SE DISANT BARON DE RIGHEMONT
Et d'abord pourquoi donnonsrnous à cet imposteur le nom d'Hé« bert plutôt qu'un autre, lui qui en a eu tant de rechange? C'est que celai-là parait être Téritablement celui de cet individu. C'est sous ce
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nom qa'il a été condamné par la Gonr d'assises de la Seine, en 184ft ; c'est, de son propre aveu ( I) , celai-là qu'il portait à Toulon de 1826 à 1827.
L'origine de tous les pseudo-dauphios qui ont paru en France a bientôt été connue : elle a été pour presque tous la même : le bas de l'échelle de la Société. Un sabotier, *un tailleur, un maçon, uli pauvre horloger, voilà les gens qui ont au l'effronterie de se présenter pour réclamer la succession de Louis XVL L'origine de M. Henri Hébert est-elle plus relevée? Gomment donc ! Lui seul est le véritable Louis XVII, sarivé miraculeusement du Temple dans un cheval de carton^ et placé sous la protection des généraux de la République qui l'ont conduit partout, même en Egypte! Or, voulez-votrs atvoir une preuve, entre cent autres, des mensonges accumulés dans les autobiographies de notre imposteur^ allez-vous-en au petit cabinet de lecture du passage du Pont-Neuf, tenu par M. Barbedor, l'on vous y racontera que M. le baron de Richcmont, en société de M. Ghaiïiblant, l'un des principaux compères de notre imposteur (2), se présentèrent un jour ensemble pour emprunter les « Mémoires de la (Contemporaine en Egypte » , qui furent gardés trois mois, et que c'est à l'aide de cet ouvrage qu'a été arrangée la fable du séjour en Egypte. Là, comme partout, il a été pris note de noms dont on défait s'appuyer pour des preuves à fournir, mais on a eu soin de ne prendre que ceux de personnages morts» aûn d'éviter les démentis. L'accent méridional fortement prononcé de M. Hébert Indique suffisamment qu'il n'est pas né à Versailles^ et sa figure qui n'a rien de bourbonnien, qu'il n'est point le fils de Louis XVI. Nous serions tenté de croire à une assurance qui nous a été donnée, qu'il est le fils d'un boucher de l'une de nos villes du midi.
Après des positions et des aventures très diverses, M. Henri Hébert se posa très résolument en histrion politique après l'avènement de Louis-Philippe au trône, contre lequel il protesta. Sa coterie de fauteurs et de dupes se forma de gens sans aucune valeur, tandis que son compétiteur, l'horloger NaundorlT, attirait à lui l'élite de la société légitimiste. Ges deux jongleurs exploitaient concurremment la Société d'après leurs capacités : l'un, l'aristocratie, et l'autre, la partie
(i) Lettre du duc de Normandie au F .*. Dechevaux-Dumesnil, du i6 mai , iSAg, imprimée daos le Franc-Maçou, revue mensuelle >, mai i84o. (9) Alors optiden, rue Mazarine, passage du I^ont-Neuf.
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des raogs inférieurs. Bobèche et Gallmafré politiques, ils avaient l'un et l'autre leur public de crédules qui remplissait leurs escarcelles, et ils ne se trouyaient pas mal des résultats de leurs parades.
Il exl^e deux autobiographies de ce personnage imprimées sous le titre de Mémoires, et publiées en 1881 et 18^3 (Voy. les n^* I et XXI de la Notice bibliographique à la fin de cet article) ; mais ce sont des romans comme en ont fabriqué les devanciers et le compétiteur de M. Henri Hébert, l'horloger NaundorlT, qui entre autres déliants en ont un qui n'^st pas léger : celui de ne pas présenter un seul fait même vraisemblable. L'historien naturel de gens de la sorte de MM. Hervagault, Bruneau, Fontolivej Natindorff et Hébert, c'est le Ad supérieur de la police, parce qu'il a pu faire surveiller leurs menées par ses agents, et parvenir ainsi à la connaissance de faits, que tons ces héros d'imposture avaient tant d'intérêt à cacher. Aussi la biographie la fins véridique que nous ayons de M. Henri Hébert, est-elle celle que M. Gisquet, ancien préfet de police, a insérée dans ses propres Mémoires, t. III, chapitre II. Il prend notre histrion politique à répoqueoù il commença à monter sur les tréteaux, c'est-àdire quelques années avant 1830 et le suit jusqu'à l'époque de sa dernière condamnation par la €our d'Assises de la Seine, le h novembre 1834. Aussi suivrons-nous cette dernière biographie en la complétant par quelques faits qui sont venus à notre connaissance et en la continuant jusqu'à ce jour.
« Pendant l'année 1832^ j'avais déjà reconnu, dit M. Gisquet, qu'une main ennemie donnait aux séditieux une impulsion étrangère à rinflnence des légitimistes comme à celle des républicains. Mais ce fut principalement dans les huit premiers mois de 1833 que les manœuvres de ces histrions pq|itiques devinrent actives et dangereuses au sein de la capitale. Un écrit infâme se publiait dandestioement et reproduisait toutes les saletés littéraires de l'époque contre les membres du gouvernement. On distribuait de l'argent avec profusi(m, on embauchait des hommes capables de se porter à tous les excès.
« En juillet 1833, tandis que les sectionnaires des « Droits de rHomffle » se préparaient, comme on le verra bientôt, à un soulèvement pour l'anniversaire des trois jours, un des Louis XYII qui nous occupe voulait jouer un grand rôle dans l'insurrection projetée. Ses intrigocs me furent enfin connues d'une manière positive, et malgré les précautions inouïes dont il s'entourait, malgré ses dé-
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guisements journaliers, malgré les sept ou huit noms d'emprunt sous lesquels il se cachait dans les divers appartements loués et alternativement occupés par lui, je mis quelques agents sur ses Iraces et je le fis arrêter le 29 août 1833. On trouva sur lui on carnet rempli de chiffres, dont il fut d*abord impossible d'avoir la clef, mais qui ne tardèrent pas à être traduits par un jeune savant, M. Saint-Omer; ces chiffres apprenaient les faits et gestes de ce prétendu dauphin, annotés jour par jour avec une minutieuse exactitude. Il indiquait ce que le prince mangeait à chacun de ses repas, les personnes reçues ou visitées, les courses faites, l'argent dépensé; souvent même il révélait les actes les plus secrets de la vie, les noms des acteurs, des scènes privées, les jours, les heures, le local, tout était scrupuleusement décrit, et je puis, sans effaroucher les oreilles, rappeler le nom sous lequel notre grand personnage enregistrait
ses fréquents tête-à-tête : Ririté tel jour avec ririté chez,..., ri-
rite une seconde fois pour plaire à..... ririté avec la tante en pensant à la nièce. Ce verhe mignon ririter^ dont M. dauphin voulait sans doute enrichir notre dictionnaire, revenait périodiquement sous ha plume.
c Mais si les petites choses figuraient sur Fagenda, les faits graves s'y trouvaient également reproduits avec fidélité, et ceux-là donnèrent une force irrésistible aux arguments sous laquelle le duc de Normandie se vit écroué à Sainte-Pélagie.
u Gomment avait-il pu s'assujettir à tant de soins fastidieux? comment au milieu des embarras^ des soucis qui doivent accabler un conspirateur, et surtout un conspirateur qui prétend revendiquer un trône, s'astreindre à conserver le souvenir des actions les plus insignifiantes? C'est une bizarrerie sans doute^ mais peut-être notre Louis XVII improvisé préparait-il les documents pour écrire l'his* toire de son règne, et pensail-il que la postérité apprendrait avec satisfaction commentil buvait, mangeait et dormait.- J'ai connu d'ailleurs plus d'une personne, et même des hommes d'esprit, affligés de celte monomanie^ passant la moitié de leur temps à noter ce qu'ils ont vu, dit et fait dans l'autre moitié.
< Du reste, le personnage dont il est ici question devait présumer que lui seul était capable de traduire son mémorial; il y avait une grande complication dans les chiffres ; plusieurs nombres représentaient quelquefois une même lettre, puis au moyen d'une transposition fréquente, d'un changement de clef, les chiffres correspon-*
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daient à d*aotres lettres; de plus, une grande partie des mots étaient anagrammatisés, précaution extraordinaire employée principalement pour les chosQ^ essentielles; ajoutons que les phrases se composaient d'un mélange de mots appartenant à cinq ou six langues. Ainsi qu'on se représente un paragraphe composé de mots français» anglais, allemands, russes, italiens et latins, tous anagrammatisés, tous écrits en chiffres souvent mal formés, ayant une clef multiple, et l'on comprendra les difficultés extrêmes qu*il fallait vaincre pour saisir le sens de ces hiéroglyphes.
« Persuadé que la science ne parviendrait jamais à la solution de ce problème, notre intrigant avait soutenu que ses chiffres n'offraient aucun sens, qu'il les avait tracés au hasard, sans suite, sans but, en manière de passe-temps. C'est la seule explication qu'il voulut me donner, ou plutôt la seule réponse qu'il voulut me faire, lorsque, après son arrestation, on l'eut amené dans mon cabinet. J'étais curieux de voir cet habile fripon, caché si longtemps aux regards de la justice; je l'interrogeai moi-même sur tous les points, sur son origine, sur l'emploi de son temps ; je lui demandai sur quoi il fondait ses prétentions au trône, en un mot, je lui fis subir un intcrn^toire détaillé, complet, sans obtenir aucun éclaircissement.
« C'était un homme d'une cinquante d'années, taille moyenne, ayant des cheveux d'un blond hasardé ; mais je ne saurais garantir que ce fût leur couleur naturelle, car il les faisait teindre fréquemment et se montrait sur un point de la ville avec une belle chevelure noire, tandis que peu de jours après, on le voyait dans un autre domicile ayant le chef couvert de tresses blondes, ondulées, soyeuses, ou d'une vénérable perruque blanche, ou bien encore d'un vilain gazon rouge et crépu.
<ie II avait les yeux petits, le regard oblique, les traits fins et réguliers; mais rien en lui ne rappelait le caractère des figures bourboniennes ». Il avait d'ailleurs dans son organe un accent méridional très prononcé.
« Trois appartements occupés [)ar lui furent immédiatement fouillés; on y découvrit la presse clandestine servant à ses abominables pamphlets (i), on y saisit également des proclamations, des exem-
(i) Rappelés sous les n»* IV à IX de la Notice des ouvrages publiés pour appuyer et combattre Hniposture de Henri Hébert, imprimée à la fin de cet article.
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plaires de sa charte libérale (voy. le n* 11 de la Notice bibliognpbiqae à la fin de cet article) et d'autres papiers qni jetèrent un nouveau jour sur les intrigues de ce raystéMeux indlyidiL
« Connaissant déjà les noms d'une partie de ses émissaires, j'ordoBnai des perquisitions aux domiles de plusieurs d'entre eux, notamment chez les sieurs Morin (1), Oursel, Boucher-Lemaître (2), Dandnran, Asselin, CoIIiaud, et chez la femme Durut^ pour laquelle le due de Normandie avait acheté un mobilier, et qui, depuis longtemps, cdportait les écrits imprimés et la correspondance de ce dauphin. *I1 dépensait beaucoup d'argent pour cette femme déjà âgée, déporitaire de sa confiance, et qui, dans sa personne, ne ressemblait pas mal à une énorme citrouille, couronnée d*un melon. Elle était en possession de lettres^n chiffres écrites par son illustre patron ; mais pour se mettre au niveau de Tintelligence de son agent, le noUe auteur de cette correspondance avait adopté un moyen simple de communiquer ses idées. Les lettres de l'alphabet étaient tout. bonnement figurées par des numéros suivant l'ordre de leur classement : le n^" !«' représentait l'A, le n^" 2 le B, et ainsi de suite.
c( On m'apporta ces lettres, je les fis immédiatement traduire. Quelques unes d'entre elles développaient un plan pour l'assassinat de la famille royale! Louis XYII voulait que toute la nichée tombât sous le même coup ; il s'opposait à ce qu'on en laissât échapper on seul Une autre parlait de son entrée triomphale à Paris, escorté par le peuple vainqueur de l*usurpatwn, telle qu'il espérait la faire à la suite de la révolte projetée pour le 28 juillet 1833. Une autre disait qu'après avoir relevé le trône de saint Louis, il abdiquerait en accordant à la France une Constitution républicaine, car, disait ce bon prince : « Je veux être le dernier de ma race, le meilleur n*en vaut rienl »
a II ne doutait pas du su^s de la conspiration ourdie par les ré-
(\) M. Morin de Guerivière, ancien marchand de tableaux et autres objets, au coin de la rue du Pont-aux-Clioux, no 85, Joue dans l'intrigue du soi-disant baron de Richemont le même rôle qu'a Joué M. Gruau de la Barre dans celle de Naûndorff. Outre sa coopération avec MM. Cti. de Tenper et l*ancien ingénieuropticien Chamblant dans l'invention de cet autre dauphin, il est encore le rédacteur officiel de S. A. et son agent le plus dévoué.
(a) M. Boucher-Lemaître, rue Neuve-Sain t-Merry, n* 36, est à la fois marchand papetier et libraire chargé de ia vente ou des distributions des élucubrations de Louis-Charies de France.
publicains; elle devait renverser a royauté de 1830 avant la fin de juillet 18S3, et croyait recueillir le fruit de la victoire. Cette circonslaoce explique pourquoi le sieur Boucher-Lemaître, agent de cet héritier du trône, figura dans le procès des vingt-sept, intenté à Toccasion de ce même complot. Je l'avais fait arrêter dans les rangs de la garde nationale, au moment où le roi passait la revue du 28 juillet. Dès le 25 de ce mois, le prétendant avait acheté une riche épée et un superbe unif<)rme militaire.
