PÉRIOSTITE ET INFLAMMATION DES CELLULES
S. Duplay, un des ailleurs qui se sont le plus et le mieux occupés de la question :
« Au début, il est aisé de différencier le gonflement qui appartient à l'une et à l'autre de ces affections. Dans la périostite simple, le gonflement est diffus, le sillon qui existe entre la conque et l'apophyse niastoïde a disparu ; dans l'inflammation des cellules mastoïdiennes le gonflement est plus exactement circonscrit, le sillon qui existe entre la conque et L'apophyse mastoïde persiste. La douleur à la pression est bien plus marquée et plus superficielle dans la périostite simple que dans l'inflammation des cellules mastoïdiennes.
« L'examen du conduit auditif peut aussi fournir de précieux renseignements. La périostite de l'apophyse mastoïde est un accident de l'ostéo-périoslile de la caisse qui s'accompagne constamment d'une périostite du conduit ; on trouvera donc les signes de cette affection. La suppuration des cellules mastoïdiennes, au contraire, n'est pas forcément liée aune otite périostique. Elle s'accompagne toujours d'un catarrhe purulent delà caisse, do ni on constatera les signes, la perforation du tympan, l'existence d'une otite granuleuse, de fongosités, de polypes: dans d'autres cas plus rares, en même temps que l'on observe tous les signes d'une otite moyenne avec douleur, gonflementde la région mastoïdienne, l'examen de l'oreille montre la membrane du tympan
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injectée, mate, épaissie, quelquefois refoulée en dehors. Enfin, que la membrane soil intacte ou qu'elle soi! perforée, il est encore un signe qui indiquera à peu près certainemenl la suppuration des cellules mastoïdiennes, c'est l'existence d'une rougeur de la peau, avec gonflement œdémateux, circonscrite à la paroi postérieure du conduit auditif osseux. On sait, en effet, qu'à ce niveau le conduit répond aux cellules mastoïdiennes. »
Dans notre étude anatomo-pathologique, nous avons relaie une de nos observations, montrant bien qu'il peut y avoir abcès rétro-auriculaire sans suppuration mastoïdienne, le stylet entrant directement de la poche purulente dans la caisse en passant entre le conduit cutané et le conduit osseux dénudé. Chez ce malade, — que nous n'avons vu il est vrai que quelques jours après une incision faite par un autre médecin — le gonflement répondait bien par son siège et sa forme à la description que nous venons de citer. Mais nous devons ajouter que dans nombre de cas, et en particulier chez les jeunes enfants (1),
(1) L'abcès mastoïdien est très fréquent chez l'enfant, comme onle verra en parcourant nos observations. Nous y insistons parce que dans une thèse récente (Paris, 1890), M. Grandhomme dit (p. 32 : Comparativement aux suppurations de l'oreille, qui sont fréquentes, les abcès mastoïdiens sont rares chez les enfants. » M. Grandhomme donne ensuite de la carie et de la nécrose de l'apophyse chez, l'enfanl une descriplion clinique spéciale qui ne répond pas à ce que nous avons vu. Voy. aussi
PERI0ST1TE ET INFLAMMATION DES CELLULES il
l'abcès mastoïdien répondant absolument au tableau précédent a pour origine une suppuration de l'antre avec dénudation limitée de lamastoïdeàson niveau. C'est chez les jeunes enfants, dit-on, que la périostite mastoïdienne s'observe le plus souvent. Or nous avons observé un assez grand nombre d'enfants audessous d'un an qu'on nous a présentés avant ouverture de l'abcès. Chez tous, l'abcès occupait la base de la mastoïde, effaçait le pli auriculaire, gagnait volontiers vers la fosse temporale, et chez tous, nous avons trouvé au fond de l'abcès un point osseux dénudé, d'une largeur variable, dont l'effondrement à la gouge ou à la curette nous a conduits dans l'antre plein de pus.
Qu'un clinicien particulièrement sagace puisse donc diagnostiquer à peu près à coup sûr la périostite et l'inflammation des cellules, nous sommes les premiers à le reconnaître. Mais pour nous c'est un diagnostic en général obscur. D'autre part, nous pensons que la périostite mastoïdienne est fort rare, puisque nous n'en avons recueilli qu'un seul cas sur 133 (avec 128 malades).
Nous pensons que la vraie règle doit être, eu pratique, la suivante: l'abcès rétro auriculaire ayant été incisé comme s'il s'agissail d'une mastoïdite, le fond de la poche sera exploré avec le doigl pour s'assurer
sur »•<> Bujel : Cheatle, L'antre mastoïdien chez !<■> enfants, L<tneetj 3 décembre 1*'.»2, t. IL p. 1264.
72 DIAGNOSTIC DES ABCÈS C.A.TÉRO-PHARYNGIENS
si L'ongle ne gratte pas contre une rugosité osseuse. Cela fait, on verra si de là le stylel s'engage vers le conduit et jusque dans la caisse. Mais ce scia l'exception : cl encore faudra-t-il examiner avec soin si l'on n'est pas en présence d'un de ces cas rares, dont nous avons trois exemples (obs. X, XXX1Ï, CXIX), de suppuration bornée aux cellules limitrophes, scléreuse.
Si l'on ne trouve pas de la sorte le conduit décollé par le pus, que Ton conclue en pratique à la mastoïdite, car, nous le répétons, — et nous nous appuyons encore sur l'autorité de Politzer qui émet la même affirmation — nous avons toujours trouvé du pus l'apophyse étant dans les cellules.