HENRI-ETHELBERT-LOUIS-HECTOR HÉBERT
SE DISANT BAAON DE RJCHEMONT.
Et d'abord, pourquoi donnons-nous à cet imposteur le nom d'Hébert plutôt qu'un autre, lui qui en a eu tant de rechange? C'est que celui-là parait être véritablement celui de cet individu. C'est sous ce nom
3u'il a été condamné par la cour d'assises e la Seine, en 1844; c'est, de son propre aveu (1), celui-là qu'il portait à Toulon de 1826 à 1827.
L'origine de tous les pseudo-dauphins qui ont paru en France a bientôt été connue : elle a été pour presque tous la même : le bas de l'échelle de la société. Un sabotier, un tailleur, un maçon, un pauvre horloger, voilà les gens qui ont eu l'effronterie de se présenter pour réclamer la succession de Louis XVI. L'origine de M. Henri Hébert est-elle plus relevée? Comment donc ! Lui seul est le véritable Louis XVII, sauvé miraculeusement du Temple dans un cheval de carton, et placé sous la protection des généraux de la République qui l'ont conduit partout, même en Egypte!
Or, voulez-vous avoir une preuve, entre cent autres, des mensonges accumulés dans les autobiographies de notre imposteur? allez-vous-en au petit cabinet de lecture du passage du Pont-Neuf, tenu par H. Barbedor ; l'on vous y racontera que M. le baron de Richemont, en société de M. Chamblant, l'un des principaux compères de notre imposteur (2), se présentèrent on jour ensemble pour emprunter les « Mémoires de la Contemporaine en Egypte » , qui furent gardés trois mois, et que c'est à l'aide de cet ouvrage qu'a été arrangée la fable du séjour en Egypte. Là, comme partout, il a été pris note de noms dont on devait s'appuyer pour des preuves à fournir, mais on a eu soin de ne prendre que ceux de personnages morts, afin d'éviter les démentis. L'accent méridional fortement prononcé de M. Hébert indique suffisamment qu'il n'est pas né à Versailles, et sa figure, qui n'a rien de bour-
(t) Lettre du duc de Normandie au P.*. Dechevaux- Dumesnil, du 16 mai 1849, imprimée dans le « Francstoeon », revue mensuelle, mai 1849.
(2) Alors opticien, me Maorine, passage dn Pont- Jtenf.
bonien, qu'il n'est point le fils de Louis XVI. Nous serions tenté de croire à une assurance qui nous a été donnée, qu'il est le fils d'un Doucher de l'une de nos villes du Midi.
Après des positions et des aventures très-diverses, M. Henri Hébert se posa très- résolument en histrion politique après l'avènement de Louis-Philippe au trône, contre lequel il protesta. Sa coterie de fauteurs et de dupes se forma de gens sans aucune valeur, tandis que son compétiteur, l'horloger Naundorff, attirait à lui l'élite de la société légitimiste. Ces deux jongleurs exploitaient concurremment la société d'après leurs capacités: l'un, l'aristocratie, et l'autre, la partie des rangs inférieurs. Bobèche et Galimafré politi-
3ues, ils avaient l'un et l'autre leur public e crédules qui remplissait leurs escarcelles, et ils ne se trouvaient pas mal des résultats de leurs parades.
Il existe deux autobiographies de ce personnage, imprimées sous le titre de Mémoires, et publiées en 1831 et 1843 (Voy. les nM I et XXI de la Notice bibliographique à la fin de cet article) ; mais ce sont des romans comme en ont fabriqué les devanciers et le compétiteur de M. Henri Hébert, l'horloger Naundorff, qui entre autres défauts en ont un qui n'est pas léger : celui de ne pas présenter un seul fait même vraisemblable. L'historien naturel de gens de la sorte de MM. Hervagault, Bruneau, Fontolive, Naundorff et Hébert, c'est le chef supérieur de la police, parce qu'il a pu faire surveiller leurs menées par ses agents, et parvenir ainsi à la connaissance de faits que tous ces héros d'imposture avaient tant d'intérêt à cacher. Aussi la biographie la plus véridique aue nous ayons de M. Henri Hébert estelle celle que M. Gisquet, ancien préfet de police, a insérée dans ses propres Mémoires, t. III, chap. II. Il prend notre histrion politique à 1 époque où il commença à monter sur les tréteaux, c'est-à-dire quelques années avant 1830, et le suit jusqu'à l'époque de sa dernière condamnation par la Cour d'assises de la Seine, le 4 novembre 1834. Aussi suivrons-nous cette dernière biographie en la complétant par quelques faits qui sont venus à notre connaissance et en la continuant jusqu'à ce jour.
« Pendant l'année 1832, j'avais déjà reconnu, dit M. Gisquet, qu une main ennemie donnait aux séditieux une impulsion étrangère à l'influence des légitimistes comme à celle des républicains. Mais ce Ifut principalement dans les huit premiers
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mois de 1833 que les manœuvres de ces histrions politiques devinrent actives et dangereuses au sein de la capitale. Un écrit infâme se publiait clandestinement, et reproduisait toutes les saletés littéraires de l'époque contre les membres du gouvernement. On distribuait de l'argent avec profusion, on embauchait des hommes capables de se porter à tous les excès.
« En juillet 1833, tandis que les sectionnaires des « Droits de l'Homme » se préparaient, comme on le verra bientôt, à un soulèvement pour l'anniversaire des trois jours, un des Louis XVII oui nous occupe voulait jouer un grand rôle dans l'insurrection projetée. Ses intrigues me furent enfin connues d'une manière positive, et malgré les précautions inouïes dont il s'entourait, malgré ses déguisements journaliers, malgré les sept ou huit noms d'omprunt sous lesquels il se cachait dans les divers appartements loués et alternativement occupés par lui, je mis quelques agents sur ses traces et je le fis arrêter le 29 août 1833. On trouva sur lui un carnet rempli de chiffres, dont il fut d'abord impossible d'avoir la clef, mais qui ne tardèrent pas à être traduits par un jeune savant, M. Saint-Omer; ces chiffres apprenaient les faits et gestes de ce prétendu dauphin, annotés jour par jour avec une minutieuse exactitude. Il indiquait ce que le prince mangeait à chacun de ses repas, les personnes reçues ou visitées, les courses faites, l'argent dépensé ; souvent môme il révélait les actes les plus secrets de la vie : les noms des acteurs des scènes privées, les jours, les heures, le local, tout était scrupuleusement décrit, et je puis, sans effaroucher les oreilles, rappeler le nom sous lequel notre grand personnage enregistrait ses fréquents tôte-
a-tôte : Ririté tel jour avec rxritè chez . . .
Write' une seconde fois pour plaire à
ririlé avec la tante en pensant à la nièce. Ce verbe mignon riritert dont M. le Dau-
Shin voulait sans doute enrichir notre ictionnaire, revenait périodiquement sous sa plume.
« Hais si les petites choses figuraient sur l'agenda, les faits graves s'y trouvaient également reproduits avec fidélité, et ceux-là donnèrent une force irrésistible aux arguments sous lesquels le duc de Normandie se vit écroué a Sainte-Pélagie. « Comment avait-il pu s'assujettir à tant de soins fastidieux? comment, au milieu des embarras, des soucis qui doivent accabler un conspirateur, et surtout un conspirateur qui prétend revendiquer un trône, s'astreindre à conserver le souvenir des
| actions les plus insignifiantes? C'est une bizarrerie sans doute, mais peut-être notre Louis XVII improvisé préparait-il les documents pour écrire l'histoire de son règne, et pensait-il que la postérité apprendrait avec satisfaction comment il buvait, mangeait et dormait. J'ai connu d'ailleurs plus d'une personne, et môme des hommes d'esprit, affligés de cette monomanie, passant la moitié de leur temps à noter ce qu'ils ont vu, dit et fait dans l'autre moitié.
« Du reste, le personnage dont il est ici question devait présumer que lui seul était capable de traduire son mémorial ; il y avait une grande complication dans les chiffres ; plusieurs nombres représentaient quelquefois une môme lettre; puis au moyen d'une transposition fréquente, d'un changement de clef, les chiffres correspondaient à d'autres lettres; de plus, une grande partie des mots étaient anagrammatisés, précaution extraordinaire employée principalement pour les choses essentielles; ajoutons que les phrases se composaient d'un mélange de mots appartenant à cinq ou six langues. Ainsi, qu'on se représente un paragraphe composé de mots français, anglais, allemands, russes, italiens et latins, tous anagrammatisés, tous écrits en chiffres souvent mal formés, ayant une clef multiple, et Ton comprendra les difficultés extrêmes qu'il fallait vaincre pour saisir le sens de ces hiéroglyphes.
« Persuadé que la science ne parviendrait jamais à la solution de ce problème, notre intrigant avait soutenu que ses chiffres n'offraient aucun sens, qu'il les avait tracés au hasard, sans suite, sans but, en manière de passe-temps. C'est la seule explication qu il voulut me donner, ou plutôt la seule réponse qu'il voulut me faire, lorsque, après son arrestation, on l'eut amené dans mon cabinet. J'étais curieux de voir cet habile fripon, caché si longtemps aux regards de la justice ; je l'interrogeai moimôme sur tous les points, sur son origine, sur l'emploi de son temps ; je lui demandai sur quoi il fondait ses prétentions au trône; en un mot, je lui fis subir un interrogatoire détaillé, complet, sans obtenir aucun éclaircissement.
« C'était un homme d'une cinquantaine d'années, taille moyenne, ayant des cheveux d'un blond hasardé ; mais je ne saurais garantir que ce fût leur couleur naturelle, car il les faisait teindre fréquemment et se montrait sur un point de la ville avec une belle chevelure noire, tandis que, peu de jours après, on le voyait dans un autre domicile ayant le chef" couvert de
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tresses blondes, ondulées, soyeuses, ou d'une vénérable perruque blanche, ou bien encore d'un vilain gazon rouge et crépu.
a II avait les yeux petits, le regard oblique, les traits fins et réguliers; mais rien en lui ne rappelait le caractère des figures bourboniennes. Il avait d'ailleurs dans son organe un accent méridional très-prononcé.
« Trois appartements occupés par lui furent immédiatement fouillés ; on y découvrit la presse clandestine servant à ses abominables pamphlets (1) ; on y saisit
S également des proclamations, des exem- Taires de sa charte libérale (voy. le n° 11 e la Notice bibliographique à la fin de cet article) et d'autres papiers qui jetèrent un nouveau jour sur les intrigues de ce mystérieux individu.
a Connaissant déjà les noms d une partie de ses émissaires, j ordonnai des perquisitions aux domiciles de plusieurs d'entre eux, notamment chez les sieurs Morin (2), Oursel, Boucher-Lemaltre (3), Danduran, Asselin, Colliaud, et chez la femme Du rut, pour laquelle le duc de Normandie avait acheté un mobilier, et qui, depuis longtemps, colportait les écrits imprimés et la correspondance de ce Dauphin. Il dépensait beaucoup d'argent pour cette femme déjà âgée, dépositaire de sa confiance, et qui, dans sa personne, ne ressemblait pas mal à une énorme citrouille couronnée d'un melon. Elle était en possession de lettres en chiffres écrites par son illustre patron ; mais pour se mettre au niveau de 1 intelligence de son agent, le noble auteur de cette correspondance avait adopté un moyen simple de communiquer ses idées.
Les lettres de l'alphabet étaient tout bonnement figurées par des numéros suivant Tordre de leur classement : le n° 1er représentait l'A, le n° 2 le B, et ainsi de suite, c On m'apporta ces lettres ; je les fis immédiatement traduire. Quelques-unes
(i ) Rappelés sous les n°* IV i IX de la Notice des outrages publiés pour appuyer et combattre l'imposture de Henri Hébert, imprimée à la fin de cet article.
(2) II. Morin de Gnerivière, ancien marchand de ta* blessât et autres objets, au coin de la rue du Pont-aux- Cboax, n° 83, joue dans l'intrigue du soi-disant baron de Richemont le même rôle qu'a joué M. Gruau de la Barre dans celle de Naundorff. Outre sa coopération avec MM. Cta. de Temper et l'ancien ingénieur-opticien GbambboLt dans l'invention de cet autre dauphin, il est encore le rédacteur officiel de Son Altesse et son agent le plus dévoué.
(3) M. Boucher-Lemaltre, rue Neuve-Saint-Merry, s» 36. est a la fois marchand papetier et libraire chargé de la rente ou des distributions des élucubrations de Lotiis-Charles de France.
d'entre elles développaient un plan pour l'assassinat de la famille royale ! Louis XVII voulait que toute la nichée tombât sous le même coup ; il s'opposait à ce qu'on en laissât échapper un seul. Un autre parlait de son entrée triomphale à Paris, escorté par le peuple vainqueur de l'usurpation, telle qu il espérait la faire à la suite de la révolte projetée pour le 28 juillet 1833. Une autre disait cju après avoir relevé le trône de saint Louis, il abdiquerait en accordant à la France une constitution républicaine, car, disait ce bon prince : « Je veux être le dernier de ma race, le meilleur n'en vaut rien! »
« Il ne doutait pas du succès de la conspiration ourdie par les républicains; elle devait renverser la royauté de 1830 avant la fin de juillet 1833, et croyait recueillir le fruit de la victoire. Cette circonstance explique pourquoi le sieur Boucher-Lemaltre, agent de cet héritier du trône, figura dans le procès des vingt-sept, intenté à l'occasion de ce môme complot. Je l'avais fait arrêter dans les rangs de la garde nationale, au moment où le roi passait la revue du 28 juillet. Dès le 25 de ce mois, le prétendant avait acheté une riche épée et un superbe uniforme militaire.
« Il avait écrit circulairement à beaucoup de gardes nationaux, qu'il présumait disposés a soutenir ses droits. Dix à douze de ces lettres, toutes adressées à des citoyens du 7e arrondissement, furent jointes au dossier.
