PIERRE-LE-ROUGE
PIERRB-MIOIEL
d'Abdias, de Joël et de Zaccharie. Paris, Debécourt, 1840, in-8.
II. La Fin des Temps, ou l'Accomplissement du Cantique des Cantiques. Paris, le même, 1841, in-8 de 16 pages.
Ul. La Providence des pauvres et des malades (Saint-Jean de Dieu). Paris, Herman, 1843, in-32.
Vie de saint Jean de Dien.
IV. La Quadrilogie du saint Évangile selon saint Mathieu, selon saint Marc, selon saint Luc et selon saint Jean, ou les Quatre Évangiles en un seul discours, contenant Texplication des paraboles et des prophéties dans leur sens le plus littéral des réflexions morales, des notes sur la concordance, et suivie de la chronologie et de l'itinéraire de la vie de N. S. J. C.. .. Paris, Sagnier et Bray, 1850, in-18 de 350 pages.
La Qnadrilogie a l'avantage sur les antres concordances de l'Évangile : !« d'offrir dans nn in-iS de 356 pages les quatre Évangiles fondas dans nne nouvelle tradnclion française, avec l'indication par signes des textes de chaque évangéliste ; Î9 de lever toutes les difScnltés de la concordance en prenant pour guides saint Mathieu et saint Jean, les témoins occnlaires de la vie de Notre-Seigneur; 3o de ne présenter & l'esprit du lecteur qu'un seul fait on un seul dogme à la fois par ses divisions en chapitres, tout en conservant l'unité d'un plan dans les grandes divisions de la vie privée, publique, persécutée, donlonreose et glorieuse de Noire-Seigneur Jésus^hrist ; 4» de faciliter la lecture et la méditation d'un livre aussi fondamental, en évitant la répétition des faits et en réunissant dans un même récit toutes les circonstances qui, étant omises par un évangéliste, sont rappelées par un autre ; 5« de raconter la vie de Jésus-Christ en suivant le texte seul, sans agouter d'autres explications que celles absolument indispensables pour l'intelligence du livre; 6« enfin de répondre dans ses notes par l'Évangile même aux difficultés soulevées de nos jours contre la religion.
L'auteur annonce nne nouvelle édition de cet ouvrage» format in-8, revue, corrigée sur les meilleures traductions, et augmentée de la concordance latine sur quatre colonnes en regard et au-dessous de la traduction.
Sous son véritable nom, M. Pierre Lachèze a publié depuis uu autre ouvrage intitulé : t Le Retour des Juifs , ou rArcomplissement de tous les anciens prophètes Isaie, Jérémie et Baruch, Ezéchiel et Daniel, Osée. Joël. Amos, Abdias et Jonas, Michée, Nahum, Habacuc et Sophonie, Aggée, Zacharie. Malachie et David, -manifestés par l'Apocalypse ». Parit, Lagny Drèret, Sagnier et Bray, i 851 , in -8 d'environ fiOO p., orné d'un plan représentant le temple de Jérusalem. /
-(- Quelques autres ouvrages de M. Lachèxe sont indiqués an « Catalogue général » de M. Otto Lorena, t. III, p. 99 ; il suffira de signaler « les Révélations de Sainte Hildegarde, ou le Scivias Domini manifesté par le rapprochement de ses visions combinées entre elles. > Paris, Palmé, 1863, in-18.
-f- PIERRE-LEROUGE [l'ex-abbé Peu- RBrrEJ.
Les Jésuitismes et leurs complices aussi
en révolution et condamnés par Saint-Michel, etc. Liège, 1860, in-4 de 16 pages.
PeureUe a encore publié à Liège, sous ce pseodonyme, quelques autres pièces éphémères.
-4- PIERRE MARCEL [Louis Fbiboel].
Au^ste , ou le Jeune Pâtre de Deltenheim, trad. de Tallemand par—. Tours. 1840, in-12.
Sons le même pseudonyme, il a été publié des traductions de quelques ouvrages d'éducation. Voir le c Catalogue général » de M. OUo Lorenz an mot Marcel.
PIERRE-MICHEL, ps, pSugène (i ) Vin- TRAs], d'abord ouvrier tailleur, aujourd'hui ouvrier cartonnier à Tilly-sur-Seulle, près de Caen (Calvados), visionnaire et fabricant de Miracles, qualiûé prophète par ses adeptes.
L ouvrier prophète a-t-il écrit, pour devoir trouver place dans ce livre? Non; mais son pseudonyme est pour nous le prétexte de signaler cet imposteur, comme nous avons eu l'occasion d'en signaler deux autres fameux, qui, eux aussi, ont
E3U ou point écrit : l'horloger prussien aUndorff, et Claude Perrin, le fils du boucher de Lagnieu, au département de TAin. (Voy. le t. Il des « Supercheries » au nom Louis<Iharlss de France). De plus, ce pseudonyme nous permettra, comme cela nous est déjà arrivé à Foccasion des faux Dauphins que nous venons de citer, de rappeler tout ce qui a été écrit par les fanatiques Vintrasiens et contre eux. Nous suivrons, pour la parlîe historique, les écrits très-remarquables de deux dignes ecclésiastiques, publiés en 1850 : l'un de M. l'abbé Bouix, sous Je titre de a l'Œuvre de la Miséricorde, ou la Nouvelle Secte dévoilée » ; l'autre de M. l'abbé Cailiau, intitulé : « les Nouveaux illuminés, ou les Adeptes de l'œuvre de la Miséricorde convaincus d'extravagance et d hérésie », écrits qui mettent à nu le prophète Vintras et les œuvres de ses apôtres; puis nous terminerons par un travail qui nous est propre, une a Bibliographie vintrasienne » ; nous disons travail, car il ne nous ap[Mirtenait pas de discuter les doctrines erronées de la secte ; nous avons recueilli seulement les opinions contradictoires sur ses publications. Du reste, les écrits de MM. les abb^ Bouix et Cailiau, aussi savants théologiens l'un que l'autre, doivent être lus par toutes les personnes qui veulent se rendre compte jus-
(1) L'acte de naissance de ee soi-disant prophète ne porte point les noms de Pierre-Michel ; mais ce sont, d'après lui, ceux par lesquels le nommait l'envoyé céleste.
PIERRE-MICHEL
PIERRE-MICHEL
qu*où peuvent aller les extravagances en fait de sectes religieuses.
LA TRINITÉ VINTRASIENNE
STHRATHANAEL, LE FRÈRE JEAN ET LA PA- TRIARCHE SOEUR MARTHE. — LE GRAND PRÊTRE CHARVOZ.
il faut reconnaître que la France est un ^ pays bien favorisé par la Providence en fait d'apparitions surnaturelles et de miracles. Presque chaque année on nous en signale quelques-uns, non dans les grandes viTles,car là les Gcellesdes metteurs en scène sont trop tôt vues, mais dans des villages bien inconnus, où les fabricants de miracles peuvent trouver de simples habitants qui, sans avoir besoin que des preuves leur soient fournies, peuvent affirmer qu'ils ont vu, ou cru voir ; * tandis qu'au contraire en Orient, berceau du christianisme, le paradis laisse passer au fil de l'épée des inGdèles des populations chrétiennes entières, les fabricants de miracles veulent nous faire croire que, de toutes les parties du globe. Dieu atfectionne plus particulièrement le petit coin habite par les Français, et qu'il est indifférent à toute autre région. Charlatans impies 1
<c On sait que dès les premiers siècles du christianisme, il s'est élevé des visionnaires qui ont voulu préférer leurs inventions ridicules à la simplicité de l'obéissance évangéliaue, et cet esprit d'illusion, né pour ainsi aire avec l'Eglise, n'a cessé de se reproduire sous différentes faces jusqu'à nos jours, en sorte que depuis les Millénaires et les Montanistes jusqu'aux Convulsionnaires et aux Quiétistes, on retrouve avec une variété sin^lière, et souvent avec une singulière similitude, une suite d'erreurs d'autant plus défavorables qu'elles paraissent plus absurdes et plus ridicules quand le temps de l'engouement est passé. Qui ne sourit de pitié aujourd'hui en voyant le grave Tertullien se mettre à la remorque d'un Montan et d'une Priscille? Qui ne s'étonne que, dans un siècle éclairé, on ait pu croire aux folies et aux turpitudes des convulsions?
