‹ Les supercheries littéraires dévoilées (volume 2)Chapitre 549 sur 1082 · ÉPITRE · texte numérisé non relu

ÉPITRE

Et quintus angélus tuba cecinit, et vidi stellam de cœlo cecidisse in terram, et data est ei clavis putei abyssi. — Et aperuit puteum abyssi, et ascendit fumus putei sicut fumus fornacis magna et obscuratus est sol et aer de fumo putei.

{Apocalypse, ch. 9,v. 1 et 2.)

Quid fecit tibi hic populus jit induceres super eum peccatum maximum?

(Exode, ch. 32, v. 21.)

Desine ab ira et derelinque furorem; noli semnlari ut maligneris.

Prêtre d'un Dieu de paix et de miséricorde,

0 toi que ses puissantes mains Avaient mis sur la terre en exemple aux humains, Pour maintenir entre eux l'amour et ta concorde,

Gomment as-tu rempli ta sainte mission?

Qu'as- tu fait, et pourquoi de ta bouche sacrée, Gomme une hymne de mort par l'enfer inspirée, Sort-il des cris de haine et de division?

Toi qui sais, maniant la harpe des archanges,

En tirer des sons purs, des modulations

Douces comme un écho du doux concert des anges (1),

As-tu pu ramasser, au milieu de nos fanges,

Le clairon discordant des révolutions?

Tremble qu'en y touchant la main ne soit rougie Du sang mal essuyé dont il est encor teint, Et cesse d'affubler du bonnet de Phrygie Un front marqué du sceau du Rédempteur divin.

(1) Telles, par exemple, que le chapitre XII du « Livre du Peuple », et les chapitres XVII, XXV et XLI des «r Paroles d'un croyant », qui tous, tant sous le rapport du but moral que pour le charme du style, peuvent être mis au rang de ce qui a été écrit de pi as suave dans notre langue.

Que veux-tu donc? Quel est le but que ae propose La virulente ardeur de ton esprit morose? Pourquoi l'enfer, par toi, parlant an nom du Ciel, Et ces discours trempés an plus amer du fiel?

C'est que, dis-tu, le peuple est là que l'on opprime. Et que ton cœur, au mal qu'endure la victime Sous le joug d'un pouvoir qui l'écrase du pié, Se remplit d'amertume et se fend de pitié 1

C'est qu'il te vient à Pâme une rage cruelle De voir qu'on mange au peuple et la chair et la moelle; Qu'on boit son sang, et que, comme *u rhien mort

[Tes vers.

Le pouvoir va paissant à ses flancs entrouverts!

C'est que son corps n'est plus rien qu'une immense Qu'un cadavre écorché que traînent sur la claie, [plaie. Après l'avoir rongé, les goules du pouvoir , Un objet misérable, indicible et difforme. Une ombre qui n'a plus de couleur ni de forme, « Et qui fait peur à voir.

C'est que, sous le fardeau de tant de tyrannie, Chez un peuple réduit à tant d'ignominie, U ne faut plus parler de lois» de liberté, «r Ni de société.

Et qu'un amas confus d'humaines créatures Dont la plupart n'ont pas, pour dormir, un fenil, Ne forme plus, en proie à ses mille tortures, Une société, mais à peine un chenil (1)! »

Assez, fl prêtre, assez ! voilà certe une page Brûlante plus que l'eau qui sort de l'échaudoir, Des phrases à jeter an cœur le désespoir ; Mais d'un prêtre chrétien est-ce là le langage?

était-ce là, dis-moi, les tableaux, les discours Que tu devais au peuple? Est-ce là le secours. Le baume bienfaisant, le généreux dictame Qu'attendent ses douleurs, qu'il fondrait à son àme.

Contre le poids des maux que tn lui peins si lourds? Le pèlerin, s'il trouve un mourant sur Savoie,

(1) Ce vers et ceux qui précèdent, depuis et ycoœpris celui-ci :

« C'est que, dis-tu, le peuple est là que l'on opprime,» sont imités de M. La Mennais lui-même.