« n avait écrit circu!airement à beaucoup de gardes nationaux, qu'il présumait disposés à soutenir ses droits. Dix à douze de ces lettres, toutes adressées à des citoyens du 7« arrondissement^ furent jointes au dossier.
« En visitant un de ses meubles, on trouva deux cachets sur les* quels étaient gravés les insignes de la royauté ; l'un avait pour armes, au milieu de Técusson, un aigle, l'autre des fleurs de lis ; il employait l'un et l'autre dans sa correspondance, suivant les opinions des personnes à qui il écrivait. Les recherches assidues auxquelles je me suis livré pour démasquer complètement cet audacieux impos* teur, apprirent à la justice qu'il s'appelait Henri-Ethelbert-Louis- Hector Hébert, qu'il s'était attribué le titre de baron de Rïchemont; le gouvernement autrichien l'avait fait enfermer temporairement dans la prison de Milan, à l'époque où notre compatriote Andryane y subissait une cruelle détention ; mais cet emprisonnement de Héhert paraissait dérisoire, puisqu'il circulait librement dans toutes les localités.
a Dèscette époque (c'est-à-diredès 1818), ilprenait letitrede^uc de Normandie; on le considérait non comme prisonnier d'Étal, mais comme détenu par mesure de police. On le relaxa vers la fin de 1825.
m II vint ensuite à Toulon et déposa une somme de 50,000 francs entre les mains d'un négociant >. Henri Hébert habita Toulon plusieurs années, car il nous apprend lui-même (1) que ce fut là, de 1826 à 1827, et sous ce nom de Henri Hébert, qu'il reçut tous les grades maçonniques, jusqu'à celui de Sublime prince du royal secret (32*) inclusivement, et que le diplôme lui en fut délivré par le Grand Orient. Brillante acquisition pour la Franche-Maçonnerie, si cela est vrai ! mais c'est un nouveau mensonge, car^l est établi par
(i) XiCltredu duc de Normandie au F.*. Dechevaux-Dumesnil, du id mai 1819. — Impr» dans « le Franc-Maçon, revue mensuelle, 12< Ilvr. (mai iSAo).
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son procès devant la cour d'assises de Ja Seine en 1834, qa*à cette époque, il habitait Rouen. « H. Hébert alla ensuite habiter Rouen pendant plusieurs années. Après avoir été admis comme employé surnuméraire dans les bureaux de la préfecture, il entreprit le commerce et fit exploiter une verrerie. Le tout sous le nom de Henri Hébert. »
< Disparu de Rouen avant 1830, il est condamné par défaut à trois mois de prison comme banqueroutier. Reçu à deux époques rapprochées chez M. de Malard, à Montigny, arrondissement de Dreux, il s'était annoncé comme le fiis de Louis'XVL Ou affirmait que madame de Malard avait fait élever dans le parc de son château un monument pour consacrer le souvenir de ces visites ; mais appelés comme témoins au procès^ M. et madame de Malard, tout en reconnaissant la vérité des autres faits, déni^ntent celui-ci et déposent de manière à prouver que, dans toute la sincérité de leur âme, ils croient Louis XVII encore vivant.
c Depuis la révolution de 1830, Henri Hébert s'était successiTement rendu-à Lyon pendant la révolte de novembre 1831; à Grenoble, lors des événements de mars 1832; à Marseille, quand la duchesse de Berry descendait sur les côtes de Provence, puis encore deux fois à Lyon pendant cette même année ; il s'y faisait appeler le colonel Saint-Julien, et cependant plusieurs personnes ne le désignaient que sous le nom de Legros. Il y fit la connaissance d'une dame Louvat, dont il essaya d'escamoter la fortune. Mesdames de Grigny, avec lesquelles il se lia également dans les environs de Lyon, le traitaient avec une bienveillance toute particulière et lui donnaient évidemment des sommes considérables.
o A la suite de toutes ces courses, Henri Hébert se décide à fixer dans la capitale le siège principal de ses opérations.
« Il se fait connaître aux uns sous le nom de Henri Hébert, à d'autres sous le nom de Bénard^ d'autres ne voient en lui que M. Pic-ted, d'autres M. le colonel Lemaître, d'autres encore M. le baron de Richemont, II en est qui lui donnent le titre de prince Gustave. £nûn il n'était connu que sous le nom de Henri de Transtamare dans une maison du quai de la Cité, n° 27, où il avait loué un appartement (1). Au surplus, tous ces pseudonymes reproduisaient en par-
(i) Il a pris encore bien d'autres noms. Avant de se donner publiquement comme le dauphin, il se faisait appeler M. de France^ el sous ce nom, il avait uu logement rue de Tournon, n« â, en 18^9.
lie les noms de ses principaux agents. Les hommes qu*il employait et dont il payait chèrement les services, le reconnaissaient pour le dauphin, le duc de Normandie, Louis XVir, mais ne lui donnaient pas ces titres ostensiblement pour ne point le compromettre ; il fallait pourtant le désigner d*une manière quelconque, c*cst ce qui décida les affidés à le gratiûer de toutes ces appellations empruntées aux noms des plus notables instruments de ses volontés.
« Àa nombre des agents qui le servaient d'une manière active et dévouée, figuraient un sieur Givor, auquel le baron de Richemont donnait 3,000 francs par année, et un sieur Berger, qui échappèrent à mes recherches. Je ne doute pas que Givor et Berger ne fussent des pseudonymes sous lesquels se cachaient deux émissaires habiles, mais j'ignore à quels individus ils s'appliquent. Le faux duc de Normandie a néanmoins prétendu que Berger était M. Carlier, chef de la police municipale depuis le mois de mars 1831 jusqu'en février iSZUt époque où M. d'Argout le fit révoquer, parce qu'on le lui signala comme faisant des communications dangereuses aux chefs do parti républicain. £st-il croyable qu'un homme doué de bon sens, occupant une place qui lui valait comme traitement et gratifications plus de 20,000 francs par année, se soit^vili jusqu'à trahir ses devoirs pour se mettre aux gages d'un escroc ? Je ne le pense pas, et je dois dire que M. Carlier démentit cette allégation avec autant de chaleur que Henri Hébert, baron de Richemont, mettait de persévérance à la soutenir.
ff Cet Henri Hébert, pendantqu'il dirigeait tant d'intrigues à Paris, avait des fonds assez considérables placés à Toulon, à Calais, à Lyon et à Paris, et recevait, on ne sait d'où, de fortes sommes toujours en pièces de vingt et quarante francs » : sa bourse qu'il laissait voir assez volontiers en était toujours remplie (1).
c( Les faits dont je viens d'offrir le tableau sommaire étaient sans
(i) L*argent des contribuables du prince, II faut être vrai, n'était pas dépensé en bonne cbëre : les traiteurs les plus modestes étaient ceux que S. A. préféferait. N*éial!-ce pas par ladrerie? Il a longtemps dîné cliez M»* Lescopby, rue deBeaune, n® A, ensuite cbez Gratiot, à la petite Tempête, rue Mazarine,no ]Q,et ses dtners ne montaient jamais plus haut que vingt à vingt-deux sous, quoiqu*ayant sa bourse pleine d*or. L'éditeur des « Superclierics littéraires » a cinquante fois dîné coude à coude avec ce prince de par MM. Morin, Tcnper, Cbamblant, etc., et Ta entendu souvent parler avec un grand aplomb de ses visites à ses cousins les rois de... et de...
doute plus que suffisants pour justifier rarrestation de rimposteur Henri Hébert. Certes, on voit peu d'accusés sur qui, dès le principe, pèsent autant de charges certaines, accablantes, et dont b détention soit plus légitime, plus nécessaire. Cependant un journal républicain en fit l'objet d'une censure amère. J'ignore si la libéralité du fameux prince avait égaré la plume du journaliste^ oa si rhabitude fâcheuse de blâmer tous les actes du pouvoir ne permet* tait jamais une approbation ou du moins le silence ; toujours est-il que la feuille démagogique s'exprimait de la manière suivante dans son numéro du 18 septembre 1833 : « On sait avec quelle impm- « dente légèreté la police se joue de la liberté individuelle. Si nom « voulions signaler tous les actes arbitraires qui se commettent tous « les jours, nos colonnes n'y suffiraient pas. Aujourd'hui encore» « nous recevons deux réclamations, l'une de M. le baron de Riche- « mont, qui a été arrêté, le 29 août dernier, comme prévenu d'nn « complot dans lequel il aurait un puissant intérêt, puisque la po- « lice veut à togte force lui faire jouer le rôle d'un des nombreox « Louis XYII qui réclament par circulaire la couronne de^France; « l'autre réclamation nous est adressée par M. Danduran, arrêté
« d'abord comme complice de M. de Richemont En présence
« de pareils actes, on se demande jusques à quand les citoyens les « plus honorables pourront être saisis et jetés dans les cachots sous « les prétextes les plus futiles (1) » .
et Je pourrais demander à mon tour jusques à quand V auteur de ces lignes se livrera-t-il à une polémique aussi dévergondée; mais je me borne à le prier de nous dire ce qu'il avait fait de sa raison quand il déraisonnait de la sorte ? Quoi ! cet aristarque sévère ne veut pas qu'on livre à la justice un intrigant qui commet chaque jour des escroqueries, un artisan de troubles qui conspire et soudoie la révolte, un imposteur qui se pare d'un grand nom, qui ose avouer des prétentions au trône, un malfaiteur qui complote l'assassinat de la famille régnante ! 1 1 Serait-ce par hasard l'argent distribué à cinquante actionnaires des « Droits de l'Homme », l'appui accordé aux séditieux de toutes les classes, et le désir d'étouffer la nichée qui vous rendaient si indulgent pour les actes de votre protégé ? Je ne saurais le croire. Il me faut donc répéter : qu'aviez-vous fait de votre raison?
(i) Tribune^ i8 septembre iSSS.
« Malfaenreuflement la dùtraetùm da pobliciste ne fut pas de comte durée ; sa bieuTeillance pour la noble victime de ^arbitraire ne se refroidit pas. Le journaliste ?ouIut lui donner de nouvelles preuves de sympathie.
« Le sieur Henri Hébert, baron de Richemont, colonel de Saint' Julien, colonel Lemaître, Picted, Legros, Bénard, Henri de Transtamare, prince Gustave, etc., fut conduite Lyon, pendant qu'on instruisait son procès, pour y être confronté avec les personnes qui Tavaient connu dans cette ville, et pour y voir constater son identité aussi bien que les crimes et délits dont il s'était rendu coupable.
« Âd moment de partir dans une voiture commode, suivie d'une bonne escorte, notre illustre captif adresse une requête à ses protcurs de la Tribune.
« Monsieur, quelque répugnance que j'éprouve à occuper le public de moi, je me vois forcé d'appeler son attention sur les rigueurs que l'on me fait éprouver.
« La réclamation que j'ai adressée il y a quelques jours par la voie des journaux, relativement au voyage que le juge d'instruction Perrpt me fait entreprendre, n'a pas été sans effet, car, malgré des ordres sévères, le temps nécessaire au rétablissement de ma santé m'a été accordé, et de plus, j'ai la certitude d'être transporté à Lyon en voiture, accompagné de Tescorte d'usage ; c'est une modiûcation à l'arbitraire, et voilà tout. Le voyage aura lieu contrairement à la loi; je serai torturé en tout sens pour avoir consigné sur un carnet le nom de quelques personnes qui habitent Lyon; je subirai ce pénible et coûteux voyage pour aller à la rencontre d'un prétendu complot, sans que la justice ait cherché à s'éclairer sur ce point. Aucune recherche n'y a été faite, aucun interrogatoire n'a eu lieu, si ce n'est pas de l'arbitraire, il n'en existe jamais.
« Il est bon que Ton sache que le prétendu complot n'est qu'un prétexte pour colorer des turpitudes; tout mon crime est ma ressemblance avec un parent, d'un haut et puissant dont la conscience parle quelquefois trop haut, et, sans égard pour un acte, sans ^rd pour mes déclarations, on s'obstine à me persécuter.
« Cette persévérance à retrouver en moi une ombre accusatrice « est loin de m'tnspirer de la confiance : une idée fixe de cette im-
a portance n'est pas sans danger pour moi. L'expérience da passé « est là.
« J*ai l'ai Thonnenr d'être, etc.
« Baron de Righemont ».
Sainte-Pélagie, 3 novembre 1833.
c Monsieur le duc de Normandie avait ses raisons pour refuser d'aller à Lyon ; il lui répugnait de subir des confrontations propres à constater maintes Glouterics; c'était là qu'il voyait de l'arbitraire. Il y a de l'arbitraire dans tout, si l'on en croit des gens qui ont des comptes à régler avec la justice : on les arrête en flagrant délit, c'est de l'arbitraire; on compulse leurs papiers, on y trouTe les preuves de leurs crimes ou délits, c'est de l'arbitraire; on empêche qu'ils volent les citoyens ou qu'ils attaquent le gonvernciqeDt k main armée, c'est de l'arbitraire; on refuse de les mettre en liberté tant que la justice du pays n'a pas statué, c'est encore de l'arbitraire! ce mot est vraiment d'une élasticité admirable il revient
à tout propos, il s'applique à tout, il prend toutes les acceptions sous la plume des gens qui en oublient le sens réel.
(( Au surplus, les accents de l'infortuné captif Bmvent au cœur de ses fiers champions de « la Tribune » ; ils prennent fait et cause pour M. le baron, et s'apiloyent sur le sort que les sicaires du pou* voir réservent sans doute à cet illustre compétiteur. « On ne saa- « rait, disent-iis, on ne saurait se défendre d'idées sinistres toutes « les fois qu'on se trouve placé en présence de violations aussi ma- « nifestes de la loi. Est-ce qu'on prétendrait se débarrasser de la « personne d'un citoyen français par une sorte d'extradiction? On « bien nourrirait-on secrètement un plus odieux projet? Depuis le « mystère du pont d'Arcole, on est malheureusement en droit de « tout supposer j>.
