‹ Les survivances du culte impérial romainChapitre 2 sur 51 · Deissmann, p · texte numérisé non relu

Deissmann, p

gneurs, pour nous du moins il n'y a qu'un Dieu, le Père, de qui tout vient et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui tout existe et nous par lui. » (/ Cor. VIII, 5-6.) Ainsi parle saint Paul aux Corinthiens : il sait que sur terre les prédicats de dit et de domini sont prodigués, et nous sommes autorisés à croire que saint Paul pense notamment au culte des empereurs. Que l'on veuille bien se rappeler que les païens, parlant d'un empereur comme Domitien ou Antonin le Pieux, disent : Dominus et deus noster, et qu'Aurélien se proclamera deus et dominus natus^. Le chrétien ne connaît qu'un seul Deus, qu'un seul Dominus. « Si tu me demandes pourquoi je n'adore pas l'empereur, je te répondrai qu'il n'a pas été fait pour qu'on l'adore, mais pour qu'on lui rende honneur, car il n'est pas Dieu, mais homme. » {Ad Autolyc, i. M.) En ces termes, le traité de Théophile à Autolycus, quelque temps après Marc Aurèle, témoigne que l'empereur est adoré, et que les chrétiens refusent de participer à cette adoration, ne voulant rendre au prince que l'honneur qu'en conscience ils lui doivent. Saint Paul avait dit, parlant des pouvoirs publics : « Rendez à tous ce qui leur est dû : à qui l'impôt, l'impôt ; à qui le tribut, le tribut; à qui la crainte, la crainte; à qui l'honneur, l'honneur » {Rom., XIII, 7). L'empereur contemporain de l'épître aux Romains était Claude, eût-il été un parricide comme Néron, les Chrétiens ne lui auraient pas moins dû l'honneur (tijxvî) qui s'adressait, non à sa personne, mais à l'autorité dont Dieu l'avait revêtu, et c'est, selon toute apparence, de Néron même que saint Pierre écrivait : « Craignez Dieu, honorez le basileus. » (/ Pet., II, 17.) On ne pouvait pas confondre ce qui était dû à César et ce qui était dû à Dieu. Tatien écrit dans son Discours aux Grecs (4), vers 270 : « Le basileus me commande-t-il de payer des impôts? Je suis prêt à le faire. Un maître (^scitottiç) me commande-t-il d'obéir et de servir? Je sais ce qu'est la servitude. Car il faut honorer les hommes conformément à la nature humaine, mais c'est Dieu seul qu'il faut craindre... C'est seu-

1. Deissmann, p. 264. Wendland, p. 93. P. B., la Paix constantinienne (1914), p. 75.

lement si on m'ordonne de le renier que je n'obéirai pas; je mourrai plutôt. » « Nous n'adorons (77po(îxuvoG[xsv) que Dieu seul, écrit saint Justin, mais pour le reste nous vous servons avec joie, nous vous proclamons princes (PaciXei;) et chefs des hommes, et nous prions (Dieu) qu'avec la puissance impériale (Paci>.t.)t7iç ^uvajAeoj;) vous ayez (le don de) sagesse et (de) conseil. » (J Apolog., XVII, 3'.)

Les Chrétiens donc ne furent jamais des rebelles, mais leur religion était interdite par les lois, et, ne l'eût-elle pas été, le refus des Chrétiens de rendre à l'empereur les hommages que comportait le culte impérial eût suffi à les mettre en conflit avec le droit public romain dont ce culte était partie intégrante. Dès le début du deuxième siècle, on voit la résistance des Chrétiens à participer au culte de l'empereur faire des martyrs. Pline le Jeune, gouverneur de Pontet de Bithynie, somme les Chrétiens qui comparaissent devant lui de maudire le Christ et d'offrir l'encens et le vin aux images des dieux parmi lesquelles est l'image de l'empereur, Trajan ; à cette condition seule ils seront relâchés 2. L'image de l'empereur n'aurait pas été placée parmi les images des dieux, elle n'en aurait pas moins été matière à idolâtrie, du fait que la dévotion 2.\x genius de l'empereur était inséparable de la dévotion à V imago principis^ Les Chrétiens, interrogés par Pline, encouraient la peine de mort s'ils refusaient l'encens et le vin, et ils apostasiaient s'ils cédaient. Polycarpe, évêque de Smyrne et martyr en i55, est sommé de « jurer parla fortune (tu/t) de César » et de maudire le Christ {Martyr. Polyc, 9) : l'évêque refuse et est mis à mort pour avoir refusé. Les martyrs scillitains, en 180, sont soumis à la même épreuve par le proconsul Saturninus, qui leur tient ce langage : « Nous aussi nous avons une religion, et notre religion est simple, nous jurons par le génie de notre seigneur empereur, nous prions pour son salut, et c'est ce que vous devez faire :

1. Pour Tertullien, voyez A. d'AlÈS, la Théologie de Teriullien (igoS), p. 391-408 : (( Les Chrétiens et le pouvoir impériah »

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