« En visitant un de ses meubles, on trouva deux cachets sur lesquels étaient gravés les insignes de la royauté ; l'un avait pour armes, au milieu de l'écusson, un aigle, l'autre des fleurs de lis ; il employait l'un et l'autre dans sa correspondance, suivant les opinions des personnes à qui il écrivait. Les recherches assidues auxquelles je me suis livré pour démasquer complètement cet audacieux imposteur, apprirent à la justice qu'il s'appelait Henri- Bthelbertiouis-Hector Hébert, qu'il s'était attribué le titre de baron de Richemont ; le gouvernement autrichien l'avait fait enfermer temporairement dans la prison de Milan , à l'époque où notre compatriote Àndryane y subissait une cruelle détention ; mais cet emprisonnement de Hébert paraissait dérisoire, puisqu'il circulait librement dans toutes les localités.
« Dès cette époque (c'esUà-dire dès 1818), il prenait le titre de duc de Normandie ; on le considérait non comme prisonnier d'Etat, mais comme détenu par mesure de police. On le relaxa vers la fin de 1825.
« Il vint ensuite à Toulon et déposa une
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somme de 50,000 francs entre les mains d'un négociant. Henri Hébert habita Toulon plusieurs années, car il nous apprend lui-même (i) que ce fut là, de 1826 a 1827, et sous ce nom de Henri Hébert, qu'il reçut tous les grades maçonniques, jusqu'à celui de Sublime prince du royal secret (32e) inclusivement, et que le diplôme lui en fut délivré par le Grand- Orient. Brillante acquisition pour la Franc- Maçonnerie, si cela est vrai ! mais c'est un nouveau mensonge, car il est établi par son procès devant la Cour d'assises de la Seine en 1834, qu'à cette époque il habitait Rouen. H. Hébert alla ensuite habiter Rouen pendant plusieurs années.
Après avoir été admis comme employé surnuméraire dans les bureaux de la préfecture, il entreprit le commerce et fit ex- § loi ter une verrerie. Le tout, sous le nom e Henri Hébert.
a Disparu de Rouen avant 1830, il est condamné par défaut à trois mois de prison comme banqueroutier . Reçu à deux époques rapprochées chez M. de Malard, à Montigny, arrondissement de Dreux, il s'était annoncé comme le fils de Louis XVI. On affirmait que madame de Malard avait fait élever dans le parc de son château un monument pour consacrer le souvenir de ces visites ; mais, appelés comme témoins au procès, M. et madame de Malard, tout en reconnaissant la vérité des autres faits, démentent celui-ci et déposent de manière à prouver que, dans toute la sincérité de leur âme, ils croient Louis XVII encore vivant.
« Depuis la révolution de 1830, Henri Hébert s'était successivement rendu : à Lyon, pendant la révolte de novembre 1831 ; à Grenoble, lors des événements de mars 1832 ; à Marseille, quand la duchesse de Berry descendait sur les côtes de Provence; puis encore deux fois à Lyon, pendant cette même année ; il s'y faisait appeler le colonel Saint-Julien, et cependant plusieurs personnes ne le désignaient que sous le nom de Learos. Il y fit la connaissance d'une dame Louvat, dont il essaya d'escamoter la fortune. Mesdames de Grigny, avec lesquelles il se lia également dans les environs de Lyon, le traitaient avec une bienveillance toute particulière et lui donnaient évidemment des sommes considérables.
« A la suite de toutes ces courses, Henri
(1) Lettre do daC de Normandie ta F**. Dechevaux- Dnmesnil, du 46 mai 1819. — Impr. dans le « Franc- Maçon », revue mensuelle, 12* livr. (mai 1849).
Hébert se décide à fixer dans la capitale le siège principal de ses opérations.
a II se fait connaître aux uns sous le nom de Henri Hébert, à d'autres sous le nom de Bénard, d'autres ne voient en loi que M. Picted, d'autres M. le colonel Lemaître, d'autres encore M. le baron de Richemont. Il en est qui lui donnent le titre de prince Gustave. Enfin il n'était connu que sous le nom de Henri de Transtaman dans une maison du quai de la Cité, n*27, où il avait loué un appartement (1). Au surplus, tous ces pseudonymes rt produisaient en partie les noms de ses principaux agents. Les hommes qu'il employait, et dont il payait chèrement les services, le reconnaissaient pour le Dauphin, le duc de Normandie, Louis XVH, mais ne lui donnaient pas ces titres ostensiblement, pour ne point le compromettre; il fallait pourtant le désigner d'une manière quelconque, c'est ce qui décida les affidés à le gratifier de toutes ces appellations empruntées aux noms des plus notables instruments de ses volontés.
« Au nombre des agents qui le servaient d'une manière active et dévouée, figuraient un sieur Givor, auquel le baron de Bichemont donnait 3,000 francs par année, et un sieur Berger, qui échappèrent à mes recherches. Je ne doute pas que Givor et Berger ne fussent des pseudonymes sous lesquels se cachaient deux émissaires habiles, mais j'ignore à quels individus ils s'appliquent. Le faux duc de Normandie a néanmoins prétendu que Berger était M. Carlier, chef de la police municipale depuis le mois de mars 1831 jusqu'en février 1834, époque où M. d'Axgout le fit révoquer, parce qu'on le lui signala comme faisant des communications dangereuses aux chefs du parti républicain. Est-il croyable qu'un homme doué de bon sens, occupant une place qui lui valait comme traitement et gratifications plus de 20,000 francs par année, se soit avili jusqua trahir ses devoirs pour se mettre aux gages d'un escroc? Je ne le pense pas, et je dois dire que M. Carlier démentit cette allégation avec autant de chaleur que Henri Hébert, baron de Richemont, mettait de persévérance à la soutenir.
« Cet Henri Hébert, pendant qu'il dirigeait tant d'intriffues a Paris, avait des fonds assez considérables placés à Toulon,
(1) Il a pris encore bien d'antres noms. À?mt de ■ donner publiquement comme le Dauphin, il se utaatt appeler II. de France, et sous et» nom il mil u kçe» ment me de Tourne*, n» 4, en 1840*
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à Calais, à Lyon et à Paris, et recevait, on ne sait d'où, de fortes sommes toujours en
Eièces de vingt et quarante francs : sa ourse, qu'il laissait voir assez volontiers, en était toujours remplie (1).
« Les faits dont je viens d'offrir le tableau sommaire étaient sans doute plus Sue suffisants pour justifier l'arrestation b l'imposteur Henri Hébert. Certes, on voit peu d'accusés sur oui, dès le principe, pèsent autant de charges certaines, accablantes, et dont la détention soit plus légitime, plus nécessaire. Cependant un journal républicain en fit l'objet d'une censure amère. J'ignore si la libéralité du fameux prince avaii égaré la plume du journaliste, ou si l'habitude fâcheuse de blâmer tous les actes du pouvoir ne permettait jamais une approbation oti du moins le silence; toujours est-il que la feuille démagogique s exprimait de la manière suivante dans son numéro du 18 septembre 1833 : « On sait avec quelle imprudente « légèreté la police se joue de la liberté « individuelle. Si nous voulions signaler « tous les actes arbitraires qui se com- « mettent tous les jours, nos colonnes n'y « suffiraient pas. Aujourd'hui encore, nous « recevons deux réclamations, l'une de « M. le baron de Richemont, qui a été ar- « rété, le 29 août dernier, comme prévenu a d'un complot, dans lequel il aurait un « puissant intérêt, puisque la police veut « a toute force lui faire iouer le rôle d'un « des nombreux Louis XVII qui réclament « par circulaire la couronne de France ; a 1 autre réclamation nous est adressée « par M. Danduran, arrêté d'abord comme
a complice de M. de Richemont En
« présence de pareils actes, on se de- « mande jusques à quand les citoyens les « plus honorables pourront être saisis et « letés dans les cachots sous les prétextes o les plus futiles (2). »
o Je pourrais demander à mon tour :
jusques à quand l'auteur de ces lignes se livrer a-til a une polémique aussi dévergondée?
(1) L'argent des contribuables du prince, il tant être vrai, n'était pas dépensé en bonne chère : les traiteurt Us pins modestes étaient ceux que Son Altesse préférait. N'était-ce pas par ladrerie? Il a longtemps* dîné chet M** Lescoplry, rne de Beau ne, n° -4, ensuite chez Gratiot, à la Petite-Tempête, rue Mazarine, n° 19, et ses dîners ne montaient jamais plus haut qne vingt à vingt* deux sous, quoique ayant sa bourse pleine d'or. L'éditeur des « Supercheries littéraires » a cinquante fois dîné coude à coude avec ce prince de par MM. Marin, Tenper, Chamblaht. etc., et l'a entendu souvent parler avec un grand aplomb de ses visites à ses cousins les rois de... et de...
(2) « Tribune », 18 septembre 1833.
mais je me borne à le prier de nous dire ce qu'il avait fait de sa raison quand il déraisonnait de la sorte? Quoi! cet aristarque sévère ne veut pas qu'on livre à la , ustice un intrigant qui commet chaque ' our des escroqueries, un artisan de trouves qui conspire et soudoie la révolte, un imposteur qui se pare d'un grand nom, qui ose avouer des prétentions au trône, un malfaiteur qui complote l'assassinat de la famille régnante ! ! ! Serait-ce par hasard l'argent distribué à cinquante actionnaires des « Droits de l'Homme », l'appui accordé aux séditieux de toutes les classes, et le désir d'étouffer la nichée qui vous rendaient si indulgent pour les actes de votre protégé? Je ne saurais le croire. Il me faut donc répéter : qu'aviez-vous fait de votre raison?
« Malheureusement, la distraction du
Eubliciste ne fut pas de courte durée ; sa ienveillance pour la noble victime de l'arbitraire ne se refroidit pas. Le journaliste voulut lui donner de nouvelles preuves de sympathie.
* « Le sieur Henri Hébert, baron de Richemont, colonel de Saint-Julien, colonel Lemaxtte, Pictedt Legros, Bénard, Henri de Transtamare, prince Gustave, etc., fut conduit à Lyon, pendant qu'on instruisait son procès, pour y être confronté avec les personnes qui l'avaient connu dans cette ville et pour y voir constater son identité aussi bien que les crimes et délits dont il s'était rendu coupable.
« Au moment ae partir dans une voiture commode, suivie d'une bonne escorte, notre illustre captif adresse une requête à ses protecteurs de la Tribune :
« Monsieur, quelque répugnance que j'éprouve à occuper le public de moi, je me vois forcé d'appeler son attention sur les rigueurs que l'on me fait éprouver.
a La réclamation que j'ai adressée il y a quekjues jours par la voie des journaux, relativement au voyage que le juge d'instruction Perrot me fait entreprendre, n'a pas été sans effet, car, maigre des ordres sévères, le temps nécessaire au rétablissement de ma santé m'a été accordé, et de Elus j'ai la certitude d'être transporté à von en voiture", accompagné de l'escorte d usage; c'est une modification à l'arbitraire, et voilà tout. Le voyage aura lieu contrairement à la loi; je serai torturé en tout sens pour avoir consigné sur un carnet le nom de quelques personnes qui habitent Lyon; je subirai ce pénible et coûteux voyage pour aller à la rencontre d'un prétendu complot, sans que la justice ait , cherché à s'éclairer sur ce point. Aucune
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recherche n'y a été faite, aucun interrogatoire n'a eu lieu : si ce n'est pas de l'arbitraire, il n'en exista jamais.
« Il est bon que l'on sache que le prétendu complot n'est qu'un prétexte pour colorer des turpitudes; tout mon crime est ma ressemblance avec un pannt d'un haut et puissant dont la conscience parle quelquefois trop haut, et , sans égard pour un acte, sans égard pour mes déclarations, on s'obstine a me persécuter.
« Cette persévérance à retrouver en moi une ombre accusatrice est loin de m'inspirer de la confiance : une idée fixe de cette im-
Eortance n'est pas sans danger pour moi. 'expérience du passé est là.
a J'ai l'honneur d'être, etc.
« Baron de Richemont. »
Sainte-Pélagie, 3 novembre 1833.
a Monsieur le duc de Normandie avait ses raisons pour refuser d'aller à Lyon; il lui répugnait de subir des confrontations propres à constater maintes filouteries; c'était là qu'il voyait de l'arbitraire. Il y a de l'arbitraire dans tout, si l'on en croit des gens qui ont des comptes à régler avec la justice : on les arrête en flagrant délit, c'est de l'arbitraire; on compulse leurs papiers, on y trouve les preuves de leurs cnmes ou délits, c'est de l'arbitraire; on empêche qu'ils volent les citoyens ou qu'ils attaquent le gouvernement à main armée, c'est de l'arbitraire; on refuse de les mettre en liberté tant que la justice du pays n'a pas statué, c'est. encore de l'arbitraire! Ce mot est vraiment d'une élasticité admirable.... il revient à tout propos, il s'applique à tout, il prend toutes les acceptions sous la plume des gens qui en oublient le sens réel.
« Au surplus, les accents de Vinfortuné captif arrivent au cœur de ses fiers champions de « la Tribune »; ils prennent fait et cause pour Monsieur le baron, et s'apitoient sur le sort que les sicaires du pouvoir réservent sans doute à cet illustre compétiteur, a On ne saurait, disent-ils, on ne saurait se défendre d'idées sinistres toutes les fois qu'on se trouve placé en
{>résence de violations aussi manifestes de a loi. Est-ce qu'on prétendrait se débarrasser de la personne d'un citoyen français par une sorte d'extradition? Ou bien nourrirait-on secrètement un plus odieux projet ? Depuis le mystère du pont d'Arcole, on est malheureusement en droit de tout supposer. »
« Ce chaleureux plaidoyer se termine ainsi : « La nation restera donc froide et impassible en présence de tant d'attentats?
Eh nonl sans doute : toutes ces blessures faites à chacun de ses membres, elle les ressent et les enregistre; elle en fera rendre bon compte un jour, nous l'espérons bien. »
« Rassurez-vous, généreux défenseurs de l'innocence persécutée! Le pouvoir sait que vous veillez sur les jours du prince Gustave, duc de Normandie; il n'osera pas consommer secrètement son odieux projet.
