M. DE REIFFENBERG ET M. ERNST
Le masque tombe, l'homme reste.
Et le SAVANT s'évanouit!
ROUSSSAU.
Tout est charlatanisme.
Scribe.
Un homme comme moi 1 1 1 Voltaire.
Un homme tel que moi 1 1 1
Dbstouchis.
Le geai paré des plumes du paon.
Fable de Lafontains.
(îni n'a pas entendu parler de M. le baron de Reif- Ifenberg, membre de toutes les académies de l'Europe,
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de l'Amérique et de l'Afrique, de ce sarant laborieax et modeste qni, depuis vingt ans. consacre ses veilles au travaux d'érudition de toute espèce, et qui, en dernier lieu, a rendu des services si importants à l'histoire de notre pays, par la publication d'un ouvrage iulitulé : « Des comtes de Durbuy et de La Roche aux xi« e.t^ xii« siècles? » Quel est l'homme qui, en lisant ces pages où éclate une étude si approfondie de nos vieilles chartes. nn travail d'investigation si Judicieux, un talent de carrateur si bien en harmonie avec le sujet, n'a pas admiré et la patience et la sagacité et le génie de M. le baron de ReiiTenberg? Quel est le Belge qui n'a senti son cœur battre avec fierté en prononçant le nom de re ■avant, que nous envient la France, l'Angleterre et l'Allemagne?
Pour moi, je l'avoue, M. de ReiiTenberg est mon auteur de prédilection, mon idole, mon Dieu. Je me découvre le front chaque fois que j'ouvre nn de ses livres; je m'agenouille même devant le rayon de ma bibliothèque qui porte ses œuvres, et je prie Dieu de conserver longtemps ce grand homme à la Belgique, et de confondre ses détracteurs. — Ses détracteurs l 11 en a donc? — Mais, oui, qui le croirait? M. de Reiffenberg est soQvent en bntte aux sarcasmes de quelques misé* râbles journalistes qni osent révoquer en doute son génie et le traiter même (j'en ttémis) de plagiaire et de charlatan. Lni plagiaire! lui, charlatan I Ah par exemple, J0 voudrais bien que quelqu'un me prouvât que M. de Reiffenberg se soit jamais approprié une phrase, une ligne d'un auteur ancien ou moderne. Tout ce qu'il a écrit, tout ce qu'il a publié sous son nom est à lui, moralement à lui, légalement à lui, et je défie... Mais qu'est cecif ... Des « Comtes de Durbuy et de La Roche, aux XI* et XII* siècles, ouvrage posthume du cnréEmst, publié par M. Ed. Lavalleye l .... > C'est une mauvaise plaisanterie, sans doute l Un mort qui contrefait un vivant ! Un mort qui se lève de la tombe pour venir
souffleter un vivant! Ahl voilà du charlatanisme!
Ouvrons le livre de ce M. Emst! Mais c'est indigne! M. Lavalleye nous prend-il donc pour des
imbéciles?... Oser publier sous le nom d'un M. Emst nn ouvrage qni appartient à M. de Reiffenberg... Car le voici, il est là devant moi, un bel in-4 de 305 pages. Il n'y a rien à redire. « Des Comtes de Durbuy et de La Roche aux xi* et xii* siècles > . Mais comparons les
textes C'est exactement la même chose! Qui
donc a-ton voulu mystifier ici?... Voyons si les journaux ne parlent point de la singulière pablication de ce
H. Lavalleye! Si!.... Voici deux lettres; l'une est
de M. de Reiffenberg Lisons Quoi, en croi-
rais-je mes yeux?.... U avoue positivement qu'il a emprunté son travail à M. Emst ; il avone donc qu'il est
plagiaire, il avoue donc qu'il est un Ahl M. de
Reiffenberg, me tromper ainsi, moi qui, sur la foi de votre préface, aurais soutenu envers et contre tons que vous étiei Vauteur, le teul auteur de l'histoire des comtes de Dnrbay, et que vous ne deviez rien à personne I
Hais tout le monde, je vous le demande, n'y auraitil pas été pris? Lisez l'introduction (reproduite plus haut) qui précède ce traité historique et jugez : je vous la donne telle qu'elle est imprimée dans le 8<* volume des Mémoires de l'Académie de Broxelles.
Eh bien ! Qu'en dites-vous, vous tous qui comprenez le français? Cela est clair, j'espère. Jugez maintenant à quelles études approfondies M. de Reiffenberg a dû se livrer .... pour copier M. Emst; jugez combien de temps et de travail a dû lui coikter la confection de e tabtrd multicolore des rois d'armes da xiii* siècle
dont il s'est enveloppé si plaisammment..... afin de mieux draper M. Emst... Secouez cette poustiére qni le couvre.... mais prenez garde de vous salir; cette poussière n'est plus que de la boue .. .. Arrachez-moi ce toupet, qui sied si mal à M. le baron, et rendez sa respectable permque an vieux curé ; rendez-lui aussi sa canne de jonc au pommeau d'or, afin qu'il puisse prendre sa revanche ; rendez-lui encore sa plume, son manuscrit, son talent, son génie, rendez-lui tout, et que M. de Reiffenberg, exposé nu an pilori de l'opinion, reçoive le châtiment qu'il a mérité.
Ahl monsieur le professeur ! tromper ainsi le public : se b&tir, sur les oeuvres d'un antre, une réputation de sa~ vaut et d'éraditl. Dépouiller un mort de son glorieux linceul pour s'en faire une robe de charlatan I Fi 1 cela est indigne d'un homme qui se respecte ; indigne d'un citoyen appelé par le gouvernement à inslraire la jeunesse de nos écoles; indigne d'un fonctionnaire qui exerce une des plus augustes magistratures de la terre I
Allez maintenant vous promener au milieu des habits noirs des penseurs modernes ; mais craignez d'exposer vos habits frippés à leurs insultes ; venez nous demander (en frémissant) pardon de vos opinions illibérales, mais ne comptez pas, je vous en préviens, sur une absolution facile ; secouez à nos pieds l'anathème dont l'ignorance dogmatique de nos jours frappe si agréablement des hommes au savoir solide et modeste ; vous n'avez rien fait pour le mériter, mais ne croyez pas vous retirer sans avoir senti votre front se courber sons le poids d'un anathème moins ridicule.
Et voyez jusqu'où va l'ambition de M. de Reiffenberg. Il lui suffit de marcher de loin sur les traces d'André Duchène et des auteurs de « l'Ait de vérifier les dates », de ces hommes immortels, qui ont créé tout un
monde historique!... Marcher! lui qui ne sait que
servilement ramper sur les traces des autres.