« Et tout cela, dit-il à la page 56 de son pamphlet intitulé : « Le Peuple et le Gouvernement ■% et tout cela pourquoi ? pour se jeter à son tour sur la proie que l'on convoite, pour, à son tour, dévorer le pays, s'engraisser de sa cliair et de sa moelle ».

f Et nous, dit-il à la page 92, nous vous disons que votre société n'est pas une société, qu'elle n'en e*t pas même l'ombre, mais un assemblage d'êtres qu'en ne sait comment nommer ».

« Chez un peuple qui en est là, dit-il à la page 80, on ne doit plus parler ni de liberté ni de société, et ce n'est pas une société qu'un amas de créatures humaines réduites à cette extrémité, c'est à pevu va chenil ».

. * L'auteur s'est trompé sur le titre : l'ouvrage aquel il répond est intitulé : f le Pays et le Gouvernement ». Voilà ce qui nous a conduit à placer sa critique parmi celles du r Livre du peuple »»

LA MENNAIS

LA MENNAIS

An liea de le remettre ara bras da médecin, Le va-t-il retournant sans cesse pour qu'on voie Et qu'on puisse compter les coups de l'assassin?

Lui va-t-il, — sans pitié des douleurs qu'il endure, Faire en style effrayant une horrible peinture Des blessures, des coups dont il le voit souffrir, Et du danger qu'il court de n'en jamais guérir?

Non ; — mais la charité, qui guide sa parole, Lai fait trouver des mots dont la douceur console Et rend, malgré le mal dont leur charme est vainqueur, Le sourire à la lèvre et l'espérance au cœur.

Celui-là plus que toi se montre charitable; Plus que le tien surtout son zèle est véritable ; Aider et consoler ceux qui souffrent, voilà La mission du prêtre et la tienne ; c'est là

Pour quoi le Créateur, de trésors d'éloquence

T'avait rempli le sein, Et non pour exciter le peuple à la vengeance Par le glas incessant d'un infernal tocsin.

Le peuple 1 oh ! que lui sert l'anathème farouche Qu'en son nom ta voix lance à la société? Quel bien lui fait le fiel qui, sorti de ta bouche, Tombe à si larges flots sur son cœur irrité?

S'il est vrai que, courbé sous des lois homicides,

Le pauvre est là qui meurt de faim, Pour apaiser le cri de ses entrailles vides, De grands mots galopant sur des coursiers sans brides

Me valent pas un peu de pain.

Et du pain, ce n'est pas des phrases factieuses,

Des déclamations furibondes et creuses,

Effets tirés sur lui par la mauvaise foi.

Tes pamphlets, qu'il achète à l'étal de Pagnerre (1),

Sont un dernier impôt levé sur sa misère,

Et ne font quelque bien qu'à Pagnerre et qu'à toi.

Puis, l'image des maux dont ton ardeur s'effraie N'est-elle pas vingt fois plus terrible que vraie? Et ces maux que sans cesse à ses tristes regards

Tes pinceaux apocalyptiques Se plaisent à charger de couleurs sataniques, N'en as-tu pas, dis-moi, rêvé plus des trois quarts?

Quoi donc! ce beau pays de France,

Où j'étais si fier d'être né, Est-il vrai? ne serait plus rien qu'un parc immense, Où quelques oppresseurs, sous un chef couronné, Couchés dans la mollesse et la fainéantise,

Tiendraient un peuple emprisonné,

Vil bétail par eux destiné

A repaître leur convoitise !

Quoi 1 pour comble d'impiété.

Serait-il vrai que la justice,

(4 ) Pagnerre est, comme on sait, l'éditeur des pamphlets politiques de M. l'abbé de La Mennais, du cidevant vicomte de Cormenin, de MM. Cabet, Altaroche et autres personnages dont la spécialité consiste à aimer te peuple en paroles. I

Cette émanation de la divinité,

De tant d'horreurs se fit complice, Et que, vendue à l'or d'un pouvoir détesté, Elle jetât en proie aux atroces sentences De ses hommes-potences (1) L'innocence livrée à leur iniquité?