Cette fois, du moins, on reculera devant l'horreur des exécutions occultes, on cachera les instruments de torture, on fermera la trappe des oubliettes, et votre ami sera préservé. Mais veuillez nous faire grâce des crimes, des affreux mystères, des sanglantes noyades, des assassinats, des massacres, des égorgements du pont îiïAr^ cote ! J'en suis, pour ma part, assez repentant, et puisque, grâce au ciel, les victimes de tous ces forfaits se portent bien, puisque tous les citoyens immolés en cachette, empoisonnés, ' étranglés , enterrés vifs, peuvent, comme les cadavres exposés à nos regards dans vos mélodrames, sortir de la coulisse à la fin de la pièce et vous serrer la main, ne nous faites pas assister tous les jours à leurs funérailles. » '
Henri Hébert, baron de Richemont, etc., parut enfin devant la Cour d'assises de la Seine, du 30 octobre au 5 novembre 1834. Avant d'entrer à l'audience, il avait dit : « L'agitation qui règne au sein du gouvernement, les assemblées continuelles des ministres, les mouvements de télégraphe, vous disent assez qui je suis. »
11 est défendu par M" Piston, avocat qui, de la meilleure foi du monde, voyait dans ce personnage le fils de Louis XVI.
Plusieurs de ses compères furent mis en cause; mais, faute de preuves suffisantes, ils furent acquittés.
Nous donnerons ici la substance de ce curieux procès, pour la plus grande glorification de ce quinzième nls de Louis XVI.
Henri Hébert ne veut d'abord répondre à aucune question; il se renferme dans la dignité de son rôle. On lui rappelle tous les faits que nous avons déjà retracés : silence absolu, impassibilité complète.
M. le président, à l'accusé (Profond silence.) : Votre nom ?
— H. Je ne peux pas en dire davantage.
— D. Vous n'avez rien dit. (Silence de l'accusé et rires dans l'auditoire.)
— Z). Refusez-vous de dire votre nom, votre âge, le lieu de votre naissance et le lieu où vous demeurez? (Silence de l'accusé.) La procédure, que vous avez suivie, vous donne le nom de baron de Richemont? (L'accusé ne répond rien.)
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Le sieur Boucher-Lemaistre se dit âgé a de Quarante ans et régleur de papier.
M. le président, à Asselin : Comment vous nommez- vous?
— R. Asselin (Laurent-Joachim), âgé de cinquante ans, ex-cultivateur.
M. le président, à Colliard : Et vous?
— fl. Nicolas-Claude Colliard, écrivain autographe, âgé de trente-sept ans.
M, le président, au baron de Ricbemont : Vous avez été arrêté le 29 août 1833 ? \b
(L'accusé ne répond pas, et reste les yeux attachés sur le parquet.)
M. le président : Je vous engage à répondre. Quel que soit le rôle que vous voulez jouer aujourd'hui, vous avez été arrêté; lors de votre arrestation, vous avez pris le nom de baron de Richemont; vous avez refusé de répondre, et vous vous êtes contenté de dire que vous étiez enfant naturel appartenant à une famille distinguée et étrangère, et que l'honneur vous défendait d'en dire davantage.
(Silence de l'accusé.) M. le président : On remarque dans l'instruction, que vous avez successivement pris huit ou dix noms différents; cela est-il vrai? L'accusation doit soutenir que vous avez voulu vous environner de mystère.
(L'accusé ne répond pas davantage.) m. le président : Il parait crue vous avez pris le parti de ne pas répoflare; mais tout a l'heure des pièces pourront répondre pour vous. L'accusation vous assignerait le nom d'Hébert, et elle parait très-fondée à croire que c'est là votre nom, parce que, dans presque toutes les affaires d intérêt qui vous ont concerné, vous avez pris ce nom; et c'est le nom que porte un acte que vous aviez sur vous lorsque vous avez été arrêté. Vous l'avez déchiré, il est vrai, mais la justice en a recueilli les morceaux. Cela est-il vrai?
(L'accusé ne répond pas. Rires dans l'auditoire.)
M. le président : Est-ce que vous n'avez pas habité Rouen pendant quelques années? Il est constant que vous êtes resté à Rouen en 1826 ; vous y êtes arrivé avec un passe-port sous le nom d'Hébert; alors vous y avez déposé dans une maison une somme de 30,000 francs, et vous avez réclamé de l'emploi de la préfecture; vous en avez obtenu; vous avez fait beaucoup de dépense ; vous vous êtes lié avec un sieur Julienne ; vous avez acquis judiciairement ses biens ; vous n'avez pas pu paver ; vous avez fait des affaires commerciales ; vous avez fui, et vous avez été condamné à trois mois de prison comme banqueroutier simple. Cela est-il vrai? (Silence absolu.)
T. II
Voici une lettre de vous, évidemment de vous, adressée au procureur du roi de Rouen; elle prouve ce que j'avance.
(M. le président en donne lecture : c'est une plainte contre M. Julienne. Il la fait ensuite représenter à l'accusé, qui la regarde attentivement et la rend sans rien dire.)
M. le président: Boucher-Lemaistre, regardez cette pièce.
Boucher-Lemaistre : Les affaires de mon coaccusé ne me regardent pas.
M. le président, à l'accusé : Vous refusez de dire si cette lettre est de vous? (L'accusé reste immobile.) Il est arrivé, en 1829 et en 1830, des proclamations signées le duc de Normandie ; elles sont de vous : les voilà ; elles sont là, signées à la main. (L'accusé ne répond rien.] M. le président : A ces écrits se joint un c billet daté de Bruxelles, qui contient une réclamation aux Chambres sous le titre de duc de Normandie, et d'autres billets adressés à des individus de la 7e légion, portant la signature du duc de Normandie. En êtes-vous l'auteur? Vous ne répondez pas. Alors je vous rappellerai qu'un expertécrivain a été appelé, qu'il a rapproché le corps de votre écriture de ces signatures, et qu'il a dit que ces signatures étaient de vous. Ainsi, en 1830 et 1831, vous vous êtes présenté comme duc de Normandie, et vous avez fait des démarches en cette craalité. On remarque dans ces proclamations ces mots :
a Je vous déclare que je suis vivant, et je viens réclamer au sein de la grande nation ma place et mon rang. Nous sommes en 1830, je viens d'apprendre le résultat de la séance du 7 août, qui appelle Louis-Philippe au trône sans l'intervention du peuple, seul compétent. Mes ennemis seuls ont pu me ravir les droits que j'ai à la couronne de France.
« Comme prince et chef de la branche aînée des Bourbons, je proteste contre l'élection de Louis-Philippe. »
M. le président : Ces protestations sont adressées à M. le duc de Choiseul, qui les a transmises à M. le préfet de police. (L'acf cusé se tait.) Ce qui prouverait encore que vous vous nommez Hébert, c'est un mandat de 1827, signé Hébert. Vous l'avez d'abord repoussé, et vous avez fini par dire qu'il était de vous. Quand on vous a arrêté, on a saisi sur vous un agenda dans lequel vous avez écrit jour par jour vos actions, même les moins importantes, et celles sur lesquelles quelquefois on appelle le mystère. L a-t-on pris sur vous? vous ' le savez bien ! vous l'avez reconnu; vous
LOUIS-CHARLES
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avez môme dit que seul vous en aviez la clef; on a trouve dans cet agenda des indications annonçant que sous le nom du duc de Normandie, vous aviez comploté et escroqué ainsi qu'on vous en accuse.
Cet agenda porte l'indication de plusieurs individus qui auraient été inquiétés lors de l'enlèvement du Temple. En plusieurs endroits, vous parlez d'un avocat que vous auriez consulté, sur une demande en réclamation d'état que vous auriez voulu former. Vous parlez du général Kléber en beaucoup d'endroits. Vous parlez aussi des affidés que vous aviez dans les faubourgs de Paris et qui devaient défendre votre candidature. Dans une autre circonstance, vous racontez que la femme Morin est allée chez vous pour vous demander de placer quelques individus, et que vous avez dit que, dans un commencement de règne (on rit), il n'était pas politique de les placer.
Vous êtes allé chez la famille de Molard, où vous vous êtes fait passer pour le duc do Normandie, et vous avez même daigné permettre qu'on élevât dans le parc un monument pour perpétuer le souvenir de votre passage. (Rires dans l'auditoire.) Vous avez même dans un second voyage,
Î>résidéàla pose de la première pierre.
Nouveaux rires. ) Dans les environs de -yon, vous avez pris également le nom de duc de Normandie, et le bruit a couru de votre présence. Le mystère dont vous vous enveloppez, vos refus de répondre, vos changements de nom, attestent de vos manœuvres.
L'accusation vous reproche d'abord d'avoir formé un complot contre l'Etat... Répondez-vous? (Silence absolu.) Vous cherchez partout des instruments de vos manœuvres, dans tous les partis. Ainsi, vous avez pour partisan Morin, qui croyait à l'existence de Louis XVII. Vqus êtes allé à Lyon en 1831, à l'époque des troubles f vous l'avez d'abord nie et vous avez fini par avouer y être allé. Vous y êtqs retourné en 1832. Vous avez encore nié d'abord et avoué ensuite cette seconde apparition. Enfin, en 1832, pendant l'été, vous y êtes retourné; vous avez connu madame Louvat; puis vous vous êtes encore rendu à Lyon en 1833, où vous avez alors connu M. Vallon. Est-ce vrai ? (L'accusé se tait.) Votre agenda ledit; ment-il ou non? me trompé-jo ou non?. . . Allons, je continue. Comment se fait-il que, dans vos trois apparitions à Lyon, le bruit se soit répandu de la présence de Louis XVII, et pourquoi avez- vous chaque fois changé ae nom?
Vous avez vu a Lyon des personnes qui
vous reconnaissent. L'agenda établit que vous avez une correspondance avec le nommé Berger.
N'avez-vous pas connu, en 1832, la femme Durut ? N'y a-t-il pas eu un dîner où d'autres individus se sont réunis, et où vous avez figuré sous le nom de Bénard 1 N'avez-vous pas dit à la femme Durut que vous -étiez le duc de Normandie, et ne lui ayez-vous pas montré un portrait de vous décoré des insignes de la royauté? Ne l'avez- vous pas regardée comme utile à vos intérêts?- Vous l'avez envoyée, au mois de juin, en voyage dans divers départements de l'Est, avec des proclamations ou constitutions dont vous êtes l'auteur. Pour ce voyage elle a reçu de vous une somme de 1,000 fr. ; vous avez même dépensé pour elle de 5 à 6,000 fr. : est-ce quelle n'était pas votre intermédiaire entre vous et Berger, qui était votre agent ? C'est sur les lettres que vous lui avez écrites que se fonde l'accusation de complot. Les reconnaissez-vous ?
L'accusé les regarde et les rend sans rien dire; puis il Tes reprend, en indique deux et dit : « C'est admirablement bien contrefait, mais ce n'est pas de moi. » (Mouvement prolongé.)
Voix dans l auditoire : Ah ! enfin ! Ce n'est pas malheureux !
M. le président : Indiquez-les.
M. de Richement : C'est ce que je fais. En voici encore une oui n'est pas de moi. (Cet effort parait 1 avoir fatigué, car 3 se rasseoit sur-le-champ en mettant sa tète dans sa main.)
M. le président croit devoir profiter de la bonne disposition où il paraît être pour lui demander s'il reconnaît l'agenda.
M. de Richemont : Je remarque qu'il y a des noms surchargés ; pourquoi les a-ton surchargés? Il y en a des 15, 17, 20, M, 23 janvier.
M. Âylies : L'accusation ne se sert que des notes du 4 janvier.
M. de Richemont : Il y en a au 24, au 26, au 31, *u 1er février.
M. le président : On verra cela avec l'expert.
M, de Richemont : Je vois encore d'autres surcharges à plusieurs reprises au mois de février et mois suivants. (L'accusé les signale par dates. M. le président est à plusieurs reprises obligé de l'engager à élever la voix.)
M. le président : Voilà une autre nota1 saisie sur vous à Sainte-Pélagie ; est-elfe de vous ?
V accusé i Je l'ai rédigée à la préfecture de police.
LOUIS-CHARLES
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M. le président : Ainsi elle est de vous. En voici une autre. [L'accusé la rend sans rien dire.) Pourquoi dans vos interrogatoires n'avez- vous pas dit que certaines lettres n'étaient pas de vous?
M. de Richemont : On ne m'a pas seulement donné le temps de les examiner.
M» le président : Cependant l'expert déclare que toutes les lettres sont de vous. Pourquoi n'avoir pas signalé plus tôt les surcharges de l'agenda ?
— /L On ne m'a pas montré l'agenda.
— D. Si : vous avez répondu que c'était un guet-apens de la police, et qu'elle avait inventé un système d'agenda ; c'était le cas de parler des surcharges. (Silence de l'accusé; il tient la tête haute et semble ne pas daigner s'expliquer.)
M. le président : Nous nous expliquerons avec l'expert. Revenons à la correspondance ; vous dites que la première lettre n'est pas de vous, pourquoi ne l'avoir pas dit plus tôt?
— H. Je ne l'avais pas vue.
M. le président: On lit dans cette lettre :
« Je vois que vous agissez vigoureusement, que vous êtes bien secondé par nos frères du Nord et de l'Occident. Courage, tout va bien ici. J'ai donné mes ordres à mes gens pour que personne ne bouge sans mon avis ».
M. le président : Qu'entendez-vous par là ? (Silence de l'accusé.) De quelles gens voulez-vous parler ? On devait donc exécuter vos ordres? (L'accusé ne répond rien.)
M. le président : Dans une deuxième lettre, vous parlez de la femme Durut ; elle est donc de vous ? (Pas de réponse.) Vous y mentionnez le voyage que cette femme a fait, et le nom de la femme Roussel, qui figure dans votre agenda. Répondez-moi.
(L'accusé se penche négligemment sur la barre.)
y lit :
« Les rois sont des monstres, et quelle que soit ma destinée, je serai le dernier de ma race; le meilleur n'en vaut rien ». (Rires dans l'auditoire.)