Et puis, quel encens il se prodigue 1 Que de difficultés il a su vaincre dans l'accomplissement de son travail! Que d'immenses avantages en retireront les sciences historiques et politiques I
Et maintenant, après ces éloges exagérés, après ces exclamations de la plus ridicule fatuité, lisez sa lettre à H. Lavalleye, cette petite lettre, honteuse, sournoise, qui voudrait se cacher dans les plis du tabard multi' colore, et se soustraire à tous les yeux, et dites-moi si jamais plagiat plus effronté s'est accompli au sein d'une des académies de l'Europe, de l'Amérique et de l'Afrique dont M. de Reiffenberg a l'honneur d'être membre.
M. le baron cherche, à la vérité, à pallier, ses torts. Il prétend qu'il a consigné, dans différents écrits. Vaveu des emprunte qu'il a faits à M. Emst ; mais d'abord, il n'est jamais convenu, dans aucun de ses ouvrages (si ouvrage il y a) que l'histoire des comtes de Durbuy et de La Roche appartient en lotalilé à M. Ernst. Ensuite, ces écrits dont il parle ne eont point dans le commerce, et quand même ils seraient entre les mains de tous, ils ne dateraient que de 1835 ou 1836; f tandis que la préface où il donne comme étant de lui « le Supplément à l'Art de vérifier les dates • a été faite en 1834, et que l'ouvrage lui-même a été In, à l'Académie le 7 juillet 1832. Ce n'est donc que par un remords de conscience littéraire que M. de Reiffenberg est venu, après trois ou quatre années de gloire d'auteur, avouer qu'il n'était que C4)piste, éditeur régisseur, chargé de mettre en scène le travail de M. Ernst.
Vous avez tantôt admiré la sincérité de V écrivain t admirez maintenant la délicatesse de Vhomme, On remet à M. de Reiffenberg nn manuscrit, avec prière de vqu-
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loir l'examiner ; il le garde longtemps, en fait une copie, renvoie l'original, comme s'il n'était pas digne de voir le jour, et publie la copie, ioui son nom, et comme ti c'était Mon propre ouvrage. Comment qualifier une pareille conduite? Je laisse ce soin au procureur du roi.
Je laisse, d'un autre côté, à l'acquéreur des manus> crits de M. Ernst à décider ce qu'il lui conviendra de feire pour obtenir une indemnité des perles pécuniaires qu'entraînera infailliblement pour lui la publication anticipée et non autorisée du traité historique de M. le curé d'Âfsden. Les exemplaires qui en ont été tirés ne sont pas nombreux, je le sais ; mais un semblable ouvrage ne s'adresse qu'aux savants. Or, la plupart d'entre eux possèdent déjà l'édition de M. le baron de ReifTenberg. Ils ne seront donc pas disposés à acheter celle de M. Lavalleye. Je les engage cependant à en faire l'acqulsition; elle est plus correcte et ne renferme pas les inexactitudes que M. de ReifTenberg, malgré set minu- ' tieuses reclurches, a laissé subsister.
Que fera maintenant l'Académie de Bruxelles, dont la bonne foi a été trompée et la dignité compromise? Ordonnera-t-elle la suppression d'une préface qui, telle qu'elle est insérée dans ses Mémoires, atteste le charlatanisme ébonté d'un de ses membres? Se contenterat-elle d'une simple rétractation?
El le gouvernement pourra-t-il, lui, réaliser l'intention qu'on lui prête, de décerner à M. de ReifTenberg la croix de l'ordre de Léopold, pour le récompenser de ses travaux scientifiques? Ne s'exposerait-il pas, en dé« corant M. le baron, au blâme de tous les hommes qui voudraient que cette distinction ftit uniquement accordée au talent conscienscieux et réel?
Je ne cJiercherai point à résoudre ces questions ; je ne pousserai pas plus loin, non plus, cette polémique, provoquée par un acle de la plus extravagante vanité. Ma sympathie pour les vaincus m'impose le devoir de déposer la plume, et j'y obéis, en regrettant sincèrement qu'un écrivain belge, dont j'aurais été heureux de propager la renommée si elle avait été établie sur des titres solides, ail su accumuler, dans un seul trait de sa vie littéraire, toutes les indélicatesses et les tricheries que nous reprochons aux artistes faméliques que nous expédie cliaqne jour la capitale de la France.
V. Monuments pour servir à l'Histoiro des provinces de Namur, de Hainaut et do Luxembourg. Tome l•^ Bruxelles, Hayez, 18ii, in4, 23 pi.
Peu de temps après celte publication, la t Revue de Liège » n<> du 15 août 1845, publia une critique consciencieuse de ce volume, édité par M. de ReiflTenberg, comme membre de la Commission d'Histoire, mais où l'on ajouta d'assez longues observations qui contestaient la justesse des deux principaux reproches contenus dans un travail que cependant elle accueillait. Cette criliquc était de M. Adolphe Borgnet, qui l'avait signée de ses Initiales. M. de ReifTenberg, qui s'était fait une habitude de l'encensoir, à ce point qu'il s'en servait parfois pour lui-même, fut mécontent, et publia un article aigre-doux, dans son « Bulletin du Bibliophile belge p, tom. 3. p. 497. Il y fil intervenir M. Pimpurnianx, nom sous lequel M. A. Borgnet s'était c^cbé pour la publication de ses r Légendes namurolses $, quoique, ainsi que nous l'avons dit. le critique de la c Revue de Liège », ait signé de ses initiales réelles. M. Borgnet crut devoir répliquer à l'article aigre-doux de M. ReifTenberg. par un écrit que ce dernier qualifiait de violente satire. Sous le nom de Pimpurniaux de ce livre (t. III. coi. 170 etsoiv.), nous avons parlé de
cette polémique, mais nous ignorions à cette époque le titre de la violente satire à laquelle M. de Reiffenberg faisait allusion. Aujourd'hui nous sommes plus heureux, et nous possédons même l'écrit en question. C'est une « Lettre à Monsieur le baron de ReifTenberg ■. Liège, imp. de N. Redouté, 1846, in-8 de 13 pages. Dans celle lettre, M. Ad. Borgnet non-seulement confirme sa précédente appréciation du premier volume des t Monunenls pour servir à l'histoire des provinces de Namur, de Hainaut et de Luxembourg », publia par M. de ReifTenberg, mais encore nous révèle deux nouveaux plagiats qui font partie de ce volume, et dès lors nous sommes obligé, pour compléter nos recherches, de donner le fragment de celte piquante lettre qui y a trait.