Grâce au ciel ! tout cela n'est pas la vérité, Et, n'en déplaise aux fous que ta voix persuade, N'existe nulle part qu'en ton esprit malade, Qui prend, à son réveil, pour la réalité Les rêves dont la nuit tu fus épouvanté ;

Et le peuple, — non pas cette oiseuse canaille, Peuple des mauvais lieux et des estaminets, Vagabonds, culotleurs de pipes, valetaille Hurlant la Marseillaise en cuvant tes pamphlets ; Mais le seul peuple vrai, le peuple qui travaille, Qui nourrit sa famille et, par la probité, L'ordre, l'économie, à la propriété Arrive honnêtement, — s'il ouvrait, pour les lire, Les écrits où tu peins son prétendu martyre,

Serait fort étonné De voir jusqu'à quel point il est infortuné.

Fais-nous donc, si tu peux, des contes plus croyables* Que parles-tu de cruauté, De potences, d'iniquité Et de juges impitoyables?

La justice jamais, avec plus d'équité,

Ne se montra moins formidable.

En quels lieux, en quels temps a-t-elle présenté

A l'innocent plus de sécurité Et plus d'humanité, même pour le coupable?

En quels lieux à l'autorité Vit-on plus de douceur, de longanimité?

Quand aura-t-on trouvé la clémence royale Envers ses assassins même plus libérale?

En quels jours, sur le front du crime repentant, La grâce, le pardon, bienfaisante rosée Que Ton pourrait croire épuisée, Tombèrent-ils du trône à flot plus abondant ?

De monomanie indulgente Dis donc plutôt que les cœurs sont imbus. Et qu'il s'en fait chez nous un si grossier abus, Qu'eùt-on coupé, je crois, père et mère, oncle et tante. En vingt morceaux, — pourvu qu'on n'en ail rien mangé.

On est certain d'être jugé Coupable,— mais avec l'accessoire obligé:

La circonstance atténuante.

(1) C'est sous cette qualification que M. l'abbé de La Mennais désigne les magistrats d'aujourd'hui, magistrats qu'il a bien le courage d'assimiler aux juges de Fouquier-Tinville et aux membres des commissions militaires de l'Empire et des cours prévolales de la Restauration. Voici ses propres expressions :

c On a des juges dont le métier est d'expédier les accusés comme les bourreaux les condamnés, purs instruments de torture et de mort, hommes-potences!! » (Page 73.)

A la page 93 il dit de la société que c'est un parc, un troupeau de bétail humain destiné par le pouvoir à assouvir ses convoitises.

LÀ MËNNÀtS

LA MKNNÀIS

Ta parles d'ignorance où tu dis qu'on maintient

Le peuple ; — mais les faits démentent tes paroles,

Et le pouvoir, partout érigeant des écoles,

Y donne, — car le mal est toujours près du bien, —

Au peuple, — en lui montrant à lire, — le moyen

De se fausser l'esprit aux étranges folies

Qu'à son grand détriment chaque Jour tu publies.

Cependant je t'admire en toute humilité,

Quand, posant ton surplis d'urbanité française,

Tu te tas écriant que la société ' [,

De nos jours n'est plus rien qu'un chenil ; — si la thèse '

F.st peu noble, — elle exprime au moins la vérité ;

Car, jamais chiens hargneux n'ont pu mieux à leur aise, l*our peu qu'à ces Messieurs sa conduite déplaise, Aux jambes du pouvoir sautant de tout côté, Japper, hurler et mordre avec impunité.

Hélas ! comme partout, sans doute il est en France ri as d'un homme du peuple en proie à la souffrance ; Mais leurs maux, bien moins grands que ceux que tu

(combats, Ou de près ou de loin, dans l'essence des choses, Dans la nature humaine, ont presque tous leurs causes : Maux qu'on peut déplacer parfois, mais qu'ici -bas, A moins de changer l'homme, on ne détruira pas.

Oui, — sans doute aussi qu'au bien-être tas mortels en ce monde ont tous des droits égaux, Et qu'il faut à chacun sa part, — cela doit-être Et sera, — dès que Dieu nous permettra de naître Tous, au même degré, grands, riches, forts et beaux ;

Quand il nous donnera pour demeure une terre Qui livre sans travail ses trésors et son fruit, Et que, par un divin mystère, L'art qui fabrique et celui qui produit Pourront se reposer et le jour et la nuit.