Mais, hélas, il faut bien le reconnaître, les folies de nos pères ne préviennent pas toujours les nôtres, et nous allons en voir un triste exemple dans l'Œuvre de la Miséricorde, ou plutôt dans l'œuvre de perdition dont nous avons à faire un court examen. »
« Dieu, quand il veut opérer de grandes révolutions religieuses dans le monde, se
T. III
sert ordinairement d'organes et d'instruments respectables par leurs vertus, et surtout parfaitement en accord avec l'autorité visible et infaillible qu'il a établie sur la terre. Ainsi les apôtres n'étaient pas savants, mais ils étaient d'une intégrité de mœurs au-dessus de tout soupçon; ainsi les Thérèse et les Brigitte étaient favorisées de hautes révélations, mais elles soumettaient, comme des enfants, leurs moindres pensées à l'Eglise. En est-il de même par rapport aux auteurs de la nouvelle secte? Leur premier chef aujourd'hui est un nommé Pierre-Michel Vintras » (1). Tous les feuilletons et les comptesrendus qui ont été publiés jusqu'à présent suç le prophète Vintras et ses adeptes, ne les présentent que comme une association formée dans le but unique de faire prévaloir des idées religieuses; cepenoant il n'en a pas été tout à fait ainsi; leur but principal, au contraire, paraît avoir été politique. La religion, dans la pensée d'un grand nombre des sectateurs de Vintras, n'était qu'un moyen employé pour arriver à là reconnaissance de Charles-Guillaume Naiindorff comme duc de Normandie et fils de Louis XVI.
11 est très-vraisemblable que l'idée politique et ridée religieuse môme ne furent, pour beaucoup, qu'un prétexte d'exploitation, mais il est certain aussi quelles étaient devenues pour d'autres une voie qui conduisait à la reconnaissance de NaUndorfT comme duc de Normandie et fils de Louis XVI; ils étaient d'autant plus portés à se faire illusion sur la possibilité de l'avènement de ce prétendn prince, qu'ils étaient persuadés qu'ils y trouveraient une position sociale qui leur était refusée dans tout autre ordre de choses. Leur intérêt les rendait très-peu difficiles sur la nature et la force des preuves avec lesquelles on prétendait établir que Naiindorff était véritablement Vorphelin du Temple, le duc de Normandie, fils de Louis XVl Louis XVII en^n, roi de France et de Navarre. Il fallut qu'ils fissent prévaloir cette idée par U>us les moyens ; si la terre leur manquait, le ciel était là pour y suppléer; ils regardaient même comme très-permises les fraudes qu'au besoin ils appelèrent pieuses, pour faire triompher ce qu'ils avaient intérêt à croire la vérité, et des hommes parfaitement honorables pour toute autre chose, ne se firent aucun scrupule de donner la main à des mensonges utiles, à des impostures qui leur paraissaient parfaitement innocentes. Cela
(1) M. l'abbé CaillaQ.
PIERRE-MICHEL
PlERRE-mCHEL
nous explique Tintérét qu*un grand nombre de personnes, très-honnôtes d'ailleurs, portent à Vintras, quoiqu'elles sachent très-bien à quoi s'en tenir sur la divinité de sa mission. Elles croient ce qu'ont dit en théorie certains publicistes, et ce que mettent en pratique merveilleusement, de nos jours, certams hommes d'état, que pour gouverner les hommes, il faut les tromper, et les vintrassiens essaient de tromper en toute conscience pour arriver à gouverner, en tout profit pour eux; mais ils ont le malheur de vouloir détrousser des gens en possession depuis longtemps de toutes leurs recettes. Ce qui leur manque en tout, c'est le brevet d'invention» c'est la priorité du perfectionnement; car, hélas 1 comme l'a ait spirituellement M. Sorbier, il n'y a plus d! originalité, même dans l'absurae.
Cependant il y a parmi ces sectaires politico-religieux quelques hommes excentriques, cpii sont dominés par la passion de ce qu'ils croient être la justice et la vérité; ils veulent faire triompher cette passion à tout prix (1).
Vintras n'a {K)int droit à nos égards; la justice a définitivement prononcé sur lui et l'a condamné d'abus de confiance et d*escroqueries; l'Eglise, de son côté, a repousse la secte dont il est le chef; il ne reste à flétrir que les turpitudes qu'il unit aux plus saintes pratiques de la religion, l'abominable mélange qu'il fait des obscénités les plus grossières et des mystères les plus vénérés de la foi.
Ce Vintras a pourtant des adeptes; il en a beaucoup. On dit que notre siècle est celui de la raison et des lumières ; n'est-il pas plutôt le siècle des ténèbres et de la stupidité?
Vintras prédisait le grand monarque à venir; ce grand monarque fut naturellement Naiindorff; ainsi, ce dernier avait recherché l'appui moral de Martin, qui ne mêlait à ses pensées mystiques et pieuses aucune vue intéressée; Vintras recnercha Tappui de Naiindorif, Vintras, qui travaillait pour son propre compte, pour assouvir sa double soif de volupté et d'argent; peutêtre se fît-il entre les deux fourbes une association criminelle; si elle ne fut pas expresse, il est permis de penser qu'elle fut au moins tacite (2).
(1) M. Barth. Pont, dani le • Haro de Gaen», en décembre 184S.
(2) L'Univers, « les Faux Dauphins » , en juillet et aeùt i850.
Vintru fit intenrenir les habitants do Paradis pour persuader à ses partisans que Tescroc Nafindorff était le
D'où nous vient le prophète Vintras?
S'il n'existait pas un acte de l'état civil qui établit son identité, soii entourage et ses adeptes chercheraient à nous persuader que c'est un envoyé de Dieu sur terre ! Mais il existe uii acte de naissance, et de plus, un de ses plus fervents adeptes, l'excentrique M. Ant. MadroUe, nous affirme que le prophète n'est qu'un simple mortel, qui n'en mérite que davantage des droits à notre vénération par « l'ignominie de sa naissance »... comme Jephté; par son ignorance complète des lettres, mènoe aune école de village, etc.; et par sa science accessoire des langues primitives, éprouvée par les premiers hébraïsants du siècle, etc. ! (i).
La prévention prétend avoir découvert que Vintras est un enfant illégitime né à Bayeux, le 7 août 1807, d'une fille nommée Marie Vintras, qui ré|eva jusqu'à l'âge d'environ dix ans, époque à laquelle eUe le plaça à l'hôpital général des enfants trouva de la ville de Bayeux. Elle l'avait abandonné ainsi parce qu'elle n'avait pu vaincre les dispositions naturelles qu'il montrait pour la soustraction frauduleuse. L'éducation et les corrections de l'enfance qu'il dut recevoir à l'hospice n'auraient produit que très-peu sur ses inclinations; après avoir quitté Bayeux et travaillé pendant trois mois à Trévières, comme ouvrier tailleur, il épousa une demoiselle Vimard, blanchisseuse; il se fit alors marchand colporteur, mais ses affaires ne prospérèrent pas; il manqua à ses engagements et perdit la confiance. Il fut saisi dans ses meubles à la requête d'un de ses créanciers.
Il avait demandé à être constitué gardien de la saisie pour éviter les frais; sa réclamation avait été accueillie ; mais quand on se présenta pour faire la vente, on eut à lui imputer le détournement frauduleux de tous les objets saisis. Il fut traduit pour ce fait devant le tribunal correctionnel de Bayeux et condamné à quinze jours d'emprisonnement par jugement da 22 janvier 1833.
En sortant de prison, il ouvrit un café, rue des Cuisinières, à Bayeux^ avec le secours d'une fille très-suspecte, qui, habitant la même maison, contribuait au développement de sa clientèle. Quoi qu'il en soit, il ne réussit pas encore à faire honneur à ses engagements; il quitta Bayeux.
fils de Louis XVI. Et Vintras après cela a encore des adeptes! et Vintras fait encore des prosélytes!
(1) M. Ant. Madrolle. c Lettre à M. le directeur de la «Gaxette de France».
PŒRRE-MICHËL
PIERRE-MICHEL
C'est alors qu'il conçut Tespoir d'être employé dans la police de la capitale . Il se rendit à Paris pour solliciter à cet effet; il y rencontra un sieur Le Masson, ouvrier sellier, qu'il avait connu en prison, où il subissait une condamnation pour rixe et tapage, et qui était allé s'étaolir à Paris ; celui-ci lui offrit généreusement une hos-
Sitalité qui fut acceptée sans hésitation. fais la prévention lui impute encore, comme point de moralité, d'avoir quitté brusquement le domicile des époux Le fifasson, emportant avec lui une somme de 41 fr. soustraite du secrétaire des braves gens qui l'avaient accueilli.