Plus loin :
« Si vous -avez des motifs pour détester le * , j'en ai de bien plus puissants Si jamais ce ♦ tombe
eous mes mains, je n'hésiterai pas à faire
rouler sur l'échafaud, après
avoir fait l'opération à toute la progéniture. »
M. le président : Que dites-vous ? (L'accusé sourit.).
Dans un autre passage, il est question
le président : Voici la lettre 235 ; on
d'une décoration de juillet que l'accusé aurait obtenue sous deux noms différents. (On rit.)
M. le président : Vous ne déniez pas cette lettre, et elle vous accuse. Que ditesvous ? répondez donc. Si vous êtes fatigué, asseyez-vous. (L'accusé s'asseoit et met son mouchoir sur ses yeux.)
M. le président ; On fit sur votre agenda ; « J'ai toujours sur moi un poignard *. Et en effet, quand on vous a arrêté, on a trouvé sur vous ce poignard.
Je lis dans une autre lettre à Berger, votre agent : « Je suis content de vos opérations. » Lesquelles? (Silence de l'accusé.) Vous ajoutez :
a Courage, le dénoûment approche, le triomphe est certain ; j'ai vu a Lyon le grand meneur, tout est prêt. On attend, pour le 25, les députés des 75 départements voisins. (Rires.) C'est à Paris que se préparent les brandons qui doivent incendier l'univers. J'ai l'intention de faire à Lyon une levée de boucliers et de marcher sur Paris pour secourir nos frères ». (Nouveaux rires.)
« J'ai l'assurance de ne pas être repoussé, car ils ont confiance en moi. Je n'ai pas d'égal. Mes gens ont de l'estime pour moi ! Ils se déferont d'abord de toute la couvée, sauf à voir après. »
M. le président : Vous avez donc des gens? (Pas de réponse.) Décidément vous ne vouiez pas répondre à ces questions ? (Silence.)
M. le président donne lecture d'autres lettres rapportées dans l'acte d'accusation. Pendant cette lecture, l'accusé paraît fort distrait. 11 ne prend la parole que pour demander quelques numéros de lettres.
Dans une de ces lettres, on lit :
« Prenez garde, vous êtes surveillé; vous avez au moins cent mille mouchards autour de vous. (Rires.) Tout est prêt : on n'attend que le signal. À mon signal, tout marchera ; il ne nous manque plus que les fonds. » (Hilarité bruyante.)
M. le président : Qui que vous soyez ou ue vous vouliez être, vous devez réponre, fussiez-vous l'être dont vous parlez. Vous ne deviez pas conspirer contre l'Eut.
W Piston : Je crois que le prévenu répondra...
M. le président : Il ferait bien de réponcrej lui, et non vous. Nous jugerons sa réponse. Qu'il dise qui il est.
Af Piston : 11 s'agit de choisir le moment favorable.
M. le président : C'est à moi à le choisir ; il est arrivé.
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M* Piston : Je prends l'engagement qu'il sera répondu à la question que vous adressez. (Mouvement prolongé.)
M. le président a l'accusé : Vous prétendez qu'une note que je vous ai présentée a été faite à la préfecture de police ?
R. Oui.
D. Cependant, je trouve sur votre agenda, au 20 juillet : Fait une note; c'est celle-là, et vous n'avez pas fait votre agenda à la préfecture.
R. Ce que je dis est vrai.
M. le président : Il fallait le dire lors de votre interrogatoire. On lit dans votre note :
« Oui , j'ai conspiré contre l'ordre de choses actuel, et je n'étais pas le seul. Toutes les lettres que vous me présentez sont de moi, et vous ne me les présentez pas toutes. »
M. le président donne lecture de cette note, dans laquelle il est question de combinaisons de loterie; cette note a été faite en chiffres et traduite ensuite. Il y est dit:
« Acharné à ce maudit jeu de la loterie, j'ai perdu mon temps à combiner des quaternes et des quines ; mon pauvre Dumas y a perdu son temps et son talent. »
m. de Richemont : Je crois qu'il y a quelque chose de passé.
M. le président : Je ne crois pas. (Ce magistrat donne de nouveau lecture de la note) ; puis il continue : Plus loin, il est dit:
Le fils de Louis XVI existe; il est
connu avantageusement. » (Hilarité.)
M. de Richemont : C'est écrit de dessous les verrous.
M. le président : Oui, mais cela prouve que vous prenez le titre de duc de Normandie.
Après avoir terminé la lecture de la note, qui contient à peu près le détail des faits relatés plus haut, M. le président demande à l'accusé si cette traduction est conforme à l'original qu'il a fait en chiffres. Il n'obtient pas de réponse.
M . le président : Nous en sommes restés à la lecture de la note qui vous concerne et trouvée sur vous dans la prison ; on a également saisi sur vous divers objets, frf avez- vous pas répandu des écrits et proclamations à l'approche de juillet 1833?
(Silence.) C'est ce que l'accusation vous reproche; ces proclamations étaient de nature à seconder vos projets. On trouve dans votre agenda que vous déclarez que Berger viendrait, le 26 juillet, pour le
Îrand banquet. Qu'entendez-vous par là ? .'accusation dit que cela signifie le grand
projet. N'avez-vous pas fait faire, à cette époque, deux habits militaires et acheté
une épée? Etiez-vous militaire de la
garde nationale.... que faisiez- vous de ces uniformes, de cette épée? (Môme silence de l'accusé.) Vous avez répondu que cette épée vous venait d'un Anglais, Williams, qui l'avait laissée chez vous. Vous avez aussi commandé un chapeau monté avec des plumes noires, et on a trouvé chez vous deux cachets, l'un à l'aigle, l'autre aux fleurs de lis. Pourquoi ces cachets? 11 est bien singulier que vous en avez deux si différents. Vous avez, à l'approche du "signal, fait une distribution de papiers. N'avez-vous pas eu ou dû avoir un rendez-vous avec Berger, près du 28 juillet? N'avez-vous pas écrit à Lyon ? N'avez-vous pas fait faire plusieurs fois votre portrait avec des insignes particuliers et de différentes manières? Le coup projeté n'a pas pu avoir lieu ; n'avez-vous pas alors été habiter hors barrière? (Au lieu de répondre, l'accusé- prend des notes).
M . le président ; On vous reproche d'avoir eu des liaisons avec des journaux d'une couleur opposée à la vôtre. (Signe négatif de l'accusé.) On a saisi chez vous une presse; qu'en faisiez-vous? Vous avez déclaré que ce n'était pas une presse: il est vrai que ce n'est pas une presse complète, mais elle peut servir et vous avez dû en user ; c'est ce qui a été reconnu. On a saisi un poignard.
M. de Richemont : Je voudrais voir le procès-verbal de la saisie du poignard:
car on a saisi en même temps une maincourante qui explique la note; on Ta supprimée, et on a gardé le poignard qui pouvait me compromettre.
M. le président : Vous serez satisfait ; la pièce que vous demandez vous sera remise.
M. le président adresse encore quelques questions à l'accusé sur sa coopération aux écrits incriminés ; il déclare ne connaître que le manuscrist.
M. le président : Eh bien ! dites la vérité relativement à ce manuscrit.
M. de Richemont : Je vous en parlerai dans ma défense.
M. le président : Vous êtes l'auteur de la pièce Jean Bonhomme (la Pastorale), et c'est Boucher-Lemaistre qui Ta fait imprimer : elle a été distribuée, et on en a trouvé un grand nombre chez Asselin.
Cette pièce est incriminée comme contenant une offense à la personne du roi.
M. Aylies : Nous ferons remarquer que les indications de l'amenda,- relatives à la distribution de la pièce, n'ont pas été
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désavouées par l'accusé dans l'examen qu'il a fait tout à l'heure.
M. de Richemont : Je n'ai rien désavoué, je n'ai signalé que des surcharges : je m'expliquerai dans ma défense.
M* Piston : Nous n'avouons pas l'identité.
M. le président interpelle l'accusé relativement aux autres pièces également incriminées. (L'accusé se tait.)
M. le président : Ces écrits ont été aussi distribués et envoyés à M. le préfet de police avec des mots insultants au bas; ils partent de la même source que la Pastorale dont vous ne pouvez pas nier être Fauteur.
Indépendamment de ces délits on vous reproche des escroqueries. Connaissezvous depuis longtemps M"* de Grigny et sa nièce? sous quel nom êtes- vous entré chez elles? Elles ont dit que vous étiez connu sous celui de colonel ; mais vous y preniez celui de comte de Saint-Julien. N'a-t-on pas, lors de votre arrivée, fait répandre le bruit de la présence de Louis XvU? N'avez-vous pas, à l'aide de votre faux nom, escroqué une partie de la fortune de ces dames? D'où tiriez- vous l'argent que vous dépensiez? Vous viviez très-largement. Qui vous procurait ces ressources? Votre agenda prouve que vous avez fait de trèsfortes dépenses pour la femme Du rut, et aue vous receviez des sommes de Lyon.
(L'accusé, pressé de répondre, ne dit rien.) Comment se fait-il que le bruit s'est répandu à Lyon que vous viviez aux dépens de M** de Grigny? Un individu, votre homme d'affaires, a fait à Lyon des placements pour vous ; d'où cela vient-il? De tout cela, la prévention tire la conséquence que vous avez commis des escroqueries.
M. le président, à Boucher-Lemaistre :
îFavez-vous pas coopéré à l'impression et à la distribution de fa Pastorale?
M. Boucher-Lemaistre : M. de Richemont a pu dire ce qu'il voulait. Son agenda est surchargé, il est donc possible que mon nom ait été ajouté. En outre, on n'y trouve que le nom de Boucher, et moi je me nomme Boucher-Lemaistre.
— D. Mais vous connaissez M. de Richemont?
— B. Cela n'est pas un motif. La perquisition a été faite chez moi avec beaucoup d'illégalité : on l'a faite en mon absence, et on n'a pas dressé d'inventaire régulier. On a très-bien pu ajouter des pièces reprochables aux pièces qui ont été saisies chez moi.
M. Aylies : Avez-vous eu occasion de
faire imprimer les Mémoires du due de Normandie*
— B. Oui.
— D. De qui les teniez-vous?
— /?. D'un inconnu.
— D. Avez-vous fait faire son portrait?
— B. Oui.
— D. Qui vous en avait chargé?
— B. Le même inconnu.
M. le président, à Asselin : On a saisi chez vous 60 exemplaires de Jean Bonhomme?
Asselin : Ils m'ont été donnés dans la rue Dauphine par un homme qui les distribuait dans la rue.
— D, Pourquoi en aviez- vous mis quatre dans votre portefeuille?
— B Je ne peux pas dire cela devant messieurs les jurés. Je voulais en faire servir quelques-uns pour les papillotes de ma femme.
M. le président, à Colliard : Avez-vous fait autographier les écrits?
— B. Non, jamais; je ne me suis jamais occupé d'écrits politiques. Je ne connaissais pas M. de Richemont. Je déclare que mes opinions sont telles qu'on ne peut me soupçonner.
— Z). On a cru reconnaître la main...
— B. Cela est impossible ; on ne peut, à coup sûr, après autographie, reconnaître la main qui a écrit le papier préparé.
M. Aylies : Avez-vous travaillé pour M. Hullin en 1830?
— B. Oui.
Après cet interrogatoire, M. le président est passé à l'audition des témoins. Plusieurs d'entre eux sont persuadés, et le disent franchement, que Louis XVII n'est pas mort. M. Andryane est également appelé; sa présence et sa déposition éveillent une touchante sympathie : c'est àM. Andryane que le soi-disant baron de Richemont s'était présenté comme le duc de Normandie et comme un ancien compagnon de captivité dans la prison de Milan. Nous ne transcrirons pas ces dépositions, ni les interpellations faites à M. le baron de Richemont, auxquelles elles ont donné lieu, parce que l'interrogatoire précité, le discours de M. le procureur-général et le jugement suffiront pour faire connaître l'affaire de ce faux Louis XVII. Cependant,
Quoique nous ayons déjà fait connaître les épositions si intéressantes du principal témoin, M. Lasne ou Lashn, en terminant ce que nous avons écrit sur l'autre faux Louis XVII, Nattndorff, nous croyons devoir la rapporter encore ici, et les paroles qu'elle a provoquées, parce que nous pensons que l'on ne saurait trop répéter tout
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ce qui se rattache au fait, malheureusement trop vrai, de la mort de Louis XVII au Temple.
On appelle M. Lasne. L'émotion la plus vive est excitée par ce vieillard, peintre en bâtiments, ancien soldat aux gardesfrançaises. C'est la personne qui a été chargée de garder au Temple le Dauphin, fils de Louis XVI, et entre les bras duquel cet enfant a rendu le dernier soupir. (Mouvement général d'intérêt.)
M. Lasne parait avoir maintenant de 75 à 80 ans. Il dépose ainsi, au milieu du plus profond silence :
« Deux individus se sont présentés chez moi en me parlant du Daupnin ; l'un s'est assis d'un air délibéré; ils ont voulu me persuader que le Dauphin avait été enlevé dans un cheval de carton; mais moi je leur ai bien démontré que le Dauphin était mort entre mes bras. » (Mouvement.)
M. le président : A quelle époque avezvous été préposé à la garde du Dauphin?
— R. En fructidor an III (août et septembre 1795).
— D. Etait-il malade quand vous êtes arrivé?
— R. Depuis deux mois. Un nommé Laurent avait gardé le prince, et, sans pourtant le frapper, il le négligeait, le laissait sans soins et dans un état de saleté extraordinaire. Le Dauphin est resté dans un état bien grave quelque temps. Plus tard, j'ai averti le gouverneur que l'enfant était très-malade ; alors on envoya un médecin pour le voir. On me disait que, si je donnais des soins au Dauphin, on me considérerait comme un royaliste; mais moi je répondis : « On fera ce que Ton voudra, on me renverra si l'on veut : je fais le bien, ça m'est égal. »
Le médecin qui vint commanda un traitement ; il consistait dans des gouttes de potion. Le premier jour l'enfant repoussa cette potion à trois reprises différentes; alors le médecin lui dit : a Vous croyez donc cette potion empoisonnée? Eh bien, je vais la boire ! » Et il la but. L'enfant lui dit : « On a donc juré que je la boirais aussi ! a Ce qu'il fit. Il n'y avait que le Dau-
f>hin qui pût faire une réponse pareille. Nouveau mouvement.)
