‹ Les survivances du culte impérial romainChapitre 51 sur 51 · Vatic. gr. 579. Heisenberg. Byzant. Zeit. XIV, p · texte numérisé non relu

Vatic. gr. 579. Heisenberg. Byzant. Zeit. XIV, p

Sa tradition a été fixée une fois pour toutes par Constantin, qui a su, sans presque rien abandonner de ses rites essentiels, mettre ses dogmes en harmonie avec ceux du christianisme. Auparavant l'empereur était l'incarnation d'un dieu : mais il a répudié toute attache avec ce paganisme.il est désormais l'élu de Dieu qui l'a suscité pour gouverner la chose publique et faire triompher la vraie religion. Son pouvoir vient donc de Dieu et la loi qu'il promulgue est divine parce qu'elle est l'émanation des volontés d'en haut. Tous les honneurs exceptionnels revendiqués par l'empereur sont donc légitimes parce que, dans sa personne mortelle, c'est la volonté même de Dieu qui triomphe.

Et c'est ce qui explique qu'un si grand nombre d'usages et de pratiques de l'ancien culte impérial aient été conservés à Byzance. La doctrine mystique sur laquelle ils étaient fondés les justifiait aux yeux des clercs, et les politiques voyaient en eux la base même de l'État. Il est remarquable que pendant les dix siècles de l'histoire de Byzance cette religion monarchique n'ait rencontré pour ainsi dire aucune opposition. Les Studites eux-mêmes, si hardis dans les opinions qu'ils professaient sur les rapports entre l'Église et l'État, pour qui l'empereur ne devait tenir dans l'Église que la place d'un simple fidèle, n'ont jamais blâmé les marques de vénération qui paraissaient inséparables de sa personne. Bien plus, c'est sur les honneurs dus à l'empereur qu'ils s'appuient pour justifier le culte des images.

La religion monarchique était donc acceptée de tous sans résistance parce qu'elle faisait partie intégrante du droit public. L'empereur voyait en elle comme l'expression obligatoire du loyalisme qu'il était en droit de réclamer de tous et, pour les sujets, elle était comme une forme supérieure de patriotisme : c'était comme la majesté de l'empire romain, de la (( Romania », comme on l'appelle depuis le quatrième siècle, que l'on vénérait ainsi dans la personne du basileus.

Louis BRÉHIER.

Clermont, mai 1920.

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