CONQUÊTES HISTORIQUES ET ARTISTIQUES DE REIFFENBERG
M. Qnérard ressemble à la Renommée d'Ovide, il voit tont, entend toot, il a cent yeux, cent oreillbS. — D fttit en onelqne sorte la hante police de la république des lettres. — C'est un homme terrible comme le remords, formidable comme la conscience.
Dk Hbiftbnbbrc, Bnll. dn biblioph. bel^e.
DEUX MOTS d' AVANT-PROPOS.
n n'y a peut-être pas générosité de notre part, à nous qui nous sommes trouvé en relations intimes avec le baron de Reiflenber^, de venir rappeler ici les actes de piraterie littéraire dont il s'est rendu coupable envers ses compatriotes, actes tels qu'il est douteux que l'histoire des lettres
Suisse en constater d'aussi audacieux, bus rappellerons que nous butinons pour l'histoire à venir de la 'littérature au XIX* siècle, etau'alors notre impartialité ne nous permet ae celer aucune imposture, de quelque part qu'elle vienne.
Nous en demandons bien pardon à l'ombre du baron de Reiffenberg, mais pour justifier la bonne opinion que, de son vivant, il avait de nous, nous sommes obligé, dans ce livre dont il a toujours parlé avec bienveillance, dans la crainte, nous a-t-on affirmé, de ce qui arrive aujourd'hui, et pour lequel il a fourni plus d'un article malicieux sur ses compatriotes et souvent ses collègues, de lui consacrer une page, et à notre grand regret, une terrible page. On n'aime pas, en général, à montrer le mauvais côté d'un homme supérieur.
M. Xav. Heuschling, qui a consacré une
(1) Je Ton^ doibs dire encore, M. le baron, qne j'ai transcript to& titres de certaine circulaire signée par vous comme secrétaire général dn Ikmeux congrès scientiAqne de Liège. Depuis 1836, il y anraen accroissement, et ces titres, je n'en fais double anlcun, sont anssy nombreux aojoord'hoy que les décorations appendues à la brochette dont, aux jours de feste, vous fulgurtsea vos savants confrères. Qne cette mienne obmission ne me soyt cause de mécbcf, car elle est mie volontaire, et le cas advenant, nul besoing de semonce eust esté, pour que je flsse plus ample largesse de papier et de caractères typographiques. ^
Posl-scripium de la « Lettre de Bonaventure Pimpumianx i If. le boronde Reiffenberg «, Liège, 1846, in^ de 12 pages. Voy. ci-devant, 01, col. 170 0.
REIFFENBERG
REIFFENBERG
Notice au baron de Reiffenborg dans o le Bulletin du Bibliophile belge » , qu'il a fondé, ne Ta donnée ni exacte ni complète, car elle ne fait mention d'aucun des faits que nous avons à retracer, et il a ignoré que M. Reiffenberg fût au nombre des corédacteurs aux « Supercheries littéraires ^. Nous tenons d'autant plus à le déclarer, que, plein de confiance dans sa probité, nous avons accepté de lui, sans contrôle, des articles que nous avons reconnus , trop tard , entachés d'acrimonie contre ses compatriotes et ses collègues, et que nous nous sommes rendu, sans nous en douter le moindrement, son éditeur responsable, l'exécuteur de ses petites vengeances, ce qui nous a valu quelques censures de la part des écrivains belges.
Feu de Reiffenberg, annonçant, en 1850, t. VU, p. 37 de son « Bulletin du Biblio-
Êhile belge », la mort de M. Alexandre telhasse, ancien professeur à l'Ecole normale de Bruxelles, ancien rédacteur du « Radical », puis des deux iournaux qui ont paru successivement à Spa, ajoutait : « Ce professeur est le frère de M. Félix Delhasse, auteur de « l'Annuaire dramatique » et correspondant de M. Quérard, auquel il a fourni plus d'une note caustique ». Les notes les plus caustiques, disons les plus malveillantes, qui nous sont parvenues de Bruxelles, n'ont point été celles de M. Delhasse ; mais M. de Reiffenberg était bien aise de laisser croire que ses petites méchancetés sur ses com-
Satriotes et ses collègues étaient dues à [. Delhasse. Est-il nécessaire de dire que nous ne devons pourtant pas à l'académicien de Bruxelles les renseignements ^ui suivent ? Nous ne sommes ici que le lointain écho des clameurs proférées depuis longtemps en Belgique par M. Edouard liivalleye, acquéreur des manuscrits du savant Ernst, curé d'Afsden, dont M. de Reiffenberg a voulu escamoter la gloire ; par M. Edm. de Busscher, et par les journaux qui ont pris fait et cause pour ce dernier contre le plus récent plagiat de l'académicien Belge, dont M. de Busscher a été la victime, lesquels journaux sont : 1° « le Messager de Gand et des Pays- Bas », n' 297, 24 octobre 18 iG; 2» « l'Organe des Flandres », 8* année, n° 271, 13 novembre 1846 ; 3** « Sancho, Revue des hommes et des choses », n° 2, 13 décembre 1846; 4° a Journal de Lille, organe des intérêts du Nord ». 5* année, n** 12 et 13, 12 et 13 janvier 1847
Le baron de Reiffenberg, l'homme qui, par son érudition profonde et son esprit
a distingué, s'était fait connaître de toute l'Europe, a eu plusieurs fois une fâcheuse manie : celle d'augmenter ses richesses aux dépens d'autrui ; il n'a pas pu y résister : il est devenu., plagiaire. Mal lui en a pris, car la critique, et ici ce n'est pas le cas de dire de la médiocrité, comme cela arrive souvent, ne l'a pas épargné.