« Ce chaleureux plaidoyer se termine ainsi : « La nation resu tera-t-elle donc froide et impassible en présence de tant d'atten- « tats? Eh! non "sans doute : toutes ces blessures faites à chacun de « ses membres, elle les ressent et les enregistre; elle en fera rendre « bon compte un jour, nous Tespérons bien ».
f Rassurez-vous, généreux défenseurs de Tinnocence persécutée I le pouvoir sait que vous veillez sur les jours du prince Gustave, duc de Normandie; il n'osera pas consommer secrètement son odieux projet. Cette fois, du moins on reculera devant Thor-
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reur des exécutions occultes, on cachera les instruments de torture* on fermera la trappe des oubliettes, et votre ami sera préserré. Mais veuillez- nous faire grâce des crimes, des affreux mystères, des san^ glantes noyades, des assassinats, des massacres, des égorgements du pont iTArcole I J'en suis pour ma part assez repentant, et puisque, grâce an ciel, les victimes de tous ces forfaits se portent bien, puisque tous les citoyens immolés en cachette, empoisonnés, étranglés, enterrés vifs, peuvent, comme les cadavres exposés à nos regards dans vos mélodrammes, sortir de la coulisse à la fin dé la pièce et vous serrer la main, ne nous faites pas assister tous les jours à leurs funérailles.
Henri Hébert, baron de Richemont, etc., parut enfin devant la cour d'assises de la Seine, du 30 octobre au 5 novembre 1834. Avant d'entrer à l'audience, il avait dit : ce L'agitation qui règne an a sein du gouvernement, les assemblées continuelles des ministres, a les mouvements de télégraphe, vous disent assez qui je suis ».
Il est défendu par M* Piston, avocat, qui, de la meilleure foi du monde,' voyait dans ce personnage le fils de Louis XYI.
Plusieurs de ses compères furent mis en caus<*, mais faute de preuves suffisantes, ils furent acquittés.
Nous donnerons ici la substance de ce curieux procès pour la plus grande glorification de ce quinzième fils de Louis XYL
Henri Hébert ne veut d'abord répondre à aucune question; il se renferme dans la dignité de son rôle. On lui rappelle tous les faits que nous avons déjà retracés : silence absolu, impassibilité complète.
M. le président, à l'accusé (Profond silence.) : Votre nom?
— R. Je ne peux pas en dire davantage.
— D. Vous n'avez rien dit (Silence de Taccusé et rires dans
l'auditcnre. )
— D. Refusez-vous de dire votre nom, votre âge, le lieu de votre naissance et le lieu où vous demeurez? (Siltnce de l'accusé.) La procédure que vous avez suivie vous donne le nom de baron de Richemont? (L'accusé ne répond rien.)
Le sieur Boucher-Lemaistre se dit âgé de quarante ans, et ré-
gkar de papier.
Jf. le président, à Asselin : Gomment vous nommez- vous?
— K Asselin (Laurent-Joachim), à^è de cinquante airs, ei-cdtÎTateor.
iV. le président, à Colliard : Et tous 7
— jR. >'icoIas-CIaode Colliard « écrÎTain antographe, âgé de trente-sept ans.
M, le président, aa baron de Richemont : Vons avez été arrêté fc 29 aoôt 18337
(L'accusé ne répond pas et reste les yeux attachés sinr le parquet.)
M. le président : Je tous engage à répondre. Quel qne soit le rôle que tous touIcz jouer aujourd'hui, tous aTez été arrêté; Ion de TOtre arrestation tous avez pris le nom de baron de Richemont; TOUS avez refusé de répondre, et tous tous ê(es contenté de dire que TOUS étiez enfant naturel appartenant à une famille distinguée et étrangère, et que Thonnenr tous défendait d'en dire davantage.
(Silence de l'accusé.)
M. le président: On remarque, dans l'instroction, qne Tons aiez successiTement pris huit ou dix noms différents; cela est-il Trai7 L'accusation doit soutenir que tous aTez touIu tous enTÎronner de mystère.
(L'accusé ne répond pas daTantage.)
M. le présiderit : Il paraît que tous aTez pris le parti de ne pas répondre ; mais tout à l'heure des pièces pourront répondre pour TOUS. L'accusation tous assigoerait le nom d'Hébert, et elle parait très fondée à croire que c'est là Totre nom, parce que, dans presque toutes les affaires d'intérêt qui tous ont concerné, tous avez pris ce nom ; et c'est le nom que porte un acte que tous aTiez sur TOUS lorsque tous aTez été arrêté. Vous Tarez déchiré, il est ?rai ; mais la justice en a recueilli les mofteaux. Cela est-il vrai 7
(L'accusé ne répond pas. Rires dans l'auditoire.)
M. le président : Est-ce que tous n'arez pas habité Rouen pendant quelques années 7 II est constant que tous êtes resté à Rouen en 1826; tous y êtes arrivé aTec un passeport sons le nom d'Hébert ; alors vous y aTez déposé dans une maison une somme de 30,000 francs, et tous avez réclamé de remploi de la préfecture; TOUS en aTez obtenu ; tous aTez fait beaucoup de dépense ; tous TOUS êtes lié aTec un sieur Julienne ; tous aTez acquis judiciairement ses biens; tous n'arez pas pu payer; tous aTez 6it des afliures eommarciales; tous aTez fui, et tous aTez été condamiié à trois
LOmS-GHMlLES 83
mois de.prisoo Goœme banqueroutier simple. Cela est-il .^rai? (Silence absolu.) Voici une lettre de vous, évidemment de vous, adressée au procureur du Roi de Rouen ; eUe prouve ce que j'avance.
(M. le président en donne lecture : c'est une plainte coatis M. Julienne. Il la fait ensuite représenter à l'accusé, qui la regarde attentÂYemcint et la rend sans rien dire.)
Mn le président : Boucher-Lemaistre, regardez cette pièce.
Boucher-Lemaistre : Les afiaires de mon coaccusé ne me regardent pas.
M, le président, à l'accusé : Vous refusez de dire si cette lettrée est de vous? (L'accusé reste immobile.) Il est arrivé^ en 4829 et ea 1830, des proclamations signées le duc de Normandie ; elles sont de voas; les irmià, elles sont là, signées à la main. (L'accusé ne répond rien.)
M. le président : À ces écrits se joint un billet daté de Bruxelles, qui contient une> réclamation aux Chambres sous le titre du duc de Normandie, et d'autres billets adressés à des individus de la V légion, portant la signature du duc de Normandie. JSn ôtes-vous Fauteur 7 Vous ne répondez pas. Alors je vous rappellerai qu'un expertécrlTain a été appelé, qu'il a rapproché le corps de votre écriture de ces signatures, et qu'il a dit que ces signatures étaient de vous. Ainsi, en 1830 et 1831, vous vous êtes présenté comme duc de Nornoandie, et. vous avez fait des démarches en cette qualité. On remarque dans ces proclamations ces mots :
c(. Je vous déclare que je suis vivant, et je viens réclamer au sein de la grande nation ma place et mon rang. Nous sonmies en 1830, je viens d'apprendre le résultat de la séance du 7 août, qui appelle ti^ouisKPbilîppe au trône saos l'intervention du peuple, seul compétent Mes ennemis seuls ont pu me ravir les droits. que l'aiàla cooronne de France.
a Cérame prince et chef de la branche aînée des Bourbons, je proteste cmtre Télectiou de Louis-Philippe ».
^M, le président : Ces protestations sont adressées à IVI. le duc de €lieÎ8âQl,'qui les^ transmises à M. le préfet de. police. (L'accusé se tait.) Ce qui' prouverait encore que vous vous nommez Hébert, c*est QO-Hiaiidat de 1827, signé Hébert. Vous l'avez d'abord repoussé, et TOu» avezf £ni par direqu'il était de vous. Quand on vous a arrètéi on* a saisi sur vous un agenda dans lequel vous avez écrit jour 'par jour-res -actions, même les naoins importantes, et ceUf&surles*
su LOUIS-CHARLES
quelles quelquefois on appelle le mystère : l'a-t-on pris sur tous? Vous le sa?ez bien ! vous l'avez reconnu ; vous avez même dit que seul vous en aviez la clé ; on a trouvé dans cet agenda des Indications annonçant que, sous le nom dn duc de Normandie, vous aviez comploté et escroqué, ainsi qu'on vous en accuse.
Cet agenda porte Tindication de plusieurs in ividus qui auraient été inquiétés lors de renlèvement du Temple. En plusieurs endroits vous parlez d'un avocat que vous auriez consulté sur une demande en réclamation d'état que vous auriez voulu former. Vous parlez du général Kléber en beaucoup d'endroits. Vous parlez aussi des affidés que vous aviez dans les faubourgs de Paris, et qui devaient défendre votre candidature. Dans une autre circonstance^ vous racontez que la femme Morin est allée chez vous pour vous demander de placer quelques individus, et que vous avez dit que, dans un corn," mencement de règne (on rit), il n'était pas politique de les placer.
Vous êtes allé chez la famille de Molard, où vous vous êtes fidt passer pour le duc de Normandie, et vous avez même daigné permettre qu'on élevât dans le parc un monument pour perpétuer le souvenir de votre passage. (Rires dans l'auditoire.) Vous avez même, dans un second voyage, présidé à la pose de la première pierre. (Nouveaux rires.) Dans les environs de Lyon, vous avez pris également le nom de duc de Normandie, et le bruit a couru de votre présence. Le mystère dont vous vous enveloppez, vos refus de répondre, vos changements de noms aitestent de vos manœuvres.
L'accusation vous reproche d'abord d'avoir formé un complot contre l'État... Répondez- vous? (Silence absolu.) Vous cherchez partout des instruments de vos manœuvres dans tous les partis. Ainsi vous avez pour partisan Morin, qui croyait à l'existence de Louis XVIL Vous êtes allé à Lyon en 1831 à l'époque des troubles: vous l'avez d'abord nié, et vous avez fini par avouer y être allé. Vous y êtes retourné en 1832. Vous avez encore nié d'abord et avoué ensuite cette seconde apparition ; enfin en 1832, pendant Tété, vous y êtes retourné ; vous avez connu madame Louvat ; puis vous vous êtes encore rendu à Lyon en 1833, où vous avez alors connu M. Vallon. Est-ce vrai? (L'accusé se tait.) Votre agenda le dit; ment-il ou non? me trompé-je ou non? Allons, je continue. Comment se fait-il que, dans vos trois apparitions à Lyon, le bruit se soit répandu de la présence de Louis XVII, et pourquoi avezvous chaque fois changé de nom? Vous avez vu ^ Lyon des person-
nés qui vous reconnaissent. L'agenda établit que ?ous avez une correspondance avec le nommé Berger.
N*avez-YOus pas connu, en 1832, la femme Durut? N'y a-t-il pas en un dîner où d'autres individus se sont réunis, et où vous avez figuré sous le nom de Bénard? N'avez-vous pas dit à la femme Durut que vous étiez le duc de Normandie, et ne lui avez-vous pas montré an portrait de vous décoré des insignes de la royauté? Ne l'avez- Yons pas regardée comme utile à vos intérêts ? Vous l'avez envoyée an mois de juin en voyage dans divers départements de l'Est, avec des proclamations ou constitutions dont vous êtes l'auteur. Pour ce voyage, elle a reçu de vous une somme de 1,000 fr.; vous avez même dépensé pour elle de 5 à 6,000 fr. : esi-^e qu'elle n'était pas votre intermédiaire entre vous et Berger, qui était votre agent? C'est sur les lettres que vous lui avez écrites que se fonde l'accusation de complot. Les reconnaissez- vous?
L'accusé les regarde et les rend sans rien dire; puis il les reprend, en indique deux et dit : c C'est admirablement bien contrefait, mais ce n'est pas de moi ». (Mouvement prolongé.]
Voix dans l'auditoire : Ah ! enfin ce n'est pas malheureux!
M. le-président : Indiquez-les.
M, de Richemont : C'est ce que je fais. £u voici encore une qui n'est pas de moi. (Cet effort paraît l'avoir fatigué, car il se rasseoit ftur-le-champ en mettant sa tête dans sa main.)
M. le président croit devoir profiter de la bonne disposition où il paraît être pour lui demander s'il reconnaît Tagenda.
M. de Richemont : Je remarque qu'il y a des noms surchargés ; pourquoi les a-t-ou surchargés? Il y en a des 15, 17, 20, 21, 23 janvier.
M. Aylies : L'accusation ne se sort que des notes du U jan- ▼ier.
M. de Richemont : Il y en a au 2^, au 26, au 31, au 1" février.
M. le f résident : On verra cela avec l'expert.
Jtf. de Richemont : ^Q vois encore d'autres surcharges à plusieurs reprises au mois de février et mois suivants. (L'accusé les signale par dates. M. le président est à plusieurs reprises obligé de l'engager à élever la voix.)
M. le président : Voilà une autre note saisie sur vous à Sainte- Pélagie; est-elle de vous?
L'accusé : Je l'ai rédigée à la préfecture de police.
M. le président : Ainsi elle est de vous. £n voici ane antre, (L'accusé la rend sans rien dire.) Pourquoi dans vos interrogatoires n'avtez-vous pas dit que certaines lettres n'étaient pas de voasT
M. de Richemont : On ne m'a pas seulement donné le temps de les examiner.
M. le président : Cependant l'expert déclare que tontes les Iet<* très sont de vous. Pourquoi n'avoir pas signalé plus tôt les surchwges de l'agenda ?
