RATIONALISTE
C'est une plaisanterie de bibliographe ; mais elle no maïuiaepas de sel.
On conçoit que quand on a le malheur décrire des articles de ce genre, susceptibles d'être déférés aux tribunaux, on ait besoin de se servir d'un masque. Quant à nous, il nous sufiBt de reproduire celui qui nous concerne, afin que l'on sache bien, une fois de plus, le degré de confiance ({tie Ton doit accorder aux appréciations de tous ces pamphlets appelés petits journaux: haine, ignorance et mauvaise foi, ainsi que nous venons de le démontrer, voilà l'esprit qui préside à leur rédaction.
Nous n*avons point interjeté appel de cet inique jugement; mais un de nos lecteurs, un étranger, (|ui en remontrerait à notre critique en fait d'histoire littéraire de la France, a cru devoir prendre notre défense contre la brutale attaque de M. Le Rat, et nous reproduisoAS ici ses observations.
M. Jacqnot avait d^iun pseadonyme, celai d'Eugène de Mirecoart, et les f Supercheries littéraires » de M. Qaôrard l'ont dévoilé (t. I. 1846-1847. p. 417). liais pour donner encore plas d'onvrage et de besogne h l'infatigable bibliographe, M. Jacqnot a pris un nouveau pseudonyme, celui de : Le Rat (1). C'est ainsi qu'il a signé le feuilleton de la c Silhouette f du 30 janvier 1848 (p. 3-6), dans lequel il rend compte du premier volume des c Supercheries littéraires dévoilées ». Le procédé ne manque pas de sel ni de malice, car c'est sous un nouveau déguisement que le critique parle d'un ouvrage qui a pour objet de devoir
ce n'est pas faute de l'avoir beaucoup demandée (renvoyé aux cartons du ministère de llnstmction publique). M. Eug. Bareste aurait pu raconter à M. Le Rat que. recommandé par M. Cnvillier-Fleury à M. le duc d'Aumale. qni avait déjà obtenu pour M. Bareste une mission scientifique aux appointements de 400 Dr. par mois. M. le duc d'Aumale. disons-nous, se présenta de sa personne à M. de Salvandy, alors ministre de l'instruction publique, pour le prier de décorer enfin le meilleur tradnctenr d'Homère; que l'ordonnance fut écrite; mais M, de Salvandy. ayant appris que la traduction était due à M. Wolir. ne voulut pas signer cette ordonnance. U . Eug. Bareste n'en avait déjà pas moins obtenu de M. Villemain une indemnité de 1,000 fr. pouï cette même tradnction.
(1) Si nous n'avons pu été induit en erreur par le renseignement donné à un tiers par M. Fau, alors propriétaire de « la Silhouette », dont nous aurons occasion de parler pins bas. ce n'est point M. Eug. Jacquot qui est l'auteur de cette diatribe, mais M. Auguste Vitn, né à Mendon. le 7 octobre 1823, qui a débuté dans les lettres par de petits articles dans plusienn petits journaux; auteur, en société, de plusieurs petites pièees de théâtre jouées sur des scèoet infimes, tflilflt que le Gymnase enfholin, le théâtre Beaumarchais, et celui du Luxembourg, dit vulgairement de Bobino: en société aussi des Physiologiet do la Polka et du Bal Mablle, aujourd'hui l'un des membres du bureau de la Société des gens de lettres.
1er les déguisements; mais en même temps il impose au bibliographe une nouvelle tâche, un surcroît de besogne, car M. Qaérard sera obligé, à sa prochaine lettre R. de donner place à un nouvel article, auquel il ne songeait guère avant l'apparition de ce feuilleton dans le journal la < Silhouette » .
Ce feuilleton est mêlé d'éloges et de critique; mais le blâme n'est pas tout à fait juste, et peu de lecteurs seront de l'avis du Rat, qui prétend que H. Quérard c vomit, dans son ouvrage, l'injure à chaque ligne». Dévoiler un auteur déguisé, faire connaître le nom d'un anonyme, appeler un chat un chat, ^est peutêtre donner lieu au désappointement et au déplaisir d'un grand nombre de fiûseurs et d'imposteurs littéraires, mais certes cela n'est pas vomir l'injure, comme le prétend le Rat qui s'est blotti dans la c Silhouette».
Le début de l'article est plus équitable et se trouve en contradiction manifeste avec le milieu et la iin; car M. Quérard ne peut pas être en même temps, comme le prétend le Rat de la « Silhouette ». un mauvais bibliographe et un bibliographe distingué, f M. Quérard (dit la « Silhouette » , en commençant) est le bibliographe le plus distingué de notre temps. On lui doit rétonnant recueil intitulé : la « France littéraire », douze volumes compactes (lisez dix, puisque la K Silhouette » aime Vexactitude et la recommande i M. Quérard), qui contiennent la liste presque exacte des écrivains français avec l'indication de leurs ouvrages, édition par édition.
ff C'est un monument nutgni/ique et presque sans exemple , tel que les Bénédiains eux-mêmes n'en ont pas accompli. Malheureusement, l'ouvrage dont le long intitulé est transcrit en tête du présent article, n'est pas digne de ses alités. »
Nous ferons observe^'' à la < Silhouette » que la c France littéraire » et les c Supercheries > sont deux ouvrages tout à fait distincts, d'un genre et d'un but tout à fait différents ; il ne fallait donc pas les confondre l'un avec l'autre.
Quant au reproche d'inexactitude que le Rat Ikit an nouvel ouvrage de M. Quérard, la réplique et la justift* cation viendront probablement, de la part du biblio^ graphe, dans les volumes suivants des c Superche« ries ». â la lettre de l'alphabet â laquelle appartient ce pseudonyme. (« Anonymes et Pseudonymes fhmcais, par un bibliophile russe ; > Bruxelles, 1848, in-8, p. 11.)
n ne nous reste qu*à rappeler un fait qui prouvera le peu d'homogénéité cpi existe dans l'esprit de critique des petits journaux de Tespèce de la « Silhouette » : c'est que M. Fau, propriétaire de ce journal, homme qui se respecte plus que ses rédacteurs ordinaires, avait queloues mois auparavant fait une réclame à 1 occasion de nos Supercheries, où il déclarait que a ce livre était le seul propre à faire connaître exactement notre littérature actuelle. » Laquelle des deux opinions, de M. Fau ou de M. Le Rat, est la plus consciencieuse?
-t- RATIONALISTE (Un) , docteur en médecine de la Faculté de Paris \\e docteur CebtinJ,
De TEmpirisme et du proffràs scientl»
fique en médecine. Paris, 186^, in-i2.