‹ Les supercheries littéraires dévoilées (volume 2)Chapitre 759 sur 1082 · IX. Ma défense au conseil de famille · texte numérisé non relu

IX. Ma défense au conseil de famille

Paris, de /' imprimerie de Maulde et Renou, 18*2, in-8, 20 pag.

A partir de cet écrit l'auteur ne signe plus Loyau d'Amboise, comme il l'avait fait jusqu'alors, mais Loyau de Lacy.

X. Le Lys d'Evreux, tragédie en cinq actes et en vers, représentée au théâtre de l'Odéon, le 19 janvier 1845. Paris, de rimprimerie de Maulde et Renou, 1845, in-8, 212 pag.

Pièce représentée et imprimée aux frais de l'auteur et de ses protecteurs ; sitôt qu'ils ne voulurent plus acheter de billets au directeur de l'Odéon d'alors, c'està-dire après la 3* ou la 4« représentation, cette œuvre, que son auteur trouvait admirable, contre l'opinion de tous les critiques compétents, qui ne l'avaient pas trouvée bonne, ne fut pins jouée.

Le compte rendu de cette pièce par le spirituel et consciencieux M. Roi le, imprimé dans le Constitutionnel du 27 du même mois, fut la source d'un procès très-singulier dans nos fastes littéraires. Si le «Lys d'Evreux > ne mérite pas qu'on garde un souvenir de lui, il n'en est pas ainsi du procès dont il a été l'occasion, et il faut le conserver, comme preuve des influences déplorables qui pèsent quelquefois sur les tribunaux. Nous le donnerons donc ici en entier, avec les réflexions des Journaux sur la jurisprudence singulière qui a été introduite à l'occasion d'une critique littéraire, jurisprudence à laquelle M. de Ségur d'Aguesseau n'a pas rougi de faire appel à la fin de 1849, à l'occasion d'un discours de lui à la Chambre des représentants.

TRIBUNAL C0RR3CTIONNBL DE PARIS (7* chambre).

Présidence de M. Lepelletier-d'Aulnay.

Audience du 6 mars.

REFUS D'INSERTION. — L' AUTEUR DU Lys à'KVTtUX

contrk le gérant du Constitutionnel.

M. Loyau de Lacy est auteur du « Lys d'Évreux » , tragédie représentée à l'Odéon dans le courant de jan-

LOYAU DE LACY

LOYAU DE LACY

rier dernier. Le 27 du même mois, M. Rolle, dans If feuilleton du « Constitutionnel», appréciait à son poini de vue l'œuvre dramatique du jenne auteur. Suivant pas à pas la marche de la pièce, il a fait de nombreuses citations. Le feuilleton de M. Rolle consacré à la critique du * Lys d'Evreux » n'avait pu moins de huit colonnes.

Dans une réponse adressée an gérant dn < Constitutionnel », M. Loyau de Lacy s'est plaint de ces citations, comme étant inexactes et mutilées à plaisir, et il rétablissait les vers de sa tragédie en regard des vers imprimés par M. Rolle.

Le gérant du « Constitutionnel » refusa l'insertion de cette réponse, qui fut publiée, à la date du 46 février, par la « Revue et Gaiette des Théâtres».

Ce refus a motivé la plainte portée aujourd'hui contre M. Charles Merruau, gérant du c Constitutionnel».

M* Johannet, chargé de soutenir la plainte, a pris la parole en ces termes :

Au premier bruit de ce procès, à la première nouvelle que M. Loyau de Laey intentait uue action contre « le Constitutionnel » pour refus d'insertion de sa réponse au feuilleton du 27 Janvier, une même idée s'est offerte à tous les esprits. On a pensé que l'auteur du « Lys d'Evreux », en demandant justice aux Tribunaux, n'agissait pas seulement dans son intérêt personnel, mais avant tout dans celui de la dignité littéraire, de la loyauté de la critique.

Cette cause est donc, aux yeux de tous, dominée par un noble, un généreux sentiment, elle a un but sérieux, utile ; elle est, en un mot, digne d'être soumise à votre appréciation.

M. Loyau de Lacy l'a si bien comprise, qu'aftn de la dégager de toute préoccupation pécuniaire, il s'empresse de renoncer aux dommages-intérêts qu'un instant on avait songea réclamer pour lui (1).

Vous aves donc aujourd'hui pour mission de juger si le feuilleton du « Constitutionnel », en dénaturant d'une manière quelconque l'oeuvre de M. Loyau de Lacy, n'a pas oublié les devoirs imposés par la vérité et la Justice, et si le journal ne lni doit pu une réparation.

Au point de vue littéraire, vous examinerez si dans le fond, et surtout dans la forme, la critique n'a pas abusé de son droit, et si, pour le bon plaisir, pour le triste besoin de raillerie, il lui était permis d'altérer le sens, de tronquer, de falsifier les vers de M. Loyau de Lacy.

Depuis quelques années surtout, cette outrecuidance a fatalement progressé, et si on ne s'opposait pas à ses efforts, chaque jour plus actifs, elle amènerait une complète désorganisation.

Je ne ferai pas toutefois au feuilleton du « Constitutionnel» l'honneur de le reconnaître si dangereux. Le lundi 27 janvier, il a manqué pour cela à son auteur deux choses essentielles : le bon goût, qui sert toujours ; puis la vérité, qui ne nuit jamais. Emporté par une ardeur quelque peu jalouse, dont j'aurai plus tard à dire les motifs, il est à la fois sorti de set habitudes graves et de cette verve pleine d'éclat et de saillie qui lui est familière. Les feuilletonistes apparemment sont hommes; j'allais presque dire que, pour avoir quelque chose de commun avec un autre sexe, ils sont journaliers parfois. Ce jour-là, celui du « Constitutionnel »

(4) Il n'en a pas moins réclamé plus tard 50,000 fr. de dommages et intérêts, ainsi qu'on le verra plus loin.

était mal disposé : il a voulu immoler H. Loyau de Lacy, et il s'est mis à l'oeuvre.

Après quelques explications données sur les viàssttudes éprouvées par le « Lys d'Evreux » avant d'arriver an grand jour de la représentation, l'avocat passe à l'appréciation du feuilleton de M. Rolle, dont il donne préalablement lecture. Le feuilleton ««iimeiHf ainsi :

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