— R. On ne m'a pas montré l'agenda.
— D. Si, vous avez répondu que c'était un guet-apens de la police, et qu'elle avait inventé un système d'agenda; c'était le cas de parler des surcharge. (Silence de l'accusé ; il tient la tête luiste et Semble ne pas daigner s'expliquer.)
M. le président : Nous nous expliquerons avec l'expert. Revenons à la correspondance ; vous dites que la première lettre n'est pas de vous, pourquoi ne l'avoir pas dit plus tôt?
*- R. Je ne l'avais pas vue.
M. le président : On lit dans cette lettre :
(t Je vois que vous agissez vigoureusement, que vous êtes bien secondé par nos frères du Nord et de l'Occident. Courage, tout va bien ici. J'ai donné mes ordres à mes gens pour que personne ne bouge sans mon avis ».
M. le président : Qu'entendez-vous par là? (Silence de l'dccusé.) De quels gens voulez- vous parler? On devait donc exécuter vos ordres? (L'accusé ne répond rien.)
M. le président : Dans une deuxième lettre, vous parlez de la femme Durut; elle est donc de vous? (Pas de réponse.) Vous y mentionnez le voyage que cette femme a fait, et le nom de la femme Roussel, qui figure dans votre agenda. Répondez-moi. (L'accusé se penche négligemment sur la barre.)
M. le président : Voici la lettre 235 ; on y lit :
« Les rois sont des monstres, et quelle que soit ma destinée, je serai le dernier de ma race ; le meilleur n'en vaut rien ». (Rires dans l'auditoire.)
Plus loin :
a Si vous avez des motifs pour détester le , j'en Ai de
bien plus puissants Si jamais ce tombe sous mes
mains, je n'hésiterai pas à faire rouler sur l'échalaudA
9près avoir fait l'opération à toute la progéniture ».
LÇUIS-CHAULES 87
jM. le président : Que ditjçs-vous ? (L'accusé sourit.)
Dans UQ autre passage, il est question d'une décoration de juillet que l*acçusé aurait, obtenue squs deux noms différeq^s. (On rit.)
M. Ifi président : Vous ne déniez pas cettç lettre, et elle you^^ accuse. Que dites-vous? répopdez donc. Si vous êtes fatigué, asseyezvous. (L'accusé s'asseoit et met son mouchoir sur ses yeux.)
M. le président : On lit sur votre agenda : « J'ai toujours sur moi UQ poignard ». Et en effet, quand on vous a arrêté, on a trouvé sur vous ce poignard.
Je lis dans une autre lettre à Berger votre agent : c Je suis con- ^çpt (3^ vos opérations ». Lesquelles.^ (Silenjce dç l'accusé.) Vous ajoutez :
« Coi^'age, le dénoûmcnt approche, le triomphç est certain; j'ai vu. ^ iyon le grand meneur, tQut est prêt. On attend, pour le 25, les députés des 75 départements vois! os, (Rires.) C'est à Paris qae se prçpareQt les brandons qui doivent incendier l'Univers. J'ai l'inte^tion de faire à Lyou une levée de boucliers et de marcher sur Paris pour secourir nos frères />. (Nouveaux rires.)
« J'ai l'assurance de ne pas être repoussé, car ils ont confiance (sn vopji. Jç n'ai pas <l'égal. Mes gens ont de Tesiime pour moil Ils se déferont d'abord de toute la couvée, sauf à voir après ».
M. U président : Vous avez dqJDc des gens? (Pas de réponse.) Déci^^.ooent vous ae voulez pas répondre à ces questions? (Silence.)
1^. le présideut 4onne leçti^re d'autres lettres rapportées dans l'acte d'accusation. Pendant cette lecture, l'accusé pars^ît fort distrait. Il ne prend la parole que pour demander quelques nuo^éros de lettres. Dans unç de ces lettres, on lit :
« Prenez garde, vous êtes surveillé; vous avez au moins cent mille mouchards autour de vqus. (Rires.) Tout e^t prêt : on n'attend que le signal. A mon signal, tout marchera, il ne nous nianque ^ plus que le3 fonds » . (Hilarité bruyante.)
M, le président : Qui que vous soyez ou que vous vouliez être, vous devez réppn(]re, fqssiez-vous Têtre dont yous parlez. Vous ne deviez pas cqpspirer coatre l'état.
Jl(« Piston : Je crois que 1^ prévenu répondra....
M. Iç président : Il ferait bien de répondre, lui, et UQii voiis. SfP^? iHS?r()fl^ sa réppni^e. Qu'il disp qui il çst.
8S LÛUIS-CHIRLBS
If" Pûtom : H s'agit de dioiflr le momat fifonirfe.
Jf. le préâdem : C'est i moi i le dioiar; fl est anifé.
M' PÙum : Je preods rengagement ^^a^ sen réponda & li qw»* tioB que vous adresses. (HooTeiiieiit prokNigi&)
Jf. Ir frésideta^ i l'accosé : Tods prélendci qa'nDe BoCe qae je fooi ai présentée a été iute à la préiectare de police?
— IL Ooi.
— D. Cependant je troore sor Totre agenda, an 20 ^illet : FêSê WÊt noie; c'est cdle-â, et toos n'aTcz pas lait Totre agenda à h pféisctnre.
— H. Ce qoe je dis est frai.
Jf. le frésidemt : Il ftllaît le dire lors de votre intenogaUdi^Oi lit dams Totre note :
c Ooi, j'ai conspiré contre Tordre de choses actoel. et je n'étais pas le seoL Tontes les lettres qœ Tons me présentes sont de md, et ¥ons ne me les présentez pas tontes ».
IL le président doone lecture de cette note, dans htindle il est qoestion de combinaisons de loterie; cette note a été laite en chiffres et traduite ensuite. Il y est dit :
« Acharné i ce maudit jeu de la loterie, j'ai perdu mon temps à combiner des quateroes et des qnines ; mon pauvre Dumas y a perdu son temps et son talent >.
M. de Richement : Je crois qu'il y a quelque chose de pusé.
Jf. le président : Je ne crois pas. (Ce magistrat donne de nouveau lecture de la note); puis il continue : Plus loin, il est dît :
a Le fils de Louis XYI existe; il est connu avantageusement ». (Hilarité.)
Jf. de Richemont : C'est écrit de dessons les verroux.
Jf. le président : Oui, mais cela prouve qne vous prenez le titre de duc de Normandie.
Après avoir terminé la lecture de la note, qui contient à peu près le détail des faits relatés plus haut, M. le président demande à l'accusé si cette traduction est conforme à l'original qu'il a fait en chiffres? Il n'obtient pas de réponse.
Jf. le président : Nous en sommes restés à la lecture de la note qui vous concerne et trouvée sur vous dans la prison; on a également saisi sur vous divers objets. N'avez-vous pas répandu des écrits et proclamations i l'approche de juillet 1833? (Silence.) C'est ce qne Tacciisation vous reproche ; ces proclamations étaient den^tmr^
h seconder ?os projets. On trouve da^ votre agenda, qae voud déclarez que Berger viendrait, le 26 juillet, pour le grand banquet, Qu'eotendez-vous par là ? L'accusation dit que cela signifie le grand projet N'avez-vous pas fait faire, à celte époque, deux habits militaires, et acheté une épée? Étiez-vous militaire de la garde
nationale.... que faisiez- vous de ces uniformes, de cette épée? (Même silence de l'accusé.) Vous avez répondu que cette épée vous venait d'un Anglais, Williams, qui l'avait laissée chez vous. Vous avez aussi commandé un chapeau monte avec des plumes noires, et on a trouvé chez vous deux cachets, l'un à l'aigle, l'autre aux fleurs de lis. Pourquoi ces cachets? Il est bien singulier que vous en ayez deux si différents. Vous avez, à l'approche du signal, fait une distribution de papiers. N'avez-vous pas eu ou du avoir un rendezvous avec Berger, près du 28 juillet ? N'avez-vous pas écrit à Lyon? N*avez*vous pas fait faire plusieurs fois votre portrait avec des insignes particuliers, et de différentes manières? Le coup projeté n'a pas pu avoir lieu; n'avez-vous pas alors été habiter hors barrière? (An lieu de répondre, l'accusé prend des notes.)
M. le président : On vous reproche d'avoir eu des liaisons avec des journaux d'une couleur opposée à la vôtre. (Signe négatif de raccnsé.) On a saisi chez vous une presse; qu'en faisiez-vous ? Vous avez déclaré que ce n'était pas une presse ; il est vrai que ce n'est pas une presse complète ; mais elle peut servir et vous avez dû en user; c'est ce qui a été reconnu. Ou a saisi un poignard.
M. de Richemoni : Je voudrais voir le procès-verbal de la saisie du poignard ; car on a saisi en même temps une main-courante qui explique la note ; on l'a supprimée, et ou a gardé le poignard qni pouvait me compromettre.
M. le président : Vous serez satisfait ; la pièce que vous demandez vous sera remise.
M. le président adresse encore quelques questions à l'accusé sur sa coopération aux écrits incriminés ; il déclare ne connaître que le manuscrit.
M, le président: £h bien! dites la vérité relativement à ce mapnscrit.
M. de Richemont : Je vous en parlerai dans ma défense.
M. le président : Vous êtes l'auteur de la pièce Jean Bonhomme {la Pastorale), et c'est Boucher-Lemaistre qui l'a fait imprimer : elle H été distrîbaée, et on en a trouvé nn grand nombre chez Asselln.
Celte pièce est ÎDcrlminée comme contenant une offense à h| personne du Roi.
M. AyUes : Nous ferons remarquer que les indicati(Mas de Tagenda, relatives à la distribution de la pièce, n'ont pas été désavouées par l'accusé dans l'examen qu'il a fait tout-à-l'beure.
M. de Richemont : Je n'ai rien désavoué» je n'ai signalé que den surcharges : je m'expliquerai dans ma défense.
M** Piston : Nous n'avouons pas l'identité.
M. le président interpelle l'accusé relativement aux autres pièces également incriminées. (L'accusé se tait.)
M, le président : Ces écrits ont été aussi distribués et envoyés à M. le préfet de police avec des mots insultants au bas; ilflp9rtentde la même source que la Pastorale dont vous ne pouvez pas nier âtr^ l'auteur.
Indépendamment de ces délits on vous reproche des escroquerie^ Connaissez-vous depuis longtemps M""' de Grigny et sa nièce; sous quel nom étes>vous entré chez elles? Elles ont dit que vous étiei connu sous celui de colonel ; mais vous y preniez celui de comte de Saint-Julien. N'a-t-on pas, lors de votre arrivée, fait rép^dre le bruit de la présence de Louis XYII7 N'avez-vous pas, à l'aide de votre faux nom, escroqué une partie de la fortune de ces dames? D'où tirez-voas l'argent que vous dépensez ? Vous viviez très largement. Qui vous procurait ces ressources ? Votre agenda prouve que vous avez fait de très fortes dépenses pour la femme Durut, et jqiiie vous receviez des sommes de Lyon 7 (L'accusé, pressé de répondre, ne dit rien.) Comment se fait-il que le bruit s'est répaqdu à Lyon que vous viviez aux tiépens de 1\1"'® de Griguy? Un individu, votre homme d'affaires, a fait à Lyon des placements pour vous; d'où cela vient-il? De tout cela, la prévention lire la conséquence que vous avez commis des escroqueries.
M. le président^ à Boucher-Lcmaixtre : N'avoz-vous pas coopéré à l'inipression et à la distribution de la Pastorale?
M, Boucher- Leviaistre : M. de Richemont a pu dire ce qu'il voulait. Son agenda est surchargé, il est donc possible que mon nom ait été ajouté. Gn outre on n'y trouve que le nom de Bouchef*, et moi je me nomme Bouchcr-Lemaistre.
-rr- X). Mais vous connaissez M. de Richemont ?
— • R. Cela n'est pas un motif. La perquisition a été faiO diez moi avec beaucoup d'illégalité : on l'a faite en mon absence, et on
LOUIS-CHâRLëS 9i
B^a pas dressé d'inTeataire régulier. On a très bien pu ajouter des pièces reprocbables aux pièces qui ont été saisies chez moi.
M. Aylies, Atcz^-yous eu occasion de faire imprimer les Mémoires ém duc de Narmandief
— JR. Gaie
— i>; De qui les teniez-vous?
— R. D'un inconnu.
— D» Avez-? ous fait faire son portrait ?
— R. Oui.
— D. Qui TOUS en avait chargé?
— R. Le même inconnu.
M. le frésidenty^ Àssdin : On a sai» chez ?ous 60 exemplaires de Jean Bonhomme ?
Aiselin : Ils m'ont été donnés dans la rue Dauphine par un borame qm les dis^ibuait dans la rue.
— D. Pourquoi en aviez-vous mis quatre dans votre portefeniHe?
^^ iR. Je »e peux pas dire cela devant Messieurs les jurés. Je iFisoIais en faire servir quelques-uns pour ks papillotes de ma femme.
M. le président^ à Colliard : Avez-vous fait autographier les écrits?
— R. Non, jamais; je ne me suis jamais occupé d'écrits politiques. Je ne connaissais pas M. de Richemont. Je déclare que mes opinions sont telles qu'on ne peut me soupçonner.
«^ D. On a cru reconnaître la main
^«^ R. Cela est impossible; on ne peut à coup sûr, après autographie, reconnaître la main qui a écrit le papier préparé. M, Aylies : Avez-vous travaillé pour M. Hullin en 1830?
— R. Oui.