Le système du médecin a duré pendant huit jours ; au bout de ce temps ce médecin est mort. M. Pelletan fut appelé, on suivit le même régime, et l'enfant, au bout de neuf mois, est mort sur ces bras... (Sensation prolongée.)
M. le président : Arrivait-on facilement jusqu'au prince?
— R. Il fallait monter trois étages ; il
a était au troisième dans la cour; il fallait ! passer par les cours et par un guichet; je I n'ouvrais pas avant d avoir reconnu les
Sersonnes qui venaient : il y avait un poste e trente hommes.
— D. Avez-vous causé avec l'enfant?
— R. Tous les jours.
— D. Sur quels objets ?
— R. Jamais que sur des sujets sérieux et graves. Ces conversations ont laissé des souvenirs profonds chez moi. Jamais il n'entamait la conversation. Il avait beaucoup d'intelligence; je surprendrais l'auditoire si je voulais dire ce qu'il me disait. Je le promenais tous les matins sur la terrasse, et je le tenais par le bras parce qu'il avait une tumeur au genou.
M. le président : On prétend que c'était un enfant changé, et qu'on avait apporté l'enfant que. vous avez soigné dans un cheval de carton, dans lequel on avait remporté l'autre.
— R. Tout cela est faux, je le déclare. J'avais été à même dé connaître le Dauphin ; j'étais soldat dans les gardes françaises, je faisais partie de la 4e compagnie; je fus nommé capitaine, et quand je montais aux Tuileries je voyais M. le Dauphin, que je connaissais parfaitement; ainsi, je ne pouvais pas être trompé. J'ai été condamné à mort par MM. Robespierre, Saint- Just et autres, et le 9 thermidor m'a sauvé la vie.
— Z). Quand vous êtes entré au Temple, avez-vous reconnu le prince?
— R. Oui, celui que je voyais aux Tuileries, j'en suis certain.
M. Âylies : Cette déclaration est trop importante pour que nous ne vous demandions pas d'en contrôler toutes les dépositions.
Ce magistrat donne lecture des actes officiels qui, en raison du caractère et du patriotisme de Lasne, le chargent de la garde du jeune Daupnin, et des actes qui ont suivi. Tous ces actes se trouvent en concordance parfaite avec tous les détails que le témoin a donnés.
« Ainsi, dit M. Aylies, les souvenirs du témoin sont d'une exactitude remarquable. »
M* Piston ; Est-ce avant ou après Simon crue le témoin a été gardien?
M. le président : C'est après.
M* Piston : Des témoins déposeront que Simon a favorisé l'évasion. La femme Simon en a déposé.
M. le président ; Elle n'a rien déposé.
M9 Piston : M. Rémusat le dira. (Mouvement.) Ensuite le médecin qui le premier a soigné l'enfant n'est pas mort nuit
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jours après, mais le lendemain de son entrée au Temple.
Le témoin : Huit jours, j'en réponds.
M* Piston: On cite la maison où ont été déposés les deux millions donnés pour l'évasion.
M. le président : On ne cite rien du tout.
Jf Piston : Avant d'entrer au Temple, M. Lasne avait-il vu le prince?
— B. Oui.
— D. De très-près?
— D. Assez pour le reconnaître parfaitement.
M* Piston : Il est évident, d'après les pièces, que le médecin est mort le lendemain et non huit jours après.
M. Aylies : Les pièce» sont officielles.
M, le président : Vous avez été visité, et on vous a promis de vous faire voir le Dauphin dans trois jours ; reconnaissez-vous quelqu'un?
Le témoin, Rapprochant de Richemont, dit : « C'est celui que j'ai vu chez M. le juge d'instruction. »
M. le président ; Oui, mais chez vous?
— R. Je ne sais trop, c'est cela pour la taille; il était accompagné d'un grand monsieur maigre qui se disait son avocat.
M. le président : Le témoin aurait peutêtre chez le juge d'instruction reconnu l'accusé à la voix, mais il a refusé de parler.
M. de Richemont : J'avais une extinction de voix. (On rit.)
M. le président» au témoin : A quelle époque est-on allé chez vous?
Le témoin : Il y aura un an au mois de décembre.
M* de Richemont: Ce n'est pas moi, puisque J'étais en prison.
M. Aylies : N'équivoquons pas sur les époques; la visite est constatée par trois témoignages.
M. Laine : Quand j'ai déclaré à ces deux Messieurs ce que je savais, ils ont dit : o Le brave homme, il dit ce qu'il pense, mais il a été trompé. »
M. le président : C'est au mois de septembre qu'a eu lieu la comparution devant le juge d'instruction , mais la visite avait eu lieu avant.
M. de Richemont : Pourquoi serais-je allé chez Monsieur?
M. le président : Cela se rapporte parfaitement avec vos notes, qui démontrent que vous t faisiez des recherches sur tous ceux qui avaient pu connaître le Dauphin.
M0 Piston ; Comment le véritable Dauphin, qui se serait enfui avec Simon, aurait-il été s'adresser à Lasne?
M. le président : Pour lui faire changer de langage.
M* Piston : Cela n'est pas possible.
M. le président : Vous plaiderez cela.
Un Juré : Quel âge aurait le Dauphin?
M. le président : Il est né en 1785. Il est mort à aix ans et quelaues mois.
L'accent de ce vieillard, son émotion lorsqu'il rappelle les soins prodigués par lui au jeune prince et sa triste fin, portent le cachet de la vérité ; il excite au plus haut point l'intérêt de tous ceux qui l'ont écouté.
Un incident burlesque interrompit momentanément le cours des débats : dans l'audience du 31 octobre, M. Morel de Saint-Didier, demeurant rue du Rac, passage de l'Industrie, se présente à la Cour d'assises ; il insiste vivement pour être admis à déposer, et vient, dit-il, en vertu de pouvoirs spéciaux, réclamer et protester contre le titre de duc de Normandie usurpé par M. Henri Hébert. M. Morel de Saint-Didier agit au nom de son client, Charles-Louis de Bourbon, véritable et seul duc de Normandie (connu sous le nom de Nalîndorflf) ; l'accuse Henri Hébert est donc un fourbe, un imposteur.
On fait remarquer à M. Morel de Saint- Didier que, puisque son client revendiquait un nom, il devrait au moins le connaître ; or, le fils de Louis XVI s'appelait Louis- Charles et non pas Charles-Louis.
Après cet épisode, l'accusé devient plus explicite; il avouo son identité avec l'homme connu à Rouen sous le nom d'Hébert, récite longuement la fable imaginée pour faire croire à l'enlèvement du Dauphin dans un cheval de carton. Depuis cinquante ans, il est persuadé, dit-il, que Louis XVII n'est pas mort. Il ne dit plus :je suis, mais il dit ije crois être le Dauphin, et proteste de sa bonne foi.
Ces incidents vidés, M. Aylies, avocatgénéral, a a parole :
« Messieurs, la patience, vousa-t-ondit, est un des premiers devoirs du juge ; vous l'avez bien compris, car vous venez d'en donner un grand exemple par l'attention soutenue que vous avez prêtée à tous ces débats. Grâces vous en soient rendues, car notre tâche devient plus facile ; elle se simplifie encore quand nous songeons que nous ne pouvons éprouver aucune inquiétude sur l'impression générale que vous avez éprouvée. Hommes de bon sens, d'ex-
{)érience et de probité, vous aurez réduit à eur juste valeur toutes les extravagances qui forment le fond de cette affaire. Que penser, en effet, de la grande pensée qui soutient l'accusé, pensée maintenant avouée
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et plus digne, il faut le dire, de pitié que de colère !
« Et à côté de cette prétention dérisoire, que penser de ces divers dévouements qui sont venus se produire devant vous ! Les uns prouvent jusqu'où peut aller la crédulité la plus simple et ta plus ridicule ; les autres vérifient cette leçon de l'expérience, qu'il n'y a pas d'intrigues odieuses qui ne puissent trouver de partisans.
« Et au milieu de tout cela, un homme, dont nous ignorons la mission, souillant à plaisir le feu de la discorde, et répandant avec une incroyable persévérance le brandon de la guerre civile !
«Et puis au bout de ce rôle si odieux, de honteuses spéculations !
« Voilà, Messieurs, cette affaire sous l'aspect général ; mais si grave que puisse être l'impression qui résulte des faits qui se sont déroulés devant vous, il faut vous reporter aux points de vue spéciaux qui forment le procès. »
Après cet exorde, M. l'avocat-général entre dans la discussion des divers chefs d'accusation dirigés contre chacun des accusés. Il commence par repousser l'idée que l'accusé puisse, môme de bonne foi, se croire le fils ae l'infortuné Louis XVI.
a Dans le principe, dit-il, l'accusé avait voulu, pour donner sans doute plus de poids à sa singulière prétention, se retrancher dans une espèce de dignité affectée ; mais depuis, nous l'avons vu se défendre avec beaucoup de sens et d'habileté ; c'est un homme capable que l'accusé : il n'a pas pu être dupe de lui-même. (Sensation). »
M. l'avocat-général soutient que l'accusation de complot est démontrée autant que possible par la présence de l'accusé Richemont à Paris dans le mois de juillet 1833, à Lyon, à l'époque de l'insurrection, par la correspondance et l'agenda, et par les proclamations qui, on ne peut plus en douter, sont évidemment son œuvre ; l'épisode de Berger est une fable : Berger existe, l'accusé le sait, et c'est en vain qu'il a voulu reporter sur la police une provocation dont il n'a jamais été l'objet.
M. Aylies passe ensuite aux délits de presse ; il donne lecture des écrits dont nous avons déjà fait mention ; il appuie notamment sur une pastorale intitulée : Jean Bonhomme, et sur une pièce dans laquelle on remarque cette phrase, qui excite une grande hilarité dans l'auditoire, notamment au banc des avocats :
« Il n'y a rien d'égoïste comme les épiciers, les marchands d'huile, les gardes nationaux, le bétail législatif et les avocats. » M. l'avocat-général soutient que
Boucher-Lemaistre et Asselin sont cou-
Î>ables de distribution, mais il abandonne 'accusation à l'égard de Colliard.
Passant au chef d'escroquerie, M. l'avocat-général en puise les éléments dans les profusions de l'accusé, quand rien n'en révèle la source ; dans les manœuvres de l'accusé, pour captiver la crédulité de ses dupes, de l'accusé se parant du titre mensonger de duc de Normandie, et exploitant habilement, pour colorer cette fable grossière, les indices les plus minutieux et les circonstances les plus minimes. Il les puise enfin dans sa présence au château de Lafrétat, et dans les sommes d'argent qu'il aurait soutirées aux dames de Grigny et de Louvat qui l'habitaient, en se donnant pour Louis XVII.
Il n'y a pas eu d'escroquerie, dit-on, parce que personne ne se plaint. Qu'im-
Eorte, s'il y a eu manœuvre frauduleuse? e ministère public doit agir au nom de la société
a Voilà les faits, ajoute M. l'avocat-général. Mais, dira l'accusé, si je suis Louis XVII il n'y a plus escroquerie. Cela est vrai ; aussi est-ce là le dernier asile, l'asile suprême où la défense pourra se réfugier ! Mais s'y réfugiera-t-elle victorieusement? Ah ! Messieurs, faut-il examiner ces preuves dont on avait tant parlé ? quelles sont-elles? La lettre de Qiazal? Mais cette lettre, ainsi que nous l'avons fait remarquer dans le cours des débats, ne signifie rien; disons mieux, elle prouve une seule chose, c'est qu'à cette époque il y avait, comme aujourd'hui, des intrigants qui voulaient exploiter le nom de Louis XVII.
« La conviction tenace de M. Morin, qui lui-même dans un temps a passé pour Louis XVII? (On rit.) Le témoignage de la femme Simon? Mais qui ne sait que cette femme, dans les dernières années de son existence, n'était plus en possession de ses facultés intellectuelles? H y a plus : ce qui prouve la fausseté des fables qu'on invente, c'est la conduite du duc de Bourbon, qui. s'il eût facilité l'évasion du prince, n'eût pas manqué de réclamer ses droits en 1814.
« Et maintenant, faudra-t-il vous dire qu'au moment où le Dauphin expirait an Temple, à côté de Lasne se trouvait le commissaire Damon; qu'il y fut retenu jusqu'à l'arrivée d'un autre commissaire qui, comme Damon, l'avait vu antérieurement aux Tuileries; qu'ils constatèrent son identité ; qu'il en fut -de même des docteurs Pelletan et Lassus, Lassus qui avait été le médecin des dames Elisabeth et Vie-
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toire, tantes du Dauphin. En voilà assez pour démontrer tout ce qu'il y a de grossier et de ridicule dans la prétention de l'accusé.
M. l'avocat-sénéral termine en disant qu'il persiste dans toute l'accusation, et notamment sur les délits de presse.
Résumé de M, le président.
. a Messieurs, quel est l'accusé qui se trouve aujourd'hui devant vous? Quel est son véritable nom, son origine, sa famille, sa conduite, ses antécédents, sa vie tout entière? Serait-ce un de ces artisans de discorde, ardent à jeter le trouble pour en irer parti, s' adressant aux sentiments religieux des uns, aux sympathies politiques des autres? Serait-ce un instrument des ennemis de la France, cherchant à porter partout la guerre civile, dans le dessein de favoriser de honteuses spéculations ?
« Ne serait-ce qu'un infortuné sauvé comme par miracle des horreurs d'une sanglante révolution, proscrit, frappé d'ànathème par sa naissance elle-même, ne trouvant plus de nom, ni d'asile pour reposer sa tète? ou ne serait-ce qu'un homme placé sous une préoccupation fâcheuse? C'est un point, Messieurs, sur lequel nous appellerons votre attention. »
Ensuite, dans un résumé qui a duré plus de deux heures, M. le président a re-
Î produit avec la plus grande impartialité es moyens de l'accusation et de la défense. Ce résumé a été, d'unboutà l'autre, écouté avec la plus scrupuleuse attention et le plus vif intérêt. #
A trois heures moins un quart, le jury est entré dans la chambre de ses délibéra-, lions.
