ANECDOTES SUR CH. DE NODIER
Une partie de celle première anecdote est encore tirée du a Bulklin du bibliopbile belge », t 1" (1845), p. 350 :
Charles Nodier, dit le bar. de IleifiFenberg, vient d'être traité avec sévérité par Técrivain qui a rédigé sa notice pour le supplément de la Biogi^aphie universelle (3). Nous ne pouvons , en ce qui nous concerne, souscrire à ce jugement amer, et nous préférons de beaucoup celui d'un homme d'infiniment d'esprit , M. Grille, bibliolhécaire d'Angers, qui s'exprime ainsi daos une lettre ingénieuse qa'il nous adresse , et dont nous n'hésitons pas à transcrire un passage,
(i) Le voile éiait assez transparent pour qu'on ait pu deviner dans le temps, M. F. Grille, ancien chef de division des belles-lettres et des beaux-arts, au ministère de l'iatéricur, depuis bibliothécaire de la ville d'Angers.
i'i) A Angers.
(3) Cette notice a pour auteur le libraire L.-G. MIchaud, l'éditeur même de « Id Biographie universellu », il en a fait plusieurs autres qui respirent une aveugle passion. Toutes ne lui ont pas porlé bonheur. Voyez sur i'uued'ellci ia not'.' du n" /J785.
quoiqu'elle u^ail pas été dostint'e à la publicité : « Il a tout essayé, rien achevé : il partait toujours et n'arrivait jamais. Flâneur aimable , s^arrélant à une fleur , à une paille, et n'ayant jamais pu prendre la vie au sérieux. Un jour il dit qu'il allait en Tarlarie. On le crut, et je fus chargé d'arranger son voyage. Je me rappelle que je m'en occupais dans un cabinet, dont les fenêtres mal closes^ laissaient passer et siffler l'air. Il gelait, j'avais un bon feu, mais la neige tombait à flocons et couvrait mes vitres. Ma femme dormait ^ l'étage an-dessous. Il était trois ou quatre heures du matin. Je me levai pour faire des arrêtés , des ordonnances* et aplanir à Nodier les difficultés d'une entreprise qui pouvait être périlleuse ; pour lui éviter les embarras d'une absence qui devait être longue. Il demandait pour ceci à Laîné, ministre, une somme de liyOOO francs, et elle fat accordée. La moitié même fut payée par le trésor >.
Ni le baron de ReifTenberg ni M. Grille n'ont pu donner la copié de la curieuse demande de Nodier. Un hasard, que nous avons peine à nous expliquer , a mis en notre possession l'original de cette demande, qui , selon toute apparence , aura été dérobé dans l'un des cartons du ministère. Voici la lettre de Ch. Nodier :
Monsieur le Comte,
J*ai peu de droits aux bienfaits du Roi, mais j'en ai Tbabitude, et j'y joins une profonde confiance dans votre bienveillance particulière.
Accoutumé à voir en vous la providence des royalistes malheureux , j'hésite d'autant moins à recourir à votre protection, que tous mes liens avec la France vont se rompre, ceux de la reconnaissance exceptés, et qu*k ce jour finissent toutes les prétentions qu'il m'a été permis de former. Après-demain je pars pour la Tartaric.
Les considérations qui m'ont décidé à m'éloigner de mon pays n*ont pas eu ma fortune pour objet. Non-seuicment mon sort est fort peu amélioré, mais le moindre délai dans les paiements qui m'étaient promis, devait le remettre en question, et c'ost ce qui m'est arrivé. Si vous ne croyez pcs dans votre justice que j'ai des droits à uu secours , à une gratification actuelle, je quitte Paris dans un état très voisin du besoin.
Un motif de pudeur, facile à expliquer, m'a détourné d'adresser cette demande à M. le comte de Pradel lui-môme, sans intermédiaire. Sa bonté prolectrice a toujours prévu, avec une sollicitude qui me laissera d'éternels souvenirs, les besoins que je pouvais éprouver. Il y aurait à en solliciter immédiatement une nouvelle marque , importunité et presque ingratitude.