Après cet interrogatoire, M. le président est passé à l'audition des témoins: Plusieurs d'entre eux sont persuadés, et le disent franchement, que Louis XVII n*estpas mort. M. Andryânne est également appelé; sa présence et sa déposition éveillent une touchante sympathie, M. Andryânne auquel le soi-disant baron de Richemont s'était présenté comme le duc de Normandie, et comme un ancien compagooo de captivité dans la prison de Milan. Nous ne transcrirons pas ces dépositions ni les interpellations faites à M. le baron de Richemont, auxquelles elles ont donné lieu ; parce que Tinterrogatoire précité,
ie discours de M. le procareur-général et le jagonent, soflBront pour faire connaître i*affaire de ce faux Louis XVIL Cependant, quoique nous ayons déjà fait connaître les dépositions si intéressantes dn principal témoin^ M. Lasne on Lashn, en terminant ce qae noos avons écrit sur l'autre faui^ Louis XYII, Naûndorff, nons croyons devŒr la rapporter encore ici, et les paroles qu'elle a provoquées, parce qoe nous pensons que Ton ne saurait trop répéter tout ce qai se rattache au fait , malheureusement que trop vrai , de la mort de Louis XYII au Temple.
On appelle M. Lasne. L'émotion la plus vive est .excitée par ce vieillard, peintre en bâtiments, ancien soldat aux gardes françaises. C'est la personne qui a été chargée de garder an J*emple le Dauphin, fils de Louis XYI, et entre les bras duquel cet enfant a rendu te dernier soupir. (i\Iouvement général d'intérêt.)
M. Lasne paraît avoir maintenant de 75 à 80 ans. H dépose ainsi, au milieu du plus profond silence :
« Deux individus se sont présentés chez moi en me pariant da Dauphin ; l'un s'est assis d'un air délibéré ; ils ont voulu me persuader que le Dauphin avait été enlevé dans un cheval de carton ; mais moi je leur ai bien démontré que Je Dauphin était mort entre mes ,bras ». (iVlouvement.)
M, le président : A quelle époque avez-vous été préposé à la garde du Dauphin ?
— R. En fructidor an m (août et septembre 1795).
— D. Était-il malade quand vous êtes arrivé?
— R, Depuis deux mois. Un nommé Laurent avait gardé le prince, et, sans pourtant le frapper, il le négligeait, le laissait sans soins et dans un état de saleté extraordinaire. Le Dauphin est resté dans un état bien grave quelque temps, lius tard, j'ai averti ie gouverneur que l'Enfant était très malade ; alors on envoya un médecin pour le voir. On me disait que si je donnais des soins au Dauphin, on i^e considérerait comme un royaliste ; mais moi je répondis : « On fera ce que l'on voudra, on me renverra si l'on veut : je fais le bien, ça m'est égal ».
Le médecin qui vint commanda un traitement ; il consistait dans des gouttes de potion. Le premier jour l'Enfant repoussa cette potion à trois reprises différentes, alors le médecin lui dit : « Yous croyez donc cette potion empoisonnée 7 Eh bien! je vais la boire », et il la but. L'enfant lui dit : c On a donc juré que je la boirais
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aussi » ; ce qu'il fit II n'y a?ait que le Dauphin qui pût faire une réponse pareille. (Nouveau mouvement. )
Le système du médecin a duré pendant huit jours; au bout de ce temps ce médecin est mort ; M. Pelletan fut appelé, on suivit le même régime, et l'Enfant au bout de neuf mois est mort sur ces bras..... (Sensation prolongée.)
M» le président : Arrivait* on facilement jusqu'au prince?
— jR. Il fallait monter trois étages ; il était au troisième dans la cour; il fallait passer par les cours et par un guichet; je n'ouvrais pas avaut d'avoir reconnu les personnes qui venaient : il y avait un poste de trente hommes.
— D. Avez- vous causé avec l'enfant?
— R. Tous les jours.
— D. Sur quels objets ?
— R. Jamais que sur des sujets sérieux et graves. Ces conversations ont laissé des souvenirs profonds chez moi. Jamais il n'entamait la conversation. Il avait beaucoup d'intelligence ; je surprendrais l'auditoire si je voulais dire ce qu'il me disait. Je le promenais tous les matins sur, la terrasse, et je le tenais par le bras parce qu'il avait une tumeur au genou.
M, le président : On prétend que c'était un enfant changé, et qu'on avait apporté l'enfant que vous avez soigné, dans un cheval de carton dans lequel on avait remporté l'autre.
— R. Tout cela est faux, je le déclare. J'avais été à même de connaître le Dauphin ; j'étais soldat dans les gardes françaises, je faisais partie de la U^ compagnie; je fus nommé capitaine, et quand je montais aux Tuileries je voyais M. le Dauphin, que je connaissais parfaitement ; ainsi je ne pouvais pas être trompé. J'ai été condamné à mort par MJVI. Robespierre, Saint-Just et autres, et le 9 thermidor m'a sauvé la vie.
— D. Quand vous êtes entré au Temple avez-vous reconnu le prince ?
— K Oui, celui que je voyais aux Tuileries, j'en suis certain. M. Aylies : Cette déclaration est trop importante pour que nous
ne vous demandions pas d'en contrôler toutes les dépositions. •
Ce magistrat donne lecture des actes officiels qui, en raison du caractère et du patriotisme de Lasne, le chargent de la garde du jeune Dauphin, et des actes qui ont suivi. Tous ces actes se trouvent &ï concordance parfaite avec tous les détails que le témoin a donnés.
9/i LOUIS-CHARLES
« Ainsi, dit M. Aylies, les souvenirs du témoin sont d'tine exactitude remarquable ».
M^ Piston : Est-ce avant ou après Simon que le témoin a été gardien ?
M, le président : C'est après.
M^ Piston : Des témoins déposeront que Simon a favorisé l'évasion. La femme Simon en a déposé.
M. le président : Elle n'a rien déposé.
M° Piston : M. Remusat le dira. (Mouvement.) Ensuite le médecin qui le premier a soigné Tcnfant, n'est pas mort huit jours après, mais le lendemain de sou entrée au Temple.
Le témoin : Huit jours, j'en réponds.
M^ Piston : On cite la maison où ont été déposés les deux millions donnés pour l'évasion.
M, le président : On ne cite rien du tout,
itf* Piston : Avant d'entrer au Temple, M, Lasne avait-il vu le prince ?
— R. Oui.
— D. De très près ?
— R. Assez pour le reconnaître parfaitement.
M'' Piston : Il est évident, d'après les pièces, que le médecin est mort le lendemain et non huit jours après.
M. Aylies : Les pièces sont officielles.
M. le président :, Vous avez été visité, et on vous a promis de vous faire voir le Dauphin dans trois jours; reconnaissez -vous quelqu'un ?
Le témoin, s'approchant de Richemont, dit : c C'est celai que j'ai vu chez M. le juge d'instruction ».
M. le président : Oui, mais chez vous ?
• — R. Je ne sais trop, c'est cela pour la taille ; il était accompagné d'un grand monsieur maigre qui se disait son avocat.
M, le président : Le témoin aurait peut-être chez le juge d'instrootion reconnu l'accusé à la voix, mais il a refusé de parler.
M. de Richemont : J'avais une extinction de voix. (On rit.) M. le président, au témoin : A quelle époque est-on allé chez vous?
Le témoin : Il y aura un an au mois de décembre.
AL de Richemont : Ce n'est pas moi, puisque j'étais en prfaoD.
JK/. Aylies : N'équivoquons pas sur les époques ; la visite est constatée par trois témoignages.
M, Lasne : Qaand j'ai déclaré à ces deux Messieurs ce que je savais, ils ont dit : « Le brave homme, il dit ce qu'il pense, mais il a été trompé ».
M. le président : C'est au mois de septembre qu'a eu lieu la comparution devant le juge d'instruction, mais la visite avait eu lieu avant.
M. de Richemont : Pourquoi serais-je allé chez Monsieur ?
M. le président : Cela se rapporte parfaitement avec vos notes, qui démontrent que vous faisiez des recherches sur tous ceux qui avaient pu connaître le Dauphin.
Jlf" Piston : Comment le véritable Dauphin, qui se serait enfui avec Simon, aurait-il été s'adresser à Lasne ?
M. le président : Pour lui faire changer de langage.
ilf* Piston : Cela n'est pas possible.
M, le président : Vous plaiderez cela.
Un Juré : Quel âge aurait le Dauphin ?
M. le président : Il est né en 1785. Il est mort à dix ans et quelques mois.
L'accent de ce vieillard, son émotion lorsqu'il rappelle les soins prodigués par lui au jeune prince, et sa triste fin, portent le cachet de la vérité, il excite au plus haut point l'intérêt de tous ceux qui l'ont écoulé.
Un incident burlesitiue interrompit momentanément le cours des débats : dans l'audience du 31 octobre, M. Morel de Saint-Didier, demeurant rue du Bac, passage de l'Industrie, se présente à la Cour d'àssîi^es; il insiste vivement pour être admis à déposer, et vient, (dît-il, en vertu de pouvoirs spéciaux, réclamer et protester contre le titre de duc de Normandie usurpé par M. Henri Hébert. M. Morel de Saint- Didier agit au nom de son client, Charles-Louis de Bour^ bon , véritable et seul duc de Normandie (connu sous le nom de NatEâdérff); Faccu^é Henri Hébert ^5* donc un fourbe, un imposteur. ' On fait fètnarqtier à M. Morel de Saint-Didier que, puisque son client revendiquait un nom, il devrait au moins le connaître ; or, le iUs de 'Louis XVI s'appelait Louis-Charles et non pas Charles- Louis.
Ajpfès cet épisdde, Paccusé devient plus explicite ; il avoue son '{dentité àVec l'hcWme bôrinu à Rouen sons le nom d'Hébert, récite
longuement la fable imaginée pour faire croire à rcnièvement du dauphin dans un cheval de carton. Depuis cinquante ans, il est persuadé, dit-il, que Louis XVII n'est pas mort II ne dit plus je suiSf mais il dit : je crois être le Dauphin^ et proteste de sa bonne foi.
Ces incidents vidés, M. Aylies, avocat-général, a la parole :
« Messieurs, la patience, vous at-on dit, est un des premiers devoirs du juge ; vous Pavez bien compris, car vous venez d'en donner un grand exemple par Tattention soutenue que vous avez prêtée à tous ces débats. Grâces vous en soient rendues, car notre tâche devient plus facile ; elle se simpliGe encore quand nous songeons que nous ne pouvons éprouver aucune inquiétude sur Fimpression générale que vous avez éprouvée. Hommes de bon sens, d'expérience et de probité, vous aurez réduit à leur juste valeur toutes les extragances qui forment le fond de cette affaire. Que penser, en effet, de la grande pensée qui soutient Taccusé, pensée maintenant avouée, et plus digne, il faut le dire, de pitié que de colère!
« £t à côté de cette prétention dérisoire, que penser de ces divers dévoûmeats qui sont venus se produire devant vous! Les uns prouvent jusqu'où peut aller la crédulité la plus simple et 4a plus ridicule; les autres vérifient celte leçon de l'expérience, qu'il n'y a pas d'intrigues odieuses qui ne puissent trouver de partisans.
a £t au milieu de tout cela, un homme^ dont nous ignorons h mission, soufQant à plaisir le feu de la discorde, et répandant avec une incroyable persévérance le brandon de la guerre civile!
a Et puis au bout de ce rôle si odieux, de honteuses spécolir tiens I
(( Voilà, Messieurs , cette affaire sous l'aspect général; mais A grave que puisse être l'impression qui résulte des faits qui se sont déroulés devant vous, il faut vous reporter aux points de vue spéciaux qui forment le procès ».
Après cet exorde, M. l'avocat-général entre dans la discussion des divers chefs d'accusation dirigés contre chacun des accasés. n commence par repousser l'idée que l'accusé puisse, même de bonne foi, se croire le fis de l'infortuné Louis XYI.
« Dans le principe, dit-il, l'accusé avait voulu, potur donner sans doute plus de poids à sa singulière prétention, se retrancher dans une espèce de dignité affectée ; mais depuis, nous t'avons vu se défendre avec beaucoup de sens et d'habileté ; c'est un homme et-
LOUIS-CHARLÉS 97
pahUi que Taccosé, il n*a pas pu être dupe de lui-même. (Sensasation) ».
Al. Tavocat-général soutient que raccusation de complot est démontrée autant que possible par la présence de Taccusé Richemont à Paris dans le mois de Juillet 1833, à Lyon, à Tépoque de Finsurrection, par la correspondance et Tagenda, et par les proclamations qui, on ne peut plus en douter, sont évidemment son œuvre ; l'épisode de Berger est une fable : Berger existe, Taccusé le sait, et c'est en yain qu'il a voulu reporter sur la police une provocation dont il a'a jamais été l'objet.