« Nous arrivons à voslre table onomastique. «Rien qne316pages. Monsieur lebaronl En vérité, jem'esbahis d'une chose: c'est qu'avec vostre système d'y insérer ou des hors-d'(Buvre, on des travaux déjà publiés ailleurs, ou des témoignages d'aulteurs cogneus. vous ne luy ayez donné nne quadruple eslendne. Gomme j'entends laisser à ouvrer, si quelque Montoys sentoit oob> voilise de m'imiter. je me veulx restreindre encore, dans les lettres A et B. aux arlicles*qui concernent Namur. Geulx on je treuve plus qu'une simple indicition, sont an nombre de vingt, et i deux seulement vous avez mis du voslre ; ce sont « Alta-ripa v et f Boovigne ». Pour f Andenne » et « Arbre », foct bien pouviez vous contenter de renvoyer aux aultears ft qui vous avez vos extraicts emprunté. De mesme eossiez-vous den faire pour t Acox j^ où vous transcrives M. Piol et Galliot (1) nostre insigne historien, citant l'un qui vit encore, ains ne monstrant vremembranoe aulcune de l'aullre qui, ven son décès survenu il y a quelque quarante ans, n'est plus en position de se dooloir et de répéter sa chevance. Ce pauvre Galliot vous a fourni encore les quinze derniers des vingt articles sus indiqués; > Ambresin, Assesse, Aule > ou pinstot ff D^le(Dave). Avin. Balatre. Bierwart, Biesme.Bietmerée, Bionlx, Bonine, Bossiere, Bouge. Brancboo, Broigne et Brumagne .» Sealement je fays remarqae que, sur ces quinze articles, neuf foys vous oubliez de signaler vos emprunts. Bien que la commune famé vont encoulpe d'estre couslumier dufaicl, jene veulx yveoir qu'une involontaire obmission, car vous estes scientifiquement trop pécunieux, pour que malefaim vous pousse à vivre de la substance d'aullmy. Très humble correction saulve. je cuyde lonsjours qu'il suffisoyt de simplement remémorer le nom de nostre Galliot.
« Cette mienne lettre a sa morale, et je vous la veux exposer en finissant.
f Vous avez infiniment d'esprit. Monsieur le baron ; vous avez non moins de science acquise, bien entendu en certaines branches. Toutesfoys comment se faict-il que, possédant les conditions requises pour produire œuvre importante qui résistât à l'oubli et vous donnât glorieux guerdon, vous ne soyez raie cogneu par rien de semblable? C'est que vous vous estes proposé pour unique fin d'occuper sans cesse de vous le public; et dans vos productions vous n'avez en égard qu'à la quantité ; et vous avez fini par vous faire illusion à vous mesme, sur la valeur de ces rogatons que desplorenl ceulx qui de vostre talent attendoyent toul aullre chose ; el vous estes cheu en un charlatanisme littéraire qui enlrayneà des puérilités, quand il ne ponsse pas à des actes plus sévèrement qualiflables ; el vous avez asprement reboulé, comme censeurs fascheux,
(i) Historien deNamor.
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cens <iai reftasoyent de faire leor partie dans le coneeri de fades éloges qui forme ches nous la critique. Je vons suys bien sé?ère, direz-vous? Il convient de ne l'être moins, quand une belle intelligence se fourvoyé . Venez à résipiscence. Monsieur le baron ; faicles delà science de bon aloy, ce qui vous est facile, et telle main qui TOUS a dea férir un peu rudement peul-estre, se bastera d'applaudir à des succès réels. Surtout taschez dç bien comprendre que la camaraderie en littérature est mauTaise conseillère, et que souvent meilleur office faict une férule franchement appliquée, qu'un encensoir toujours blandissant.
BONAVKNTURE PlMPURNIAUX,
membre de la société du Casirui de Namur et de nulle autre société sçavanle.
Nftnnr, le i febvrier 1846.
Par un singulier hasard, M. Adolphe Borgnet, que nons n'avons fait (t. III, col. 170) que correspondant de l'Académie de Bruxelles, tandis qu'il en est membre effectif depuis 1846, et membre de la Commission royale d'Histoire depuis 1850. M. Adolphe Borgnet, disons-nous, a remplacé dans cette commission M. de Reiffenberg, à qui il avait déjà succédé comme professeur i l'Université de Liège, et que, de plus, il a dû, à son corps défendant, se charger de continuer la publication de la malencontreuse collection dont il avait dans la c Revue de Liège «, critiqué le premier volame.
YI. Études Sun les Loges de Raphaël, par le baron de ReifTenberg, d'après les aquarelles et les gravures de J.-C. de Meulemeester. (Lisez par M. Edmond de Busscher, Tun des secrétaires de la Société royale des beaux-arts et de là littérature, deGand). Bruxelles, PertcAon,i8i5, in-4.
Encore une conquête de M. de Reiffenberg, mais cette ^ois-ci sur un homme vivant qui s'empressa de protester par la publication de l'écrit suivant :
V Étude des Etudes de M. le baron de Reiffenberg snr les Loges de Raphaèl ; par Edmond de Busscher (1),
(1) Les auteurs de c la Littérature française contemporaine » n'ayant pas consacré d'article à M. Edmond de Busscher, on pourrait en induire que son écrit contre M. de Reiffenberg, publié en 1846, est son unique ouvrage. C'est seulement l'une des mille et une omissions impardonnables à ces bibliographes, f Nous connaissons, dit c le Messager de Gand » (24 octobre 1846), en parlant de M. de Busscher, bien peu de critiques d'art chez qui l'instinct s'allie à ce point à des éludes aussi complètes, et qui puissent eipUquer le génie et l'exécution d'un grand artiste avec un aussi bon sentiment et un maniement si naturel de la langue technique. Nous ne ferons qu'un reproche à M. de Busscher, c'est de trop enfouir une aptitude incontestable à traiter les sujets esthétiques avec autorité ». II. Ed. de Busscher est connu en Belgique par les publiealions suivantes, toutes faites à Gand :
1^ ff Biographie historique et artistique de J.-G. Meulemeester. graveur des Loges de Raphaël », 1838, in-8, avec planches.
20 c Un Livre unique » . — Album du congrès national de Belgique. 1844, opuscnle in-8, avec fisc-fimile.
3« « Préds historique de la Société royale de Beaox-
l'un des secrétaires de la Société royale des beauxarts et de littérature de Gand. Gand, et che» les principaux libraires de la Belgigue, 1846, in-S de 52 pages.