De retour, il entra au service d'un sieur Guilbert, marchand de vins, rue Hamon, à Caen. Ce marchand de vins était son créancier, et Vintras était convenu de travailler pour s'acquitter; mais le sieur Guilbert rut averti aue Vintras le volait, et il Je renvoya ; il rut admis comme domestique dans l'hôtel tenu par les époux Faucon ; mais il fut renvoyé pour indélicatesse.
Il était au service d'un Anglais, à Lyonsur-Mer, lorsque la dame Le Masson,' oui était revenue avec son mari à Bayeux, alla le trouver, lui reprocha le vol de 41 fr. qu'il avait fait chez elfe, et obtint une restitution. Il est vrai qu'il a soutenu que cette femme, avec laquelle il allègue avoir vécu familièrement, était venue lui exposer sa misère, et qu'il lui avait donné les 41 fr. à titre de secours. Mais la prévention croit pouvoir établir qu'il tenta d'arracher l'honneur de œtte femme, après avoir attaqué son secrétaire.
Jusqu'alors, nous ne voyons pas dans cet escroc un homme à poser plus tard comme un saint, un prophète, comme l'appellent ses adeptes.
Laissons-là un instant Vintras pour nous occuper de M. Geoffroy père, le plus habile de VŒuvre de la Miséricorde, connu dans l'association sous le nom de Frère Jean, Il appartient à une famille honorable du Poitou. Il a été notaire à Poitiers et dans une assez bonne position; mais il n'avait pas d'ordre, et il se rendit coupable d'abus de confiance, et, par suite, fut condamné, en 1824 ou 1825, à deux mois d'emprisonnement (1).
Il rut dès lors obligé de auîtter le notariat; mais sa réputation de piété porta à s'intéresser à lui la supérieure des Da-
(1) Nous prions nos lectenrs de se rappeler qne nous empnintons tontes les particularités qu'ils lisent snrl's chefs de cette secte, aux deux écrits de Wi. les abb.'.N Bonix et GaiUaa.
mes du Sacré-Cœur ; elle le recommanda à M. le baron de Razac, qui était alors sous-gouverneur des pages ae la maison de Charles X ; il le plaça en qualité d'agentcomptable des pages.
M. de Razac avait obtenu une part à l'indemnité des émigrés; le dernier cinquième, s'élevant environ à 12,000 fr. restait encore à toucher lorsqu'il se retira; il donna sa procuration à M. Geoffroy pour le recevoir. Il fut encaissé par ce dernier. La prévention impute à M. Geoffroy d'avoir abusé du mandat, au préjudice de son bienfaiteur, et de ne lui avoir remis qu'une somme de 2,400 fr. Il avoua à M. de Razac qu'il avait eu tort d'employer cet argent à ses affaires; mais il crut s'en être justifié auprès de lui en disant qu'il s'en était confessé.
M. Geoffroy n'en est pas moins aujourd'hui l'un des principaux membres de ce que les adeptes de l'OEuvre de la Miséricorde nomment la Septaine sacrée,
G. Geoffroy avait mis à profit son séjour et sa position à Paris; mais la révolution de 1830 lui fit perdre cet avantage. Il alla à Niort, où iJ vécut jusqu'en 1835 à la charge d'une de ses tantes.
Il était chargé d'une famille nombreuse: des amis s'étaient intéressés à lui , et le préfet des Deux-Sèvres l'employa dans ses bureaux en qualité d'archiviste. Au lieu de conserver cette position, il s'occupa d'intrigues, et se laissa entraîner par l'attrait du merveilleux.
Le Prussien NaUndorff, se disant fils de Louis XVI, exploitait alors les affections et la bourse d'un grand nombre d'habitants des Deux-Sèvres. M. Geoffh)Y devint le plus chaud de ses partisans ; il se fit son propagandiste et son collecteur, et il reçut de tous côtés de l'argent pour lui. Mais Naiindorff fut poursuivi à Paris comme escroc ; des pièces importantes furent saisies au domicile de M. Geoffroy ; son nom fut impliqué de la manière la plus fâcheuse dans cette intrigue, et, en 1837, le préfet des Deux-Sèvres se trouva obligé de le renvoyer de ses bureaux.
M. fieoffroy vint à Caen, où il ouvrit un cabinet d'affaires dans le passage fiellivet.
C'est à cette époque au 'il connut Vintras, comme lui sans emploi, et dans une position assez fâcheuse. Ils se réunirent et demeurèrent ensemble; mais la clientèle fut insufiBsante pour subvenir aux besoins des deux familles; et d'ailleurs M. Geoffroy n'était pas homme à se contenter de moyens d'existence aussi simples et aussi vulgaires, lui, l'ami du fils de Louis XVi, lui, saint homme qui avait eu des rêvé-
PIERRE-MICHEL
PIERRE-1
ias
lations pendant la nuit. Depuis longtemps, il avait été initié. par une dame Boucne, Ttffie des trois Marte de l'Evangile (Marie- Maedelaine), dont nous parlerons plus tard et qui se disait désignée de Dieu {>our être l'organe d'une grande réformation.
C'est du moins ce qui a été attesté par M. le comte D..., M"* Mauduit et la comtesse de Sérionnes, qui, disent-elles, ont reçu de Dieu le nom des Troit-Maries : Marie-Salomé (la comtesse de Serionnes), Marie-Madeleine (M™* Bouche), et Marie- Marthe (U^ MauQuit). M*~ Bouche, alors fort âgée, habitait Paris.
Il paraît constant que M. de Razac, qui était alors en Bretagne; se disposait à aller se fixer dans le Bordelais ou il désirait acheter une propriété.
M. Geoffroy fui écrivait pour l'engager à venir habiter la Normandie, en lui faisant voir tous les avantages gu'il y trouverait sous les rapports religieux; il le détermina, et acheta pour lui la terre et le château de Fosse, près Saint-Sylvain.
M. de Razac lui donna le nom de Sainte- Paix.
En 1839, M. Geoffroy père s'éUit fait l'ami du docteur Liégeara, de Caen. Il le détermina à acheter le moulin à papier de Tilly-sur-Seulle, par tiers avec un sieur Ch. et Geoffroy fils.
Vintras fut chargé de la direction de cette usine aux appointements de 600 fr. par an. La position de M. Geoffroy fils et celle de Vintras se trouvaient fixées d'une manière stable. C'était un commencement de succès ; mais le moulin à papier avait besoin de réparations considérables et urgentes ; les produits en étaient insuflBsants ; n fallait un miracle pour sortir de cette difficulté ; ce miracle s'opéra. C'est saint Joseph qui voudra bien fournie les moyens de pourvoir aux nt'>cessités ; c'est alors que les associés fondèrent dans cette usine un atelier de prophéties et de miracles.
M. Geoffroy père, dit-on, affirme en effet très-sérieusement qu'un vieillard mendiant se présenta un beau matin à Vintras dans t'usine de Tilly, où il laissa mystérieusement, en môme temps que l'aumône qu'il avait reçue, une lettre que lui, Geoffroy, avait écrite dix mois aupavant de concert avec un M. de M.-F., de Caen, au prétendu Louis XVII(NaUndorff), et qu'il avait mise à l'adresse de ce personnage à Londres, pour l'engager à se convertir.
M. Geoffh)y vit dans cette aventure quelque chose de surnaturel ; il n'hésita pas à l'attribuer à une inspiration divine tendant à détruire l'hérésie dans laquelle
vivait Louis XVII ; et dès ce moment, ditil, il eut foi dans la céleste mission que Pierre-Michel était appelé à remplir.
C'est que ce mendiant n'était nen moins que saint Michel en personne. Le bon saint, depuis ce jour, revint fréquemment visiter Vmtras; ils se rencontraient à Tilly, à Caen, dans l'église Saint-Pierre, et dans beaucoup d'autres lieux. Saint Joseph ne s'en tint pas à cette grâce déjà si éclatante : il daigna mettre Vintras en rapport avec la Vierge Marie, avec Jésus, avec l'archange saint Michel.
Dès que le frère Jean (M. Geoffroy père) fut certain que Pierre-Michel était destiné à régénérer le çenre humain et à ramener au trône Louis XVII, il emboucha la trompette, et courut annoncer la chose à Sainte-Paix. Il parla haut des communications de Tilly, des prédictions qui en étaient l'objet, et des hautes destinées réservées au fils de Louis XVI et à l'OËuvre de la Miséricorde.