M. Aylies passe ensuite aux délits de presse; il donne lecture des écrits dont nous avons déjà fait mention ; il appuie notamment sur une pastorale intitulée : Jean Bonhomme, et sur une pièce dans laquelle on remarque cette phrase, qui excite une grande hilarité dans l'auditoire, notamment au banc des avocats :
« Il n'y a rien d'égoïste comme les épiciers , les marchands d'bnile, les- gardes nationaux, le bétail législatif et les avocats m. M. l'avocat-général soutient que Boucher-Lemaistre et Asseiin sont coupables de distribution, mais il abandonne l'accusation à l'égard de Golliard»
Passant au chef d'escroquerie. M, l'avocat-général en puise les éléments dans les profusions de l'accusé, quand rien n'en révèle la source; dans les manœuvres de l'accusé pour captiver la crédulité de ses dupes, de l'accusé se parant du titre mensonger de duc de Normandie, et exploitant habilement, pour colorer cette fable grossière» les indices les plus minutieux et les circonstances les plus minimes. U les puise enfin dans sa présence au château de Lafrétat et dans les sommes d'argent qu'il aurait soutirées aux dames de Grigny et de Louvat qui l'habitaient, en se donnant pour Louis XVIL
Il n'y a pas eu d'escroquerie, dit-on, parce que personne ne se plaint? Qu'importe s'il y eu manœuvre frauduleuse. Le ministère poUic doit agir au nom de la Société.
c Yoilà les faits, ajoute M. l'avocat-général. Mais, dira l'accusé si je soisLouisXYlI il n'y a plus escroquerie. Gela est vrai, aussi est-ce là le dernier asile, l'asile suprême où la défense pourra se réfugier I Mais s'y réfugiera-t-elle victorieusement ? Ah ! Messieurs, faut-il eiaminer ces preuves dont on avait tant parlé: quelles sont-elles? La lettre de GhazaI? Mais cette lettre, ainsi que nous l'avons fait
98 LOLIS-CHARLES
remarqoer dans le ooun dcsdébHs, mt aîgBifie rioi ; dnat Bytox, die proore une seule diose, c^estqn*^ cède époqve il y vtml conme aujourd'hui, des intriguiis qui TOohieBt eiphiier le mam de Louis Xm.
« la coomlioa tenace de H. Moriu , qui hn-ntee dais ud icmps a passé pour Louis XTII? (On rit) Le témoignase de la ieimne Simon 7 Mais qui ne sait que cette feinaie, dans les denières années de son existence, n'était presque plus en poniiinn de ses Êicuhés inteliectueDes? Il y a plus : ce qui pronre la finsselé des fables qu'on ioTente» c'est la conduite du duc de Bonribon, qui, s*il eût facilité l'érasion du prince, n'eût pus manqué de rédamer ses droits en 181 j|.
« Et maintenant €iudra-t-ii tous dire qu'au moment où le Danpinn expirait au Temple , à côté de Lasne, se tronrail le comiùsaire Damon; qu'il y fut retenu jusqu'à l'aimée d'un antre oommissaire qui, comme Damon , l'aTait tu antérienrement aux Tuileries; qu'ils constatèrent son identité; qu'il en fut de mèase des docteurs Pelletan et Lassns, Lassus qui aTait été le médedn des dames Elisabeth et Victoire, untcs du Dauphin. En foU asM pour démontrer tout ce qu'il y a de grossier et de ridicule dans la prétention de l'accusé.
H. TaTocat-général termine en disant qu'il persiste dans touf e l'accusation, et notammoit sur lesdélils de presser
Résume de M. le PréstdenL
« Messieurs, quel est l'accusé qui se troure aujourd'hui detant TOUS? Quel est son véritable nom. son orq^ine, sa fomiHe, sa conduite, ses antécédents, sa vie tout cniière? Serait-ce un de ces artisans de discorde, ardent à jeter le trouble pour en tirer parti , s'adressant aux sentimouts religieux des uns, aux sympathies politiques des antres? Serait-ce un instrument des ennemis de la France, cherchant à porter partout la guerre civile', dans le dessein de favoriser de honteuses spéculations ?
« Ne serait-ce qu'on infortuné sauvé comme par miracle des horreurs d'une sanglante révolution, proscrit, frappé d'anathème par sa naissance elle-même, ne trouvant plus de nom, ni d'asile pour reposer sa tête? ou ne serait-ce qu'un homme placé sous une
LOUIS-GRàRLËS 9d
ti préoccupation fâcheuse? G*est un point, Messieurs, sur lequel « nous appellerons votre attention » .
Ensuite, dans un résumé qui a duré plus de deux heures, M. le Président a reproduit avec la plus grande impartialité les moyens de l'accusation et de la défense. Ce résumé a été, d'un bout à l'autre, écouté avec la plus scrupuleuse attention et le plus vif intérêt.
A trois heures moins un quart le jury est entré dans la chambre de ses délibérations*
Après trois heures de délibération, le jury est rentré en séance et a décoré Taccusé principalement coupable sur tous les points , excepté sur le chef de complot contre la vie du roi et sur celui d'escroquerie.
La Cour Ta condamné le 5 novembre 1834, en conséquence, à douze années de détention.
L'accusé, qui était un petit homme, d'une figure et d'une tournure assez communes, n'ayant aucun rapport de ressemblance avec la famille des Bourbons, a, pendant toute la durée de son procès, montré du calme , de l'adresse , de la sensibilité, et persisté dans son dire de se croire fils de Louis XYI, et il a écouté sa condamnation sans proférer un seul mot. Seulement en se retirant il a dit : c Celui qui ne sait pas soufifirir n'est pas digne des honneurs de la persécution »*
On n'a pu connaître, comme on a dû le remarier, le véritable nom de Richemont et la famille à laquelle il appartiemt ; .il profitait de cela pour dure à ceux qui le repoussaient pour fils de Louis XYI : « Si je ne le suis pas, dites donc qui je suis? » C'est le même langage que l'on a entendu sortir de la bouche de son concurrent et snccesseur en imposture, M. Naiindorff, langage bien digne d'aventuriers de ce genre.
ft Si Ton désire connaître mon opinion sur cet homme, dit « M. Gisquet, je dirai que c'était un adroit coquin , un hypocrite c fieffé Jouant avec habileté le rôle qu'il s'attribue pour jeter la di* « vision dans le pays , créer des embarras au gouvernement fran-^ tt çais, s'enrichir des libéralités de ses dupes ^ et gagner les fonds « secrets de la puissance quelconque dont je le crois l'instru- « ment » .
M. Henri Hébert subissait sa peine à Sainte-Pélagie. Ses manières toujours poUes, sa docilité, son apparente résignation avaient
un peu relâché la saryeillance dont il était Fobjet II occapait, avec d'antres détenns les pins dignes de ménagement, un petit corps de logis distiQCt, lorsque, le 19 août 1835, la n^ligence d'on gnrdien on la corruption lui permit de s'évader avec un carliste condamné dans l'affaire des Prouvaires et un républicain condamné de join; ib se rendirent en Belgique. Ses compagnons de Toyage sont rentrés en France comme amnistiés : j*ignore ce qu'est deveno le prétendant au trône de saint Louis.
Ici s'arrête la bic^raphie de M. Henri Hébert que nous a donnée M. Gisquet ; nous allons la continuer.
M. Henri Hébert s'évada donc de Sainte- Pélagie, avec deux autres prisonniers politiques Ml\I. Rossignol, condamné dans l'aBaire de jnin« et Couder, condamné dans l'affaire de la rue des Prouvairetf (1), le 19 août 1835, à huit heures du soir : et s'enfuit à l'étranger : « Je passai à l'étranger, dit-il, dans une retraite absolue, les années « 1836 et 1837« et dans l'année 1838, je me rendis à Lyon. « A peine y étais-je arrivé qu'un fonctionnaire m'y reconnut et en « fit son rapport au procureur-général. Ce magistrat qui était le pré- « sident des assises de la Seine, lors de mon procès (en 183&), « crut devoir faire connaître ma présence à Lyon au garde-des- « sceaux, qui répondit de la manière suivante : « Quant au baron « de Richemont, tant qu'il ne réclamera rien^ tant qu^U n'écrira « rien dans les journaux^ et qu'il ne bougera pas, laissez-le tran- « quille >. Ayant été informé de cette réponse, je me rendis à « Paris, et m'y établis comme par le passé » (2).
Le héros de cette Notice nous apprend, dans son Mémoire [sic) éTun contemporain, qu'en 1839, il fit la connaissance de M. le comte de Bruges, ancien aide-decamp de Charles X, ancien chancelier de la Légion-d'Honneur et lieutenant-général en retraite. Il le mit au courant de quelques particularités qu'il ignorait, et écrivit à 1\T. de Blacas, attaché aux princes exilés; M. de Blacas lui enjoignit alors, d'après les ordres de la duchesse d'Angoulême, d'avoir à faire procéder à une enquête, pour s'assurer si la personne dont
(i) C'est ce dernier qui, s'étant emparé d'une clef de porte principale, hors de service, et qui la répara, offrit aux trois prisonniers les moyens des*évader. Voyez l'explication curieuse qu'en donne M. Henri Hébert, dans son Mémoire d*UH contemporain, p, 116-17.
(3} Mémoire d'un contemporain, p. iig-ao.
il parlait était bien le fils de Louis XYI, et en rendre compte à S. A. R. L'autobiographe ne veut pas avoir connaissance, qu'après plusieurs autres imposteurs qui avaient déjà essayé de se faire reconnaître parla fille de Louis XYI, un compétiteur de iVl. Henri Hébert, l'horloger Natindorff, avait déjà envoyé, en 183^, M. Morel de Saint-Didier, comme son commissaire près de cette princesse, qui n'avait eu d'autre réponse à lui faire, qu'à hausser les épaules sur le dire de cet audacieux fourbe. Et la princesse aurait eu plus de croyance dans le fils du boucher I Quoi qu'il en soit , l'enquête eut lieu, affirme notre héros, et elle eut pour commissaires, du côté de la priocesse : M. le comte de Bruges et M. le vicomte Bourchenu, maréchal des camps et armées du roi...; et du côté de S. A. R. Monseigneur Henri Hébert, le condamné de 1834 : 1<> M. le chevalier d'Auriol, ancien introducteur des ambassadeurs et des princes étrangers près du comte d'Artois , avant la Révolution et depuis Télévation de ce prince au trône, sous le nom de Charles. M. d'Anriol, dont nous aurons l'occasion de reparier plus tard, homme d'esprit , mais légitimiste de cœur et facile à entraîner par suite de ses convictions , avait dans cette intrigue, et de la meilleure foi eu monde, accepté le rôle de dupe, ainsi qu'il Ta reconnu plus tard; 2® M. MoHn de Guerivière ; 3° M. Chamblant , opticien : ces deux derniers, compères ou fauteurs de M. Henri Hébert. Des témoins furent entendus; le pseudo-dauphin. répondit, dit-il, à toutes les questions qui lui furent adressées à ce sujet ; des certificats furent produits* L'enquête, ainsi composée, ne pouvait qu'être favorable au demandeur. Le travail allait être clos et promptement expédié à Goritz, lorsque la mort du duc de Blacas et les ordres de la duchesse d'Angoulême vinrent suspendre cette opération (1). M. de Blacas a ainsi emporté au tombeau l'avenir de M. Henri Hébert. C'est la manière habituelle de tous les imposteurs d*en appeler aux témoignages de personnes qui n'existent plus : il n'y a plus de démentis possibles, croient-ils, etleurs dires doivent faire foi.
M. Henri Hébert, intriguait toujours, mais dans Fombre , et quoique l'ombre soit plus favorable aux coupables menées que le grand jour, son action était amoindrie. Aussi vit-il paraître avec joie l'ordonnance royale d'amnistie , du 27 avril 1840 , conçue en ces termes : « Louis-Philippe, roi des Français, etc.: — « Art. 1". L'am-
(i} Mémoire d*un Contemporain, p. i2D.
lOft LOUIS-CHARLES
l'homme dont vous me parlez n*est qu*un imposteur déplus à ajouter à ceux qui ont déjà paru, (historique) . Soit qoe M. le cbevalier d'Anriol ne fût pas aussi convaincu que la princesse, on qu'il Touiût s'acquitter loyalement de la mission extravagante dont il s'était chargé , il insista près de la fille de de Louis XYI, et cela dans la crainte d'un remords possible pour elle, pour qu'elle choiiStt des commissaires qui iraient sur un terrain neutre conférer avec son mandant. La Suisse fut proposée par M. le chevalier d'Aunol; mais la princesse, qui savait à quoi s'en tenir, trouva l'entrevue demandée parfaitement inutile, (historique). Les tentatives de notre imposteur, en 1840, ne se bornèrent pas à la visite de M. le chevalier d'Auriol à la duchesse d'Angoulême. Le 2 septembre de la même année , M. le chevalier d'Auriol adressa encore à M. le comte de Montbel une lettre qu'il avait reçue la veille du soi-disant Dauphin. Cette lettre renfermait le résumé de sa vie depuis son évasion da Temple jusqu'en 1830. £lle fut reçue par le comte au château de Kirschberg le 11 septembre, et remise immédiatement à la duchesse d'Angoulême qui , après l'avoir lue, nous apprend M. Henri Hébert , partit aussitôt pour Vienne, où elle conféra de son contenu avec le prince de Metternich (1).
Après son retour à Paris, M. le chevalier d'Auriol eut besoùi d'écrire à M. le baron de Montbel, à Kirchsberg, pour une affaire personnelle. La réponse se fit attendre, le comte était en voyage : enfin elle arriva. Soit le hasard, ou la curiosité de voir le personnage dont il avait été question à Kirchsberg, quelques mois auparavant, AI. le comte de Montbel était en Suisse, lieu que M. le chevalier d'Auriol avait indiqué pour l'entrevue entre le Dauphin et un commissaire de sa sœur. M. le chevalier d'Auriol engagea son futur maître à s'y rendre immédiatement ; mais celui-ci auquel l'audace faisait défaut pour le moment, se dissimula en se drapant superbement et en lui répondant rque ce n^ était pas à lui à aller au devant de ces gens-là^ que c* était à eux à venir à lui, (HISTORIQUE) . Poussat-on jamais plus loin l'impudence I
A la fin de 18Zi2, dix-huit mois après la double démarche qu'il avait fait faire en août et septembre 18^0, par l'intermédiaire de M. le chevalier d'Auriol, il remit à M. le duc de une note détaillée qu'il adressa également à la duchesse d'Angoulême, qui lui fit
(i) Mémoire d'un Contemporain, p. i4o.
répondre par M. le coiute de Montbel ce qu'elle airail dit en 1860 à M. le chevalier d*Àuriol (1).