Trois journaux de Belgique et un autre de Lille s'emparèrent de cette brochure pour en extraire l'his* torique de ce plagiat éhonté, afin d'édifier l'Enrope littéraire sur le compte du savant académicien belge. C'est à l'aide de « l'Organe des Flandres > (13 novembre 1846). et du « Journal de Lille > (12 et 13 janvier 1847), appuyé de l'écrit de M. Edm. de Busscher, que nous allons faire connaître ce nouveau plagiat.
Un nouveau combat littéraire vient de s'engager en Belgique, digne, mille fois, de notre attention, dit le t Journal de Lille m , dans son article intitulé : « A propos du plagiat de M. de Reiffenberg i. Non- seulement la Belgique est appelée à y assister comme témoin, mais encore le monde savant en entier s'y trouve pour ainsi dire intéressé. M. de Reiffenberg, cet écrivain vraiment prodigieux, ce Voltaire de la Belgique, qui est de toutes les académies, M. de Reiffenbei|(, à qui tous les savants décernent les titres de grand philosophe, d'historien érudit et brillant, à qui presque tous les rois de l'Europe ont envoyé des décorations de leurs ordres, M. de Reiffenberg vient d'être accusé du plus inconcevable plagiat l...
Voici venir à présent l'article de « l'Organe des Flandres » , dans la même histoire :
M. DÉ REIFFENBERG
Avec cette épigraphe :
Allez, fripier d'écrits, impudent plagiaire I
MOUÈRE.
ff Prendre des anciens et faire son profit de ce qu'ils ont écrit, c'est comme pirater au-delà de la ligne;
Arte et de Littérature de Gand », depuis 1808 à 1845. Gand, de Busscher frères, 1845. in-8, a\ec planches.
4« V Étude des Éludes de M. le baron de Reiffenberg sur les Loges de Raphaèl ». 1846, in-8.
50 ff Notice sur l'ancienne abbaye de Saint-Pierre & Gand •. 1848, in-8, avec planches. — Une noovelle édition a dâ paraître depuis.
60 < Nouvelle place de SaintrPierre à Gand • , plan et texte explicatif. — 1849, opuscule in-8.
70 ff Description historique du cortège des comtes de Flandre. — 1849-1850, volume grand in-8, avee planches, et « Vue générale du cortège », 2« édit.
8» « Confrérie des arbalétriers de Saint-Georges à Gand ». — 1850, opuscule in-8, avec planches. — Nouvelle édition, sous presse, un volume in-8.
9« < Ruines (les) de l'abbaye de Saint-Bavon à Gand ». — 1850-1851, opuscule in-8 avec planches.
10» « Félix Bogaerts. Notice biographique et littéraire ». Gand,imp. et lithogr. de Busscher frères. 1851, in-8 de 28 pages avec un portrait.
On annonce du même antenr comme étant sons presse :
11® « Album du cortège historique des comtes de Flandre». — Volume grand in-8, introduction et texte, avec 80 planches de costumes par M. Félix Devigne. (Paraissant par livraisons avec planches en noir» et avec planches coloriées).
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mais voler ceox de son siècle, en s'appropriant leurs pensées et leurs productions, c'est tirer la laine au coin des mes, c'est ôter les manteaux sur le Pont-Neuf «. — ff Ce qui est estude chez les anciens est volerie chez les modernes ». — Ainsi ont dit La Molhe le Vayer et Scudéri, et après eux, plusieurs des écrivains les plus éminents n'ont pas hésité à flétrir dans les termes les plus énergiques les larcins littéraires. Qu'auraient-ils donc dit, ces gloires d'un autre siècle, si elles avaient illustré notre époque, en voyant un académicien belge, dont les titres de noblesse furent sauvés par Noé lors du déluge, tomber et retomber dans ces vols impudents qui attirèrent jadis sur la mémoire de leurs auteurs une espèce d'infamie? Leur rude loyauté se fût révoltée contre de semblables méfaits : s'ils expulsèrent de l'Académie française Furetière qui avait soustrait des mots discutés en commun pour enrichir le « Dictionnaire > qu'il publia de son cAlé, ils n'auraient point fait gr&ce à l'audacieux qui a publié sous son nom des écrits entiers dérobés à autrui ; ils n'auraient pas toléré dans leur compagnie l'auteur de semblables indélicatesses: hors de chez nous, se fussent-ils écriés:
Il est assez de geais à deux pieds comme lui.
Qui se parent souvent des dépouilles d'autrui,
Et que l'on nomme plagiaires.
Et c'aurait été justice : car on a beau faire remonter son origine au jour oii Dieu créa les corneilles, ou a beau appartenir à l'ordre de l'Ours Blanc, de l'Aigle- Noir et de maint autre bipède ou quadrupède, encore faut-il de la loyauté dans tout, et ce n'est point parce qu'on se nomme Frédéric-Auguslc-Ferdinand baron de Retlfenberg. qu'on appartient à toutes les sociétés savantes de l'Univers et d'autres lieux, qu'il est permis de s'enrichir des biens d'autrui. Or, c'est ce que le pédant baron vient de faire par récidive ; et conformément an principe établi dans nos lois pénales, nous prenons sur nous de lui infliger une peine quelque peu plus soignée que celle méritée par une première, deuxième, troisième, quatrième ou cinquième faute ; car c'est au moins à ce nombre de larcins littéraires que M. de ReifTenberg est arrivé.
Cette fois-ci, un de nos concitoyens, qui n'est ni baron, ni chevalier d'aucun ordre, qui, en un mot, n'est rien, pas même académicien, s'est vu enlever le fruit de $ei travaux tout en écoulant dire que M. de ReifTenberg en faisait fl ; puis, lorsque Je noble seigneur tes eut produits dans le monde savant comme siens, il poussa l'outrecuidance jusqu'à faire menacer l'auteur de le malmener s'il ébruitait l'affaire. M. le baron se croit sans doute reporté au temps où ses semblables troublaient l'ordre et rossaient d'importance le guet qui voulait les arrêter. Eh bien, rien qu'à. lire ces lignes irrévérentes, il doit se convaincre du contraire ; il doit voir que s'il y a des fripiers d'écrits impudents, il y a des journalistes assez osés pour leur arracher le masque dont ils s'affublent, et des écrivains assez courageux pour revendiquer haut et ferme le bien qu'on leur vole. M. Edmond de Bnsscher a très bien fait de ne pas s'incliner devant la fatuité présomptueuse de M. le baron de ReifTenberg, et en signalant au public le nouveau larcin de ce littérateur de contrebande, il a rendu un hommage i la sincérité qui doit régner en science comme en politique et en affaires privées. Ecoutons -le raconter de cette manière simple qui est un des caractères de la vérité, quelques-unes des phases de cette curieuse affaire.
c Etudes sur les Loges de Raphaël i . par le baron de ReUfeoberg, d'après les aquarelles et les gravures de
J. G. de Mealemeester », tel est le titre d'un ouvrage publié en 1845, à la librairie Périchon, à Bruxelles. Cet intitulé, clair et précis, indique certes assez explicitement que l'auteur sus-nommé, dont la fécondité littéraire est devenue proverbiale, nous olTre là des études faites par lui sur les célèbres fresques vaticanes, et que les descriptions esthétiques que ce volume contient sont entièrement sorties de sa plume. Pour l'édification de Ms confrères en littérature et des souscripteurs aux gravures des 9 Loges de Raphaël j» . qu'édite M. Arnold Lacrosse, et auxquelles ces éludes et descriptions serviront de texte, nous allons examiner un peu cette hypothèse.