Jusqu'à cet heureux temps, qu'aucune prophétie Ne montre encor prochain à ton anxiété. Le travail, cette loi de notre humanité,

Maintiendra la suprématie Qui s'attache ici-bas à la propriété ; Privilège sacré, sainte aristocratie, Éternel fondement de la société'

Grand principe, d'où naît aussi la conséquence De l'inégalité dans les conditions :

.ta repos, les plaisirs, le luxe à l'opulence, Au pauvre le travail et les privations,

Hélas! telle est la loi commune I Et le riche, tout fier de son tort d'aujourd'hui,

Si demain il perd sa fortune.

Devient l'égal du pauvre et souffre plus que lui.

D'autre part, — que quelqu'un de la démocratie, Qu'un fils du peuple, un vrai prolétaire, — à son tour, Par l'esprit, le travail, par l'industrie, — un jour Grandisse; — il va voir, comme au devant d'un Messie,

La moderne aristocratie S'ouvrir — en s'iuclinanl même devant ses pas,

Si les mains de la gloire ont posé sur sa tète Le laurier du héros ou celui du poète ; Car tu sais aussi bien que moi qu'elle n'est pas Une lie inabordable et de rocs entourée. Tu sais qu'elle n'est pas circonscrite et murée

Comme celles des anciens temps :

Châteaux crénelés, citadelles

Inexorables et cruelles

Qui, n'ayant d'autres habitants

Que ceux qu'y plaçait la naissance.

Défendaient, par des murs, en hauteur insultants,

D'approcher, — même à l'espérance.

C'est un port magnifique, immense Dont les clefs ne sont plus aux seules mains du sort;

Où, de tons les points de la France, On entre librement et d'où parfois l'on sort ; C'est un palais à mille portes, Dont aux hommes de toutes sortes H n'est rien qui ferme l'abord ;

C'est l'échelle brillante à Jacob apparue.

Et par laquelle, sous ses yeux.

Montait et descendait la cohorte accourue Des anges radieux.

Que viens-tu donc, traitant le riche de pirate, Crier du haut des toits en style démocrate : A l'aristocratie! — Abbé, le sens commun Te dira qu'à ce compte, et pour qui n'en a qu'us, Quiconque a deux gros sous est un aristocrate. Et qu'on peut t'accuser toi-même aussi, — tribun. Qu'on voit, au nez du gueux rongé par la vermine. Endosser l'habit neuf sur la chemise fine.

Ame promise au Christ, reviens à lui, crois-moi; Reviens et montre-nous ce que c'est qu'un bon prêtre (!): Ce que c'est qu'un mauvais, tu nous Tas fait connaître Quant tu jetas au vent les trésors de la foi.

Laisse, oh ! laisse à jamais la fantasmagorie Qui depuis si longtemps sème au monde l'effroi,

Et, dans l'éternelle patrie, . Fait pleurer les auges sur toi !

Ecoute la raison qui, par ma voix, te crie D'abandonner enfin les rêves de Babeuf A ces tribuns ardents, dont la haine et l'envie

Vont corrodant la vie ; A ces ambitieux qui, pour se cuire un œuf, Mettraient, poussés qu'ils sont d'un égoisme Le feu, s'il le fallait, aux quatre coins du monde; A ces dédamateurs, dont la feinte pitié Du peuple qu'elle abuse en ses mains prend la Pour s'en servir ainsi qu'on fait d'un marche-pie Sur lequel, quand on veut se grandir, on se pose

Malheur à l'imprudent qui joue avec le feu De la passion populaire 1

(1) On se rappelle le mot fameux de M. de U Mennais lors du procès qu'il eut à subir à l'occasion et son écrit intitulé ; c De la Religion dans ses rapport» avec l'ordre civil et politique • : « Vous sacrez a QUE c'est qu'un prAtrb! »

LAMENNAIS

LA MENNA1S

Nous trou* vu combien c'est on terrible jeu.

Malheur a toi surtout, qui Tiens, homme de Dieu,

Souffler sur ce brasier le vent de la colère !

Crois-tu que r incendie, à ta voix allumé.

An signal de ta voix s'éteindrait comprimé ?

Non, nonl Quand une fois cette flamme terrible

Des lieux oh, sons la cendre, elle dormait paisible,

Ardente, s'est levée an souffle furieux

Qui la pousse ; elle marche, et le front dans les deux,

Quand elle Ta semant partout sur son passage

La désolation, la mort et le ravage,

Nul obstacle asses fort qui la puisse arrêter.