Quelques prêtres mal famés du pays s'étaient joints à Vintras; il a pu se faire des partisans de meilleur aloi« mais c'était en général au loin, et là où il n'était pas connu.
Vintras prétendait avoir des révélations et des entretiens av^ saint Joseph. Ses révélations étaient des morceaux assez bien arrangés ensemble de différents auteurs ecclésiastiques; il puisait, entre autres, abondamment dans Massillon.
Suivant la secte nouvelle, Dieu le père avait régné sur le monde d'abord, c'était le mosaïsme ; Dieu le fils était venu ensuite, c'était le christianisme ; nous arrivions au règne du Saint-Esprit, et Vintras était son messie et son propnète. Ce règne du Saint-Esprit était celui de la liberté des enfants de Dieu. Sous ce règne d'affranchissement, les mouvements de la concupiscence n'étaient ni bons ni mauvais ; ils étaient indifférents, et on pouvait par conséquent s'y abandonner sans crime, et le Srophète usait largement de cette liberté, n distinguait dans l'homme, outre l'âme et le corps, l'esprit : l'esprit, était dans chacun de nous, un des anges déchus au commencement de toutes choses, mais susceptible de rédemption; l'heure de cette rédemption avait sonné ; c'était donc bien une amvre de mitéricorde.
On voit qu'il y avait là tout un enseignement dogmatique, enseignement non moins hétérodoxe dans sa partie spéculative qu'inmionde dans ses applications et sa pratique»
Il n'est dons pas étonnant que le Saint- Siège et les évéques se soient émus, et
PIERRE-MICHEL
PIERRE-MICHEL
qu'ils aient condamné la doctrine nouvelle.
Déjà le docteur Liégeard, de Caen, avait adopté cette œuvre. M. le baron de Razac y consacra sa personne et son château, qui, sous le nom mystique 6» Tente, devint la succursale de 1 usine aux miracles de Tilly.
LCEuvre était donc commencée, et, comme on Ta vu, elle avait un double principe d'avenir, puisqu'elle s'adressait à la fois à deux catégories de fanatiques ; il ne s'agissait plus que de la continuer et d'en tirer parti.
Lorsque l'idée de « l'CEuvre de la Miséricorde » (i)fut trouvée, il fallut songer à organiser l'association sur une bonne base, et, à cet effet, les fondateurs de l'œuvre créèrent, sous le nom de septaines, des centres d'action correspondant les uns avec les autres, et travaillant en commun à propager la foi en TCEuvre de la Miséricorde, et à lui faire des prosélytes. Des septaines furent établies à Paris, au Mans, à Tours, etc. Ces septaines, ainsi que ce nom l'indique, se composaient chacune de sept individus, les gros bonnets de l'association ; une seule avait un plus grand nombre de membres, c'était la Septaine taeréêf dont le siége^tait à TilIy-sur-Seulle. Elle primait toutes les autres, et avait pour objet de maintenir l'unité d'action et de prévenir tout schisme dans l'œuvre.
(1) C'est le nom que prend cette eecte, dont le point ealminant est la rébellion contre l'autorité de l'Eglise enseignante, l' insulte prodiguée au évëqnes et aux prêtres, poor conquérir ainsi le droit déplorable de se rire de leors enseignements, de leurs décisions, de leurs condamnations, quoique les novateurs protestent hypocritement de leur soumission k l'Eglise catholique. Pierre-Michel Vintras, ce sectaire habitant de Tilly-snr- Senlle. an dioctoe de Bayeux, se dit prophète inspiré de Dieu pour préparer l'aTènement prochain d'une nouvelle société chrétienne. A travers les nouveautés profanes et impies dont fourmille renseignement de cette secte, ce que l'on remarque de plus frappant, c'est le blasphème permanent lancé contre la sainte Eglise et contre le sacerdoce catholique, c'est l'annonce d'événements épouvantables qui vont bouleverser le monde, et après lesquels Jésus-Christ descendra visiblement sur la terre pour établir enfin le règne du Saint-Esprit ou la loi de l'amour, et créer ainsi une Eglise nouvelle, composée de ceux qui senmt assex sages et assez bien avisés d'ici là pour entrer dans f l'Œuvre de la Miséricorde » . En priant nos lecteurs, dans notre dernier Bulletin, de se défier des prophéties, des extatiques, des miracles, des prédictions, etc., non reconnus ni approuvés par les évèques. nous avions en vue la secte de Vintru, déjà condamnée par l'Eglise ; mais elle n'est malheureusement pas la seule que nous ayons voulu signaler. Il en est encore d'autres que nous aurons occasion de dire connaître plus lard. (L'abbé André, Bulletin religieux dn «Pays >, n<» di 88 novembre 4850).
EUeavait à cet effet le don de l'infaillibilité; ses décisions devenaient actes de foi. Les autres ne pouvaient rien arrêter, rien conclure; tout ce qu'elles recevaient devait être envoyé à la Septaine-sacrée, afin que celle-ci décidât souverainement sur ce qu'il fallait en rejeter.
Cette Septaine se composait de :
MM. l'abbé Charvoz (Aménéraël), curé de Mont-Louis, président, auquel on promettait la mitre.
Liéçeard (Ashmanoraël), docteur-médecin, vice-président.
Vintras (Sthrathanaël),
Geoffroy père (le père Jean).
L'abbé Maréchal, de Versailles (Ruthmaé7), auquel le prophète promettait le chapeieiu de cardinal,aussitôt que Louis XVII (le fourbe Naûndorff), serait remonté sur le trône.
Bérard, de Pont-Lieu [AtkzeraèTjy avocat du barreau de Paris.
Cravoisier, dentiste à Caen.
Hébert (Thoméraëï), tourneur à Caen.
Lemeneur fils [Stridoël), président des archanges (sans être archange).
M*"* Mauduit, de Paris (/a patriarche soBur Marthe),
Lemeneur père, membre suppléant (1).
Au-dessus de cette Septaine se trouvait une sorte de haute junte dont elle formait le conseil, et qui se composait de Pierre^ Michelj de Geoffroy père et de Geoffroy fils.
S'il survenait (quelque difficulté, si une difficulté s'établissait sur un point quelconque, il y avait un moyen prompt et sûr d'en finir; Pierre-Michel tombait en extase, saint Joseph venait en toute hâte l'illuminer, et l'obstacle était levé et toute dissidence d'opinion disparaissait à la voix de l'oracle (2).
Un de nos amis, voisin de l'usine des
(1) Tous les membres des septaines, etmAmetous les adeptes, avaient leurs noms d'anges, que saint Joseph révélait & Vintras. qui les faisait connaître k ceux qui le désiraient. D indiquait avec la même focilité les nomt des personnes décédées dans la grâce, ainsi que l'ordra dans lequel elles étaient placées dans l'autre monde : 2/giotu, tr&net, dominationi, etc. Tous les noms de eei bienheureux avaient la terminaison hébraïque en ail,
l\ est d'observation que d'autres sectes de (anatiqiMi donnaient également des noms particuliens & leurs adeptes. Ainsi les convulslonnaires du cimeUère SaintpMédard s'appelaient VInvitible, l'Abofiwié, l'ImbéciU, la Miaulante, ett. Note de l'am Bauix,
La « Voix de la Septaine i, publiée par cet étrange cénacle, nous fournit quelques autres noms d'adeptes dont nous ne pouvons donner ici les noms mortels : tdf sont ceux A%anail et Thiodorail, , (8) L'abbé Bottix, p. 14 et i5.
PIERRE-MICHEL
PIERRE-MICHEL
prophéties et des miracles (1), nous écrivait sur cette affaire si déplorable les curieuses informations qui suivent, qu'il avait recueillies à bonnes sources :
a Depuis 1839, un petit moulin à papier, situé à Tilly-sur-Seulle, à quatre lieues de Caen, est devenu la crèche de Bethléem, la Jérusalem, le point unique enfin vers lequel se tournent les yeux d'une certaine secte de fanatiques. D'abord, groupés en petit nombre autour d'un contre-maître ae la fabrique, nommé Pierre- Michel Vintras,sortede convulsionnai re qui a des communications avec les puissances célestes et fait des miracles , les fripons et les dupes qui composent cette société firent, en prôchantleur nouvel Évangile, d'assez nombreux prosélytes parmi les esprits faibles, et surtout parmi ceux qui croient encore à l'existence du duc de Normandie, Louis XVil (l'horloger NaUndorff) (2), car, pour opérer plus efficacement, on a réuni la foi politique à la croyance religieuse. On compte, dit -on, près de deux mille adeptes dans les villes de Caen, le Mans, Rouen, Paris, Angers, Tours, Cahors et Albi. Caen, sans doute parce que nul n'est prophète en son pays, en fournit très-peu.
