‹ Les supercheries littéraires dévoilées (volume 2)Chapitre 748 sur 1082 · LOUIS-JOSEPH-XAVIER · texte numérisé non relu

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tion toute particulière. L'auteur avait des droits incontestables à entrer dans cette piquante galerie d'originaux ; plus fou que le célèbre comte de Permission lui-môme fvoy. ce nom), il aspirait à un rang plus élevé encore et ne réclamait rien moins que le trône de France. La chose, croyonsnous, vaut bien la peine qu'on la raconte.

En 1809, vivait a Voroux-Goreux, dans les environs de Liège, un personnage de bien haute distinction, si nous devons l'en croire; c'était le duc de Bourgogne; fils aîné du dauphin père de Louis XVI, et, par conséquent, le véritable successeur de Louis XV, enfin le frère aîné de Louis XVI, qu'il n'appelait que le duc de Berry, le regardant comme un usurpateur. Nous savons bien que c'est là une assertion contraire à ce que l'histoire nous apprend ; mais comment se fiera l'histoire? on la fait si souvent mentir. D'ailleurs le personnage dont il s'agit ici ne manquait pas de preuves pour établir sa prétendue origine : sa mère, disaiUI, ayant consacré son premier né à Dieu, l'avait fait sortir secrètement dj France, pendant qu'il était encore au maillot, avant môme qu'il eût reçu le baptôme. Ceux qui avaient été chargés de cette mission l'avaient amené au village de Frappeçu, près deNamur, où ils l'avaient abandonné.

Heureusement pour la réputation de la Dauphine, des documents plus officiels que la parole du sieur d'Aché ou Dachet prouvent qu'il naquit à Namur, en 1718. Dans les commencements de l'année 1760, 11 entra au collège des Jésuites de cette ville, et, huit ans plus tard, il fut reçu à l'abbaye de Floreffes, de l'ordre des Prémontrés, où il accomplit ses vœux monastiques. C'est alors que sa folie paraît avoir commencé. Ce que voulait le sieur d'Àché, c'était moins le trône de France encore crue le baptôme; il demandait le baptême a tous ceux qu'il rencontrait, et nous ne savons comment il s'est fait que personne n'ait entrepris de le guérir en feignant de le lui administrer* — Il finit pourtant par l'obtenir d'un vicaire, etc. Jl a raconté son mariage avec sa nièce, fille de Louis XVI, etc., etc.

Nous ne suivrons pas notre auteur dans sa carrière aventureuse ; il a eu soin d'ailleurs de nous là raconter lui-môme, mais de manière à n'y rien laisser comprendre ; en 1809 et 1810" nous le retrouvons à Voroux-Goreux, imprimant lui-même ses mémoires, qui sont dédiés aux Indiens. Comme le pays de Liège faisait alors partie de l'empire français, et que nous jouissions, par conséquent, de toute la liberté de la

presse qu'avait bien voulu nous laisser l'empereur, on prouva au sieur d'Aché qu'en vertu d'un décret de novembre 1810. il n'avait pas le droit d'imprimer des absurdités, môme pour lui seul, et sans avoir dessein de les vendre. On saisit sa presse, les quatre cents exemplaires de son livre, et l'on expédia le tout vers Liège sous l'escorte d'un gendarme.

Lorsqu'on demanda au frère du malheureux Louis XVI de faire connaître les motifs qui l'avaient engagé à imprimer ces six gros volumes in-8, dont un exemplaire avait été envoyé à M. le conseiller a'Etat Real, à Paris, un autre à M. de Pommereul, directeur de la librairie, et le troisième réservé au préfet, d'Aché répondit que ces motifs étaient « le désir et te besoin d'imprimer pour sa propre utilité, afin de démontrer qu'il avait droit au sacrement de baptême, et que l'abbaye de Floreffes l'ayant tenu en prison pendant dix-huit cent quatre-vingt-quatre jours et demi, il a cru pouvoir revendiquer, à la charge de ladite abbaye, une somme de cent quatre- vingt huit mille quatre cent cinquante florins, argent du pays, à raison de cent florins par jour demprisoiuiement (1). »

Le synode de Liège avait déclaré quelque temps auparavant que d'Aché était tw ou parfaitement caractérisé ; nous pensons que le synode ne s'était pas trop hasardé dans son assertion ; mais on n était pas d'une croyance aussi facile à Paris; on s'obstinait presque à voir dans l'ancien moine défroqué un conspirateur habile, un ennemi acharné de la dynastie régnante.