Enfin, et pour n'avoir pas à se reprocher d'avoir négligé un seul moyen de faire connaître son existence à sa faiùille, il crut devoir adresser le 15 novembre 1842 une lettre au duc de Bordeaux, et il avait tout lieu d'espérer que sa loyauté bien connue le déterminerait à lui faire une réponse (2). *
De 1843 à 1847 nous perdons de vue M. Henri Hébert. Qu'a t-il fait pendant ces années, sinon cherché à rendre son roman plus vraisemblable^ en se faisant de nouveaux croyants, et tout à la fois de nouvelles dupes, de nouveaux contribuables!
Nous le retrouvons dès le commencement de 1848 animé d'une prodigieuse activité. Le 22 mars il se met sur les rangs pour la re présentation nationale, et voilà la profession de foi qu'à cette occasion il £iit imprimer :
f Plusieurs électeurs m'engagent à me présenter comme candidat aox prochaines élections, et m'offrent, pour cet effet, leur concours et leurs voix. Sensible à cette marque de leur estime, j'accepte avec gratitude, dans la conviction que je ne resterai pas au-dessous de . mon mandat.
« J'ai servi ma patrie, sous la République, jusqu'au jour où celleci fat sabrée par qui lui devait tout... Depuis cette époque, j'ai vécu dans la retraite et l'oubli. Homme de Juillet 1830 et de Février 1848, je suis fier d'appartenir à la nation héroïque qui vient d'obtenir la Liberté, l'Égalité et la Fraternité, que le législateur des Chrétiens avait prêchées et sanctifiées.
(( Je voterai pour les membres du Gouvernement provisoire. La France, et la capitale en particulier, leur doivent la plus grande reconnaissance pour les prodiges qu'ils ont opérés en faveur de l'État, évidemment préservé, par leurs soins et leur énergie, de l'anarchie et de la guerre civile.
'c Indépendant par position, je consacrerai l'allocation accordée pour frais de représentation, à l'acquit de la dette contractée envers les Caisses d'épargne^ fonds que le pouvoir immoral, cupide et déprédateur qui vient d'être ignominieusement expulsé, avait, au mépris de tout ce qu'il y a des exigences coupables, toujours crois-
(i) Mémoire d*un Contemporain.
(2) Ibid^ p. lAo.
fiantes^ et qui avaient justemeot alarmé la coDscieaee et la probité publiques.
L'ex -baron de Righevomt, Condamné politique en 1834.
Par le temps d'élection qui court, nous n'eussions pas trouvé extraordinaire qu'un condamné à douze années de détention poar conspiration et manœuvres frauduleuses fût élu à la représentation. Pourtant, notre prince de comédie en fut pour ses frais de pro-^ fession de foi.
Deux mois plus tard, il faisait imprimer une pièce curieuse, une pétition aux représentants, pour qu'il leur plût de déclarer qu'il est plutôt le fils d'un roi que celui d'un boucher. Cette pièce résumait en même temps la fable sur laquelle il appuie ses prétentions, et i cause de cela, nous croyons devoir la reproduire ici.
Citoyens représentants,
Le 12 juin 1795, un acte irrégulier en la forme, et notoirement frauduleux au fond, raya le fîis de Louis XYI du nombre des Tivants. L'autorité, qui commit cette audacieuse iniquité, fournit elle-même, et le même jour, une preuve flagrante de son mensonge et de sa complicité, par ses ordres écrits à des délégués de la Gon?entioa dans les départements, et par l'envoi extraordinaire de commissai* res chargés de faire arrêter un enfant enlevé de Paris la ?eîlle, et qu'elle désignait clairement comme étant le même que celui dont elle publiait officiellement la mort.
Depuis ce moment, la victime d'un forfait sans exemple s'est trouvée dans l'impossibilité absolue de protester d'une manière efficace et régulière.
Pour le soustraire aux recherches actives et incessantes de ceux qui paraissaient avoir tant d'intérêt h s'en emparer, celui qui aTait fait enlever le ûis de Louis XVI, le fit entrer, secrètement et sous un nom modeste, dans les rangs de l'armée française, dont il partagea les travaux en Allemagne, en Egypte et en Italie, de 1797 i 1805 (1).
(i) Pour être cru, il faut être vraisemblable et conséquent, deux choses que l'on ne rencontre jamais dans les assertions de M. Henri Hébert. Nous allons eu fournir des preuves. On ûi cnircr secrètement le Daupliin, et sous un nom modeste, dans les rangs do l'armée franraisc. Mais pour rendre toute vé-
Le 12 décembre 1800, fut signé le fameux traité dans lequel les rois^ tout en recevant, le comte de Provence comme partie intervenante, ne voulurent cependant le reconnaître qu'en qualité de régent ^ attendu, y est-il expressément stipulé, qu'ils savaient que le fils de son frère aine avait été enlevé par fraude des prisons du Temple^ ET qu'il existait. Où sont les preuves que ce neveu soit mort dqiois?...
Forcé de quitter la France après la chute de la République, le fils de Louis XVI se retira dans les Amériques, où il résida jusqu'en
Rentré dans sa patrie, et présenté à sa famille par celui qui l'avait sauvé, il eut, en mai 1816^ à Versailles, une entrevue avec sa sœur, en présence du prince de Condé, des ducs de Berry et de Moachy, de la marquise d'Agout et de quatre pages encore vivants. RecotntUf mais repoussé par cette princesse, qui ne put tolérer en lui des principes totalement en désaccord avec les siens, ceux de sa famille et des alliés qu'il avait combattus^ le fils de -Louis XVI se vit contraint de s'expatrier de nouveau, après avoir, toutefois, protesté contre les traités de 181^ et de 1815.
Arrêté le 12 avril 1818, dans les États Autrichiens, sur les instances de son oncle, Louis XVIII, le fils de Louis XVI fut retenu, plu» de sept ans, au secret le plus rigoureux, dans les prisons d'Autriche, réclamant en vain sa liberté ou des juges, crime inouï, et qui suffit à lui seul pour mettre sur la trace de tant d'autres.
Mis en liberté après la mort de Louis XVIIt, et sur l'ordre ex-
rification impossible, on tait ce nom modeste. A quel litre peut-on être admis dans Tannée à Tâge de douze ans (en 1797), sinon comme tambour, fifre ou timbalier ? Le Dauphin partagea les travaux de Tarmée 1797 à i8o5! Mais sa niéinoire lui fait défaut, car, en iSAS, pages laA à 125 de son « Mémoire d'un contemporala >, il nous dit, qu'en 1797, il entra dans les rangs de l'armée française, et fit la campagne d'Egypte. Il assista, en 1800, à la bataille de Marengo* Reçu froidement par Buonaparte, qui le connaissait, au moment où, en compagnie de Savary et de Rapp, il se présenta pour lui annoncer la mort de Desaix tué à ses côtés, il fut obligé de quitter l'armée, et se rendit à Paris au« près de Fouchéà qui il avait été très particulièrement recommandé ». Son arrivée à Paris eut Heu en 1800, et toujours d'après le Contemporain, il s'embarqua en avril 180a pour TAmérique. Voilà donc les services du Dauphin réduit de huit années à (rois, et l'âge de quinze ans, non comme tambour ni timbalier, nais comme ancien aide-de-camp de Kléber en l^gypte, ainsi qu'il l'a avancé quelque part ! aide-dercamp à moius de quinze ans !
près de l'empereur d'Autriche, le ûls de Louis XVI parvint à pénétrer en France, malgré les obstacles opposés, à son entrée et les mesures prises par son oncle, Charles X, pour s'assurer de sa personne.
Aussitôt après son arrivée, il adressa à la chambre des pairs, le 2 Tévrier 1828, une demande aux fins d'être admis à fournir ses preuves. Au lieu de permettre cette enquête, sa famUle ordonna de le poursuivre, suivant les précédents employés à son ^rd.
Lors des journées de juillet 1830, il se trouvait à Paris, où il a été vu, soit parmi les opposants, suit à THôtel-de-Ville, soit à la Chambre des députés, lors de la manifestation du 6 août, et le 12 du même mois^ il protesta contre l'acte du 9 et tout ce qui s'en suivrait.
£n 1833, au moment où le fils de Louis XVI saisissait les tribunaux de sa demande en réclamation d'état civiU il fut arrêté pour le crime imaginaire de complot, et remis à la disposition de l'autorité judiciaire, qui, après plus de quatorze mois de détention préventive, le renvoya devant la cour d'assises de la Seine, où il fut condamné, le 4 novembre 1834, à douze années de détention^ non pour être ou n'être pas le fils de Louis X VI, question qu'on ne voulut jamais aborder (1), malgré ses instances réitérées, mais bien pour l'étrange moiiîd* avoir ^ pendant quatre ans, tramé un complot tendant au renversement du gouveimemeni , avec des complices restés incmmusl,.. S'étant évadé de Sainte- Pélagie, le 19 août 1835, il passa à l'étranger, et ne revit sa patrie qu'après l'amnlstii de 1840 (2).
Le 1*^' novembre 1846, le fils de Louis XVI publia les Mémoires
(i) Ce u*cst que mauvaise foi. M. Henri Hébert n'a pas oublié le démëati formel que le respectable Lasne lui a douué sur sa prétendue ûliation lors de son procès en i83/i, ni les flétrissjnles paroles prononcées par M. Aylies, avocat-général, et par le président de la Cour d'a5siscs; qu^au commencement de ce siècle, 11 y avait eu comme aujourd'hui, des intrigants qui voulaient exptoi" ter le nom de Louis XVIL Sur qui retombaient donc ces paroles?
(a) Il y a encore Ici une contradiction. M. Henri Hébert dans ses « Irtémoires d'un contemporain », page iig, ne nous a-t-il pas lui-même appris que, dans Tannée t838, il se rendit à Lyon, et vint pres':;u*aitssilôt, à Paris, et que, dès 1839, il organisa dans cette dernière ville, une commission d'enquête pour établir son identité avec le fils de Louis XVJI.
Pour expurger des libelles de M. Henri Hébert tous les mensonges qu'Hs renferment, il y aurait trop à faire : le mieux serait d*anéanUr ces libcllei^.
éCun contemporain, dont il dépose ua exemplaire sur le bureau du président de l'Assemblée nationale, et dans lesquels sont relatés tous les faits qui le concernent, ainsi que les preuves à Tappui. Nul n*a encore osé démentir un seul de ces faits, ni aucune des terribles révélations qu'ils contiennent.
Le 29 février 18^8, il envoya son adhésion à la République qui venait d'être proclamée.
Le 2 mars suivant, il adressa au gouvernement provisoire une réclamation pour lui rappeler que, s'il avait eu la puissance d'abolir la royauté, la noblesse^ les privilèges et les litres, il devait avoir aussi celle de rétablir chacun dans ses droits civils et politiques. Il parait que cette logique ne fut pas agréée par les membres de ce gouvernement, puisqu'ils crurent devoir faire une exception à ce sujet en gardant le silence.
Le Cls de Louis XVI était personnellement connu de quelques nos d'entre eux; ceux-ci n'ignoraient ni les persécutions atroces qu'il avait eu à supporter, ni comment il avait été traité chaque fois qu'il avait élevé la voix pour réclamer son état civil... Tout le portait donc à croire qu'ils répondraient avec sympathie^ et prendraient soQci de lui indiquer la marche à suivre; il n'en a rien été!... Il semble, en vérité, que le pouvoir soit destiné à tarir chez les hommes la source de tous sentiments généreux !. ..
Représentants de la nation ! le fils de Louis XVI ne vient rien réclamer auprès de vous en vertu de droits surannés et de prétentions absurdes... Sa foi politique fut toujours telle à cet égard, qu'elle lui a valu la haine des rois et de sa famille elle-même... Mais en sa qualité de Fra^çais, de citoyen, d'homme libre, il a droit à un nom et à une patrie : pouvez-vous les lui refuser? Souffririez- vous qu'il y ait un paria dans notre République ?
Il compte parmi vous plusieurs de ses connaissances ; y trouverat-ilun ami, au moins un courageux défenseur de la justice et de l'innocence opprimée? Y trouvera-t-il quelqu'un assez grand et assez ferme pour s'élever au-dessus des préjugés de la peur ou du ridicule, pour réclamer hautement une enquête sur l'ordre des faits qui viennent d'être signalés, et faire procéder régulièrement à l'examen des pièces qu'il produit pour revendiquer son nom , ainsi que ses droits civils et politiques.
Le repousserez-vous parce qu'il est fils de roi ? mais serait-ce juste 9 serait-ce raîsonnnable de lui faire encore aujcoird'hui un
aime de son origiae, crime qu'il a déjà si cnieUemeot expié ptr plus de 50 ans de Ticissitodes et de maux de toate espèce? Soogei qo*il ne demande que l'aiiiorisitîoii de porter ie nom de ton père • seol héritage qn'îl lai ail laissé en mourant
Osera-t-on accuser de folie celui qui rédame depuis près d*ut demi-siéde le nom de son père ?
Mais remarquez que celle folie, qui aurait dû simplement exdier l'intérêt ou la compassion à son égard, lui a, au contraire, mérité des persécutions continuelles, des haines profidndes, des pièges perfides, des poursuites incessantes, des calomnies horribles, dm propositions outrageantes, une proscription sans fin.
Donc on ne peut admettre qu^il ait jamab été considéré oomme fou.