«En 1842, j'envoyai à M. Lacrosse. conformément à des conventions arrêtées entre nous, les c Tenues descriptifs > des tableaux à fresques connus sons la dénomination de : «La Bible de Raphaël » , textes rédigés d'après les copies si correctes et si fidèles du graveur De Meulemeesier. Je lui remis aussi une Biographie succincte de l'artiste brugeois, une Introduction aux descriptions des Loges, et un canevas de Prospectas, pour la continuation de l'œuvre dont la publication, jadis entreprise par De Mealemeester, fut inlerrompoe en 1836 par la mort de l'artiste consciencieux qui j avait consacré environ trente années de son existence. M. Lacrosse avait acquis ea 1840 tous les éléments (dessins à l'aquarelle, enivres, calques) de cette publication : il se proposait ou de l'exécuter à ses frais, oo d'en céder la propriété soit à quelque autre éditeur soit à une société de Paris, de Londres ou de Munich. Les denx dernières combinaisons ayant échoué, malgré les démarches et les négociations de M. Lacrasse, il dut ea revenir à la première, et vers la fin de 1845 il mît eo vente planches et textes (cinq livraisons, des cinquantedeux qui, avec le frontispice, composèrent la collection).
«En octobre 1844, M. Lacrosse, en m'annoncant qu'il s'occupait très activement de cette reproduction des ff Loges de Raphaël » . m'écrivait : v Pour des moff tifs qui me sont tout personnels, je n'ai pu faire usage ff du texte que vous avez eu la complaisanee d'arranger ; ff M. le baron de Reiffenberg en a rédigé un autre, il ff est maintenant sons presse > .—Je n'avais rien à <Ajecter à cela : M. Lacrosse était parfaitement libre de préférer le texte descriptif de M. de ReifTenberg an mien.* Cependant, certains pressentiments me disaient que mon travail inédit pourrait bien ne pas rester tout à fciit étranger à ce nouveau texte, et, afin de ne point perdre le fruit des recherches et des investigations que l'étude approfondie et la description esthétique de cette œuvre de Raphaël m'avaient imposées, je répondis à M. Lacrosse « que j'appréciais le motif qui l'avait guidé en ff ceci, lui éditeur, mais que j'espérais, moi, que si M. ff de ReifTenberg se servait dans la rédaction de ses textes ■ des données et des indications que renfermait mon ff travail, il aurait la générosité d'en mentionner la ff source ». A tout hasard je m'étais réservé, dans mon contrat avec M Lacrosse, la faculté de publier par la suite tous essais ou dissertations sur les «Loges de Raphaël » et les divers graveurs qui ont reproduit ces fresques.
ff Bientôt, en effet, les journaux annoncèrent que M. le baron de ReifTenberg avait présenté an congrès archéologique de Lille, en juin 1845, ses ff Etudes sur les Loges de Raphaël », et ce volume, de format grand in-40, me parvint avec les cinq livraisons des gravures de M. de Meulemeester.
ff Le pressentiment de n'avoir pas été inutile à M. 'de Reiffenberg se trouvait réalisé, mais réalisé au delà de t<mt ce que j'aorais osé n'imaginer. Sods ce MW^
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« d'Etudes sar les Loges de Raphaël, d'après les aquarelles et les gravures de de Meulemeester m s'était publié le plus inconcevable plagiat!... Je réclamai avec indignation, et puisque M. de ReifTenberg avait jugé la majeure partie de mes études, de mes observations, et très souvent même la rédaction littérale, digne de voir le joar sous le patronage de son nom, qu'il avait présenté le tont comme lui appartenant en propre, je demandai, sans être trop evgeant, je pense, que mon nom figurât à cdté du sien, sur un travail qui nous était devenu commun.
« An point ou en étaient arrivées les choses, une telle réclamation, quelque juste qu'elle (&t, n'était pas facile à satisfaire : l'ouvrage était en vente, il avait été offert non-seulement an congrès archéologique de Lille, mais en hant lien, et après avoir reçu des éloges comme anteor unique il élait humiliant pour lui de se reconnaître un collaborateur. M. Lacrosse m'écrivit, et vint chez moi pour me mettre devant les yeux la difficulté de la position : il me proposa, de concert avec M. de ReiffenlMirg, d'imprimer sur une feuille intercalaire une rectification ainsi conçue :
« H. De Henlemeester. pendant sa patiente et longue «contemplation des fresques de Raphafil. avait rédigé « quelques notes sur l'exécution matérielle de ces pein- « tares, leur état de conservation et les artistes employés c|>ar le maître. 11. Ed. de Busscber. cité plus haut, • et à qui une partie des papiers de Meulemeester a été c remise par la famille de ce graveur, y a joint ses « propres observations dans nn travail inédit sur Rac phaSl.
t Noas avons profité de ces diverses remarques dans tf la par^e tedinique des descriptions, et nous nous c sommes quelquefois borné k les reproduire. C'est ff une obligation que nous sommes heureux d'avoir à « M. Ed. de Busscher >.
Par une seconde lettre, et sur mon insistance à ne pas me contenter de ce earton intercalaire, il fut proposé de remplacer le quelquefois, for souvent!
Si II de Reiffenberg avait eu la générosité (et pourtant elle n'était pas exorbiUinte) de mentionner par avertissement on préface la déclaration offerte trop tard, j'aurais été pleinement satisfait. Maintenant je ne pouvais l'être ; je devais tenir à constater ma collaboration involontaire, qu'il avait voulu rendre une collaboration apocryphe...
