SCÈNE I
M. de GOURNAY, JULIE.
^M. de Gournay parait à la porte du fond et avance seulement sa tétc dans f appartement, an moment où Julie sort sur la pointe du pied de la chambre A droite, dont elle referme tout doucement la porte.)
M. DE GOURNAY
Eh bien! quelles nouvelles?...
JULIE
Ma jeune maîtresse dormait encore.
H. DE GOURNAY
Et mes ordres ?...
JULIE
Ont été exécutés. U y a de quoi lui faire perdre la tète, et, cette fois, elle fa croire à la magie!...
U. DE GOURNAY
Tu crois?...
JULIE
Il n'y a pas moyen des'en rendre compte autre* ment. Nous avons bien quelques personnes dans ebéteau, quelques amis qui viennent y passer
la belle saison; vous, par exemple; mais enfin mademoiselle était seule hier avec sa grnnd’mére quand elle lui parloil des superbes points de vue que l'on découvre de sa chambre à coucher, et elle disait : « Ce malin , j'avais envie de me mettre à i* ma fenêtre cl de peindre, mais je n’ai rien Ici: »ni toile, ni pinceaux, ni palette...» Et aujourd’hui en s'éveillant, elle va trouver au pied de son lit une superbe bulle à couleurs en vermeil!... tout cela d'un goût exquis! C’est à confondre! et nioDrnémc qui suis dans le secret, je sois tentée de vous croire un peu sorcier.
M. DE GOURNAY, froidement.
! Peut-être bien !
JULIE
C’est hier soir seulement que je vous ai rendu compte de la conversation que je venais d’entendre du cabinet de toilette de mademoiselle... et i comment se peut-il qu’en quelques heures?...
M. DE GOURNAY, froidement, j C’est grâce à un talisman que j’ai.
JULIE, avec curiosité.
Vous avez un talisman?
M. DR GOURNAY
Que je porte toujours sur moi, renfermé dans un petit filet de soie.
te
JOLIS
En vérité 1
M. de GOURRAY, le lui donmut.
Vois plutôt...
JOLIE
Ab 1... une bourse... de l’or...
U. DE GOURE AY.
Muni d'un talisman semblable, Picard, mon \alet de chambre, garçon intelligent et discret, est parti hier soir en poste. Il faut trois heures et demie pour aller de Meaux à Paris... rue du Coq-Sain t-IIonorô, chez Alphonse Giroux... autant pour revenir... et de grand malin, la voilure était sous la remise. Picard dans son lit, et notre présent dans la chambre de ta maitressc... Voilà toute ma sorcellerie.
JULIE, lui rendant ta bourse.
Je comprends...
M. DF. GOURRAY.
Non... garde le talisman, pour que tu puisses juger par toi-même de sa vertu.
JULIE
Cette vertu-15 me fait trembler pour la mienne... Mais cnQn, monsieur, à quoi bon vous donner tant de peines? Vous êtes libre, garçon... vousavex... (Regardant la bourse.) d'excellentes qualités et des biens immenses...