Osera-t-on Taccuser d'ambition? Mais, simple particulier, il était sur la route des honneurs ; le grand homme qui a , pendant tant d'années, conduit les Françab ^ la victoire, et qui se connaissait en mérite et en bravoure , se fût certainement souvenu de soo jeune compagnon d'Egypte et dlulie, et l'eût traité avec sa bonté et son équité ordinaires (1), malgré la médiocrité de son talent, 8*il anit eu quelque velléité d'ambition. D'ailleurs ne pouvait-il pas« depuis 1815, rentrer dans les bonnes grâces des rois« qui n'exigeaient, pour lui rendre le rang qui lui appartenait, qu'une simple ndhénon à tout ce qu'ils avaient bit, et qu'il paruge&t leurs princ^ et leivs vues ? Il refusa ; il ne voulut point mentir à sa oonadence s il préfêra l'obscurité au parjure. Verrez-vous l^ la conduite d*nn ambitieux?
Osera-t-on enfin l'accuser d'iniérét ? .Mais il est notoire qu'il n*a rien demandé « rien reçu et rien voulu recevoir de qui que ce soit ; qu'il a refusé et refuse joumellcment les offres qui lui sont frites ; il a été en outre bien prouvé, lors du scandaleux procès qu'on a
(i) On remarquera que, dans ses opinions sur les tiooiiiMS aussi t>ien que dus ses assertions, M. Henri Hébert est rarement logique. Solliclte-t41 les sul^ frages des électeurs : c il a serri sa patrie, sous la Répul>Uque, Jusqu'au Jour o6 ceUe-ci fut sabrée par celui qui lui de^-alt tout.... ». Sollidte-t-ll ceux des élus: le sabreur est le grand homme qui a, pendant tant d*années, conduit les Français à la victoire ; il parle de sa bonté et de son équité ordinaires. On 5« rappelle que, lors de son arresution« on saisit chei lui deux cachets, Tua aui fleurs de ils. et Tautre a l'aigle ! Ah ! paillasse maladroite
osé lui iotenter, qa'il avait donné de l*argent, fait du bien, et jamais de mal à personne.
Si aucune de ces trois passions n'a pu guider le fils de Louis XVI, à quel motif attribuer la persistance, pour ne pas dire l'obstination, qu'il met à réclamer un nom qui ne lui a tbIu jusqu'ici que la haine, l'exil, la prison et tout le cortège obligé des souffrances et des peines qu'il a endurées partout et toujours? *
Représentants de la nation ! l'Europe vons contemple avec admi^ ration et anxiété. Vous êtes investis de pouvoirs immenses, je suis certain que vous en ferez un noble usage à l'égard de l'homme qui s'adresse à vous ; que vous le placerez sous votre protection directe; que vous ne permettrez point qu'il soit maltraité pour avoir le courage de protester contre la plus grande iniquité des temps modernes, et que vous prendrez à son sujet telle détermination que vous dicteront votre justice et votre impartialité.
Le prisonnier du Temple et de Milan , condamné politique de 183^,
L'ex-baron de Richemont.
Paris, le 25 mai 1848.
Ge roman, si habilement écbafaudé qu'il fut, n'obtint point le suceès fav(H*able que son auteur en espérait, en d'autres mots, IML Htnri Hébert B'obtint |:ias satisfaction de la Chambre, ainsi qttd le prouve la note finale d'un libelle destiné à égarer l'opinion poUiqse à son sujet, que peu de temps après sa pétition, il fit imprimer sous le titre de Biographie de Louis-Charles de France^ eanbèe de Normandie^ fils de Louis X VI y connu sous le nom de Tea^armi de Bkhemonu Tirée des Mémoires d'un Contemporain (il<48, iii-12 de24 pages). Voilà cette note :
L'ex-banm de Richemont attendait, avec sa patience ordinai)*e, qoe rAssemblée nationale statuât sur le mérite de sa demande, qu'il savait avoir été rmivoyée au comité de justice, et qui était enregistrée sons le n^ 674 ; il avait confiance dans le seul pouvoir que la révotvtîoB de lévrier avait laissé debout : il s'occupait de réunir tous les matériaux nécessaires pour saisir les tribunaux compétents de aa'téchmation d'état civH^ lorsqu'il fut informé que l'Assemblée nationale et le gooveniement, quoiqu'ils fussent bien persuadés qu'il iîmt le fils de Vinfortuné Louis XVI (1), ne prendraient aucune dé-
IM I imifi
(i) Nous reproduisons fidèlement.
termiDatioD à sod sujet, attendo, disaient-ils, 911'îi ataà vaybt faire de sa position une affaire iCÉtat...
L'ex-baroQ de Richemont, qui, depuis plus de ciaquaute ans, lotte, à ses risques et périls, contre tous les pouvoirs, afiu d'obtenir justice, étrangement surpris qu'on ait si mal interprété ses intentions, se fait un devoir de déclarer que sou seul but, son unique ambition ont été et seront toujours d'obtenir par les voies légales et régulières, l'autorisation de porter le nom de son père et de recouvrer sa qualité de citoyen français, qui lui a été enlevée par l'acte irrégniier et frauduleux du 12 juin 1795.
En août 18!|0, M^ la duchesse d'Angouléme a dit à &L le chevalier d'Auriol, alors commissaire du prétendant près d'elle, que son frère était mort au Temple, qu'elle en avait la certitude^ et qae le soi-disant baron de Richemont n'était qu'un imposteur à ajouter à ceux qui avaient déjà paru. Qu'est -ce que cela fait? Raison de (dus pour persister à se faire reconnaître comme son frère. L'autorité de la princesse est-elle plus valable que celles réunies de MM. Labreli de Fontaine et le chevalier d'Auriol; ceux-ci ont prouvé jusqu'où peut aller la crédulité la plus simple et la plus ridicule; de MM. Morin de Guerivière, de Tenper et Chamblant qui vérifient cette leçon de l'expérience, qu'il n'y a pas d*intrigues odieuses qui ne puissent trouver des partisans. Ces derniers persistent à reconnaître dans le soi-disant baron de Richemont, le Dauphin, quand Lasne, par sa déclaration devant la justice criminelle de la Seine, le 3 octobre 184^, a dit solennellement avoir reçu son der-nier soupir. Qui a connu le début de toutes les fourberies de 'faux dauphins, a pu en deviner la fin : le but, c'est la reconnaissance; Naûndorf a voulu y arriver, c'est au tour de M. Henri Hébert. Les excellents frères de la duchesse d'Angouléme ne la demandent point pour aller porter des consolations à l'exilée, ou partager les malheurs de leur sœur : c'est à la dépouiller qu'a tendu leur coupable industrie.
Yoici la copie d'un acte judiciaire qui a été déposé au parquet :
L'an mil huit cent quarante-neuf, le vingt-sept mars;
A la requête de Louis-Charles de France, ci-devant duc de Normandie, connu dans le n.onde, par le fait de circonstances indépendantes de son acte de naissance, sous les prénoms et nom de Eihel-' bert-Louis-Hector-Albert, ex-baron de Richemont, demeurant à Paris;
Assignation a été donnée à dame Marie-Thérèse-Gharlotle de France, cx-duchessc d*ÂDgoulênie, demeurant à Frohsdorf» près Vienne (Autriche),
A comparaître devant le tribunal civil de première instance du département de la Seine, pour :
« Attendu que le requérant n'est autre, ainsi qu'il en sera justifié tant par titres que par témoins, que Louis-Charles de France, exduc de Normandie, né à Versailles, département de Seine-ct-Oiso, le 27 mars 1785, de feu Louis- Auguste, roi de France et de Navarre, et de feue dame Warie-Antoiiictte-Josèphe-J(anne, archiduchesse d'Autriche, reine de France et de Navarre, son épouse;
^tendu que c'est faussement qu'un acte inscrit sur les registres de l'état civil de la municipalité de Paris, le 2^ prairial an m (12 juin 1795), a constaté le décès du requérant, sous les noms de Louis- Charles Capet, à la date du 20 prairial (8 juin) même année ;
Qa'il est en mesure d'établir que Tcnfant auquel se rapporte Tacte de décès ci-dessus relaté, avait été mii à sa place dans la prison du Temple pour cacher l'évasion du requérant, laquelle a été facilitée et exécutée par des hommes dévoués à sa famille ;
Voir dire et ordonner que ledit acte et décès sera déclaré nul comme attestant faussement le décès de Louis-Charles de France, ex-duc de Normandie ;
Voir dire que le requérant est la personne dudit Louis-Charles de France, issu du mariage de feu Louis-Auguste, roi de France et deNavare, et de feue dame Marie-Antoinelle-Josèphe-Jcanne, archiduchesse d'Autriche, reine de France et de Navarre, son épouse;
Voir déclarer, en conséquence, le requérant rétabli dans tous les droits et actions résultant pour lui de son acte de naissance et de la filiation ci-dessus indiquée, aux offres de faire, au besoin, les preuves, tant par titres que par témoins, de sa filiation et de son identité (1) ».
Enregistré^ le 98 du même mois, par M. Duchêne^ recet)eur^ qui
a perçu les droits.
£n attendant que le^s tribunaux statuent sur l'outrecuidante prétention de notre héros, il ne discontinue pas ses audacieuses intri-
(i) Cette pièce a été reproduite par kâ journaux c le Droit » et la • Démo« eralic pacifique » du la avril i8Ag«
gués. En 18b9, il a poassé Timpudence jusqu'à aller à Gaete, pour que le Pape le reconnût pour le fils de Louis XYI. Elles rédacteurs d'un journal religieux, la Revue catholique, n^ du 15 mars 1849» n'ont pas rougi d'admettre les contes de cet homme dans leur recueil. De cette insertion, qui a été faite aux frais du préteadant» il a été tiré des exemplaires à part, pour jeter parmi le peuple et le tromper ; ils sont intitulés : Extrait de la Revue catholique y du 45 mars 1849, contenant des lettres sur i'ex-baron de Bickemoni, la Relation de son voyage à Nazies et à Gaëte, et la copie de la de* mande en réclamation d*état civile dûment enregistrée^ etc. (in-8 de 15 pages). Le dernier trait de fourberie du soi-disant banm de Richemont est un puff perfide, supposé tiré d'un journal aaglaia^où il l'a fait insérer lui-même, afin de le faire reproduire plus*tard par un journal de Paris. Ce pufT, qui a été imprimé dan^ « l'Estar feite, » n"" du 2 juin 1849, est ainsi conçu :
V Atlas, journal de Londres, publie une lettre de son correspondant de Paris, qui mentionne un fait trop curieux pour ne pas dtre rapporté, et que nous reproduisons, en en laissant la responsabilité au journal anglais :
a 11 parait que la duchesse d'Ângouléme a résolu de reconnaître pour son frère le baron de Richemont, qui serait réellement ce fils de Louis XYI, si longtemps méconnu et regretté. On tient cette nouvelle aussi secrète que possible. L'agent des Bourbons» qui arrÎYe de Frohsdorff, est chargé d'un message verbal de la duchesse pour le baron; elle le prie de formuler ses exigences, et demande dans quelles formes doit être faite la reconaissance publique. Pas un mot de tendresse, d'affection, ni de regret dans le message de la danphine; mais elle se résigne à la force des circonstances et aux conseils et à la direction du Pape, qui l'a relevée de Teffrayant serment en vertu duquel elle s'était engagée à nier l'existence de son frère» contrainte à cela par la politique de Louis XVIII et des souverains alliés.
« Le baron a obtenu quelques jours pour réfléchir. On croit que sa réponse sera d'accord avec les principes nobles et libéraux qu'il a toujours professés. Maïs il n'acceptera rien de mystérieux. La reconnaissance de son nom et de son titre, comme Bourbon, doit avoir lieu à la face de l'Europe. L'empereur d'Autriche a, dit-on, eu des renseignements précis sur l'emprisonnement du baron, pendant sept années, dans la ciladelie de Spielberg. La menace faite par le baron
à la dachesse de tout rendre public Ta, cntia , décidée à faire justice.
« Le baron attend patiemment depuis cinquante années, et il ne paraît pas étonné de ce qui arrive, sachant bien qu'à la fin cela devait être ainsi. Les principes d'uUra-républicanisme professés par le baron étaient, disait-on, la cause que ses prétentions ont toujours été rejetées par la sainte-alliance. La vérité est, au contraire, que l'ambition de Louis XYIII a tout fait. Ce dernier avait arraché à la duchesse d'Angoulôme le serment de garder le secret, comme étant la condition moyennant laquelle il lui livrerait une correspondance de Marie-Antoinette, dont la publication pouvait jeter des doutes sur la légitimité de ses deux enfants. Quelle immoralité profonde! Il n'est pas étonnant que la malédiction de Bien ait frappé cette famille »•
Et voilà rhomrac qui revendique, même judiciairement, le nom do fils de l'infortuné Louis XVI ! Cet ignoble libelle ne peut avoir été cooimuniqué que par lui.
Il serait incn temps que la justice mît fin aux odieuses menées de cet imposteur. Heureusement il en fournit lui-même Toccasion par l'action qu'il intente à la duchesse d'Angouléme. Nous verrons si la justice reconnaîtra en lui un dauphin plus véritable que ne Ta été son compétiteur, l'horloger Naûndorff , et avant d'avoir faj^t faire une enquête sur le nouveau, Eliezer Williams, qui vit chez les Indiens Oneida ( Voyez les pages 26-28 ). Ce qui nous rassure , c'est l'acte dfidel du décès du Dauphin ; il doit avoir la même force qu'a eue celui de la mort de la marquise de Douhault, qui,* lui, pourtant était faux.
Nous terminerons cet article en reproduisant l'épigraphe de notre série d'articles sur les faux dauphins.
€ C'est an délit qoe d'obtenir, en usurpant un faux nom et une fausse qudilé, an intérêt qui s'exprime en numéraire ».