L'un des journaux que nous avons cités, le « Messager de Gand », numéro du
/; : 24 octobre 1846, disait de M. de Reiffenberg, en parlant de ses plagiats en général : « A part sa monomanie du vol , son caractère de Gaxza-Ladra (car très-souvent, ça n'a pas le sens commun : un riche qui vole de pauvres gens H, M. de Reiffenberg est du très-petit nomore d'organisations littéraires et poétiques que nous possédions; il a plus d'esprit, de talent et de science que ceux qui ont beaucoup de tout cela. Mais il fait le mouchoir, par tempérament, quand ce mouchoir ne vaudrait que deux sous ; il volerait le discours d'un sénateur ».
Un autre « Sancho », dans son numéro du 13 décembre de la môme année (1), parle aussi des plagiats de M. de Reiffenberg en général, mais» en des termes trop violents pour une chose qui n'eût rien perdu de sa gravité en la racontant d'un ton
f} calme :
« M. de Reiffenberg a, en littérature, des idées extrômcment embrouillées à l'endroit du tien et du mien. Il prend à M. Ernst une Histoire du Limbourg, au P. Nep. Slephani , un travail sur les Comtes de Duras en Hesbaye ; il prend à celui-ci ses vers, à celui-là sa prose, à un autre un mémoire qu'il lit modestement à un congrès scientifique; puis il envoie tous ces produits de ses travaux nocturnes, — tous ces enfants adoptés — au coin d'un bois — à la manière des Bohèmes,— à quelque duc do Gérolstein qui, pour ne pas rompre l'équilibre de ses finances en payant les livres du modeste et savant académicien. — gratifie à son tour celui-ci de l'Ordre de l'Ours polaire, de l'Eléphant blanc, ou de tout autre quadrupède héraldique, a 11 arrive souvent aussi que M. de
(1 ) Gel article violeol, (font nous ne donnons que le début, est intitulé : f Les Loges de M. de Reiffenberg, qu'il ne faut pas confondre avec l'Éloge du susdit académicien ». Avec cette épigraphe:
Au peu d'esprit que le bonhomme avait, L'esprit d'autrui par complément sen'ait. Il plagiait! il plagiait l il plagiait!...
Voltaire, i propos d'an nei/fenberg de son temps*
REIFFENBERG
REIFFENBERG
dogmaliqac de nos joars frappe agréablement des hommes au savoir solide et modeste >.
De Reiffenderg.
Tant d' impudence irrita, ainsi qu'on le conçoit, celui qui avait acquis les roanoscrits de feu Ernst. non comme spéculateur, mais en vue de rendre nn hommage éclatant au savoir de Ernst. Aussi, lorsqu'il eut connassance de ce toI fait à cet illustre défunt, s'empressa-t-il de réclamer ; et nous lisons dans c l'Espoir «, dn 21 octobre 1836, l'insertion suivante:
c On nous a adressé hier les deux lettres suivantes, que l'abondance des matières ne nous a pas permis d'insérer de suite. Nous donnons en feuilleton quelques explications sur cette affaire, qui contribueront, croyons^notts. à consolider la gloire de M. de Reiffenberg.
« M. de Reiffenberg est encore une de ces victimes qui, comme MM. Evain et Vléminckx, sera, nous n'en doutons pas, défendu par « rindépendanl ».
M. U rédacteur du journal TEspoir.
c Monsieur, f Devenu propriétaire des manuscrits de M. Ernst, euro d'Afsden, et ayant déjà publié un Mémoire inti« lulé : < des Comtes de Durbuy et de Laroche aux xi« et XII* siècles » , dans la préface duquel j'annonce la prochaine publication des autres Mémoires historiiiues de M. Ernst, je ne fus pas peu surpris de découvrir que le travail de M. Ernst avait été publié dans les t Mémoires de l'Académie de Bruxelles » par M. le baron de Reiffenberg, comme en étant l'auteur, sous le titre de : * Supplément à l'Art de vérifier les dates et aux divers recueils diplomatiques », lu à la séance du 7 juillet 1832.
c Une explication entre M. de Reiffenberg et moi étant devenue nécessaire, je me suis présenté chez lui accompagné de deux amis, à l'effet d'obtenir la déclaration suivante que je vous prie d'insérer, ainsi que la présente, dans votre plus prochain numéro *.
