ÉPITRE
Gloire à toi 1 tu l'as dit ; le siècle a son prophète I A )a voix d'un croyant j'ai relevé la tète. . . Un croyant I dans ces jours incertains, sans ardeur, En est-il un encor? Ohl qu'il parle! j'écoute. Que ses doux chants d'amour et de sainte ferveur Chassent loin de mon cœur la tristesse et le doute 1
Ecoutez I . . . Vain espoir 1 ... Il a parlé 1 . . . Trompeur Comme son fanatisme, il sème l'épouvante I Prêtre, ta sainte foi n'est qu'une torche ardente; Ta charité nous jette une robe sanglante, Tu n'espères que le malheur !
Tu dis : « Malheur! malheur! j'entends des bruits étranges! « C'est le terrible choc des humaines phalanges ;
« Les rois tombent glacés d'effroi ; « Les monts sont ébranlés, l'eau des mers est rougie; « Au baptême de sang la terre est rajeunie ;
c C'est l'éternelle et juste loi
c De l'Univers, qui se consomme; « Et pour vous l'annoncer il ne reste qu'un homme,
« Et cet homme... c'est moi! »
Ministre du Seigneur, oui, tu l'étais encore Quand, arrachant ton siècle au doute qu'il adore,
Tu réveillais sa piété ; Quand, tes regards frappés d'une grande lumièn, Tu voulais attacher à la croix de saint Pierre
Le drapeau de la Liberté.
Ah ! tu l'étais encor quand ta douce parole Donnait, donnait, au nom de celui qui console,
A l'exilé dans ses douleurs, Bien plus que tous les dons qu'une main peut lui tendre, La foi pour espérer, un cœur pour le comprendre,
Un sein pour y cacher ses pleurs.
Maintenant quelle fièvre a saisi ton génie? De Bru ta s, de Saûl, de Marat, d'Isaïe, De ces ombres laquelle a troublé ton sommeil ? Voyais-tu sur ton front les palmes du prophète? On bien un bonnet rouge enfoncé sur ta tète A-t-il fait délirer le prêtre à son réveil?
« Plus d'ordre, plus de paix, de raison sur la terre.
t Pour toi, deux étendards et deux longs cris de guerre,
c Dieu, juste dans son œuvre, a fait deux camps, deux
« D'un coté les vertus et de l'autre les crimes, [parts;]
LÀ MENNAIS
LA MENNAIS
Là des spectres souillés et là de saints poignards, De sinistres bourreaux et de pâles victimes. Le vice est le seul roi des immondes cités, 11 étreint l'Univers dans ses bras empestés ;
Le fer et le feu seuls peuvent guérir nos plaies. Les charités des grands sont de fausses monnaies. Tous les forts sont tyrans, tous les faibles trompés I Le pauvre seul est juste et la jeunesse sainte! Au confessional les grands t'ont d'L leur plainte ; ils souffrent tous au cœur; c'est la place, frappez! Tu sais tous les secrets de la prosituée; Elle est rouge de sang, sa pourpre bafouée. Frappez, jeunes soldats l toujours 1 toujours au cœur ! Et les martyrs au ciel chanteront vos louanges, Et vous serez bénis, car vous êtes des anges Armés contre Satan par le bras du Seigneur. >
Ainsi te comprendra le peuple qui l'écoute ! De ton nouvel Eden la Mort garde la route ;* Pour soulager nos maux il faut des attentais,
La foudre pour briser nos chaînes de forçats
Et d'où tiens-tu ce droit d'insulter à la terre? L'Ange n'a pas crié trois fois : Adonaï ! Homme, tu n'es pas Dieu ; ta voix, c'est le tonnerre. Mais ce n'est pas la voix sainte du Sinaï.
Qui t'a dit l'éternel mystère?
As-tu prié. . . car la prière Est le seul chemin sans détour. Je te croirai si la science, Humble comme la confiance.
Est fervente comme l'amour.
Prêtre, il est dans ton cœur de terribles tempêtes !
L'eau calme réfléchit seule l'azur du ciel ;
La Paix fuit tes regards, les combats sont tes fêtes !
Ta chaîne était rivée au marbre de l'autel.
Mais le siècle passait, roulait ses flots immenses ;
La Raison de ton âme allume le volcan,
Tu dis en te dressant : Liberté!... tu t'élances,
Et tu vas échouer au pied du Vatican.
Ta Liberté fut un blasphème,
Et, pour éviter l'analbème, Il fallut à genoux mettre à terre ton front, A tous, humble pécheur, te donner en exemple, toi s la force est restée à tes bras de Sam son... Et c'est l'homme aujourd'hui qui renverse le temple
Oj le prêtre reçut l'affront.
Précipité du haut de Rome catholique, Tu promènes partout ton regard prophétique, Les martyrs et les saints se détournent de toi, Mais la terre a du fer pour venger une injure, Et, chef des révoltés, lu dis, ange parjure : Peuple ! jeunes soldats, à moi !