M L'on comptait assurément qne la réputation de l'illustre Académicien m'en aurait imposé, ou bien, comme l'insinuait maladroitement M. Lacrosse dans sa lettre du 2 d<^cembrei845, écrite sinqn sous la dictée, an moins sons l'inspiration de l'auteur du nouveau texte des f Loges i, qne j'aurais craint que « M. de c Reiffenberg, avec son adresse i manier la plaisanc lerie, ne fit de tout ceci quelque chose de très-amn- « saut, s'il en prenait la peine 1 » Petite menace, suivie immédiatement de la petite promesse indirecte qne voici: « An reste, il s'est montré plein de bienveilc lance pour vous, et il a mille moyens de vous èlre f agréable par la suite I! »
c Menace vaine, promesse fort inutile ; je nargue rnne, et n'ambitionne l'antre aucunement..... continue M. de Busscher.
c Le 3i juillet j'écrivis à M. Arnold Lacrosse :
« Monsieur, c N'ayant point reçu de réponse à ma lettre du 4 décembre 4845, je dois supposer, enfin, que le eontenn de la vôtre du 2 décembre est votre dernier mot, à vous et à M. de Reiffenberg. relativement à la réclamation que je vous avais adressée. J'ai donc l'hon-
neur de vous prévenir. Monsieur, et je vous prie d'en instraire M. de Reiffenberg, qne dans quelques jours je mettrai sous presse une brochure qui rendra le public juge compétent de notre différend.
» Vous voyez que j'en agis envers vous avec toute loyauté ; mais mon honneur me défend de garder plus longtemps le silence >.
c A la réception de ma lettre, M. Lacrosse, qui pendant sept mois n'avait plus donné signe de vie, supposant m'avoir lassé par sa résistance passive, on effrayé par sa menace de plaisanteries reiffenberghiennes, s'aperçut avec élonnement qne cette affaire allait marcher vers une solution peu agréable pour son patron littéraire, et voulut y parer par un véritable coup de Jarnac. Il tarda jusqu'au 10 août de me répondre, et mit ce temps à profit pour imprimer au bas du chapitre c Bibliographie des Loges »: la note intercalaire proposée en novembre 4845, et refusée par moi comme une réparation insuffisante; le il août je reçus le volume in-4 de M. de Reiffenberg, ainsi fraîchement modifié. Par cette lactique, H. Lacrosse, qui dans tout ceci ne voit qu'une question d'argent, la réimpression de quelques centaines de prospectus et titres, a voulu me faire accroire que le changement avait eu lien par suite de nos premiers pourparlers, et il s'est tellement hâté qu'il a oublié de remplacer le quelquefois par l'importante concession offerte par sa lettre du 2 décembre.
t La plus légitime réparation se trouvant sans cesse éludée, je n'hésitai plus i .
Ce récit est suivi de dix-huit pages disposées sur Jeux colonnes, dont l'une contient des extraits de la Biographie de M. De Meulemeester, déjà publiée en 1838 par M. Ed. de Busscher, du travail de ce dernier sur les Loges de Raphaël; l'autre colonne sert à constater le larcin commis par M. le baron de Reiffenberg, et hâtons-nous de le dire, jamais nous n'avons vu une copie aussi servile, nn plagiat aussi impudent. M. de Reiffenberg, probablement pour faire prendre le change même à M. de Busscher, a souvent interverti l'ordre des emprunts, intercalant par exemple dans le corps ou â la fin de ses descriptions des données, des phrases qu'il a prises au commencement du texte écrit par M. de Busscher. Ajoutons qne notre concitoyen a non-senlement démontré â toute évidence le larcin de M. l'académicien, mais qu'il s'est encore trouvé â même de lui donner des leçons de grammaire et d'esthétique, lorsqu'il élait arrivé â M. le baron d'introduire quelques légères variantes dans le travail enlevé â M. de Busscher. Ainsi, ce dernier avait écrit: c Le vêtement diffère seulement par la nuance du pourpre». — M. de Reiffenberg, qui ignore sans doute qne dans ce cas (il s'agit du pourpre-violet on laquoux) pourpre est dn masculin, a dit: c quanta son vêtement, il ne diffère que par la nuance de la pourpre » — Ailleurs le texte de M. de Busscher portait: ff Eve a les cheveux châtains », — son plagiaire a écrit c Eve a les cheveux cendrés. » Des elieveux cendrés, dit l'auteur, sont des cheveux couleur de cendre ou grisâtres. Or, Raphaël a-t-il pu donner des cheveux gris à Eve jeune et belle ? — Plus loin, dans la description du tableau qni représente Adam et Ète hors dn Paradis. M. de Busscher a fait voir l'habitation de nos premiers parenta : « c'est de la paille. diUil, étendue sur quelques branches. « M. de Reiffenberg a trouvé cela trop peu poétique, et il a ajouté : * la paille qui remplira plus tard la crèche du Sauveur. Et voilà pourtant le tréne primitif de notre orgueil 1 » Cet broderies sont très édifiantes sans doate» répond M. de
REIFFENBEKG
BEIFFENBERG
Basscher ; mais cette habitation de la première famille humaine : nn peu de paille étendue sur des branches, qui fut le trône primitif de notre orgueil I Le sublime dégénère aisément en patbos sous la plume des plus grands écrivains.
Nous pourrions multiplier ces citations, mais à quoi bon? « L'Elude des Eludes sur les Loges de Raphaël» constate le nouVeau plagiat commis par M. de Reiiïenberg, et les notes curieuses dont M. de Busscher a enrichi ce travail démontrent l'ignorance de M. l'académicien. C'est plus qu'il n'en faut pour blâmer l'un et persifller l'autre. C'est ce que nous avons pris la liberté de faire pour la plus grande gloire du plus grand plagiaire de notre siècle. A. N., f Organe des Flandres », i3 novembre i846.
Maintenant nous nous demanderons quel est le mauvais esprit qui a pu pousser M. de Reiffeoberg à commettre un acte aussi indigne de sa grande renommée littéraire. Nous nous demanderons comment il a pu oublier les rudes leçons que lui donnèrent tant d'habiles critiques, tant de redoutables ennemis. 11 y a un an, à pareille époque, M. Borgnet. sous le pseudonyme de Pimpurniaux, lui adressait une lettre, où certes le ilel et la vérité n'étaient pas épargnés. La moquerie même y était poussée loin, trop loin peut-être; car nous est avis que M. Borgnet eût dû ne point oublier qu'il parlait à un confrère, lequel, disailril méchamment, était
Connu dans l'Univers et dans mille autres lieux.