C'est à Vintras, c'est à Geoffroy, le second prophète de la grande réformation, bien cngne de son chef, que s'est voué, corps et âme, un prêtre autrefois respec- ^abk et . qui eût mieux fait , pour son salut et celui des autres, de continuer à édifier TÉglise et à sanctifier les âmes, M. Alexandre Charvoz. Cet ecclésiatique, originaire du diocèse de SaintJean deMaurfenne en Savoie, vint faire ses études de théologie au grand séminaire du diocèse de Tours, auquel il fut incorporé. Élevé au sacerdoce, il passa quelques années à professer la rhétorique au petit séminaire, puis fut préposé à la paroisse de Mont-Louis, cure de canton. Cfomme chez quelques autres prêtres, depuis un certain temps, l'esprit de révolte contre l'autorité ecclésiastique et l'ambition s'étaient éveillés en lui : avec les nouveaux illuminés, ses passions pouvaient être satisfaites. L'Œuvre de M. Vintras dut être divine, et il se mit à la propager avec le zèle le plus ardent. <c Ce fut l'abbé Charvoz qui fit paraître une brochure anonyme imprimée cnez Locquin, en 18il,et intitulée :« Opuscule sur des communications annonçant TOEuvre
(i) M. Georges Mancel, le savant bibliolhécaire de la Tifle de Ca'en.
(i) Voyez sur cet impostear, l'article t Loois-Gharles dePnnot* de m IWrei
de la Miséricorde » (sans date ni nom de vendeur). Ce fut la première publication des « Enfants de l'Obuvre », ainsi qu'ils l'appellent (Ij. M. Morlot,évêque de Tours, gémissait de cet égarement , lorsque M. Charvoz vint lui demander la permission de s'absenter pendant quelques semaines de sa cure. Le prélat la lui accorda, à condition que pendant son voyage il ne s'occuperait pas de « l'Œuvre de la Miséricorde ». La condition parut si dure à M. Charvoz, qu'il ofi'rit sa démission. Elle fut acceptée, et M. Charvoz, demeuré ainsi sans place, s'adonna tout entier à son triste apostolat.
« A partir de ce moment, les disciples de Vintras mirent au jour plusieurs brochures collectivement rédigées qui se résumèrent à la fin de 1842 en une publication périodique nommée la a Voix de la Septaine », dont il parut quarante-huit livraisons formante vol. in-8, et qui ne cessa qu'en 1846 (2).
Revenu, en 1849, dans le diocèse de Tours, l'abbé Charvoz se mit à dire la messe chez quelques-uns de ses anciens confrères. Mgr Morlot, en étant informé, écrivit à l'un des ecclésiastiques qui avaient cru pouvoir user de cette condescendance, que M. Charvoz n'avait pas la permision de célébrer dans le diocèse.
La plupart des écrits en faveur de l'Œuvre sont dus à la plume exercée de M. Charvoz ; c'est lui qui, sous le pseudonyme de l'abbé La Paraz, a publié a les Prisons d'un prophète actuel poursuivi par tous les pouvoirs » (Caen, 1846, in-i2). c Ce volume terminait alors la série des œuvres données par la secte ; il est le résumé de ses travaux, en même temps qu'il donne d'assez longs aperçus sur son chef principal, Pierre-Michel Vintras. Hélas ! la gloire que l'écrivain promettait à son héros a été bientôt évanouie ».
M. A. Charvoz est allé à Londres pour convertir Louis XVIl (NaUndorff), mort hérétique, mais qui, d'après les prédictions de Vintras, devait se convertir et devenir le ^rand roi, et l'instrument de la régénération nouvelle par le Saint-Esprit.
La dernière publication de ce prêtre renégat est son « Livre d'Or » [Paris, 1849, in-8), qui a excité l'indignation de la saine majorité du clergé français, et qui a motive des condamnations répétées de l'GËuvre,soit par les officialités diocésaines, ou tribunaux ecclésiatiques, soit par les prélats, ainsi que de nombreuses dépositions
(i) M. Georges Mancel.
\i) If. Georges ManceK
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PIERRE-MICHEL
de préires assez imprudents pour s'être prêtés à la propagation de cet ouvrage déplorable (1), ou la piété se môle à chaque page avec le blasphème, et où l'éditeur n'a pas craint de se faire le patron des hérésies les plus évidentes et les plus monstrueuses ».
« n semble qu'il suffirait pour la confusion de cette œuvre d'iniquité d'avoir préaentement de pareils directeurs, et au'il n'était pas nécessaire d'aller chercher aans le passé de nouvelles causes de mépris et d'opprobre.iMais, qui le croirait? M. Charvoz a voulu tracer la généalogie de son œuvre pour y faire entrer tout ce qui pouvait achever de la couvrir de honte ».
On ne se douterait guère de la curieuse filiation que M. Vintras et M. Charvoz assignent à leur œuvre. Voici ce que nous en lisons dans lé « Livre d'Or », pag. 15 et suivantes :
« Plus une période est importante, plus aussi le Seiôieur la prépare de longue main. L'ère ad régénération qui s'ouvre a donc été l'objet d'une prophétie continuée par bien des organes.
« Outre les apôtres qui ont tant parlé du rétablissement du royaume d'Israël; sans citer tels passages de saint Paul, dont on nous contesterait à tort l'application, ou l'apocalypse de saint Jean, livre encore terme jusqu'ici et qui commence à s'ouvrir avec les temps qui en sont spécialement l'objet ; sans mentionner les millénaires qui ont sali ce règne mystérieux par des erreurs ^e l'Église a condamnées avec raison , bien des plumes ont été inspirées de jeter quelques lueurs sur cette époque attendue.
« La première révélation bien connue dont il nous reste des écrits certains^ com- ^ mence à 1772. Saint Jean-Baptiste, le Précurseur du Christ souffrant, le Précurseur encore du Christ glorieux, apparassait fré-
(1) Tellei que eeUe de H. l'abbé Detbois, caré de Beaugeocy. par l'offlcialité d'Orléans; celles des trois frères BaiUard, par l'ofAcialité da diocèse de Nancy, ces derniers poor avoir adhéré à la secte pernicieuse de Vintras, dont ils sont aigonrd'hai les fervents adeptes, et tant d'autres. f
9 Un autre prêtre, dans un diocèse voisin de Paris, rivalise de aèle avec H. Gharvos pour la propagation de la secte. S'il n'a pas entraîné ses vicaires et d'antres eedésiastiques, ce n'est pas (àute d'avoir travaillé è répandre le Livre d'or (voy. le n« XVI). Nous ignorons si ses supérieurs ont commencé des informations et pris des mesures pour arrêter cette propagande ; mais nous savons que le curé dont nous parlons ne s'est malheoreusement pas rendu aux paroles pleines de force et de charité qu'on évèque a en occasion de lui adresser. (l'ahbé Bouix, l'Œuvre de la Mitéricorde, p. 88).
quemment à un nommé Loiseaut, de Samt- Mandé, près Paris, lui manifjgstant l'énorme culpabilité de la terre, l'épuration qui en allait être faite, les desseins de la Miséricorde divine, la coopération ou le travail des esprits célestes et des martyrs avec les justes de la terre, pour la préparation et l'appel du règne de Dieu.
« Sous cet organe il s'est formé une société de personnes pieuses, dirigées par ces révélations, et pour cela connue sous le nom de « Société de saint Jean-Baptiste ». A leurs réunions assistaient le saint Précurseur, toujours visible au voyant, et quelguefois à tous les membres. Là se répétait ce qui avait été montré ou enseigné a l'organe ; là se faisaient les prières liturgiques indiquée par saint Jean, telles que [es psaumes prophétiques du règne annoncé, dont il donnait l'explication ; là les membres participants à la révélation se formaient a cette vie unitive par laquelle l'homme livré à l'esprit de Dieu coopère avec lui, concourt à ses desseins, en prépare l'accomplissement par la prière et les œuvres, et lui fait comme une Jérusalem naissante,
« Loiseaut étant mort en punition de ses découragements, un saint prêtre fut choisi à sa place pour être l'écho de la révélation. Il ne le fut pas longtemps; voulant s'appartenir un peu, il fut rejeté» Alors le saint précurseur alla prendre dans une campagne une femme au cœur droit, mais simple et ignorante, dont il fît une lampe parfaite devant cette société qui grandissait dans le mystère, quand déjà s'avançait l'oraee de la Révolution de 4792.