Je me souviens d'ailleurs, Monsieur le Comte, avec bien de la reconnaissance , que vous avez daigné me témoigner , de votre propre bouche l'intention et le désir de me donner des preuves d'intérêt. Ce sentiment
lue soutient , il me flatte , et si ma prière ne peut ôtre exaucée, il me consolera.
Je suis avec respect,
Monsieur le Comte,
Votre très humble et obéissant serviteur,
Charlks db Nodier (1).
Ce 8 janvier 1818, rue et bôtel du Beuloy.
Le voyageur se mit eD diligence, mais il ne dépassa pas Besançon. Sa franche bonté le retint , la paresse le prit, l'amour aussi se mit de la partie, et puis, il faut Tavouer, les Russes n'étaient plus d'assez bonne humeur pour qu'on pût se fier à eux et aller visiter leurs côtes : c'était en janvier 1818. M. de Richelieu, qui présidait le conseil, avait , pendant l'émigration , fondé à Odessa des écoles que Nodier devait voir en passant. Mais la science, parfois^ lui pesait ; tout ce qui sentait l'obligation le fatiguait et lui était antipathique. Bref, tous ses projets s'évanouirent , et l'argent s'en alla beaucoup en auberges, un peu en plaquettes et en reliures , beaucoup en lasses de café chez Yéfour ou Dehodencq. La fin de notre ami a été douce. Il s'est éteint dans les bras des siens. Sa famille après lui a été bien traitée. On l'a comblée de faveurs , et je suis ravi de voir le génie honoré chez nous. Je félicite ma patrie de savoir encore le prix de l'imagination, de la fantaisie et de la langue »
La seconde anecdote nous est particulière. Elle prouvera que le bon Nodier n'avait ni autant de sollicitude qu'on lui en prêtait, ni grande bienveillance pour les personnes étrangères à sa coterie. C'était en 1826 , et nous commencions l'impression de notre « France littéraire ». Voulant faire un hvre qui fût le moins imparfait possible, nous écrivîmes à toutes les personnes de cette époque qui avaient un nom en bibliographie , afin d'être dirigé par elles. Une seule voulut bien accepter cette ingrate tâche : ce fut l'excellent M. Weiss, et il revit les dix premières feuilles de l'ouvrage. Après ce commencement de précieuse révision, M. Weiss eut besoin de faireun voyage à Paris, et descendit, comme d'habitude, chez Nodier, son ami d'enfance. Un jour, Nodier s'enquit
(i) Gel original porte une note au crayon qui a été faite au ministère et qui établit que Cii. Nodier avait df'jà reçu à titre de secours extraordinaires, le a& octobre i8i6, i,ooo fr., et le i4 juillet 1817, i)000 autres fr.
près de M. Weiss des travaux dont il s'occupait : la révision de c la France littéraire » fut citée dans 1q nombre. « Peste, dit Nodier, c'est un grand travail (en parlant du nôtre), et cela doit t*être bien payé. — Au contraire, pas du tout; les travaux de bibliographie rapportent peu aux personnes qui ont un nom ; Quérard n*est point connu, et par conséquent faiblement rétribué ; j'ai voulu seulement être utile à cette publication qui m'intéresse. — Tu as tort, il faut te faire payer n. Voilà Nodier. Le lendemain, l'excellent M. Weiss, qui tient beaucoup de notre La Fontaine, vint nous faire part de l'exigence de Nodier; il nous donna un rendez- vous pour que nous passions causer de cette affaire avec le bibliothécaire de l'Arsenal. Mais au jour dit, M. Weiss avait rougi de la démarche que Nodier lui avait fait faire , ni l'un ni l'autre ne se trouvèrent au rendezvous. M. Weiss repartit, sans que nous le vissions, pour Besançon, où sitôt arrivé, il nous écrivit : a Je ne suis plus sous Tinfluence de Nodier, envoyez-moi donc vos épreuves comme par le passé, et qu'il ne soit plus question de la prétention que j'ai élevée contre mon gré >. Voilà ce qu'a fait celui auquel on ne prodigue pas l'épi, thète de bon^ et qui la mérite plus que ne Ta jamais méritée Nodier. La prétention soulevée n'en produisit pas moins une gêne entre nous et M. Weiss; nous continuâmes de l'aimer, mais nous ne lui envoyâmes plus d'épreuves. Voulant reconnaître, autant que notre position précaire nous le permettait, sa précieuse coopération momentanée, nous ne crûmes mieux faire que d'offrir à son ami Nodier un exemplaire de « la France littéraire > sur grand papier. Quinze jours après, il l'avait vendu, et un libraire du Palais-Royal, qui l'avait acheté, nous en demandait la suite au même prix que Nodier l'avait reçu; le littérateur avait affirmé qu'il en serait ainsi ! Inutile de dire que Nodier n'a jamais écrit une ligne sur <c la France littéraire >.
