II. DK GOUHNAY, «l’un air mystérieux
Je ne di> jamais ce que je fais, ni ce que je deviens!
Je ne savais où vous rejoindre, lorsqu’hierfoir, très lard, passant prés du Louvre, j'aprrçois votre valet de chambre qui sortait de chez Alphonse Giroux.
M DE COUnNAT.
Vcux-lu te taire !... Ne parle pas de cela Ici !
GASTON, viennent.
Je n*en dirai pas un mol! mais je l’ai tant supplié, qu'il m‘a avoué que vous étiez à quelques lieues de Meaux, au château de Saibris.
M. DE GOURNAY
Chez une vieille daine du mes amies qui est ici avec sa petite fille... une charmante personne... Mais toi, mon garçon, pourquoi désirais-tu me voir ?
GASTON
Pour vous faire mes adieux.
h. de goubnat.
Tu quittes Paris? loi , un peintre, un artiste ?
GASTON
Oui, monsieur.
M. DE GOUHNAY.
Quand déjà lu étais lancé ?
GASTON
Grâce à vous... à votre amitié!... mais je sens que maintenant je ne ferais plus rien.
H. DE GOURNAY
Et pourquoi cela?
GASTON
J’aimerais mieux ne pas vous le dire.
M. DE GOUUNAY, vivciOCUt.
Allons donc!
GASTON
El) bien! monsieur, ch bien! mon cher bienfaiteur, je ne peux pas y tenir... j*en perds la tête, je suis amoureux...
M. DE GOURNAY
Il n’y a pas de mal ! tu n'es pas le seul... Nous pourrons arranger cela 1 Tes-lu déclaré ?
GASTON
A peine si j’ai osé lui parler... car je u’at dansé qu'une fois avec elle...
N. DE GOURNAY
Qu’une fois !... c’est bien peu...
GASTON, timidement.
Oui... mais c'était la polka.
M. DE GOURNAY
C'est différent... cela compte double.
GASTON
Aussi, depuis, .je l'ai suivie au bfrf . au spectacle... j’ai passé des heures entières à la regarder, et puis , quand l'hiver a été passé, ne la rencontrant plus à Paris, et ne sachant où la retrouver, le désespoir et le découragement se sont emparés de moi... je voulais me tuer...
m. de goubnay, avec col ère.
Il ne manquait plus que cela !
GASTON
Biais j’ai pensé à vous , monsieur, à vous à qui je devais tant... votre souvenir m’a arrêté...
H. DE GOUONAY.
Voilà qui est mieux l
GASTON
Je me suis dit : Je m'en irai ; je quitterai la France.
M. DE GOURNAY
Je t'en empêcherai bien.
GASTON
Impossible, monsieur, impossible... Songez donc qu'elle a de la fortune, un nom, de la naissance... et moi rien !...
M. DK GOURNAY.
Écoute-moi : te rappelles-tu , H y a deux ans, à Fnghien, cette fête sur l'eau, ces barques paroisécs, cette surprise que je voulais faire à des dames et où je manquai de me noyer Y... C'était une ! affaire faite , moi et ma fortune, nous allions au fond sans loi... oui. morbleu! toi qui étais là à dessiner en artiste... loi qui ne me connaissais pas, toi qui ne savais pas même nager...
GASTON
Permettez...
M. DE GOURNAY
Pas mieux que moi.. .car tu étais sans connaissance quand je l’ai Tait transporter dans la maison de mon fermier...
GASTON
Et ce qui est arrivé depuis, croyez- vous que je l'aie oublié?... Quel ccrur généreux et bizarre !... ne pas me dire qui vous étiez... vivre avec moi en ami, en camarade, en artiste... et un jour, au bord du lac...
M. DB GOUIINAY.
A l'endroit meme où tu m'avais sauvé!...
GASTON
Celte jolie maison où nous entrons et que j'admirais !... A qui est-elle ?... A toi, m'avez- vous dit...
Et, à l'instant, mes amis qui m'entourent... un diner qui nous attendait, un orchestre dans les jardins... c'était féerique, c'était magique... c'était un conte des Mille et une Nuits...
B. DE GOUUNAY, »e frottant les mai us.
N’est-il pas vrai !... le sultan llaroun-al-Rasrhild ! Eh bien ! monsieur, ch bien ! ingrat que
vous êtes . pourquoi désespérer du ciel et ne pas attendre de lui un nouveau miracle? Moi, d’abord, si je peux trouver, pour l'unir à ta passion, quelque coup imprévu , quelque dénouemeot qui tombe des nues, je suis là !
GASTON
Ah ! c’est trop de bontés !
M. DE GOURNAY
Ce n’est pas pour loi... c'est pour moi... pour mon agrément personnel et pour ma santé... ça m’e ; t nécessaire... Quant à ta fortuDe, je m’en charge, parce que lu es un brave garçon que j’estime et dont je suis stlr... Je n’en dirais pas autant de tous mes amis!... j’en ai beaucoup... qui ne m'aiment guère., et j’ai de plus beaucoup de parens qui ne m’aiment pas... ils n'aiment que mon vin de Champagne... Aussi, les gaillards. Je vais leur donner l'occasion d'en boire... j’ai l'Idée de me marier !
GASTON, souriant.
Vraiment !
M. I>E GOURNAY
Première surprise... tu vois... toi-même !... J'aurai ensuite trois, quatre, cinq enfans... autant de surprises que je leur ménage... El comme je ne veux pas en avoir le démenti, si ce mariage n'a pas lieu... je l'adopte !
Moi !...
M. DE GOURNAY
AIR d'Ari»tippc.
Pour le laisser, après mol l'opulence,
C’esl le moyen de tout régler.
GASTON
Y peii'-r l-vous ?
M. DE GOURNAY
Ah ! c’esl une imprudence !
J'aurais «là ne pas t’en parler.
Pour te causer encore une surprise...
Mais celle-li... j’wpt-rr, est encor loin...
Et le seul point dnnt Je me formalise.
C’est de ne pas en être le témoin...
De ne pouvoir en être le témoin !
GASTON
Ah! monsieur...
M. DE GOURNAY
Ainsi, tu ne pars pas... j'ai besoin de toi et de tes talons... Tu excelles dans tous les arts... lu es bien heureux 1 Peintre cl musicien !
CASTON.
Musicien!... qui est-ce qui ne l’est pas maintenant?
M. DB GOURNAY
Moi . d'abord ! mais , grâce à toi , nous allons produire à nous deu* des effets étonnans. . Tu me feras des dessins, des transparens, des devi-