« C'est le jour de la Saint-Louis, en 1788, que la sœur Françoise (née le 15 novembre 1730, morte le l^avrQ 1803, épouse d'un nommé André, membre aussi de cette société de Saint-Jean), fut appelée à ce ministère prophétique. Le saint homme, c'est ainsi que le précurseur était nommé, lui apparaissait souvent. U la conduisait souvent hors Paris, en des lieux sanctifiés par le sang des martyrs des premiers ftges de l'Église, tels que Montmartre, et c'est sur leurs cendres qu'il lui donnait ses sublimes instructions sur l'avenir , sur les moyens de mériter la miséricorde promise et le règne du Saint-Esprit; sur le perfectionnement des membres de la société, pour les rendre participants de la nature divine.
<( Comme la sœur Françoise, André ne savait pas écrire, le saint homme lui avait adjoint un frère aussi capable que parfait devant Dieu, M. Ducy. à qui elfe exposait les visions et rendait les instructions avec
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une fidélité miraculeuse, et celui-ci lisait à la Société, lors de ses réunions, ce qu'il avait écrit sous la dictée de la Voyante.
« La sœur André étant morte le V avril 1803, la parole fut donnée à un des frênes de la Société. Dans les derniers jours de la maladie de cette sainte femme, saint Jean- Baptiste se montra près de son lit, et choisit pour lui succéaer dans ce ministère prophétique M. Legros.
» Celui-ci, préparé déjà par bien des faveurs spirituelles, eut ordre de bâtir une maison en un lieu qui lui fut désigné, rue Basse-Saint-Pierre, au Marais, exprès pour servir de temple à cette église, dont il devenait le conducteur. La maison se fit, et c'est dans la chapelle qu'il y disposa que s'assemblèrent, depuis, tous les initiés à cette révélation.
« Une sorte de ministère sacerdotal, c'està-dire ^êcitant les prières lituraiqties de la messe, moins la consécration, tel était l'objet de ces réunions, qui ont continué jusqu'à sa mort, en 183z, ce que M. Charvoz trouve fort bien, ce qu'il appelle une cpuvre pour r Église, dans la M, dans les sacrements, dans l'esprit de i Eglise ^ quoique tn* connue au ministère ecclésiastique. » Où ne peut aller l'aveuglement!
c Soit pour donner une preuve divine de sa Providence, soit pour éveiller dans le roi-philosophe, Louis aVIII, les remords de la conscience, Dieu choisit un paysan de la Beauce, le laboureur Thomas Martin, de GalliEtrdon, pour avertir ce roi de son iniquité envers l'héritier direct du trône, et lui donner la preuve du miracle, en lui faisant révéler, par la bouche de ce laboureur, de vieux crimes bien secrets dont nul n'avait la confidence.
« La mission de Martin appartient donc aussi à rCEuvre de la Miséricorde.
« Une autre voix de révélation, ce fut madame Bouche, née Marguerite-Thérèse des Isnards, à Avignon, le 24 décembre 1779 (1).
Nous passons l'apostolat de Martin de Gallardon» qui n'a jamais eu aucun rapport avec l'œuvre, mais que l'on tâche d'y rattacher pour faire un peu d'illusion, et nous en venons aux prophétesses de no-
(i) D'après la généalogie de l'œaTre par M. Ghanrox, c'eaten juillet 1810 qne Diea fit entendre ta parole à M"* BoQCbe dans l'église Saint-Pierre d'Avignon. Il lui annonça qu'il allait se servir d'elle pour la manifestation de ses desseins, et qu'il l'éprouverait par mille tribulations. Ce n'était pas la première fois qu'elle était l'objet de davears spirituelles, mais c'est ici que sa mission prend date. Dans les eommunieations, If^ Bonche est oooooa ioai le bod de aoor Salomé.
a tre temps. La principale fut madame Bouche, née Marguerite-Thérèse des Isnards, qui se crut, dès 1810, destinée à régler le sort de tous les enopires de l'Univers, courut une partie de l'Europe, s'adressa à toutes les couronnes et se fit partout éconduire, surtout par le Nonce, qui finit par la chasser à peu près de chez lui. Elle s'était associé deux autres femmes, madame de Sérionne et madame Mauduit, en sorte qu'on les appelait les trois Marie : Marie- Salomé, Mane-Marthe et Marie-Madeleine.
Nous avons entre les mains une volumineuse correspondance manuscrite de W^ Bouche avec une dame d'Orléans cp'elle avait travaillé à endoctriner, et le résumé de cette correspondance peut se borner à ces observations : 1« M"* Bouche était pauvre et parle souvent de ses intérêts ; elle aurait voulu que les trois Marie, et même une quatrième que nous nous abstenons de nommer, mais qu'elle avait ajoutée aux trois autres, pussent se réunir dans une môme maison pour vivre ainsi toutes ensemble, système très - avantageux pour celle qui n'a rien; ^ elle recommande toujours de se méfier des prêtres et de ne pas les consulter, comme incapables de connaître cette œuvre toute spirituelle; 3<» deux fois elle parle le langage jansénite, môme dans un endroit où elle prétend se justifier d'avoir les opinions de la secte, en assurant que Jésus-Christ est mort pour plusieurs ; 4° elle fait le plus grand éloge de son directeur à Paris, et ce directeur qu'elle nomme, ce directeur dont nous tenons entre les mains une lettre d'enlhoasiame pour madame Bouche, était un prêtre de Saint-Médard, presque en enfance, pour ne rien dire de plus sur son compte, ainsi que nous nous en sommes assuré par d'exactes recherches ; 5o les prophéties ou révélations qui se trouvent parsemée» dans ces lettres, et soigneusement marquée par des guillemets, sont un composé de phrases sans suite, sans ordre, sans signification, que la pauvre madame Bouche voulait faire imprimer, et qu'il est heureux pour elle que l'on ait laissé dans l'oubli (1). « Après une sorte de consécration prophétique que reçut M"* Bouche, continue Je généalogiste de l'Œuvre, elle poursuivait sa mission, aidée de deux saintes femmes formant avec elle les trois Marie de l'Évangile, jusqu'au jour où il lui fut dit : (c Maintenant repose-toi, un autre va succéder à ce même ministère. »
«c C'est au mois d'août 1839 que le Verbe
(i) H. l'abbé Gaillan, p. 7 et 8.
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faisait entendre ces paroles ; c'est alors que l'archange Saint-Michel faisait les premières ouvertures à cet ouvrier de Tilly, Eugène Yintras, connu sous les prénoms de Pierre-Michel, par lesquels le nommait renvoyé céleste. Le ciel ménagea une circonstance qui mit cet homme de Dieu en présence avec le porte-voix qu'il allait remplacer, pour établir la succession de la mission prophétique.
a Voici donc le dernier chaînon de cette prophétie ; mais celui-ci doit être, plus que les précédents, le Christ représentatif et son image plus ressemblante, non qu'il était dans son passé plus parfait que les précédents : héraut plus rapproché des temps de la Miséricorae, il confesse qu'il en avait plus besoin ; mais il sera, par les communications pleines, vastes, lumineuses, la représentation du Christ enseignant; par les persécutions qu'il éprouve de la part des Pilâtes gouvernants et des pharisiens nouveaux , la représentation du 1 Christ persécuté. Ses persécutions auront des caractères analogues, et seront puisées dans le même esprit qui a poussé les pharisiens d'autrefois; et par ses trois épreuves du corps, de TAme et de Tesprit, qui seront connues en leur temps, la représentation du Christ dans la grotte des Oliviers.
Voici donc un temps qui s'ouvre, une ère qui est à son aurore, et qui s'appellera l'ère ou le règne du Saint-Esprit.
c 11 est manifeste que nul n'échappera au cataclysme, s'il n'appartient à l'GÉuvre de la Miséricorde, formellement ou en esprit. (Livre dOr. p. 25).
Nous venons de donner des particularités sur les antécédents des principaux personnages qui composent, au dire des nouveaux illuminés, la Septaine sacrée.
Revenons un peu à Tilly, pour nous y occuper plus particulièrement du prophète et de son compère Geoffroy, non que nous voulions les suivre dans leurs momeries et jongleries, qui ont été sufiBsamment stigmatisées dans les piçiuants chapitres de M. l'abbé Bouix, intitulés: « Costumes, einblèmes, amulettes (ch. IV) ; — « Travaux et opérations de Pierre-Michel ; — « l'Oracle en défaut (ch. V); ~ a la Maison aux miracles (ch. VI); ~ a l'Histoire des hosties ensanglantées (ch. IX), mais dans leurs actes publics.