Rien qui puisse contre elle un seul moment lutter ;

Ce qu'on mit pour calmer sa fureur la ranime ;

Elle marche, entassant victime sur victime,

Jusqu'à ce qu'à la An le vorace élément

S'affaisse sur lui-même h défaut d'aliment.

Et quel spectacle alors la terre ravagée Offre-t-elle en tons lieux à la vue affligée ? Partout, partout la mort, la dévastation, Partout pleurs et soupirs et désolation ;

Du travail les sources taries, Le commerce détruit, pins d'arts, plus d'industries : Partant surcroît de mal an peuple ; car toujours Il restera quelqu'un qui soit peuple. — En leur cours, Les révolutions qui passent sur le monde Peuvent bien y briser de leur main furibonde, El balayer du pied les trônes et les rois, Hais n'en sauraient changer les éternelles lois.

D se peut qu'au milieu des tempêtes humaines, Quand tout esquif sur l'onde est battu par le vent. Quelques soldats heureux deviennent capitaines ; Mais l'air tombe ; en leur lit les eaux rentrent sereines; Et le surplus, qu'estril ? — Ce qu'il était avant : Dans la nef, matelot; dans l'État, prolétaire, Et peuple et gouvernés et ne gouvernant pas ; Car, malgré tes écarts de style populaire. Si ta ne te fais Dieu, jamais tu n'obtiendras Que la société marche la tête en bas (1).

Eh 1 mon ami, calme ta bile !

Si les maîtres te sont un objet importun,

En monarchie on n'en a qu'un,

En république on en a mille ; Et puis, à te parler franchement, mon tribun,

Ce que la France a mit, l'ira-t-elle défaire

Chaque matin, pour satisfaire Le premier intrigant qui le lui vient prêcher? Cherche ailleurs qui consente à cela pour te plaire ; Nous n'irons pas troubler l'océan populaire Pour que les factieux y puissent mieux pêcher.

Songe aux maux oh pourrait expirer la patrie S'il lui allait subir d'autres commotions ; Assez longtemps la haine et les dissensions

L'ont ensanglantée et meurtrie.

Songe, songe surtout aux viles passions

Dont la rage, par toi nourrie,

(1) Cest pourtant le projet d'un antre fanatique démagogue, qui siège près de M. de La Mennais sur les plus hauts bancs de la Montagne.

Peut se traduire en actions D'une sauvage barbarie

Songe quel repentir te viendrait prendre au cœur,

Et combien de ton éloquence Tu devrais regretter le prestige vainqueur Et maudire en pleurant l'infernale puissance.

S'il te fallait jamais apprendre qu'un feuillet Des écrits que ta plume au peuple de Juillet Prodigue, et que la haine avec ardeur savoure, Au mousquet régicide a pu servir de bourre?

Si ce penser te fait horreur, Laisse en toi la raison triompher de l'erreur ;

Et quand ta brillante parole,

Des cœurs sait si bien le chemin, D'une torche flambante au lieu d'armer sa main.

Soutiens le pauvre et le console (1).

Ranime en lui, par tes discours,

Le courage et la patience ;

Montre-lui que la violence Ne peut être à ses maux qu'on stérile secours ; Dis-lui que le travail, ce père de l'aisance. L'ordre et l'économie, à présent et toujours, Peuvent seuls à son sort apporter allégeance.

Au lien d'exalter ses douleurs

Par le tableau de ses malheurs, Que ta voix, en son nom, prêche la bienfaisance, Et sur lui, sur les siens, tasse de l'opulence Descendre en même temps les trésors et les pleurs.

(1) Ceci est écrit en 4840. Hnit ans plus tard, un terrible ouragan révolutionnaire s'est levé sur nos têtes; il a menacé d'anéantir toute l'ancienne société. M. de La Mennais ne peut nier que, par ses prédications insensées, depuis ses f Paroles d'un croyant » jusqu'à son journal le * Peuple constituant » y compris, il n'ait beaucoup contribué à faire déployer l'étendard de la plus affreuse révolte. Les journées de juin sont arrivées, mais ces fatales journées n'ont point fait que le repentir soit venu au cœur du prêtre apostat, tain de là, il a persisté à tenir son rang parmi les démagogues les plus effrénés, ceux qui s'appellent Montagnards.