Après trois heures de délibération, le jury est rentré en séance et a déclaré l'accusé principal coupable sur tous les points, excepté sur le chef de complot contre la vie au roi et sur celui d'escroquerie.
La cour l'a condamné, le 5 novembre 1834, en conséquence, à douze années de détention.
L'accusé, qui était un petit homme, d'une figure et d'une tournure assez communes, n'ayant aucun rapport de ressemblance avec la famille des Bourbons, a, pendant toute la durée de son procès, montré du calme, de l'adresse, de la sensibilité, et persisté dans son dire de se croire fils de Louis XVI, et il a écouté sa condamnation sans proférer un seul mot.
Seulement, en se retirant, il a dit: « Celui
3ui ne sait pas soulfrir n'est pas digne es honneurs de la persécution ».
On ji'a pu connaître, comme on a dû le remarquer, le véritable nom de Richemont et la famille à laquelle il appartient ; il profitait de cela pour dire à ceux qui le repoussaient pour nls de Louis XVI : « Si je ne le suis pas, dites donc qui je suis ? » C'est le même langage que l'on a entendu sortir de la bouche de son concurrent et successeur en imposture, M. Naundorff, langage bien digne d'aventuriers de ce genre.
« Si l'on désire connaître mon opinion « sur cet homme, dit M. Gisquet, je dirai « que c'était un adroit coquin, un hypo- « crite fieffé, jouant avec habileté le rôle « qu'il s'attribue pour jeter la division « dans le pays, créer des embarras au a gouvernement français, s'enrichir des lice béralités de ses dupes, et gagner les « fonds secrets de la puissance quelcon- « que dont je le crois 1 instrument. »
M. Henri Hébert subissait sa peine à Sainte-Pélagie. Ses manières toujours polies, sa docilité, son apparente résignation avaient un peu relâché la surveillance dont il était 1 objet. 11 occupait, avec d'autres détenus les plus dignes de ménagement, un petit corps de logis distinct, lorsque, le 19 août 1835, la négligence d'un gardien ou la corruption lui permit de s'évader avec un carliste condamné dans l'affaire des Prouvaires et un républicain condamné de juin ; ils se rendirent en Belgique. Ses compagnons de voyage sont rentrés en France comme amnistiés : j'ignore ce qu'est devenu le prétendant au trône de saint Louis.
Ici s'arrête la biographie de M. Henri Hébert que nous a donnée M. Gisquet ; nous allons la continuer.
M. Henri Hébert s'évada donc de Sainte- Pélagie, avec deux autres prisonniers politiques, MM. Rossignol, condamné dans l'affaire de juin, et Couder, condamné dans l'affaire de la rue des Prouvaires (1), le 19 août 1835, à huit heures du soir, et s'enfuit à l'étranger : « Je passai à l'étran- « ger, dit-il, dans une retraite absolue, « les années 1836 et 1837, et, dans l'année « 1838, je me rendis à Lyon. A peine y « étais-je arrivé, au'un fonctionnaire m'y « reconnut et en ut son rapport au pro-
(4) C'est ce dernier qui, s'étant emparé d'une clef de la porte principale, hors de service, et qui la répara, offrit aux trois prisonniers les moyens de s'évader. Voyex l'explication curieuse qu'en donne M. Henri Hébert, dans son « Mémoire d'un contemporain »,
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« oureur-général. Ce magistrat, qui était « le président des assises de la Seine Lare « de mon procès (en 1834), crut devoir a faire connaître ma présence à Lyon au ce garde-des-sceaux, qui répondit de la ma- « - nière suivante : a Quant au baron de a Richemont, tant qu'il ne réclamera rien, * tant mil n'écrira rien dans les journaux « et au il ne bougera pas, laissez-le tran- « quille. » Ayant été informé de cette ré- « ponse, je me rendis à Paris, et m'y étaa mis comme par le passé (1). »
Le héros de cette Notice nous apprend, dans son Mémoire d'un contemporain , qu'en 1839 il fit la connaissance ae M. le comte de Bruges, ancien aide de camp de Charles X, ancien chancelier de la Légion d'honneur et lieutenant-général en retraite. Il le mit au courant de quelques particularités qu'il ignorait, et écrivit à M. de Blacas, attaché aux princes exilés ; M. de Blacas lui enjoignit alors, d'après les ordres de la duchesse d'Angoulême, d'avoir à faire procéder à une enquête, pour s'assurer si la personne dont il parlait était bien le fils de Louis XVI, et en rendre compte à S. A. R. L'autobiographe ne veut pas avoir connaissance qu'après plusieurs autres imposteurs, qui avaient déjà essayé de se faire reconnaître par la fille de Louis XVI, un compétiteur de M. Henri Hébert, l'horloger Naundorff; avait déjà envoyé, en 1834, M. Morel de SaintrDiaier, comme son commissaire près de cette princesse, qui n'avait eu d'autre réponse à lui faire qu'à hausser les épaules sur le dire de cet audacieux fourbe. Et la princesse aurait eu plus de croyance dans le fils du boucher ! Quoi qu'il en soit, l'enquête eut lieu, affirme notre héros, et elle eut pour commissaires : du côté de la princesse : M. le comte de Bruges et M. le vicomte Bourchenu, maréchal des camps et armées du roi...; et du côté de S. A. R. Monseigneur Henri Hébert, le condamné de 1834 : 1° M. le chevalier d'Auriol, ancien introducteur des ambassadeurs et des princes étrangers près du comte d'Artois, avant la Révolution et depuis l'élévation de ce prince au trône, sous le nom de Charles; M. d'Auriol, dont nous aurons l'occasion de reparler plus tard, homme d'esprit, mais légitimiste de cœur et facile à entraîner par suite de ses convictions, avait, dans cette intrigue, et de la meilleure foi du monde, accepté le rôle de dupe, ainsi qu'il Ta reconnu plus tard ; 2° M. Morin de Guerivière ; 3° M. Chamblant, opticien : ces deux.derniers, compères ou rau-
(1) Mémoire d'an contemporain, p. 449-20.
teurs de M: Henri Hébert. Des témoins furent entendus ; le pseudo-dauphin répondit, dit-il, à toutes les questions qui lui furent adressées à ce sujet ; des certificats furent produits. L'enquête, ainsi composée, ne pouvait qu'être favorable au demandeur. Le travail allait être clos et promptement expédié à Goritz, lorsque la mort du duc de Blacas et les ordres de la duchesse d'Angoulême vinrent suspendre cette opération fl). M. de Blacas a ainsi emporte au tombeau l'avenir de M. Henri Hébert. C'est la manière habituelle de tous les imposteurs d'en appeler aux témoignages de personnes qui n'existent plus : il Vy a plus7 de démentis possibles, croient-ils, et leurs dires doivent faire foi. .
M. Henri Hébert intriguait toujours, mais dans l'ombre; et, quoique l'ombre soit
Eus favorable aux coupables menées que grand jour, son action était amoindrie.
Aussi vit-il paraître avec joie l'ordonnance royale d'amnistie, du 27 avril 1840, conçue en ces termes : « Louis-Philippe, roi des Français, etc. : — « Art. 1er. L'amnistie accordée par notre ordonnance da 4 mai 1837 est étendue à tous les individus condamnés, avant ladite ordonnance, pour crimes et délits politiques, au'ils soient on non détenus dans les prisons de l'Etat, etc. » Se trouvant évidemment au nombre de ceux que cette ordonnance concernait, M. Henri Hébert cessa de se tenir caché; il put librement intriguer de nouveau, rançonner ses niais contribuables et s'en créer de nouveaux.
En juin 1840, la police ayant cru reconnaître dans M. Henri Hébert un Claude Perrin, qui avait subi en province quelques condamnations par suite d'escroqueries, le fit arrêter; mais l'identité entre l'ancien banqueroutier de Rouen, avant 1830, et Claude Perrin, n'ayant pu être établie, il fut relâché après ôuarante heures passées à la Préfecture de police. Ce fut à l'occasion de cette arrestation que le journal « le Droit », dans son numéro du 18 juin de cette année, donna la note suivante : « Le baron de Richemont, oui s'est acquis quelque célébrité en Cour d'assises comme prétendant à la couronne de France, sous le titre de Louis XVII, duc de Normandie, a été arrêté hier à Neuilly (2),
(4) Mémoire d'an contemporain, p. 120.
(2) IL y avait erreur dans cette assertion. II. lleni Hébert, qui a réclamé aussitôt sa mise en liberté près de plusieurs journaux, et même par sommation jôdiciaire près de deux d'entre eux, « le National » et la « Gazette de France » , nous apprend que ce rat qaai Valmy, n° 45, mais il se garde bien de nons dire que
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pour rupture de ban, en vertu d'un mandat du préfet de police. Ce n'est pas à raison de ses antécédents politiques que M. de Richemont était recherché. Mais il paraît qu'il a subi en province, par suite d'escro-
?ueries, sous le nom d'Hébert et de Claude errin, plusieurs jugements oui le soumettent à la surveillance, et c est sous ce dernier nom qu'était le mandat en vertu duquel il vient d'être arrêté. Cet homme, dont la vie a été si singulière et si agitée, est entièrement paralysé et peut à peine marcher. Il se défend d'être l'individu connu sous le nom de Claude Perrin, et, paraissant avoir renoncé à ses prétentions politiques, il s'occupait de créer une compagnie d'assurances oui aurait pris pour titre : La Bonne Foi (1). Il a été ecroué au dépôt de la Préfecture ». Le pauvre homme ! il démentit tout dans les journaux : et sa condamnation, à Rouen, comme banque* routier, sous le nom de Henri Hébert, et sa prétention à la couronne de France, a ce qui n'eût été que ridicule (2). »
M. Henri Hébert, quinzième fils de Louis XVI, poursuivait toujours l'idée de se faire reconnaître par la duchesse d'Angouléme. Il fallait bien que l'enquête de 1839 eût un résultat; il fallait triompher du mauvais vouloir de la princesse, qui s'obstinait à croire son frère mort, tandis que quatorze précédents fous et fourbes avaient successivement cherché à établir le contraire. Celui dont nous nous occupons a apporté la plus longue persistance et ne se décourage pas encore. Et pourquoi se découragerait-il? tant qu'il pourra trouver des simples et des niais, son industrie ne doit-elle pas lui produire?
H. Henri Hébert nous a raconté lui-même (3) ses diverses tentatives près de la noble fille de Louis XVI, qui repousse ce nouveau frère de hasard, comme elle a repoussé les précédents. En 1816, il se présenta à la duchesse d'Angoulème dans les jardins de Versailles, et elle lui parla avec autant de dureté que d'injustice aussitôt quelle le reconnut. Le 2 août 1830, il écrivit directement à la princesse pour l'engager à rendre un témoignage public de son existence, et à remettre entre les mains du gouvernement provisoire les documents qu'elle devait avoir concernant sa per-
ce fat an domieile de son émissaire le pins zélé, M. Horiû de Guerivière.
(1) Dénomination charmante pour un faiseur de dupes.
<«) « National > da 9 août 1849.
(3) Mémoire d'nn contemporain, p. 189.
sonne, et particulièrement les papiers saisis sur lui en 1818, et qui avaient au lui être adressés, au moins par duplicata, de la chancellerie de Vienne; il l'avertissait qu'il allait de son côté faire remettre au gouvernement provisoire une demande tendante à se faire reconnaître pour le fils de Louis XVI, afin de pouvoir porter son nom et vivre dans sa patrie. Il terminait sa lettre par cette pensée, qu'Userait heureux de devoir au moins à sa sœur l'acte de justice qu'il réclame d'elle. Cette lettre obtint la seule réponse raisonnable : elle resta sans réponse.
Notre pseudo-dauphin ne se rebuta pas.
En 1840, il détermina le trop crédule M. le chevalier d'Auriol à se faire son commissaire près de la duchesse d'Angoulôme, comme l'avait été six ans auparavant M. Morel de Saint-Didier pour un autre dauphin, non moins authentique que M. Henri Hébert, l'horloger Naundorff, pour plaider son identité. Le chevalier d'Auriol partit le 11 août 1840 pour se rendre à Kirschberg, où était la princesse. Il fut, comme attaché à l'ancienne cour, reçu avec bienveillance ; mais, au premier mot de sa mission, au nom du soi-disant baron de Richemont, la princesse répondit : Mon frère, M. le chevalier, mais il est mort! Mon frère, M. le chevalier, est mort au Temple, j'en ai la certitude; et V homme dont vous me parlez n'est qu'un imposteur de plus à ajouter à ceux qui ont déjà paru, (historique.) Soit que M. le chevalier d'Auriol ne fût pas aussi convaincu que la princesse, ou qu'il voulût s'acquitter loyalement de la mission extravagante dont il s'était chargé, il insista près de la fille de Louis XVI, et cela dans la crainte d'un remords possible pour elle, pour qu'elle choisît des commissaires qui iraient sur un terrain neutre conférer avec son mandant. La Suisse fut proposée par M. le chevalier d'Auriol ; mais la princesse, qui savait à quoi s'en tenir, trouva l'entrevue demandée parfaitement inutile.
(historique.) Les tentatives de notre im-
I)osteur, en 1840, ne se bornèrent pas à a visite de M. le chevalier d'Auriol à la duchesse d'Angoulème. Le 2 septembre de la même année, M. le chevalier d'Auriol adressa encore à M. le comte de Montbel une lettre qu'il avait reçue la veille du soidisant Dauphin. Cette lettre renfermait le résumé de sa vie, depuis son évasion du Temple jusqu'en 1830. Elle fut reçue par le comte au château de Kirschberg le 11 septembre, et remise immédiatement à la duchesse d'Angoulème qui, après l'avoir lue, nous apprend M. Henri Hébert, | partit aussitôt pour Vienne, où elle conféra
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de son contenu avec le prince de Metternich (1).