Courage! fais rugir tes saintes Euménides! Frappe ces grands du monde, insolents et perfides. Par les siècles passés gorgés de sang et d'or ; Porte-les palpitants au sommet du Thabor ; Entasse les débris des temples et des trônes ; Brise en mille morceaux tiares et couronnes ; Levant les mains au ciel en invoquant la Mort, Le crucifix dans l'une et le tison dans l'autre, Entonne un chant d'amour de la voix d'un apôtre ; Prosterne saintement ta face devant Dieu ; Fais de ton œuvre immense un bûcher qui vacille ; Et puis sers-toi de l'Evangile Pour allumer le feu.
Belle gloire à glaner sur un champ de ravage
Oh le bourreau même a fauché.
Champ que le specticisme impie a desséché.
Champ de gloire et champ de carnage
Où tous les vainqueurs ont couché.
Elle est d'orgueil et non d'épines ta couronne, Non, tu n'es pas celui qui prie et qui pardonne Ecrasé sous la croix, frappé par les soldats. Ton Dieu n'est pas le Dieu de saint François de Paile;
Pour appuyer leurs faibles pas Aux pauvres chancelants il prêtait son épaule ; Beitunce à des mourants parlait de guérison, Levr montrait dans le ciel l'espérance pour guide, Comme loi, dans la plaie empestée et livide
11 ne versait pas du poison.
Oh ! tes larmes d'amour, tes pleurs pour la misère, Ne sont que des concerts de rage et de colère ; El ta haine, du pauvre irritant la douleur, Embrase saus pitié la paille de sa couche. L'Kvangile est une hymne adressée an malheur... Son harmonie est sur ta bouche, Son esprit n'est pas dans ton cœur!
Potte, dans tes chants il en est de sublimes ; C'est le torrent qui tombe en ébranlant les cimes,
Le cri de l'aigle épouvanté.
Mais il est des ver ois que lu ne peux comprendre, Des brùils sourds d'avenir que tu ne peux entendre,
Un chant que tu n'as pas chanté.
Le torrent, en brisant ses digues et ses chaînes. Bondissant trop fougueux, ne sait ried de ces plaines
Où brillent et meurent ses flots ; Tandis que le ruisseau de nos vertes prairies Apprend par ses bienfaits des rives refleuries
Les doux mystères de ses eaux.
Cet aigle qui du ciel s'en va frapper la voûte De l'orage au soleil élancé sur la route
De ces magnifiques splendeurs.
Ne sait pas les secrets révélés sur la terre, A l'oiseau de l'amour plaintif et solitaire
Qui fait son nid parmi les fleurs.
Oh! juste et noble ardeur, fier et pieux courage. De soutenir le droit des faibles désarmés ! Mais il est des tyrans partout ; les opprimés
Sont encor tous ceux qu'on outrage.
Oui, tu peux étonner les hommes; leurs regards Suivent tes pas ; déjà la sottise t'affuble De noms et de lauriers ! Un forban en chasuble. Intrépide soldat jeté dans les hasards
De nos mers sombres et ridées,
Courant ses houleuses bordées,
Du môle de l'Autorité
Au gouffre bouillonnant du Schisme,
Du rocher de la Trinité
Au grand phare du Journalisme,
Et du vieux golfe du Papisme
Jusqu'au port de la Liberté ; Un Luther jacobin lançant son Evangile
A la tète des rois surpris ;
El ce Robespierre en surplis
Sur le trépied de la Sybille :
Tout cela doit frapper les yeux.
Mais, lu le sais, il est deux gloires : La gloire des vertus et celle des victoires;
L'une éclate en bruits fastueux, Se répand sur la terre en superbes louanges;
LA MENNAIS
LA MENNAIS
L'antre est le doux secret des anges Dont ils parlent tout bas entre eux.
Oh I s'il te faut un rdle an théâtre dn monde... J'en sais un digne en tout de ta verve féconde ; Bien pins grand que celai des tribuns aox grands noms, Que celui de chercheur de puissance snprèroe, Qae celui de martyr et de prophète même, An temps où nous vivons.
Entre nn monde qui tombe et celui qui s'élève, An milieu des débris d'an siècle qai s'achève Et des socles nouveaux des âges renaissants, Monte sur le rocher aux bases éternelles. Oh les flots mugissants des tempêtes mortelles Viennent se briser impuissants.
Et, comme le guerrier pensif sur la colline,
Les bras croisés sur sa poitrine, Médite la bataille et compte ses soldats. De même sur la terre oh nos deslins s'agitent, Regarde tous ces camps que les haines excitent...
Regarde... et tu verras.
Tu verras au néant rentrer plus d'un fantôme, La vertu sons la pourpre et sous le toit de chaume, Et le vice, comme elle, égal dans nos penchants ; Tu Terras, non deux camps tracés par nos colères. Mais parmi les erreurs de ces hommes, tes frères, Seulement deux partis, les bons et les méchants. theo ne te dira point : A ceux-ci la conquête, A ceux-là le servage, à ceux-ci la débite, Les uns seront vainqueurs, les autres abattus. Enfant, te dira-t-il, à ceux-là la victoire, Qui sauront apporter dans la future histoire Et le plus de sagesse et le plus de vertus.
