c'est à lui, à lui seul de régler leur foi, de former leur intelligence, afin de les rendre à la patrie purs de tonte superstition, et l'on sait ce que ce mot signifie dans sa bouche. Les mêmes précautions, n'en doutez pas, seront prises pour tous les degrés de l'enseignement. On remontera jusqu'aux évêqnes ; car il faut aller jusqu'à eux pour en finir avec la superstition. Déjà dépouillés du droit de nommer des vicaires-généraux, des chanoines, des curés qui aient leur confiance, on essaiera -de leur dicter leurs mandements, leurs circulaires, leurs lettres pastorales. Esclaves jusque dans l'intérieur même de leurs églises, on les forcera, lorsqu'on le trouvera bon, à les déserter pour faire place à des schismatiques ; et puis, après les avoir souillées par mesure de police, on leur dira froidement : Rentrez, nous vous le permettons. Le ministre prescrira jusqu'aux détails du culte; on priera, ou l'on ne priera pas à telle heure ou à telle autre heure, selon qu'il lui plaira de l'ordonner. Que sais-je, enfin? et je ne dis pas ce qui sera ; je dis ce qui est, je raconte ce que la France a sous les yeux, ce qui soulève d'indignation quiconque a un cœur d'homme. Non, non, les catholiques n'accepteront pas le joug inf&me qu'on tente de leur imposer ; ils broieront cette tyrannie, et dans sa poussière ils planteront la liberté qui sera leur salut et le salut du monde. Trop longtemps ils se sont courbés sous la verge de leurs oppresseurs, trop longtemps ils ont dormi du sommeil de l'esclave : que leur réveil marque dans l'Histoire une époque aussi glorieuse que le règne de leurs tyrans est exécrable et flétrissant pour l'humanité. Lorsque leur voix hardie, puissante, s'élèvera comme la tempête qui frappe les créneaux d'une antique prison, elle pénétrera là où reposent lès vieux héros chrétiens ; et dans la tombe où ils descendirent usés de travaux et de combats, leurs ossements s'agiteront.

« Et nous qui disons ceci, nous qui appelons nos frères, de toute la force de notre amour pour la plus sainte des causes, à la défense de ce qui leur est, comme à nous, plus cher mille fois que la vie, est-ce donc que nous délaisserions cette cause sacrée? Que Dieu nous préserve d'une telle honte ! Si nous nous retirons un moment, ce n'est point par lassitude, ensore moins par découragement; c'est pour aller, comme autrefois les soldats d'Israël, consulter le Seigneur en Silo (4). On a mis en doute noire foi et nos intentions mêmes, car, en ce temps-ci, que n'attaque-t-on point? Nous quittons un instant le champ de bataille, pour remplir un autre devoir également pressant. Le bâton du voyageur à la main, nous nous acheminerons vers la chaire éternelle; et là, prosternés aux pieds du pontife que Jésus-Christ a préposé pour guide et pour maître à ses disciples, nous lui dirons : 0 père, daignez abaisser vos regards sur quelques-uns d'entre les derniers de vos enfants qu'on accuse d'être rebelles à votre infaillible et douce autorité : les voilà devant vous ; lisez dans leur àme, il ne s'y trouve rien qu'ils veuillent cacher ; si une de leurs pensées, une seule, s'éloigne des vôtres, ils la désavouent, ils l'abjurent. Vous êtes la règle de leurs doctrines; jamais, non, jamais ils n'en connurent d'autre. 0 père, prononcez sur eux la parole qui donne la vie, parce qu'elle donne la lumière, et que votre main s'étende pour bénir leur obéissance et leur amour. »

(1) En termes moins poétiques et plus vrais, M. de La Mennais se sauvait pour éviter une prise de corps, comme spéculateur malheureux. Voyez la note de la col. 562.

Quant au « Peuple constituant » , n° 1 34 , portant la date du 41 juillet 1848, numéro, comme on le sait, qui portait un cadre noir à la première page, vraisemblablement en signe de deuil de la démagogie, voici deux articles qu'on lit à la première colonne :

Avis. — vLe cautionnement imposé auxjouroaDxue nous permettant pas de continuer le nôtre, nous prévenons nos abonnés qu'à partir de ce jour ils recevront le journal « la Réforme » à la place du f Peuple Constituant « , suspendu forcément. Que nos lecteurs reçoivent, avec nos fraternels adieux, l'expression de notre reconnaissance. Leurs sympathies nous ont soutenu, encouragé dans la tache, souvent difficile et rude, que nous nous étions imposée. Puissent-ils nous rendre ce témoignage, que nous n'avons point failli à nos devoirs ! Maintenant nous sommes dans les jours mauvais : il en viendra de meilleurs. Désespérer de la France serait un sacrilège. *

Paris, 40 juillet. — Le f Peuple Constituant» a commencé avec la République, il finit avec la République. Car ce que nous voyons, ce n'est pas, certes, la République, ce n'est même rien qui ait un nom : Paris est en état de siège, livré au pouvoir militaire, livré luimême à une faction qui en a fait son instrument ; les cachots et les forts de Louis-Philippe encombrés de 14,000 prisonniers, à la suite d'une affreuse boucherie organisée par des conspirateurs dynastiques devenu*, le lendemain, tout-puissan!s ; des transportalions sans jugement, des proscriptions telles que 93 n'en fournil pas d'exemple; des lois attentatoires au droit de réunion, détruit défait; l'esclavage et la ruine de la presse, par l'application monstrueuse de la législation monarchique remise en vigueur ; la garde nationale désarmée en partie ; le peuple décimé et refoulé dans sa misère, plus profonde qu'elle ne le fut jamais : non. encore une fois, non, certes, ce n'est pas là la République, mais, autour de sa tombe sanglante, les saturnales de la réaction. »

« Les hommes qui se sont faits ses ministres, ses serviteurs dévoués, ne tarderont pas à recueillir la récompense qu'elle leur destine et qu'ils n'ont que trop méritée. Chassés avec mépris, courbés sons la honte, maudits dans le présent, maudits dans l'avenir, ils s'en iront rejoindre les traîtres de tous les siècles dans le charnier où pourrissent les âmes cadavéreuses, les consciences mortes. »

« Mais que les factieux ne se flattent pas non plus d'échapper à la Justice inexorable qui pèse les œuvre* et compte les temps. Leur triomphe sera court. Le passé qu'ils veulent rétablir est désormais impossible. A la place de la royauté, qui, à peine debout, retomberait d'elle-même sur un sol qui refuse de la porter, il* ne parviendront à constituer que l'anarchie, un désordre profond, dans lequel aucune nation ne peut vivre, et de peu de durée dès lors. En vain ils essaieraient de le prolonger par la force. Toute force est faible contre 1« droit, plus faible encore contre le besoin d'être. Cette force, d'ailleurs, où la trouveraient-ils? Dans l'armée? L'armée de la France sera toujours du côté de la France. »

* Quant à nous, soldats de la presse, dévoués à la défense des libertés de la patrie, on nous traite comme le peuple, on nous désarme. Depuis quelque temps. notre feuille, enlevée des mains des porteurs, était déchirée, brûlée sur la voie publique. Un de nos vendeurs a même été emprisonné à Rouen, et le journal saisi sans aucune formalité. L'intention était claire; on voulait à tout prix nous réduire au silence. On y a réussi par le cautionnement. Il fout aujourd'hui de l'or.

LA MENNAIS

LA MENNAIS

Page 1