‹ Les suppurations de l'apophyse mastoïde et leur traitementChapitre 19 sur 83 · VARIÉTÉS DES ABCÈS PÉRI-MASTOIDIENS · texte numérisé non relu

VARIÉTÉS DES ABCÈS PÉRI-MASTOIDIENS

En tout cas, d'ailleurs, cette résolution spontanée ou par le traitement est l'exception, et si l'on abandonne la lésion à elle-même, le pus tend à se faire jour au dehors, en se portant vers les faces externe, interne ou postéro-supérieure des cellules mastoïdiennes, c'est-à-dire vers la peau, vers les parties profondes du cou, vers le sinus latéral et l'encéphale. Nous réservons pour les considérations diagnostiques auxquelles il donne lieu l'abcès des cellules limitrophes du conduit. Comme, d'autre part, l'étude symptomatique, diagnostique et thérapeutique des complications intra-cràniennes des otites moyennes suppurées (1) nous entraînerait trop loin de notre sujet et exigerait, à vrai dire, un mémoire spécial, il nous reste à parler des migrations que l'on peut appeler externes : l'une banale, avec l'abcès rétro-auriculaire classique ; l'autre assez rare, mais fort intéressante, avec un abcès cervical profond.

(1) Voyez A. Broca etO. Maubrac, Des complications infra-crâniennes des otites moyennes suppurées, envisagées spécialement au point de vue de leur traitement, Mémoire couronné par la Société de chirurgie, Prix Laborie, 1893. Ce mémoire fait partie d'un traité de Chirurgie cérébrale actuellement sous presse. — A. Brocà, Les abcès encéphaliques consécutifs aux suppurations de l'oreille, Gaz. hebd. demdd.etchirurg., 1893, n« 38, p. 445. — A. Broca, Abcès du cerveau et méningites consécutifs à des suppurations de l'oreille moyenne, Bull, de la Soc. anat., 1894, p. 561. — A. Broca, Les complications infra-crâniennes des otites moyennes suppurées, Rev. prat. d'obst. et de pœdiatrie, Paris, J894, p. 206, 225 et 289,

10 abcès mastoïdien rétro-auriculaire

[° Abcès mastoïdien rétro-auriculcnre. — Lorsque doii -<i collecter un abcès rétro-auriculaire, le gonflemenl œdémateux augmente, la peau s'empâte et prend une coloration rouge violacée, el bien toi dans ce gonflement se localise pour ainsi dire une saillie capable d'acquérir le volume d'une pomme d'api ou d'un œuf. En palpant celte tumeur, qui d'ordinaire es! un peu moins douloureuse à la pression que l'apophyse ne l'était au début, on y constate de la mollesse, de la fluctuation peu à peu plus nette et plus superficielle. Dans son mémoire M. Pauzal 1 . en parlant des abcès mastoïdiens, dit qu'avant la formation de la collection extérieure, la coque osseuse étant distendue, « on peut sentir le soulèvement et l'affaissement sous la pression de la lame externe de l'apophyse mastoïde. » CV>1 un symptôme que nous n'avons jamais constaté sur les nombreux malades, à toutes les périodes, que nous avons examinés.

C'est lorsque le pus est collecté que l'oreille esl au maximum décollée, portée en avant.

J. L. Petit a dit que par une pression méthodique on pouvail vider dans la caisse les abcès mastoïdiens. La fluctuation rétro -auriculaire cesse alors, en même temps qu'on constate un écoulement abondant par le conduit : que l'on ordonne, au contraire, au malade «le faire un eiïort et l'on verra se reformer la collec-

(i) Lor. rit., p. ISA.

ABCÈS SE VIDANT PAR LE CONDUIT il

tion rétro-auriculaire. Ce symptôme peut exister, mais il exige que la mastoïde se soit spontanément trépanée en une large perforation et que de plus le canal de l'antre soit libre et de grand diamètre. Or, ces conditions sont rares. D'autre part, c'est une recherche à proscrire lorsque la pression est douloureuse, car elle ne conduit, quoiqu'on en ait dit, à aucune conclusion pratique. Chez un de nos malades, nous avons fait cette constatation, qui sautait aux yeux dès qu'on mettait le doigt sur la région rétro-auriculaire, mais il s'agissait d'un cas tout particulier, chez un enfant que l'un de nous avait trépané plusieurs mois auparavant et dont l'otite chronique, insuffisamment soignée ensuite, avait provoqué une récidive de l'abcès rétro-auriculaire : et la cicatrice s'est soulevée en une bosselure blanche, grosse comme une noisette, indolente, que la plus légère pression vidait par le conduit. Mais on n'oubliera pas que cette apophyse avait subi une large trépanation chirurgicale, et ce n'est pas à comparer aux perforations spontanées. C'est un symptôme rare dans les mastoïdites aiguës (\r> otites moyennes aiguës ; il Test beaucoup moins dans les abcès mastoïdiens (U^ otites moyennes chroniques. Cela est facile à comprendre, car dans les cas aigus il esl exceptionnel de trouver dans la corticale un trou de diamètre notable, tandis que cela est assez fréquent dans [es vieilles fistules.

12 ABCES MASTOÏDIENS RETRO-AURICULAIRES

Observation III. — Abcès mastoïdien ; trépanation de l'apophyse, pansements irréguliers. — Récidive. — Abcès se vidant parle conduit. — Trépanation de V apophyse et de la

caisse. — Guérison.

Gov.., Georges, entré le 13 janvier 1 Sî>3 à L'hôpital Trousseau, salle Denonvilliers.

Père sourd-muet, bien portant ; mère bien portante ainsi qu'un frère de 14 ans. Né à terme, le malade s'est bien porté jusqu'à ces dernières semaines. Il eut alors une scarlatine et à la période de desquamation fut pris d'otorrhée ; 7 à 8 jours plus tard apparut, sans fièvre, un abcès rétro-auriculaire pour lequel l'enfant fut apporté à l'hôpital.

Le 14 janvier 18(.W, ouverture de l'apophyse.

Le 1er février, l'enfant étant en bonne voie, fut emmené par sa mère, malgré notre a\is, parce que la coqueluche régnait dans la salle ; et elle ne le ramena pas au pansement.

C'est seulement au mois d'août, paraît-il, que la plaie fut cicatrisée, mais il persistait de l'otorrhée. Vers la fin d'octobre, l'enfant ressentit quelques douleurs, et le 16 décembre 1893 il fut ramené à l'hôpital avec un abcès rétro-auriculaire gros comme une noisette, soulevant la cicatrice amincie. Une pression légère vidait cette poche, et on voyait le pus s'écouler alors en abondance par le conduit.

L'abcès ayant été incisé, la mastoïde fut trouvée ouverte. Après curettage de cette cavité, j'entrai dans la caisse par le procédé habituel ; extraction de l'enclume, dont les deux branches sont rongées ; le marteau n'a pas été vu. Large fente du conduit, dont les deux angles sonl suturés à l'incision postérieure. Tamponnement comme de coutume.

L'enfant, qui cette t'ois, n'a pas été hospitalisé, est revenu au pansement régulièrement deux fois par semaine. Pendant les

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