Et pourtant, avant de siéger aux plus hauts bancs de la Montagne de 4848, M. de La Mennais pensait et écrivait ceci des Montagnards de 4703 :

« Ils ne pardonnèrent ni à la naissance parce

qu'ils étaient sortis de la boue, ni aux richesses parce qu'ils les avaient longtemps enviées, ni aux talents parce que la nature les leur avait refusés, ni à la science parce qu'ils étaient ignorants, ni à la vertu parce qu'ils étaient couverts de crimes, ni au crime lui-même lorsqu'il annonçait quelque supériorité... Pour peindre la révolution française, cette scène épouvantable de forfaits, de dissolution et de carnage, ces proscriptions, ces fêles impures, ces cris de blasphème, ce bruit sourd du marteau qui démolit, de la hache qui frappe les victimes, ces détonations terribles et ces rugissements de joie lugubre, annonce d'un vaste massacre ; ces cités veuves, ces rivières encombrées de cadavres, ces temples et ces villes en cendre, et le meurtre et la volupté, et les pleurs et le sang ; pour peindre, dis-je, toutes ces horreurs, il faudrait emprunter à l'Enfer sa langue, comme quelques monstres lui empruntèrent ses fureurs ».

LA MENNAIS

LA MENNAIS

Apprends-lai que ton divin Maître, Que le Dieu tout amour, de qui lu te dis prêtre, Même au sein des tourments et de l'affliction Prêchait la patience et la soumission.

Enfin, dis-lui qu'un jour, jour terrible et suprême, La mort? qui pour nous tous, riche et pauvre, est la même, Otant à qui les eut les habits précieux, Nous mènera tout nus ensemble dans les cieux, Chercher aux bras divins de noire commun père La grande égalité qui n'est pas sur la terre. . •

C'est ainsi que, rentré dans ton rôle pieux, Astre tombé d'un ciel où manque ta lumière, Tu reprendras ta place et la splendeur première De ton cours glorieux.

Grand Dieul si tu voulais, toi, brebis égarée. Toi, brebis si longtemps regrettée et pleurée Par les anges divins que conduit Gabriel, Si tu voulais rentrer au bercail éternel, Oh 1 qu'il éclaterait de joie à ta rentrée 1 Oh 1 comme, ce jour-là, ce serait fête au ciel !

Ta plume, aux factions livrée,

Chaque jour se voit décorée D'un laurier éclatant, mais, hélas I criminel ; La gloire de l'impie est de peu de durée,

Et c'est l'auréole sacrée Qu'il faut rendre à ton nom pour qu'il soit immortel.

Cesse donc de donner le scandale à la terre D'un époux de l'Eglise en commerce adultère

Avec les factions ; Viens te purifier à la sainte piscine, Et, rougissant d'avoir aux sales potions Que Degouve et Pagnerre ont dans leur officine

Pu mêler ton brillant venin.

Quand tu rencontreras 7Hmon-DE-Cormenin, Ou tes autres anciens confrères en délire, Avec moi, — mieux que moi,— qu'on t'entende leur dire :

c Du pauvre, et par malheur nous le savons assez, f Ici comme partout la destinée est dure ; c Mais quel est votre but, lorsque vous lui tracez f Des douleurs et des maux sur sa tête amassés f Une hyperbolique peinture?

< Pourquoi ces vains discours gros de haine et d'injure, « Corrosif infernal dont vous vous efforcez

* D'irriter le mal qu'il endure ?

« Arrière, arrière donc, flatteurs intéressés

c De ce prince aux habits perces !

« Si vous n'avez pour lui rien de meilleur, — laissez,

c Laissez-le en paix dans sa masure.

* Car si c'est là le pain dont vous le nonrissez,

« Tout votre amour n'est rien que mensonge, imposture;

« 0 médicastres insensés, t Vers son lit de douleur quand vous vous empressez,

« Vous ne portez que la torture ; c C'est de l'huile et du miel qu'il faut à sa blessure,

c C'est du fiel que vous y versez l »

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