L'histoire de la dédicace d'un ouvrage de Nodier nous fournit notre dernière anecdote. Nodier a été l'inévitable pensionnaire des listes civiles des rois Louis XVIII et Charles X ; aussi , à la chute de ce dernier, se^ trouva>t-il dans l'embarras, parce qu'il perdait les secours qu'il obtenait sur sa cassette et sur les fonds de ses ministres. Pour sortir de cet embarras, le bon Nodier sous-
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crivit onc lettre de 3,000 fr., et tout fut dit. Tout autre eût pensé qu'à jour dit il avait un engagement à remplir/et qu'il fallait songej à se mettre en mesure. Cette pensée était trop peu poétique pour Nodier : elle ne l'occupa point. L'échéance pourtant arriva.
On se présenta pour cette lettre de change pendant l'absence de Nodier. En rentrant^ sa dame lui parla de la visite qu'elle avait reçue; pour rassurer M*"^ Nodier, son mari lui donna pour défaite que cette lettre de change était payable chez Laffitte, quoique rien ne l'indiquât, et il n'y donna plus de suite. Mais n'ayant pas été payée à présentation, cette lettre de change fut protestée, et vingtquatre heures après, un délégué d'huissier se présentait à l'Arsenal. C'est alors que M*"* Nodier expliqua que la somme réclamée était payable à la Caisse LafGtte, et obtint du délégué d'huissier, contre Tusage, qu'il s'y présenterait. La caisse Laffitte ne trouva aucune écriture relative à cette lettre ; mais les commis pensèrent que ce pouvait être une affaire particulière entre le littérateur et le banquier, et renvoyèrent à M. Laffitte lui-même. Cet homme, auquel tous les partis n'ont pas prodigué i'épithète de bon^ fut pourtant assez généreux pour acquitter la lettre de change de Nodier, dont il n'avait point entendu parler. Ce procédé lui valut vraisemblablement une visite de la part de Nodier, ou bien un billet spirituellement tourné; mais ce qu'il y a de plus positif, c'est que la somme fut remboursée par la dédicace des « Souvenh-s, Épisodes et Portraits, pour servir à l'Histoire de la Révolution et de l'Empire. » (Paris, 1831, 2 vol. in-8). Le désir de puiser à la cassette du nouveau souverain avait humanisé le vieux royaliste , et pnr quelques publications quasi républicaines, et dans le nombre celle-ci, il se rallia au parti de la meilleure des Républiques et à ses hommes.
Que prouvent ces anecdotes contre Nodier? Qu'il fut un faux bonhomme, et que du sacerdoce littéraire il en fit un métier; il eût pu faire beaucoup pour la postérité, mais le présent le préoccu* pait davantage. On peut lui appliquer celte devise :
Tout pour et par l'argent.
NOELE (Pttrus), pseudon. Voy. (aux additions) BEDEAU DE SAINT-SULPICE (UÎN).
NOËL ou NOUEL (Ed.). Voy. NOUEL.