Vintras, après la vie vagabonde qu'il avait menée, pouvait vivre tranquille avec les 600 fr. qu'il avait comme contre-maitre au moulin à papier de TilIy-sur-Seulle; mais il continua son ancien métier de honteuse cupidité.
Dès le mois de novembre 1839, dans l'église de Tilly, saint Joseph apparut à Pierre-Michel, et lui enjoignit de prendre au plus vite la plume et de tenir bonne note, nevarietur, des communications qu'il recevait, afin d*en faire part à ses frères, et de retremper leur énergie. C'eût été d'ailleurs agir en égoïste, que de garder pour lui seul la connaissance de choses aussi importantes.
A partir de ce moment, non seulement saint Joseph, mais l'archange saint Michel, la Sainte Vierge, Dieu lui-même, venaient tour à tour inspirer Pierre-Michel Vintras. Dieu lui avait donné la mission, sous le nom deSthrathanaël, de faire entendre la parole divine à ses frères, et de les sauver en les rattachant à Y Œuvre de la Miséricorde. De grands miracles, des miracles inouis s'opérèrent dans lemoulinàpapierde Tilly-sur-Seulle. Ce lieu devint le rendezvous des étrangers dont.selon la prévention, on exploitait habituellement la piété, la foi, la crainte, les affections politiques et surtout la bourse.
Sur l'ordre de saint Joseph de recueillir ses communications, faute d'argent sans doutepour les faire imprimer, on s empressa de faire des copies à la main du livre où les communications étaient conservées d'une manière authentique. On adressa ces copies aux personnes qui avaient le cœur droit, selon la volonté de saint Joseph — et la bourse bien garnie, ce qui était sans doute un pur effet du hasard, gui a une si grande part dans les affaires d'ici-bas. Les copies se vendirent. Ces révélations annonçaient le prochain triomphe de Louis XVII ; Louis XVIII, Charles X et surtout Louis-Philippe étaient loin d*ôtre dans les bonnes grâces du saint. On prédisait les catastrophes qui allaient bouleverser l'univers, mais jôui épargneraient sûrement les enfants de l'Œuvre de la Miséricorde, et ceux principalement oui étaient à Tilly-sur-Seulle et au château de Sainte-Paix, chez M. de Razac.
Vintras ne demandait pas, il est vrai, mais il recevait ; et quand il craignait d'être importun comme homme, il faisait inter- I venir la divinité. Il tombait en extase au I milieu d'un cercle choisi, dont faisaient toujours partie M . Geoffroy père (frère Jean) et Geoffroy fils. Il annonçait alors qu'il était en communication soit avec Saint Joseph, soit avec la sainte Vierge, soit avec Jésus-Christ. Il disait à haute voix les sacrifices que Dieu demandait, et (toujours selon la prévention), tout aussitôt les bourses s'ouvraient et les personnes se dévouaient avec bonheur. Car tous ceux oui ont cru à l'Œuvre de Vintras sont aes
PIEBRE-MnCOe^
PIERRB-MHSiEL
Sersonnes honorables, pleines de charité, e piété et parfaitement dévouées au culte de Dieu.
Des incrédules ayant fait des avanies à Caen,pend£intquelaSeptainesacréey tenait ses s&nces cheztThoméraël (Hébert, tourneur), on songea à procurer à TOEuvre un cénacle sp(k;ial. On prétexta les désagréments auxquels on étifit exposé, on fit môme intervenir saint Joseph, comme dans toutes les conjonctures où il y avait quelque accroc, et aussitôt, par Tinfluence de rabbé Marâshal, auc^ual le prophète n'avait pas sans motif promis le chapeau de cardinal, dès que les temps seraient accomplis, que Louis XVII serait monté sur son trône], es demoiselles Garnier, de Saint-Cloua, achetèrent pour 20,000 fr., à Tilly, une maison que convoitait Vintras. C'est là que le cénacle alla s'établir, ainsi que la famille de deux membres de la Septaine sacrée.
Ce furent aussi les demoiselles Garnier qui, sur l'ordre de Dieu, transmis par le prophète, donnèrent 3,000 fr. pour l'impression de « r Opuscule sur les communications de l'Œuvre de la Miséricorde.» Les frais d'impression ne s'étant élevés qu'à 1,500 fr., les associés Vintras et Lemeneur mirent 1 ,500 fr. dans leurs poches.
La justice cependant n'a dû s'émouvoir
3ue quand elle a cru voir qu'on se servait es miracles pour faire des dupes et opérer la spoliation sur une vaste échelle. C'est alors qu'elle a fait main-ipise sur les sieurs Vintras et compagnie, et qu'elle s'est livrée aux mvestigations sur leurs antécédents et sur la conduite qu'ils ont tenue dans rcuG^ire des miracles et des révélations.
Il advint qu'un jour nos illuminés durent compter avec la justice. Quatre d'entre eux durent paraître devant la Cour de Caen, le 19 aoûtl842. Les prévenus étaient : Pierre-Michel-Eugène Vintras, âgé de trentecinq ans, né à Baveux, fabricant de carton ; Jean-Ferdinand Geoffroy, licencié en droit, ex-notaire, âgé de cinquante ans, né à Poitiers; Napoleon-César-Auguste Lemeneur, licencié en droit, ancien magistrat, âgé de trente-neuf ans, né à Falaise ; Jean-Baptiste-Alexandre Geoffroy, fabricant de carton, âgé de vingt-sept ans. Tous quatre demeurant à Tilly-sur-Seulle. Ils étaient prévenus: 1» Vintras, d'avoir: 1** depuis moins de trois ans, détourné à son profit et dissipé une somme d'environ SOO ir. au préiudic^de la dameCassini, laquellesomme ne lui avait été confiée qu'à titre de dépôt, et à charge de la représenter ; 2° de s'être fait remettre aussi depuis moins de trois ans, à l'aide de manœuvres frauduleuses,
pour persuader i'ei^iotenoe d'un pouvoir et d'un crédit imaginaires, la somme de 50 fr. par le sieur Héry, curé à Vandai^es (Hérault) ; 3*" de s'être fait remettre, par les mêmes moyens, une somme de 20O fr. par le sieur Justus, demeurant à Paris ; 4** de s'être fait remettre, toujours par les mêmes moyens, une somme ae 3,000 fr. par la demoiselle Garnier, demeurant à Saint- Cloud. Les trois derniers faits constituant le délit d'escroquerie. Subsidiairement, d Savoir détourné et dissipé, au préjudice de la demoiselle Garnier, partie de ladite somme de 3,000 fr. qui ne lui avait été confiée que pour un emploi déterminé ; 5^ et de complicité dans le fait suivant, impaté à Geoffroy fils.
Geoffroy fils, des'être, conjointement avec Vintras, fait remettre, à l'aide des manœuvres et des moyens foncés par Tart.
405 du Code pénal, une somme oe 80 fr. par M. de Neuville, propriétaire à Angers.
Geoffroy père, d'avoir détourné ou dissipé, au préjudice deM. de Razac, d'abord une somme de 5,000 fr. , puis uneautre somme de 500 fr., qui ne lui avait été remise qu'à titre de mandat.
Lemeneur, d'avoir détourné et dissipé, au préjudlcede Pierre-Michel Vintras, une somme de SOO fr. qui lui avait été remise pour un emploi déterminé.
Les prévenus eurent pour défenseur M* Bérard, de Paris, qui fait partie de l'Œuvre de la Miséricorde, sous le nom d'Athzeraël. Le siège du parquet était occupé par M. Bouffet, procureur du roi. Un assez ^rand nombre d avocats en robe remplissaient la barre qui leur était réservée.
Le ministère public avait fait assigner dix-huit témoins à charge qui répondirent à l'appel, à l'exception de M, de Neuville, d'Angers, qui s'était excusé pour raison de santé; du sieur Héry, curé de Vandbeurgues (1), qui n'avait fait parvenir aucune excuse, et sur lequel le tribunal eut à surseoir à prononcer. Il en . fut de même du sieur Justus, de Paris. Les prévenus appelèrent, de leur côté, un assez grand nombre de témoins à décharge.