Il y a cinq ans, faisant allusion à des accusations de plagiat ultérieurement prononcées, Victor Joly se demandait, en parlant des décorations qui ornaient jusr qu*au gilet de flaneUede M. de Heiffenberg: f Quand donc lui donnera-t-on le cordon de l'ordre du Geai se parant des plumes du paon? »
Entouré de détracteurs, d'envieux peut-être, hué, sifllé, moqué le plus souvent à tort, parfois avec raison, M. deReiffenberg aurait dû, nous semble-t-il , se mettre [>ar la fermeté, la droiture de sa conduite à l'abri de tout reproche et se justifier ainsi des accusations qui pesaient sur lui. Que n'a-t-il mis à profit ce conseil que M. Dufan (M. Van de Weyer) donnait à M. Dûmortier, l'ennemi de Simon Stévin, lorsqu'il lui disait, dans sa lettre à l'Académie, de s'enfermer dans une Thébaîde, et de n'en sortir qu'un chef-d'œuvre à la main! Alors, s'écriait-il, ceux qui ont été les premiers à TOUS donner de la férule, seront peut-être aussi les premiers à vous applaudir I
M. de Reiffenberg est dévoré de celte fièvre qui a tué Scttdéry, et qui en ce montent dévore Capeflgue. Voir son nom voler sur la bouche des hommes et retentir an loin, étonner par sa fécondité, grandir et grandir toujours, tel parait être le but de M. de Reiffenberg. Poète, linguiste, paléographe, historien éminent, romancier agréable, il n'est rien qu'il ne sache faire, il n'est rien, dans le domaine de l'intelligence, à quoi il n'ait le plein droit de toucher. Chaque jour, il livre au vent le fruit de ses études, de son travail, gaspillant, — c'est le mot, 7- les dons brillants qu'il a reçus du ciel. S'il écrivait plus lentement, s'il rêvait moins à la célébrité et plus à la gloire, M. de Reiffenberg, tons les ans, produirait un chef-d'œuvre.
Nous espérons, et le monde savant émet les mêmes Tcnix, que H. de Reiffenberg, gravement compromis, essayera, de sa main d'Hercule, de se relever bientôt. Il n'est personne qui n'ait dans sa vie littéraire à se reprocher quelque peccadille, quelque gros péché même. D'ailleurs, tous autant que nous comptons, ne sommesnous pas on pea plagiaires? Demandez à Sterne plutôt. «•
Ce n'est pas à dire qu'on ne doive point venger H. de Busscher, le droit est de son côté ! Aussi, au nom de la justice, aurons-nous dorénavant l'œil fixé sur M. de Rtriffenberg, et nous méfierons-nous d'accepter inconsidérement comme siennes les œuvres qu'il publiera désormais.
Cet événement, comme on peut croire, a fait grande sensation à Bnixelles, on en parte encore. Tons les savants, le docteur Corremans. Schayes, Piot, Cachet. Goethals, Marchai, en ont fait le sujet de leurs conversations. Le drapeau blanc flottait sur la bibliothèque de Bourgogne. Le chevalier Marchai et Goethals triomphaient. Quant aux autres, ils déploraient, comme nous faisons tous, les écarts d'un esprit distingué, plein de ressources, fécond et brillant. J. L.
f Joifrnal de Lille f , 42 et i3 janvier i847.
Un des journaux qui s'est occnpé du dernier plagiat de M. de Reiffenberg, c le Messager de Gand et des Pays-Bas v, n<> du 24 octobre 1846, terminait ainsi son article:
e Maintenant, nn conseil amical : Quand on est riche de son propre fonds littéraire, pourquoi vouloir être encore riche comme un voleur? Quittez le plagiat, monsieur de Reiffenberg, pour nous faire de ces jolies choses d'autrefois que vous seul peut-être, dans le pays, pouvez faire. Vous qui savez donner i un satjrique tableau de mœurs une action ingénieuse, des portraits finement observés et vrais, un dialogue étincelant, donnez-nous plutôt un pendant à vos > Comédiens politiques » . Depuis votre conversion à une piété sincère, sous notre gouvernement du Bon Diea, vos nouveaux amis catholiques qui vous entourent vons offrent pour cela de si excellents modèles I » *
M. de Reiffenberg répondit-il à la brochure de M. de Busscher et aux articles de journaux qu'elle avait provoqués ? La lettje suivante à nous adressée va l'apprendre :
Monsieur,
Un de mes amis, M. Dhuyvetter. m'a remis la lettre que vous lui avez adressée, mais qui m'était destinée.
Pour répondre à l'appel que vous faites à ma loyauté, je viens de vous expédier par la vote postale :
1<> La brocimre que j'ai publié en 1846, sous le titre de : « Etudes des Etudes de M. de Reiffenberg sor les Loges de Raphaël >. — Cet opuscule, exact de tous points, et que M. de R*' n'a pu ni osé réfuter, vous mettra complètement an courant de cet inconcevable incident littéraire ;
2" Quatre journaux de l'époque, documents à l'appui. — J'ai rassemblé une partie des articles provoqués par ma brochure, et c'est un faisceau très-piquant. Je tenais en réserve cette curieuse collection, et je l'aurais probablement imprimée comme annexe à mon c Élude «, si la mort de M. de R** n'avait mis un terme à la guerre plus que sournoise qu'il me faisait sous main, pour se venger, à sa manière, de mes révélations accablantes. — Ci-joint l'articulet évaaif qu'il glissa in petto dans son f Bulletin du bibliophile belge p, LUI. p. 487 (1846):
« Pamphlet» et libelle». — Le canonnier à cheval et vigneron Paul Louis Courier s'est fait l'apologiste du pamphlet, et il était dans son droit, car on peut le proclamer le module du genre. Le pamphlet i la manière de Courier est la satire en prose, la raison armée àla légère et assaisonnée de malice. Mais quand la raison disparaît, quand la malice fait place à l'injure, le pamphlet devient un libelle. Le libelle, il faut l'avouer à notre honte, est un plaie de notre petite litté-
REIFPENBERG
REIGNIER
rature. Il vient d'an air sournois et avec une impadence sans courage, s'attaquer à tout ce qui est digne de respect ou d'égard ; rien ne l'arrête; ses coups tombent de préférence sur les objets de notre vénération on de notre estime. La ville de Gand, cette cité loyale et honnête, vient de voir naître, à l'occasion de la publication des f Loges de Raphaël >, parM. Lacrosse, un libelle de celte triste espèce. La vanité blessée n'a pas seule dicté cet amas si indigeste d'imputations calomnieuses, de méchanc«té5 rétrospectives puisées dans des ruisseaux depuis longtemps taris, dans des ^outs comblés depuis des années. Celui qui a ^igné ces misérables pages, nous aimons à le croire, n'a fait que céder à de mauvais conseils et prêter son nom à une sorte de piquenique de haine et de folle colère, où les rares convives ont payé leur écot en absinthe et en flel. A de pareils (sic) diatribes ce n'est pas avec une plume que répond un homme qui se respecte.... »
Les révélations de 1846 portèrent un rude coup à M. de Reiffenberg, si rude même, qu'il ne s'en est point relevé. Et cela est si vrai, que Jusques aujoard'hni aucun de ses collègues de l'Académie de Belgique n'a écrit sa biographie pour t l'Annuaire académique «.