Après son retour à Paris, M. le chevalier d'Auriol eut besoin d'écrire à M. le comte de Montbel, à Kirschberg, pour une affaire personnelle. La réponse se fit attendre ; le comte était en voyage : enfin elle arriva. Soit le hasard, ou la curiosité de voir le personnage dont il avait été question à Kirschberg quelques mois auparavant, M. le comte de Montbel était en Suisse, lieu que M. le chevalier d'Auriol avait indiqué pour l'entrevue entre le Dauphin et un commissaire de sa sœur. M. le chevalier d'Auriol engagea son futur maître à s'y rendre immédiatement ; mais celui-ci, auquel l'audace faisait défaut pour le moment, se dissimula en se drapant superbement et en lui répondant: que ce n'était pas à lui à aller au-devant de ces gens-là, que c'était deux avenir à lui. (historique.) Poussa-t-on jamais plus loin l'impudence !
A la fin de 1842, dix-huit mois après la double démarche qu'il avait fait faire en août et septembre 1840, par l'intermédiaire de M. le chevalier d'Auriol, il remit à M. le
duc de une note détaillée qu'il adressa
également à la duchesse d"Angoulême, qui lui fit répondre par M. le comte de Montbel ce qu'elle avait dit en 1840 à M. le chevalier d'Auriol (2).
Enfin, et pour n'avoir pas à se reprocher d'avoir négligé un seul moyen de faire connaître son existence à sa famille, il crut devoir adresser, le 15 novembre 1842, une lettre au duc de Bordeaux, et il avait tout lieu d'espérer que sa loyauté bien connue le déterminerait à lui faire une réponse (3).
De 1843 à 1847, nous perdons de vue M. Henri Hébert. Qu'a-t-il fait pendant ces années, sinon cherché à rendre son roman plus vraisemblable, en se faisant de nouveaux croyants, et tout à la fois de nouvelles dupes/ de nouveaux contribuables?
Nous le retrouvons dès le commencement de 1848 animé d'une prodigieuse activité. Le 22 mars, il se met sur les rangs {>our la représentation nationale, et voici a profession de foi qu'à cette occasion il fait imprimer :
« Plusieurs électeurs m'engagent à me présenter comme candidat aux prochaines élections, et m'offrent, pour cet effet, leur concours et leurs voix. Sensible à cette
(1) Mémoire d'un contemporain, p. 440.
(2) Mémoire d'un contemporain.
(3) lbid,p. 440.
marque de leur estime, j'accepte avec gratitude, dans la conviction que je ne resterai pas au-dessous de mon mandat.
« J'ai servi ma patrie, sous la République, jusqu'au jour où celle-ci fut sabrée par qui lui devait tout... Depuis cette époque, j'ai vécu dans la retraite et l'oubli. Homme de Juillet 1830 et de Février 1848. je suis fier d'appartenir à la nation héroïque qui vient a obtenir la Liberté, l'Egalité et la Fraternité, que le législateur des chrétiens avait prêchées et sanctifiées.
« Je voterai ponr les membres du Gouvernement provisoire. La France, et la capitale en particulier, leur doivent la plus grande reconnaissance pour les prodiges qu'ils ont opérés en faveur de l'État, évidemment préservé, par leurs soins et leur énergie, de l'anarchie et de la guerre civile.
« Indépendant par position, je consacrerai l'allocation accordée pour frais de représentation, à l'acquit de la dette contractée envers les caisses d'épargne, fonds que le pouvoir immoral, cupide et déprédateur qui vient d'être ignominieusement expulsé, avait, au mépris de tout ce qu'il y a de plus sacré, audacieusement dissipé, pour faire face à des exigences coupables toujours croissantes, et qui avaient justement alarmé la conscience et la probité publiques.
L'ex-baron de Richbmont, Condamné politique en 1834.
Par le temps d'élection qui court , nous n'eussions pas trouvé extraordinaire qu'un condamné à douze années de détention
{)Our conspiration et manœuvres fraudueuses fût élu à la représentation. Pourtant, notre prince de comédie en fut pour ses frais de profession de foi.
Deux mois plus tard, il faisait imprimer une pièce curieuse, une pétition aux représentants, pour qu'il leur plût de déclarer qu'il est plutôt le fils d'un roi que celui d'un boucher. Cette pièce résumait en même temps la fable sur laquelle il appuie ses prétentions, et à cause de cela, nous croyons devoir la reproduire ici.
Citoyens représentants, Le 12 juin 1795, un acte irrégulier en la forme, et notoirement frauduleux au fond, raya le fils de Louis XVI du nombre des vivants. L'autorité, qui commit cette audacieuse iniquité, fournit elle-même, et le même jour, une preuve flagrante de son mensonge et do sa complicité, par ses ordres écrits à des délégués de la Convention dans les départements, et par renvoi
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extraordinaire de commissaires chargés de faire arrêter un enfant enlevé de Paris la veille, et qu'elle désignait clairement comme étant le même que celui dont elle publiait officiellement la mort.
Depuis ce moment, la victime d'un forfait sans exemple s'est trouvée dans l'impossibilité absolue de protester d'une manière efficace et régulière.
Pour le soustraire aux recherches actives et incessantes de ceux qui paraissaient avoir tant d'intérêt à s'en emparer, celui qui avait fait enlever le fils de Louis aVI le fit entrer, secrètement et sous un nom modeste, dans les rangs de l'armée française, dont il partagea les travaux en Allemagne, en Egypte et en Italie, de 1797 à 1805 (1).
Le 12 décembre 1800, fut signé le fameux traité dans lequel les rois, tout en recevant le comte ae Provence comme partie intervenante, ne voulurent cependant le reconnaître qu'en qualité de régent, attendu, y est-il expressément stipulé, qu'ils savaient que le fils de son frère aîné avait été enlevé par fraude des prisons du Temple, et qu'il existait. Où sont les preuves que ce neveu soit mort depuis?...
Forcé de quitter la France après la chute de la République, le fils de Louis XVI se retira dans les Amériques, où il résida jusqu'en 1815.
Rentré dans sa patrie, et présenté à sa famille par celui qui l'avait sauvé, il eut,
(i) Pour être cru, il faut êlre vraisemblable et conséquent, deux choses que l'on ne rencontre jamais dans les assertions de M. Henri Hébert. Nous allons en fournir des preuves. On fit entrer secrètement le Dauphin, et sons un nom modeste, dans les rangs de l'année française. Mais, pour rendre toute vérification impossible, on tait ce nom modeste. A quel titre peut-on être admis dans l'armée à l'âge de doute ans (en 1797), sinon comme tambour, fifre ou timbalier ? Le Dauphin partagea les travaux de l'année de 4707 à 4805! Mais sa mémoire lui fait défaut, car, en 4843, pages 124 à 435 de son « Mémoire d'un contemporain », il nous dît que « en 4 797 il entra dans les rangs de l'armée française, et fit la campagne d'Egypte. D assista, en 1800, à la bataille de Marengo. Reçu froidement par Buonaparte, qui le connaissait, au moment où, en compagnie de Savary et de Rapp, il se présenta pour lui annoncer la mort de Desaix tué à ses côtés, il fut obligé de quitter l'armée, et se rendit à Paris auprès de Pouthé, à qui il avait été très-particulièremenl, recommandé. • Son arrivée à Paris eut lieu en 4800, et, toujours d'après le Contemporain, il s'embarqua en 4804 pour l'Amérique. Voilà donc les services du Danphin réduits de huit années à trois, et l'âge porté de douze à quinte ans, non comme tambour ni timbalier, mais comme ancien aide de camp de Kléber en Egypte, ainsi qu'il l'a avancé quelque parti Aide de camp à moins de quinze ans I
en mai 1816, à Versailles, une entrevue avec sa sœur, en présence du prince de Condé, des ducs de Berry et de Mou ch y, de la marquise d'Agout et de quatre pages encore vivants. Reconnu: mais repoussé par cette princesse, oui ne put tolérer en lui des principes totalement en désaccord avec les siens, ceux de sa famille et des alliés qu'il avait combattus, le fils de Louis XVI se vit contraint de s'expatrier de nouveau, après avoir, toutefois, protesté contre les traités de 1814 et de
Arrêté le 12 avril 1818, dans les Etats autrichiens, sur les instances de son oncle, Louis XVIII, le fils de Louis XVI fut retenu, plus de sept ans, au secret le plus rigoureux , dans les prisons d'Autriche, réclamant en vain sa liberté ou des juges, crime inouï, et qui suffît à lui seul pour mettre sur la trace de tant d'autres.
Mis en liberté après la mort de Louis XVIII et sur l'ordre exprès de l'empereur d'Autriche, le fils de Louis XVI parvint à pénétrer en France, malgré les obstacles opposés à son entrée et les mesures prises
§ar son oncle, Charles X, pour s'assurer e sa personne.
Aussitôt après son arrivée, il adressa à la Chambre des pairs, le 2 février 1828, une demande aux uns d'être admis à fournir ses preuves. Au lieu de permettre cette enquête, sa famille ordonna de le poursuivre, suivant les précédents employés à son égard.
Lors des journées de juillet 1830, il se trouvait à Paris, où il a été vu, soit parmi les opposants, soit à l'Hôtel do Ville, soit à la Chambre des députés, lors de la manifestation du 6 août, et le 12 du même mois, il protesta contre l'acte du 9 et tout ce qui s'ensuivrait.
En 1833, au moment où le fils de Louis XVI saisissait les tribunaux de sa demande en réclamation d'état civil, il fut arrêté pour le crime imaginaire de complot, et remis à la disposition de l'autorité judiciaire, qui, après plus de quatorze mois de détention préventive, le renvoya devant la Cour d assises de la Seine, ou il fut condamné, le 4 novembre 1834, à douze années de détention, non pour être ou n'être pas le fils de Louis XVI, question qu'on ne voulut jamais aborder (1), malgré ses in-
(4) Ce n'est que mauvaise foi. M. Henri Hébert n'a pas oublié le démenti formel que le respectable Lasne lui a donn-* sur sa prétendue filiation lors de son pro < ces en 1834, ni les flétrissantes paroles prononcées par M. Aylies, avocat-général, et par le président de la Cour d'assises : qu'au commencement de ce siècle il y
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stances réitérées, mais bien pour l'étrange motif d'avoir, pendant quatre ans, (ramé un complot tendant au renversement du gouvernement, avec des complices restes inconnus!... S'étant évadé de Sainte-Pélagie, le 19 août 1835, il passa à l'étranger, et ne revit sa patrie qu'après l'amnistie de 1840(1).
Le 1er nov. 1846, le fils de Louis XVI publia les Mémoires d'un contemporain, dont il dépose un exemplaire sur le bureau du président de l' Assemblée nationale, et dans lesquels sont relatés tous les faits qui le concernent, ainsi que les preuves à l'appui. Nul n'a encore osé démentir un seul de ces faits, ni aucune des terribles révélations qu'ils contiennent.
Le 29 février 1848, il envoya son adhésion à la République qui venait d'être proclamée.
Le 2 mars suivant, il adressa au gouvernement provisoire une réclamation pour lui rappeler que, s'il avait eu la puissance d'abolir la royauté, la noblesse, les privilèges et les titres, il devait avoir aussi celle de rétablir chacun dans ses droits civils et politiques. Il paraît que cette logique ne fut pas agréée par les membres de ce gouvernement, puisqu'ils crurent devoir faire une exception a ce sujet en gardant le silence.
Le fils de Louis XVI était personnellement connu de quelques-uns d'entre eux ; ceux-ci n'ignoraient ni les persécutions atroces qu'il avait eues à supporter, ni corn? ment il avait été traité chaque fois qu'il avait élevé la voix pour réclamer son état civil... Tout le portait donc à croire qu'ils répondraient avec sympathie, et prendraient souci de lui indiquer la marche à suivre; il n'en a rien été!... Il semble, en vérité, que le pouvoir soit destiné à tarir chez les nommes la source de tous sentiments généreux 1...
■ Représentants de la nation ! le fils de Louis XVI ne vient rien réclamer auprès de vous en vertu de droits surannés et de prétentions absurdes... Sa foi politique fut
avait en, comme aujourd'hui, des intrigants qui voulaient exploiter le nom de Louis XVII . Sur qui retombaient donc ces paroles f
(4) Il y a encore Ici une contradiction. M. Henri Hébert, dans ses f Mémoires d'un contemporain », p. 119, ne nous a-t-il pas lui-même appris que, dans l'année 1838, il se rendit à Lyon, et Tint presque aussitôt a Paris, et que, dès 1830, il organisa dans cette dernière ville une commission d'enquête pour établir sou identité avec le fils de Louis XVI?
Pour expurger des libelles de M. Henri Hébert tous les mensonges qu'ils renferment, il y aurait trop à < (aire : le mieux serait d'anéantir ces libelles.
toujours telle à cet égard, qu'elle lui a valu la haine des rois et de sa famille ellemême... Mais en sa qualité de Français, de citoyen, d'homme libre, il a droit à un nom, à une patrie : pouvez-vous les lui refuser? Souffririez- vous qu'il y ait un paria dans notre République?
Il compte parmi vous plusieurs de ses connaissances; y trouvera- t-il un ami, au moins un courageux défenseur de la justice et de l'innocence opprimée? Y trouvera-t-il quelqu'un assez grand et assez ferme pour s'élever au-dessus des préjugés de la peur ou du ridicule, pour réclamer hautement une enquête sur Tordre des faits qui viennent d être signalés, et faire procéder régulièrement à l'examen des pièces qu'il produit pour revendiquer son nom, ainsi que ses droits civils et politiques.
Le repousserez-vous parce qu'il est fils de roi? mais serait-ce juste, serait-ce raisonnable de lui faire encore aujourd'hui un crime de son origine, crime qu'il a déjà si cruellement expié par plus de cinquante ans de vicissitudes et de maux de toute espèce? Songez qu'il ne demande que l'autorisation de porter le nom de son père, seul héritage qu'il lui ait laissé en mourant.