Malgré la plaidoirie de maître Athzeraël (Bérard)» Pierre-Michel Vintras fut condamné à la peine de cinq ans d'emprison- » ' ' ..il ,1 ■
(i) Ce prfttra égaré était nn partisan de l'cBavre. n avait envoyé à Vintras nne somme de 50 Dr., en lui donnant de pienx conseils, et en le priant de lui dire oè étaient placés dans l'autre monde tons les membres de sa fomiile, et les noms de ceux de ses parents admis an nombre des bienbeurenxl Depuis il s'est tout i^ UM séparé de l'Eglise, et la preuve en est dans sa publication do rPrécursenr de ravénement intermédiaire dis Jéns-Gbrist».
PIERRE-SOGHEL
PIBRRB-MIGHEL
ISO
nemeDt et 100 fr. d'amende pour abus de confiance ; Geoffroy père à deux ans de )a môme peine pour diélit d'abus de confiance, et 100 fr. d'amende.
Le tribunal acquitta Geoffroy fils et Lemeneur.
Vintras fut déclaré coupable : 1** d*avoir détourné, au préjudice de M"^ de Cassini, une somme de 800 fr., sur le dépôt de 2,000 fr. qu'elle lui avait confié ; 2^ d^avoir, en employant des manœuvres frauduleuses pour persuader l'existence d'un crédit imaginaire ou faire naître la crainte d'événements chimériques, escroqué une somme de 3,000 fr. aux demoiselles Garnier.
Geoffroy père (1) fut déclaré coupable d'avoir détourné au préjudice de M. do Razac, d'abord une somme de 4,000 fr., et en second lieu une somme de 500 fr. qu'il n'avait reçu qu'à titre de mandat
Nous en appelons à tout esprit raisonnable. Un coup d'œil seulement sur l'origine de cette œuvre n'est-il pas suffisant pour en inspirer le plus souverain mépris? Quelques illuminés, faisant toujours bande à part, récitant des pseaumes avec saint Jean-Baptiste ou une messe sans consécration avec un laïgue, des femmos se faisant prophétesses, aes hommes sans probité recueillant par intérêt cet héritage d'iniquité et signalant leur apostolat par des escroqueries qui les conduisent devant les tribunaux où ils ont été ignominieusement condamnés! En vérité, est-ce là une réformation, une œuvre divine, un don surnaturel envoyé à la terre par la Miséricorde divine (2)?
Voilà les fanatiques qui nous lancent la menace « que nul n'échappera au cataclysme s'il n'appartient à PCEuvre de la Miséricorde formellement ou en esprit (3) . d
Le prophète, en sortant de prison, trouva son troupeau dispersé. Ses agneaux étaient devenus des loups dévorants qui se déchiraient entre eux. Les partisans de l'Œuvre qui se trouvaient à Paris se séparèrent en assez grand nombre, il y a environ quatre ans, du prophète Vintras. C'est un Polonais qui devmt leur chef. La police obligea, dit-on, cet autre prophète à quitter la capitale ; il se retira en Belgique, puis en Suisse. Les croyants allaient en pèlerinage
(i) C'est l'habile de l'association; il parait qae ce fat Geoffroy père (le frôre Jean) qui mit M°^m Booche, Mandait et la comtesse de Sérionnes (les trois Maries), ayant de la crédulité et de l'argent, ce qni était doublement avantageux i l'Œuvre, en rapport avec Pierre- Michel.
(3) M. l'abbé CallUn. p. 8.
(3) M. Charvox. Livre d'Or, p. «6.
s'édifier auprès de lui: ils prétendent lui avoir vu opérer les miracles les plus éclatants et les plus incontestables. Il paraît qu'un assez grand nombre de Polonais avaient suivi cette fraction de la secte. Un de leurs rendez-vous était dans l'église de Saint-Séverin, où ils entretenaient une lampe ardente devant la Vierge. M. le curé de Saint-Séverin fit cesser cette pratique dès qu'il en connut le but.
La section séparte de Paris compta parmi ses membres un professeur célèbre de la capitale, qui mit au service de l'CEuvre son zèle et son talent.
Vintras commence à s'entourer d'ouailles nouvelles : le moulin a été transformé en une jolie maison de plaisance, et la fortune du protégé du ciel va prendre une rondeur confortable pour la seconde fois, si la police, qui ne respecte pas môme les prophètes, ne s'en mêle pas de nouveau (1), car, malgré les nombreuses condamnations de l'Œuvre par les prélats et môme par le pape Grégoire XVI, la secte s'augmente de personnes non moins honorables que fanatiques. M. l'abbé Héry, page 52 de son écrit, nous cite les noms de trente-sept personnes qui, en 1848, étaient présentes au moment où le prophète Vintras opéra, dit-il, des prodiges a Tilly, On y trouve des noms comme ceux-ci : le baron de Razac, M"^ la comtesse d'Ârmaillé, M. le vicomte d'Hozier, M"" la marquise deSourdis.
Mais il est arrivé ce qui est arrivé dans toutes les secteâ : la doctrine s'altère. Outre la scission qui eut lieu parmi les partisans de l'œuvre, arrivée lors de l'emprisonnement du prophète, on a parlé depuis de hideuses orgies qui se commettent à Tilly. Ces sectaires auraient-ils adopté, comme une autre société de fanatiques (les Béguins), la devise : « Vive la lumière I à bas la pudeur 1 » Ce qu'il y a de certain, c'estque M. Â. Gozzoli, l'un des plus chauds adeptes de Vintras, a publié un écrit intitule « les Saints de Tilly-sur-Seulle », portant cette épigraphe : a Ils ont élevé un autel au démon de 1 impureté, et ils en ont fait leur Dieu », et cela dans un but de ramener ses confrères à leur devoir, afin qu'ils remplissent mieux leur mission divine. L'auteur de cette brochure ne reproche pas moins aux Vintrasiens que de se vautrer dans la fange des plus criminelles impudicités. Voyez ce que nous disons de cet écrit sous le n** XI de la partie bibliographiaue de cette notice.
« L'Univers », dans son numéro du 28
(1) M. Georges Mancel.
PIERRE-MICHEL
PIERRE-
jiiillet 1850, nous a appris que le Piémont a ses Vintras. « Nous voyons dans les journaux de Turin que le tribunal de Casai vient de condamner à dix ans de réclusion un prêtre appelé Grignoschi, qui, depuis 1842, a fonaé dans ce pays une secte abominable. Quatorze de ses complices ont été condamnés à de moindres peines. Cet homme est parvenu à leur persuader qu'il est Notre-Seigneur Jésus-Christ, revenu sur la terre pour y être crucifié de nouveau. Le notaire Joseph Provana a exposé la doctrine du mattre dans le livre intitulé: « Crux de Cruce (qui vient d'être mis à rindex). « Le divin agneau, y est-il dit, doit de nouveau porter la croix, non pour racheter l'homme du péché, mais pour délivrer l'Église de l'esclavage et des erreurs qui l'assiègent. Par la Passion du nouveau Christ, l'Église sera réédifiée, au prix de sa croix et de son sang, de la même manière qu'elle a été fondée. Si le Christ a pu se constituer sous les espèces sacramentelles, il peut, au lieu de pain et de vin, {)rendre un homme et s'incorporer en lui ; e sacrifice de l'autel cessera. Le culte chrétien sera aboli sous peine de mort. Le Christ régira en personne son Église, et Pie IX ne verra pas finir 1849 ». Devant le tribunal de Casai, trois prêtres, une exreligieuse et une autre femme que les sectaires appellent la Madone, ont protesté qu'ils étaient prêts à subir le martyre plutôt que d'abandonner Grignoschi. »
BIBLIOGRAPHIE VINTRASIENNE
I. Doctrine céleste, ou l'Evangile de N.-S. Jésus-Christ dans toute sa pureté primitive. Genève, 1839, in-12.
Oantge imprimé loos le nom de Ckarlet-Louit» due de Normandie» mais il doit èlre d'un de tes fidélet, car c'est ainsi qne Naândorff et le soi-disant liaron de Richemond ont qvaliflé leurs dupes. Cet ouvrage doit avoir été écrit par un membre de < l'Œuvre de la Miséricorde i, tonte dévouée à la cause de Naiindorff.
II. Exposé historique de l'œuvre de la Mist^ricorde. — Antécédents de Vintras.
— Organisation de l'œuvre. — Costumes, emblèmes, amulettes, travaux et opérations de Pierre-Alichel — L'Oracle en défaut.
Imprimé dans le Journal t l'Univers », n» dnS8 août 4849. et reproduit il U tète de l'écrit de If. l'abbé Bonix. intitulé « l'Œuvre delà Miséricorde», pages 7 à 2i.