LE CAS DE MADAME LUNE AU 17I
aura neuf mois à la Saiut-Michel que M"' FjUneau est venue me trouver, un soir, comme /avais sonné VAngelus^ et elle m*exposa sa situation par rapport à sa stérilité...
Le juge de paix. — Soyez plus explicite, je vous prie.
HippoLYTE. -i- Je m*éclaircis, monsieur le juge. Or, qu'elle voulait un enfant et qu'elle me demandait ma participation. Je ne fis pas de difficultés, et elle me promit cent francs. La chose accordée et réglée, elle refuse aujourd'hui sa promesse. Je la réclame devant vous, monsieur le juge de paix.
Le JUGE DE PAIX. — Je ne vous comprends pas du toid. Vous dites qu'elle voulait un en* faut? Gomment? Quel genre d'enfant? Un enfant pour l*adoptei ?
HiPPOLTTE. — Non, monsieur le juge, uu neuf.
Le JUGE DE PAIX. — Qu'entendez-vous par ces mots : « Un neuf? »
lIïPPOLYTE. — J'entends un enfant à naître,
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quo nous aurions ensemble, comme si nous
^étions mari et femme.
- Le juge de paix. — Vous me surprenez inrinimcnt. Dans quel but pouvait-elle vous faire celle proposition anormale ?
IIippoltte. — Monsieur le juge, le but ne m'apparut pas au premier abord et je fus aussi un peu intercepté. Comme je ne fais rien sans me rendre compte de tout, jo voulus me pénétrer de ses raisons et elle me les énumcra. •
Or^ son époux, Anthime Isidore, que vous avez connu comme vous et moi, était mort la semaine d'avant, avec tout son bien en retour à sa famille. Donc, la chose la contrariant, vu l'argent, elle s'en fui trouver un législateur qui la renseigna sur le cas d*une naissance dans les dix mois. Je veux dire que si elle accouchait dans les dix mois après l'extinction de fou Anthime Isidore, le produit était considéré comme légitime et donnait droit à Théritage. Elle se résolut sur-le-rhamp à courir les
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conséquences et elle s'en vint me trouver à la sortie do l'église comme j'ai eu l'honneur de vous le dire, vu que je suis père légitime de huit enfants, tous viables, dont mon premier est épicier à Gaen, département du Calvados, et uni en légitime mariage à Victoire- Elisabeth Rabou...
Le juge de paix. — Ces détails sont inutiles. Revenez au fait.
EippoLYTE. — J'y entr<9( monsieur le juge.
Donc elle me dit: « Si tu réussis, je te donnerai cent francs dès que j'aurai fait constater la grossesse par le médecin. »
Or, je me mis en état^ monsieur le Juge, d'être à même de la salisfairo. Au bout de six semaines ou deux mois, en effet, j'appris avec satisfaction la réussite. Mais ayant demandé les cent francs, elle me les refusa. Je les réclamai de uouveau à diverses reprises sans obte* nir un radis. Elle me traita même de flibustier et d'impuissant, dont la preuve du contraire est de la regarder.
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Lk juge de paix. — Qu*avez-vou8 à dire, ' femmo Luncau ?
Madame Luneau. — Je dis, moDSieur le ]ugo de paix, quo cet homme est un flibustier!
Le juge DE PAIX. — Quelle preuve apportoz- Tous à l'appui do cette assertion I
Madame Luneau (rouge, suffoquant, balbutiant). — Quelle preuve? quelle preuve? Je n'en ai pas eu une, de preuve, de vraie, do preuve que Tenfant n'est pas à lui. Non, pas à lui, monsieur le juge, j'en jure sur la tête de mon défunt mari, pas à lui.
Le juge de PAIX. — A qui est-il donc, dans co cas ?
Madame Luneau (bégayant de colère). — Je sais ti, moi, je sais ti? A tout le monde, pardi. Tenez, v'ià mes témoins, monsieur le juge; les v'ià tous. Ils sont six. Tirez-leur des dépositions, tirez-leur. Ils répondront...
Le juge de PAIX. — Calmez-vous, madame Luneau, calmoz-vbus et répondez froidement.
Quelles raisons avez-vous de douter que cei