NOISSOD 347
NOISETTE (L.)^ cultivateur , botaniste et pépiniériste à Paris, auteur supposé.
I. Jardin (le) fruitier, contenant l'histoire , la description et la
culture des arbres fruitiers, des fraisiers et des meilleures espèces de
vignes qui se cultivent en Europe ; des principes élémentaires sur
la manière d*éle?er les arbres^ sur la greffe, la plantation, la taille,
et tout ce qui a rapport à la conduite d'un jardin fruitier. Par
L. Noisette.... ; rédigé, d'après ses notes, par L-A. Gautier^ D. M.
Paris, Audot, 1813-21, in-Zi. [5161]
Cet ouvrage a été publié en quinze livraisons, chacune de 6 planches. Le prix de souscription pour chaque livraison était : fig. noires, 2 fr. 50 c, etfig. color., 12 fr.
— Le même. Sec. édition, considérablement augmentée, et ornée
de figuces de tous les bons fruits connus, gravés sur de nouveaux
dessins faits d'après nature, par P. Bessa. Paris, Audot^ 1832 et
années suiv., in-8, avec fig.
Cette seconde édition a paru divisée en deux parties, dont la première a pour objet les principes de jardinage et les instruments aratoires: la 'Seconde comprend les fleurs. Cette édition a été publiée en trente livraisons, chacune de 6 planches. Prix de chacune : 5 fr.
IL Manuel complet du jardinier-maraîcher , pépiniériste, botaniste, fleuriste et paysagiste (rédigé parjM. Pieire Boitard^ naturaliste). Paris, Rousselon, 1825-27, h vol. in-8, avec un grand nombre de planches, /lO fr. — Supplément. Paris, le même, 1828, in-8, 2 fr. [5162]
Cette édition a été reproduite en 1853 et années suivantes; comme une seconde édition, distribuée en trente livraisons, au prix de 75 c. chacune.
IIL Manuel du jardinier des primeurs, ou l'Art de forcer les plantes à donner leurs fruits ou leurs fleurs, dans toutes les saisons. Paris, Rorel, 1832, in-18, fig., 3 fr. [5163]
Ce volume, publié sous les noms de MM. Noisette et Doitard, est de ce dernier tout seul.
M. Noisette a pourtant rédigé quelques catalogues des arbustes et des fleurs cultivés dans son jardin, et a fourni des notes et des articles pour le « Bon jardinier ■ , depuis 1817, et pour le « Dictionnaire d'agriculture pratique», publié en 1827, par M. le comte François de Neufchâteau.
NOISSOD, anagramme [E.-A. Dossion].
Épitre au poète-cordonnier (M. François). Paris, Aubry, 1808, in-8 de 8 pages. [5164]
348 NOREW
NOLLES (le sieor de), pseudan, [François d'âmdbêa, gentilhomme provehçal].
Discours des bocs Gonverneors, tableau da goaTeroement de Loois de Valois, comte d*Alai.s. Paris, 1645, in-8. [5165]
NOMOPHILE, ma. dég. [ Nomophile Do Nooy], aat.
de plusieurs articles dans la « ReTue numismatique «.
NOMOPHILE MâRCHOIS (LE) (1), pseudon. [PaeDOULX OU Prat].
Amas chrétien, ou Extrait de la poésie de Virgile^ accommodé au Vicl et Nouveau Testament , et reproduit en deux livres par Proba Falconia, femme d'Adelphus Romain, mis en vers françois par — . Lyon^ Jean d'OgeroIlcs, 1557, in-8 de 69 pages. [5166]
NORBERT (le P.) , pseudon. [Pierre Parisot]. Voy. PLATEL (l'abbé C-P.).
NORD VILLE (M. de), pseudon. [Philippe Du Moughet, avoot au parlement de Paris].
Remarques sur les douaires , ou aliments accordés aux veuves, sur quelques différences entre les douaires parisien et normaod. 1766, in-12. [5167]