Osera-t-on accuser de folie celui qui réclame depuis près d'un demi-siècle le nom de son père?
Mais remarquez que cette folie, qui aurait dû simplement exciter l'intérêt ou la compassion à son égard, lui a, au contraire, mérité des persécutions continuelles , des haines profondes, des pièces perfides, des poursuites incessantes, des calomnies horribles, des propositions outrageantes, une proscription sans fin.
Donc on ne peut admettre qu'il ait jamais été considéré comme fou.
Osera-t-on l'accuser d'ambition? Mais, simple particulier, il était sur la route des honneurs ; le grand homme qui a, pendant tant d'années, conduit les Français à la victoire, et qui se connaissait en mérite et en bravoure, se fût certainement souvenu de son jeune compagnon d'Egypte et d'Italie, et l'eût traité avec sa bonté et son équité ordinaires (1), malgré la médiocrité
(1) On remarquera que, dans ses opinions sur les hommes aussi bien que dans ses assertions, 11. Henri Hébert est rarement logique. Solliriie-t-il les suffrages des électeurs : « Il a servi sa patrie, sous la République, jusqu'au jour où celle-ci fut sabrée par celui qui lui devait tout I... > Sollicite-t-il ceux des élus? le sabreur est le grand homme qui a, pendant tant d'années, coudait les Français à la victoire ; il parle de sa bonté et de
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de son talent, s'il avait eu quelque velléité d'ambition. D'ailleurs ne pouvait-il pas, depuis 1815, rentrer dans les bonnes grâces des rois, qui n'exigeaient, pour lui rendre le rang qui lui appartenait, qu'une simple adhésion à tout ce qu'ils avaient fait, et qu'il partageât leurs principes et leurs vues? Il refusa ; il ne voulut point mentir à sa conscience ; il préféra l'obscurité au parjure. Verrez-vous là la conduite d'un ambitieux?
Osera-t-on enfin l'accuser d'intérêt?
Mais il est notoire qu'il n'a rien demandé, rien reçu et rien voulu recevoir de qui que ce soit ; qu'il a refusé et refuse journellement les offres qui lui sont faites ; il a été en outre bien prouvé, lors du scandaleux procès qu'on a osé lui intenter, qu'il avait donné de l'argent, fait du bien, et jamais de mal à personne.
Si aucune de ces trois passions n'a pu guider le fils de Louis XVI, à quel motif • attribuer la persistance, pour ne pas dire l'obstination, qu'il met à réclamer un nom qui ne lui a valu jusqu'ici que la haine, l'exil, la prison et tout le cortège obligé des souffrances et des peines qu'il a endurées partout et toujours?
Représentants de la nation 1 l'Europe vous contemple avec admiration et anxiété. Vous êtes investis de pouvoirs immenses : je suis certain que vous en ferez un noble usage à l'égard de l'homme qui s'adresse à vous ; que vous le placerez sous votre protection directe ; que vous ne permettrez point qu'il soit maltraité pour avoir le courage de protester contre la plus grande iniquité des temps modernes, et que vous prendrez à son sujet telle détermination que vous dicteront votre justice et votre impartialité.
Le prisonnier du Temple et de Milan, condamné politique de 1834,
L'ex-baron de Richemont.
Paris, le 25 mai 1848.
Ce roman, si habilement échafaudé qu'il fût, n'obtint point le succès favorable que son auteur en espérait; en d'autres mots, M. Henri Hébert n'obtint pas satisfaction de la Chambre, ainsi que le prouve la note finale d'un libelle destiné à égarer l'opinion publique à son sujet, que, peu de temps après sa pétition, il fit imprimer sous le titre de Biographie de Louis-Charles de
80D équité ordinaires. On se rappelle que, lors de son arrestation , on saisit chez lai deux cachets, l'on aux fleurs de lis» et l'autre à l'aigle t Ah I paillasse maladroit I
France, ex-duc de Normandie, JUs de Louis XVI t connu sous le nom de Pe&baron de Richemont. Tirée des Mémoires d'un Contemporain (1848, in-12 de 24 pages).
Voici cette note :
L.'ex-baron de Richemont attendait, avec sa patience ordinaire, que l'Assemblée nationale statuât sur le mérite de sa demande, qu'il savait avoir été renvoyée au comité de justice, et qui était enregistrée sous le n° 674 ; il avait confiance dans le seul pouvoir que la révolution de février avait laissé debout : il s'occupait de réunir tous les matériaux nécessaires pour saisir les tribunaux compétents de sa réclamation d'état civil, lorsqu'il fut informé que l'Assemblée nationale et le gouvernement, auoiqu ils fussent bien persuadés qu'il était le fils de Y infortuné Louis XVI (1), ne prendraient aucune détermination à son sujet, attendu, disaient-ils, qu'il avait voulu faire de sa position une- a/faire d'Etat,..
L'ex-baron de Richemont, qui, depuis plus de cinquante ans, lutte, à ses risques et périls, contre «tous les pouvoirs, afin d'obtenir justice, étrangement surpris qu'on ait si mal interprété ses intentions, se fait un devoir de déclarer mie son seul but, son unique ambition ont été et seront toujours d'obtenir, par les voies légales et régulières, l'autorisation de porter le nom de son père et de recouvrer sa qualité de citoyen français, qui lui a été enlevée par l'acte irrégulier et frauduleux du 12 juin
En août .1840, Mme la duchesse d'Angoulême a dit à M. le chevalier d'Auriol, alors commissaire du prétendant près d'elle, que son frère était mort au Temple, quelle en avait la certitude, et que le soidisant baron de Richemont n'était qu'un imposteur à ajouter à ceux qui avaient déjà paru. Qu'estrce que cela fait? Raison de plus pour persister à se. faire reconnaître comme son frère. L'autorité de la princesse est-elle plus valable que celles réunies de MM. Labreli de Fontaine et le chevalier d'Auriol ( ceux-ci ont prouvé jusqu'où peut aller la crédulité la plus simple et la plus ridicule), de MM. Monn de Guerivière, de Tenper et Chamblant, qui vérifient cette leçon de l'expérience, qu'il n'y a pas d'intrigues odieuses qui ne puissent trouver des partisans. Ces derniers persistent à reconnaître, dans le soi-disant baron de Richemont, le Dauphin, quand Lasne, par sa déclaration devant la justice criminelle de la Seine, le 3 octobre 1844, a
(4) Nous reproduisons fidèlement.
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dit solennellement avoir reçu son dernier a soupir. Qui a connu le début de toutes les fourberies de faux Dauphins, a pu en deviner la fin : le but, c'est la reconnaissance ; Naundorff a voulu y arriver, c'est au tour de M. Henri Hébert. Les excellents frères de la duchesse d'Angoulême ne la demandent point pour aller porter des consolations a l'exilée, ou partager les malheurs de leur sœur : c'est à la dépouiller qu'a tendu leur coupable industrie.
Voici la copie d'un acte judioiaire qui a été déposé au parquet :
L'an mil huit cent quarante-neuf, le vingt-sept mars ;
A la requête de Loiiis-Charles de France, ci-devant duc de Normandie, connu dans le monde, par le fait de circonstances indépendantes de son acte de naissance, sous les prénoms et nom de Ethelbert- Louis-Hector- Albert, ex-baron de Richemont, demeurant à Paris ;
Assignation a été donnée à dame Marie- Thérèse-Charlotte de France, ex-duchesse d' Angoulême, demeurant à Frohsdorf, près Vienne (Autriche),
A comparaître devant le tribunal civil de première instance du département de la âeine, pour :
a Attendu que le requérant n'est autre, ainsi qu'il en sera justifié tant par titres que par témoins, que Louis-Cnarles de France, ex-duc de Normandie, né à Versailles, département de Seine-et-Oise, le 27 mars 4785, de feu Louis-Auguste, roi de France et de Navarre, et de feue dame Marie-Antoinette-Josèphe-Jeanne, archiduchesse d'Autriche, reine de France et de Navarre, son épouse;
Attendu que c'est faussement qu'un acte inscrit sur les registres de l'état civil de la municipalité de Paris, le 24 prairial an III (12 juin 1795), a constaté le décès du requérant, sous les noms de Louis-Charles Capet, à la date du 20 prairial (8 juin) même année ;
Qu'il est en mesure d'établir qiie l'enfant auquel se rapporte l'acte de décès ci-dessus relaté avait été mis à sa place dans la prison du Temple pour cacher l'évasion du requérant, laquelle a été facilitée et exécutée par dos hommes dévoués à sa famille;
Voir dire et ordonner que ledit acte de décès sera déclaré nul, comme attestant faussement le décès de Louis-Charles de France, ex-duc de Normandie ;
Voir dire que le requérant est la personne dudit Louis-Charle3 de France, issu du mariage de feu Louis-Auguste, roi de France et de Navarre, etde feue dame Ma-
rie-Antoinette-Josèphe-Jeanne , archiduchesse d'Autriche, reine de France et de Navarre, son épouse;
Voir déclarer, en conséquence, le requérant rétabli dans tous les droits et actions résultant pour lui de son acte de naissance et de la Gliation ci-dessus indiquée, aux offres de faire, au besoin, les preuves, tant par titres que par témoins, de sa filiation et de son identité (1] ». Enregistré, le 28 du même mois, par M. Du-
chêne, receveur, qui aperçu les droits.
En attendant que les tribunaux statuent sur l'outrecuidante prétention de notre héros, il ne discontinue pas ses audacieuses intrigues. En 1849, il a poussé l'impudence jusqu'à aller à Gaëte, pour que le Pape le reconnût pour le fils de Louis XVI. Et les rédacteurs d'un journal religieux, « la Revue catholique », n4 du 15 mars 1849, n'ont pas rougi d'admettre les contes de cet homme dans leur recueil. De cette insertion, qui a été faite aux frais du prétendant, il a été tiré des exemplaires à part, pour jeter parmi le peuple et le tromper; ils sont intitulés : a Extrait delà Revue catholique, du 15 mars 1849, contenant des lettres sur l'ex-baron de Richemont, la Relation de son voyage à Naples et à Gaëte, et la copie de la demande en réclamation d'état civil, dûment enregistrée, etc. » (in-8 de 15 pages). Le dernier trait de fourberie du soi-disant baron de Richemont est un puff perfide, supposé tiré d'un journal anglais, où il l'a fait insérer lui-même, afin de le faire reproduire plus tard par un journal de Parts. Ce puff, qui a été imprimé dans « l'Estafette », n4 du 2 juin 1849, est ainsi conçu :
« L'Atlas », journal de Londres, publie une lettre de son correspondant de Paris, qui mentionne un fait trop curieux pour ne pas être rapporté, et que nous reproduisons, en en laissant la responsabilité au journal anglais :
« Il parait que la duchesse d'Angoulême a résolu de reconnaître pour son frère le baron de Richemont, oui serait réellement ce fils de Louis XVI, si longtemps méconnu et regretté. On tient cette nouvelle aussi secrète que possible. L'agent des Bourbons, qui arrive de Frohsdorff, est chargé d'un message verbal de la duchesse pour le baron ; elle le prie de formuler ses exigences, et demande dans quelles formes
(4 ) Cette pièce a été reproduite par les joanma le « Droit » et la t Démocratie pacifique » du 18 avril
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doit être faite la reconnaissance publique. Pas un mot de tendresse, d'affection, ni de regret dans le message de la Dauphine; mais elle se résigne à la force des circonstances et aux conseils et à la direction du Pape, qui Ta relevée de l'effrayant serment en vertu duquel elle s'était engagée à nier l'existence de son frère, contrainte à cela par la politique de Louis XVIII et des souverains alliés.
« Le baron 'a obtenu quelques jours pour réfléchir. On croit que sa réponse sera d'accord avec les principes nobles et libéraux qu'il a toujours professés. Mais il n'acceptera rien de mystérieux. La reconnaissance de son nom et de son titre, comme Bourbon, doit avoir lieu à la face de l'Europe. L'empereur d'Autriche a, diton, eu des renseignements précis sur l'emprisonnement du baron, pendant sept années, dans la citadelle de Spielberg. La menace faite par le baron à la duchesse de tout rendre public l'a, enfin, décidée à faire justice.
c Le baron attend patiemment depuis cinquante années, et il ne paraît pas étonné de ce qui arrive, sachant bien qu'à la fin cela devait être ainsi. LesprincipeyrTultrarépublicanisma professés par le baron étaient, disait-on, la cause que ses prétentions ont toujours été rejetées par la sainte-alliance. La vérité est, au contraire, que l'ambition de Louis XVIII a tout fait. Ce dernier avait arraché à la duchesse d'Angoulême le serment de garder le secret, comme étant la condition moyennant laquelle il lui livrerait une correspondance de Marie-Antoinette, dont la publication pouvait jeter des doutes sur la légitimité de ses deux enfants. Quelle immoralité profonde ! Il n'est pas étonnant que la malédiction de Dieu ait frappé cette famille. » Et voilà l'homme qui revendique, même judiciairement, le nom du fils de l'infortuné Louis XVI ! Cet ignoble libelle ne peut avoir été communiqué que par lui.
Il serait bien temps que la justice mît fin aux odieuses menées de cet imposteur.
Heureusement il en fournit lui-même l'occasion par l'action qu'il intente à la duchesse d'Angoulême. Nous verrons si la justice reconnaîtra en lui un Dauphin plus véritable crue ne l'a été son compétiteur, l'horloger Naundorff, et avant d'avoir fait faire une enquête sur le nouveau, Eliezer Williams, qui vit chez les Indiens Oneida (V. II, col. 842 et suiv.). Ce qui nous rassure, c'est l'acte officiel du décès du Dauphin ; il doit avoir la même force au'a eue celui de la mort de la marquise de Douhault, qui, lui, pourtant, était faux.
Nous terminerons cet article en reproduisant l'épigraphe de notre série d'articles sur les faux Dauphins.
« C'est un délit que d'obtenir, en usurpant un faux nom et une fausse qualité, un intérêt qui s'exprime en numéraire ».
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