M. Real ordonna de surveiller attentivement cet effronté visionnaire. 11 ne fut pas difficile de se convaincre de la justesse des observations du synode (2).

Quant aux 400 exemplaires de l'ouvrage intitulé les « Malheurs ae la substitution », on les transporta à la manufacture de papier de M.Ttenoz, à la Boverie, où ils furent pilonnés le 17 et le 18 février 181*. Les exemplaires de M. Real, de M. de Pommereul et du préfet de l'Ourthe, pins deux autres laissés à l'auteur, échappèrent seul» à cet immense désastre. Aux yeux des bibliomanes, le livre de d'Aché a donc aujourd'hui un fort grand mérite, celui de la rareté; il n'a guère que celuf-là.

Nous ne savons si d'Aché fit de nouveau valoir ses prétentions au trône de France

(4) Procès-verbal de saisie, aux Archiva 4c le province de Liège.

(2) Correspondance de M. Real, dans le da*»er relatif à cette affaire. Archive* de la province de £**#*,

LOUIS-PHILIPPE

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pendant les premières années de la Restauration; mais nous le retrouvons vers cette époque à Paris, publiant une brochure que nous n'avons jamais pu nous procurer, et dont nous n'avons eu connaissance que par le journal de la librairie de M. Beuchot (Alpn. Polain, a Supplément à la Bibliographie des fous (1) ».)

H. Réclamation de Louis-Joseph-Xavier (D. d'Aché) contre la spoliation de ses biens. Paris, Dentu, 1817, in-8 de 58 pag., plus le faux titre.

Cet opuscule n'est pas moins rare que le a Tableau historique ».

« Si je suis bien informé, dit M. Beuchot

i« Bibliographie de la France », année 849), l'imprimeur ne voulut, dans le temps, se dessaisir d'aucun exemplaire.

J'en possède un ; c'est un des cinq du dépôt légal. L'auteur dit que, lors de la saisie de son « Tableau historique », etc., « le citoyen inspecteur lui a laissé deux exemplaires de son ouvrage ». C'est peut-être un de ces deux qui est tombé en ma possession. La Bibliothèque nationale en possède un autre, auquel est joint le procèsverbal constatant que. toute l'édition a été détruite, sauf ledit exemplaire. » Pourtant nous avons vu plus haut que cinq exemplaires échappèrent au pilon.

Les amateurs de livres et d'autographes ont eu de bonnes aubaines à faire dans les grandes commotions politiques; mais ce n'est pas une raison pour les désirer.

M. Beuchot pensait, en 1839, que cet écrivain, resté inconnu à tous nos biographes et bibliographes, pouvait vivre dans (es environs de Liège ; mais M. Alphonse Polain croit plutôt qu'il est mort a Charenton. D'Acné méritait bien, du reste, d'avoir une place dans ce grand hôpital des fous.

M. Hippolyte Bonnetier a publié, en 1839, un roman intitulé : « Le vicomte d'Aché », 2 vol. in-8; mais ce n'est point le prétendu frère de Louis XVI qu'il a pris pour le héros de son livre.

LOUIS-PHILIPPE Ier, roi des Français, du 7 août 1830 au 24 février 1848 (2).

(1) Catalogue d'Alphonse Polain. Liège, 1842, in-8, pages 44-16.

-|- (2) Fidèles à leur système, les nouveaux éditeurs des c Scpereheries littéraires dévoilées * reproduisent cet article tel qu'il existe dans la première édition ; mais ils ea laissent à l'auteur tonte la responsabilité morale. Sans parler d'autres considérations qui auraient dû imposer a Quérard quelque réserve, il est évident qu'il ne devait placer à l'article à Louis-Philippi que les publications qu'on lui a faussement attribuées, et non des ouvrages qui ne portent pas son nom, fussent-ils bien de lui.

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