Apprécier les œavres du littérateur, de l'érudit, du poète, rien de pins facile ; chacun rend hommage à son grand talent ; mais être son apologiste historique, en initiant le lecteur à des peccadilles peu honorables pour lui, à des écarts littéraires qui ont entaché la plus brillante carrière, qui l'osera?....
Pour ce qui regarde le plagiat des textes esthétiques des c Loges de Raphaël » , Je n'ai rien i ajouter aux renseignements que donne ma brochure ; elle n'a été ni réfutée ni démentie, et ne pouvait l'être. Inspirée par le sentiment de légitime défense, je la publiai sans animosilé et presque malgré moi : j'étais un d^s admirateurs du savant et spirituel écrivain.
Je vous dirai donc, à vous, Monsieur, comme à tous ceux qui ont lu mon « Élude » : Voilà les assertions et les preuves, jugez-nous.
Veuillez, je vous prie, m'accuser réception des documents mis à la poste hier, et m'envoyer en échange le numéro de vos t Supercheries » dans lequel paraîtra l'article ad hoc.
Je vous salue avec considération, et je suis votre tout dévoué serviteur.
Edmond de Busscher.
Gand. le 36 août 1851.
Là se terminent an moins les délits littéraires de feu de Reiffenberg? Mais non. Le n° 314 (28 décembre 1836) de c l'Espoir ». journal déjà cité, contient une ff Appréciation exacte et détaillée du baron de Reiffenberg » . qui, certes, n'était pas propre à préparer les voies au savant pour arriver à être créé chevalier de l'Ordre de Léopold, et à être nommé bibliothécaire en chef du royaume, titre et place qu'il sollicitait alors. Parmi les nombreux reproches que le journaliste lui adresse, nous prendrons trois fails littéraires.
La bibliothèque de Liège possédait une lettre d'indulgence de 1495, inédite. Elle fut confiée à M. de Reiffenberg, qui. sans autorisation, l'envoya à l'Académie comme fruit de ses recherches. Elle est insérée dans les bulletins de cette société. C'est indubitablement l'une des cinq dont parle M. Xavier Heuschling, dans sa f Notice sur le baron de Reiffenberg », insérée au tome VII du f Bulletin du Bibliophile belge » (1850). Cette indélicatesse a été longtemps ignorée, parce que la personne qui en fut victime, ennemie du scandale, préféra le silence à la publicité ; mais if y
I g avait à la fois trop d'impudence et d'effronterie dans celte action pour qu'elle no fût pas connue et divulguée.
Autre abus de confiance. Il existait encore à la bibliothèque de Liège un exemplaire unique d'un ouvrage d'Albert Lemire, « les Voies romaines en Belgique >. M. de Reiffenberg l'emprunta. Quand on vint lejui redemander, il plaisanta doctoralement sur le mérite de ce volume, et chercha un mauvais prétexte pour ne pas le rendre. Quelques jours après, on put lire dans les journaux du pays, voire même dans celui de c l'Institut historique de France », que M. de Reif* fenberg avait découvert un ouvrage curieux d'Albert Lemire !
Terminons par un fait d'un autre genre. A la suite de la Chronique rimée de Philippe Mouskes (183(i), imprimée aux frais de l'État, le baron de Reiffenberg a trouvé bon, pour grossir l'ouvrage, d'y placer une nouvelle édition, avec traduction, du « Prodromus » de Nélis. Comme il en existait déijà une édition de Parme et une autre d'Anvers, les fonds alloués par l'État pour la publication de Mémoires inédits ont été employés à un autre usage que leur destination. La tromperie est évidente. — Comme rien n'indique que la traduction en regard du v Prodromus > est tie M. Ph. Lesbroussart. on est naturellement porté à croire qu'elle est de M. de Reiffenberg : quel jésuitisme !
Quand on pense à toutes les attaques réitérées de 1836 à 1846. dont le baron de Reiffenberg a éU l'objet et auxquelles il avait malheureusement prêté le flanc, on doit penser que ses dernières années durent
^ être abreuvées de dégoûts ; les cartels successifs qu'il
I provoqua ou s'attira n'étaient pas de nature à le cal- ^^ mer; cartels échangés entre MM. Lavalleye, A. Borgnet, Ed. de Busscher, dans les questions littéraires, toutes fâcheuses pour lui; cartel des flis Wahlen, pour une notice nécrologique du Bulletin, diffamatoire pour la mémoire de leur père. Décidément la loyauté
' est un bon paraquerelles.
I Le plus triste de tout ceci, c'est que dans c le Bulletin du bibliophile belge » , recueil estimable qu'il a
\ fondé, on a imprimé, cette année, un portrait dont
I l'iDscriplion est trop transparente pour ne point y reconnaître l'académicien belge : c'est une véritable épitaphe.
e \ c Ce petit homme couvert de décorations, c'est le comte de Romipete. Lui aussi assiège les antichambres el les salons des membres du corps diplomatique, mais ce n'est point pour surprendre des secrets d'État: c'est pour solliciter encore une croix, encore un ruban.
I « Son véritable nom était Deromipete ; mais le trouvant par trop plébéien, à l'aide d'un petit d et d'un grand R convenablement séparés, il l'aristocratisa. Quoiqu'il soit homme d'esprit, on n'en trouve guère dans ce qu'il a écrit; sans doute qu'il le réserve uniquement pour le métier d'ambassadeur qu'il brigue depuis longtemps. Peutrêtre aussi ce qu'il écrit n'est-ii pas de lui, et. en véritable homme d'esprit, ne publie-t-il que des choses moins spirituelles, mais aussi moins connues. »
REIGNIER (Louis), ps. [Jean-Philippe Zeh].
Nouveau Recueil de lettres de commerce, suivies de plusieurs documents relatifs aux affaires, ainsi qu'un vocabulaire traduisant en langue allemande lès termes les plus usités contenus dans ces