Alors ta comprendras le rôle du Génie I Sous les coups dn bélier de la Philosophie
Tous les vieux mors sont renversés. .
Debout sur cette brèche immense.
Le Christ, la Liberté, qui veillent en silence.
Ne disent pas à tous : « Passez !
c Passez si vos cœurs pars adorent la patrie ; « A la terre promise allez chercher la vie ; f Passez sur le vaisseau des révolutions, • Si, pilotes hardis au milieu des orages, « Vous savez appeler à vous tous les courages,
« Et non toutes les passions ;
« Passez pour défricher cette terre nouvelle, v Citoyens et soldats, si tous vos bras unis « Croisent le même fer devant ses ennemis, » Et savent tons prier et travailler pour elle. »
Et toi, vers l'horizon regarde devant nous 1 Toi qui vois l'avenir dans celle nuit profonde, Ne vois-tu pas aussi que le salut du monde Est dans la justice pour tous?
N'as-tu jamais été conduit par ton vieux père Dans le champ paternel, ou béni par ta mère
Au nom du Dieu de paix?
rfas-tn jamais appris l'histoire de la vie Dans le soupir d'amour de la vierge qui prie? Et n'as-tu jamais vu le repentir? Jamais La jeune mère craindre et bannir ses alarmes? Un vieillard pardonner? Un enfant dans ses larmes
Sourire sans vouloir, Comme nn trait du soleil perdu dans un nuage...
Pleurs et regard d'azur, triste et charmante image De souffrance et d'espoir?
Espère donc aussi ! Sur tes lèvres brûlantes Retiens ces flots amers de haines dévorantes Qui voilent ta justice et te cachent le jour ; Le génie est encor moins divin que l'amour 1
A tous la vérité 1 Les flatteurs sont impies ;
Et les flatteurs des rois, aux lèvres avilies,
Et les flatteurs du peuple, au cœur gonflé d'orgueil.
Plus grand que le naufrage et debout sur recueil,
Lance de tous côtés les éclats de ta foudre ;
Brise le cèdre altier, qu'il tombe dans la poudre
S'il lève sur l'abîme un front d'iniquité.
Brave la popularité ,
Cette fragile et fausse idole, Qui mène sous le joug tant d'esclaves soumis A l'autel chancelant sur lequel on immole
Sa conscience et son pays.
Seul, méconnu, peut-être oublié par l'Histoire, Il est vrai, désormais plus d'hymnes à ta gloire. Donne force à ton Ame en regardant le ciel I Puis reviens an combat pour n'épargner personne. Frappe, frappe la haine écornante de flel, Et l'orgueil de pygmée où chacun s'abandonne, Et cette flèvre lente et d'envie et d'erreur. Et le front paresseux de la molle langueur. Le sophisme géant dont la terre est étreinte. Et les folles ardeurs, et nos vœux pervertis ; Lève nn drapeau ! celui de l'humanité sainte.
Frappe, frappe tous ces partis étroitement parqués à ta gauche, à ta droite, Comme leur seule idée en leur cervelle étroite ; Et de face et de flanc combats, combats-les tous
Dans le monstre de l'Égoïsme; Déchire sur son dos le manteau de civisme Qu'ils traînent, insensés, aux fanges des égonls. Calme par la Raison leur impuissant délire, Et par la Charité ce qui les fait souffrir :
Tonne sur eux pour les instruire,
Ouvre tes bras pour les unir. Partout contre le Mal tourne ton fanatisme ; Le Mal 1 premier tyran qu'il faut anéantir, De tons les partis Roi couronné du cynisme ; Ecrasé sous la pourpre et dans sa nudité, Qu'il retombe à l'enfer où Dieu l'avait jeté I
Car le Mal c'est le Despotisme,
Et le Bien c'est la Liberté 1
Courage! c'est le but. En avant 1 c'est la route; Du vieux pont, sons lequel les siècles sont liés. Par de nobles efforts élargissons la voûte,
Ne la brisons pas sous nos pieds 1 Que fais-tu parmi nous, si l'amour qui t'enflamme Ne se peut exhaler qu'en noirs torrents de flel?
Que dois-tu montrer à l'autel...
Les épouvantes de ton âme,
Ou les espérances du ciel?
Prie, et pour tous ! Assez de voix dans nos querelles Sans y mêler ta voix. Dis à tous que par elles Dieu veut sonder nos cœurs et nous veut éprouver. Que les jeunes enfants et les vierges timides, Vers l'aurore à venir trouvent de meilleurs guides ,
Apprends, pour nous sauver, A tons ces innocents une même prière ; j Que tons lèvent les mains devant le même père 1 1 Car nous ne prions plus. Prêtre, prêtre, à genoux
LA MENNAIS
Tous ces chants monteront sons la voûte immortelle ; Tons ces cœurs s'uniront dans la gloire éternelle ; Hélas I pour toi du moins, si l'heure est loin de nous,
Que la Religion nouvelle
Soit la Paix entre tous !
Je crois à des vertus, tu ne vois que le vice; Je vois un Dieu de paix, toi le Dieu foudroyant ; Tu crois à ses fureurs, je crois à sa justice ; Lequel de nous est lé Croyant?