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Les survivances du culte impérial romain

Dans le courant du mois de juillet 1919, une personne constituée en dignité à Rome me fit l'honneur de m'adresser la lettre que voici et qui a été l'occasion des recherches dont nous exposons plus loin les résultats :

Rome, 10 juillet 1919

M. le commandant Yamamoto m'a dit souvent combien il était frappé de la ressemblance du paganisme au Japon et dans l'Empire romain pendant les premiers siècles. En lisant Te culte rendu aux empereurs romains de l'abbé Beuriier, pages 283 et suivantes et La religion romaine de Gaston Boissier, tomel, pages 149-183 et suivantes, il m'a semblé qu'on pourrait en retirer des renseignements très utiles sur la méthode à suivre au Japon.

La situation semble assez la même au Japon pour le shintoïsme, ou culte de l'empereur et des ancêtres impériaux, que pour le culte des empereurs romains : on y retrouve la période païenne avec ses différentes modifications, puis actuellement une période qui ressemble assez à ce que ce culte était devenu sous les empereurs chrétiens depuis Constantin jusqu'à un siècle après lui. Au Japon comme à Rome, le gouvernementaditplusieursfois officiellement que ce n'était plus un culte, mais un honneur rendu à l'empereur, aux soldats morts pour le pays, et une marque de patriotisme. Les Japonais instruits ne croient plus à la divinité de l'empereur et regardent les cérémonies imposées comme des cérémonies patriotiques et non cultuelles. Il est vrai qu'une partie du peuple croit encore à l'adoration de l'empereur. L'évolution semble cependant très certaine...

Actuellement, le gouvernement impose des cérémonies devant les temples shintoïstes: 1° des salutations devant le temple, qui ne contient pas de statue, mais le miroir et l'épée ; 2" surtout on doit boire du saké appelé vin divin.

Une nouvelle loi doit être votée sous peu, et si les Catholiques refusent de se soumettre à ces cérémonies, c'est pour les écoles leur fermeture, et pour les militaires et les employés du gouvernement leur démission. Ce serait terrible pour la religion. Les missionnaires sont divisés sur la question de savoir si on peut se soumettre en conscience à ces cérémonies, et vous savez combien il est difficile pour les missionnaires de faire des études historiques scientifiques.

Ce qui a été toléré pour le culte des empereurs chrétiens à Rome pourrait éclairer cette question, comme aussi les autorisations données pour manger les mets qui avaient été offerts aux idoles...

Il me semble. Monseigneur, que si vous vouliez bien étudier ces questions, il vous serait possible de rendre un grand service à l'apostolat au Japon ; aussi, connaissant votre grand zèle, je ne crains pas de vous en prier.

Veuillez, etc.

L'ouverture qui m'était faite par la lettre que l'on vient de lire avait le tort de surestimer grandement ma compétence, et je répondis aussitôt dans ce sens, en proposant de confier les recherches que l'on suggérait au maître qu'est M. Louis Bréhier, del'UniversitédeClermont. Celui-ci voulut bien accepter la part de recherches qui rentrait dans le cadre des études byzantines. On insista pour que je fusse le théologien qui dégagerait les principes de la conduite de l'Église à l'égard des survivances du culte impérial antique.

C'est ainsi qu'ont été composés les deux mémoires que réunit la présente brochure. Je prendrai le premier la parole, parce que je dois parler des origines ; mais pour ce qui touche aux principes, je ne séparerai pas les faits étudiés par M. Bréhier des faits que j'ai étudiés moi-même.

Ce que l'on appelleculteimpérial dans l'histoire religieusede l'empire romain est l'ensemble des hommages divins rendus aux empereurs. Ces hommages s'adressaient aux empereurs morts : l'apothéose du défunt était célébrée en vertu d'une décision du Sénat, et par cette apothéose le défunt devenaitunedivinitéprotectrice de l'empire, il s'élevait au rang des divi. Des impératrices

reçurent l'honneur de l'apothéose et le titre d&divae. Secondement, l'empereurvivant avait, comme tout vivant, son genius : ce fut une forme cultuelle d'hommage que de prêter serment par le génie du prince. Troisièmement, le culte de Rome et d'Auguste était sans doute le culte abstrait de la puissance romaine, mais dans ce culte Auguste était toujours le prince régnant : la personne de l'empereur devenait ainsi un objet d'adoration. Le culte impérial appelait des temples, les temples des sacerdoces, dessacri&ces, des fêtes. Bornons-nous à rappeler ces grands traits d'une institution qui est parmi les mieux connues de l'empire romain^.

Le christianisme des trois premiers siècles professait, en dépit des persécutions, le devoir de la sujétion au prince et aux magistrats, d'un mot, à l'ordre public romain; mais dans cette sujétion il réservait les droits de la conscience religieuse. Le loyalisme qu'il vouait à l'Etat s'alliait au refus de rendre à l'empereur les hommages idolâtriques qu'imposait le culte impérial. Le christianisme, a-t-on pu dire, était indifférent à la politique, mais la divinisation des Césars a été pour lui dès le premier jour une abomination 2.

Les Juifs, qui étaient tout autant réfractaires au culte impérial et en vertu du même principe religieux, avaient des franchises légales qui les assuraient contre la persécution. Encore est-il que, peu après le siège de Jérusalem, il se produisit en Egypte une rébellion de Juifs refusant de donner à l'empereur le titre de Seigneur (^eciroV/iç), raconte Josèphe {Bell. VII, 10, n. 418-419), et ils moururent, même et surtout des enfants, pour ne pas trahir leur foi.

« S'il est des êtres, soit dans le ciel, soit sur la terre, qui sont appelés dieux, et nombreux en effet sont ces dieux et ces sei-

1. G. BOISSIER, la Religion romaine (1874), t. I, p. 92-186. E. Beur- LIER, le Culte impérial, son histoire et son organisation, depuis Auguste jusqu^à Justinien (1891). J. TOUTAIN, les Cultes païens dans l'empire romain, 1. 1 (1904), p. 43-76. P. Wendland, Die hellenistisch roemische Kultur (1907), p. 92-100. A. Deissmann, Licht vom Osten (1908), p. 243-

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