OBSERVATION XIII
D... 58 ans, père mort à 74 ans, mère à 71 ans, sœur morte de péritonite à 48 ans; frère mort à 24 ans. Marié, femme bien portante : 8 enfants, un fils mort en couche: un garçon mort à 17 ans, de tuberculose pulmonaire; une fausse couche.
Antécédents personnels. Au régiment quelques furoncles de la fesse; nie toute espèce de blennorragie.
Maladie actuelle : Un gros anthrax du cou apparaît le 7 août 1929; cet anthrax est incisé par le médecin traitant au thermocautère le 10 août; la suppuration est cicatrisée.
Depuis le 25 août le malade remarque qu’il souffre lorsqu’il est assis, ne va à la selle que deux fois par jour et ne présente pas de dysurie. Les douleurs périnéales augmentent de plus en plus ; et empêchent complètement la station assise; son médecin traitant l’envoie à l’Hôtel-Dieu d’Angers dans le service du docteur Henri Fruchaud; à lentrée le malade se plaint de douleurs périnéales extrêmement vives, avec besoins incessants d’aller à la selle, température : 88°6. La cicatrice d’anthrax du cou est en bon état. Le toucher rectal décèle une prostate qui bombe dans le rectum, très douloureuse et nettement fluctuante. On porte
le diagnostic de prostatite suppurée à staphylocoques.
Opération le 7 septembre. — Anesthésie générale à l’éther incision périnéale. Une quantité très abondante de pus lié verdâtre s’écoule.Deux mèches dans la loge prostatique. L'examen du pus au laboratoire révèle du staphylocoque.
Les jours suivants la température diminue sans tomber
franchement et présente même quelques oscillations. Cependant la guérison semble se faire du côté de la plaie rectale. Le malade se fatigue, maïgrit, présente quelques crises de diarrhée. Les jours suivants, l’état du malade reste assez médiocre; la température oscille entre 38° et 39°. Le docieur Fruchaud souffrant ne le voit pas pendant 3 ou 4 jours. Pendant son absence des injections de propidon furent pratiquées; la première injection après la poussée thermique habituelle amena une petite défervescence de la température, pendant 24 heures, mais les autres injections restèrent sans effet.
1% octobre. — Devant la persistance de la température et bien que le malade n’accuse absolument aucune espèce
de douleur on recherche systématiquement la possibilité:
d’un phlegmon périnéphrétique; il n’y a aucune espèce de tuméfaction des régions lombaires, mais la palpation faite avec soin révèle un point douloureux extrêmement net dans Vangle entre la 2° côte et la masse sacro-lombaire du côté droit. On porte le diagnostic de phlegmon périnéphrétiquel Le malade est immédiatement opéré sous anesthérie générale.
Après incision classique lombaire sous anesthésie générale à l’éther, on tombe sur une volumineuse collection qui en décollant le péritoine, fuse dans la fosse iliaque droite. Draînage.
À noter que depuis six jours, le malade présentait aussi une paralysie flasque du membre supérieur gauche; sans doute quelques mouvements de l’épaule et du cou étaient conservés, mais l’examen montrait un œdème rosé de la région sus-claviculaire gauche assez notable, et la palpation soigneuse arrivait à déceler un point douloureux assez net au bord postérieur du sterno-cléido-mastoïdien, à la région des apophyses transverses des 6° et 7° vertèbres cervicales.
Aussi après avoir ouvert le phlegmon péri-néphrétique,
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‘on pratique une section de cette région où le diagnostic d’ostéomyélite d’origine rachidienne semble probable, mais cette incision pratiquée au bord postérieur du sterno-cléidumastoïdien ne révèle qu’un état œdémateux du tissu cellulaire sans aucune suppuration. Les jours suivants, la température reste élevée, le malade se.cachectise progressive ment. La paralysie du bras gauche reste incomplète, et la palpation montre toujours le point douloureux sur les apophyses transverses des 6° et 7° vertèbres cervicales.
L’état général du malade ne permet pas d'envisager une laminectomie d’autant plus que l’état septicémique grave avec localisations suppurées multiples que présente ce malade laissait bien peu d’espoir d'obtenir un résultat par une intervention sur le rachis et le malade meurt le 10 octobre. Le corps ayant été emmené par la famille, aucune autopsie a’a pu être pratiquée.
Cette dernière observation est intéressante
1° Parce qu'elle est une forme septicémique mortelle ‘de staphylococcémie.
2%Parce qu’elle nous montre les deux localisations électives du staphylocoque sur les voies urinaires.
a) abcès de la prostate.
b) Phlegmon périnéphrétique.
Et enfin 3° parce qu’il existe une autre localisation élective du staphylocoque .sur les os (ostéomyélite du rachis). Cette localisation, M. le Professeur Legueu l'avait déjà signalée en 1913 dans son observation I du Journal d’urologie : Infection purulente à staphylocoques purs, 54 abcès disséminés et successifs. Mort quatre ans après d’arthrite purulente du genou (ostéomyelite du tibia secondaire à l’infection staphylocoecique).
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Nous pouvons donc distinguer d’après ces observations deux groupes : |
a) Dans le premier groupe, la prostate est la seule localisation suppurée au cours d’une septicémie fugace et le pronostic est assez bon.
b) Dans un deuxième groupe la prostatite est associée: à d’autres manifestations : suppurations qui précèdent, accompagnent ou suivent; souvent même dans ce cas la prostatite n’est qu’une des localisations de la maladie qui présente un caractère spécial de gravité : véritable septico-pyohémie à staphylocoques.