Agréez, etc. Ed. Lavallbye.
Liège, ce 19 octobre.
Copie de la Déclaration.
9 J'apprends avec chagrin, mon cher collègue, que la malignité, à l'occasion de votre publication de la notice des comtes de Durbuy et de Laroche, vous rend l'objet d'imputations mensongères; pour les faire cesser, je m'empresse de déclara, comme je l'ai déjà fait à plusieurs reprises Ama des ouvrages imprimés (1). que la série des comtes de Durbuy. de U Roche, de Clermont, de Monlaigu, de Duras et de Dalbem, que j'ai publiée précédemment et qui fait partie d'un travail général sur nos anciens flefs, a été empruntée aux papiers de feu M. Ernst. curé d'Afsden, desquels vous avez ' depuis acquis la propriété. Je vous autorise, mon cher
(1) Nous ferons observer à M. de Reiffenberg que les ouvrages dont il entend parler, savoir : « la Chronique de Philippe Mouskes », et le c Suppl. de la Biographie universelle » lettre E, ne sont pas encore dans le commerce.
(Signé) Ed. LAVALLr\'R.
Cette réclame était accompagnée de la note snltante: « Nous apprenons qu'un académicien se propose d'appeler l'attention de l'Académie de Bruxelles sur le plagiat de M. de Reiffenberg et de provoquer* de la part de ce corps savant, une mesure propre i fkire rendre josUce à U mémoire de fen H. le curé Ernst ». j
collègue, à faire de cette déclaration l'usage que vous jugerez convenable, et vous prie de recevoir la nouvelle assurance de mes sentiments d'estime et de considération distinguée » . .
t Signé, Baron De Rbipfenderg ».
Liège, ce 19 octobre 1836. Une autre petite note, honteuse pour M. de Reiffenberg, a paru à la tète d'une de ses publications, dans l'Introduction de la Chronique rimée de Philippe Mouskes. De quoi se compose, en effet ce long plagiat du baron de Reiffenberg. formant 305 pages d'impression? des mémoires suivants que nous allons énnmérer :
1° c Des comtes de Durbuy et de La Roche aux xi* et xn« siècles», par S. -P. Ernst; mémoire imprimé aussi séparément par les soins de M. Ed. Lavalleve, en
20 f Comtes de Dalbem », par S-P. EmsL Reproduction d'un travail publié à la suite de «r l'Histoire de Limbourg!» d'Ernst, tome V, pages 211 à 229.
3« f Codex diplomaticus Dalemensis», par P.-S. Ernst. Autre travail imprimé dans le volume précédemment cité, pages 315 à 329.
4« » Comtes de Duras » (en Hesbaye).
Ce travail doit être du P. Nep Stephani, collahorateur d'Ernst pour « l'Art de vériQer les dates ». L'éditeur d'Ernst, M. Lavialleye, dit en avoir le mannscrit avec les autres manuscrits du curé d'Afsden.
50 t Comtes de Montaigu et de Clermonl » . Même observation que pour le numéro qui précède.
6<> f Codex diplomaticus » pour la seigneurie de Fanqucmont, par S. -P. Ernst. M. de Reiffenberg indique la source oh il a puisé ; mais M. Lavalleye prétend qu'il n'a rien;oin( au travail primitif. C'est une Tériflcaiion & faire d'après le VI* volume de « l'Histoire du Lim- ^1 bourg». Une preuve qu'Ernst s'était ocenpé des seigneurs de Fauquemont, c'est qu'on trouve un Mémoire sur eux inséré tome V de la même histoire, pages 833 à 312.
70 r Additions ». — M. Lavalleye dit avoir encore en manuscrit le texte de ces additions.
En même temps que t l'Espoir » publiait les deux lettres si accablantes pour M. de Reiffenberg que nous venons de reproduire, le même journal donnait dans le numéro qui les contient un feuilleton non moins écrasant pour la réputation de l'académicien. Nous qui connaissons à peine l'histoire littéraire de notre pays, connaissons-nous encore moins celle de nos voisins, qui parlent et écrivent notre langue. Il nous a paru piquant de reproduire cette triste pièce contre un homme haut placé parmi les érudits de l'Europe, qui a trouvé possible, dans nn pays où l'on ne vole habituellement que les écrivains français, de voler même ses compatriotes.