LE DOCTEUR GOUPIL
.Sa conduite pendant le siège comme administrateur du VP arrondissement et comme com-
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mandant du iiô*" bataillon de la garde nulionale, le désigna aux éleclcurs qui le nommèrent membre delà Commune.
Il se fit arrêter le 31 octobre, mais eut lesprit de se sauver de prison.
Son évasion est même assez amusante.
Goupil était à la Santé. Une de ses anciennes clientes lit demander au ministre de l'Intérieur de vouloir bien le laisser venir auprès de son lit de malade. Le directeur, sur Tautorisation du préfet de police, remit le condamné entre les mains de deux agents de la sûreté et Tenvoya à l'adresse indiquée.
Après avoir examiné sa cliente:
— Une opération est nécessaire, dit le docteur, mais je ne puis la tenter sans les instruments dont j'ai l'habitude de me servir. Si ces me.<i- ^eurs voulaient avoir la bonté de m*accompagner chez moi...
Les agents consentirent; on se dirigea vers la rue de Rennes où habitait la femme du condamné. L'appartement avait deux portes : Tune sur le grand escalier, l'autre sur l'escalier de service.
Dès que les trois hommes furent entrés par la première, madame Goupil ferma celle-ci à clef.
Enë invita les agents à prendre quelque chose pendant que le docteur chercherait ses inslrulËeiits. Ils n'avaient pas fini de boire que le prisonnier se sauvait par l'escalier de service en fermant également la seconde porte à clef. On juge du désappointement des agents quand, après une longue attente, ils constatèrent la disparition du docteur. L'un d'eux, un solide gaillard, s'évanouit du coup comme une femme. Après qu'il fut revenu à lui, il dut aider son compagnon à enfoncer la porte de service.
Aussitôt d'autres agents furent aposlés autour de la maison. Ils espéraient voir sortir madame Goupil, la suivre et apprendre ainsi où était son mari.
Vain espoir. Depuis longtemps, in-ulam»'. Goupil avait acheté des habits d'homme cl s'élait habituée à les porter. Elle se coupa los cliovcux et se rendit méconnairsal)le. Elle pas-^a, inaperçue, à côté des agents, et put, jusqu'au 18 Mars, rester cachée avec son mari.
Après la Commune, le docteur se retira à Marlotte. Dénoncé comme communard, il vit un jour deux gendarmes se présenter chez lui.
— Vous êtes fous, leur dit-il. Vous ne save
donc pas qui vous voulez arrêter? Je suis membre du gouvernement.
Et il montra aux naïfs gendarmes, qui restèrent ébaubis, ses papiers de membre de la Commune, maculés de cachets bleus.
— Ah! pardon, faites excuse! répliquèrent-ils tout honteux.
Et ils se retirèrent. Le soir môme, le docteur quittait Marlotte, mais, revenu six mois après à Paris, il fut rencontré par des agents plus experts, arrêté et condamné à cinq ans de prison. Gracié après deux ans et demi, il ouvrit à Paris, rue de Rivoli, un cabinet médical.
On affirme que ce cabinet, qui est précédé de trois beaux salons, lui rapporte plus de soixante mille francs par an.
Sous le titre de : Ligue de Vintérêt public, il a fondé, avec le patronage de Victor Hugo et de Louis Blanc, une société protectrice des citoyens contre les abus de toutes sortes. Cette société nous fait tout Tair d'être une franc-maçonnerie pratique, liant ses membres par des intérêts immédiats et quotidiens. Il se peut qu'un jour prochain, le gouvernement y voie une menace contre lui.
Le docteur Goupil est poète à ses heures. Il a
publié dans sa jeunesse sous le pseudonyme de Jacques Brasdor deux volumes de poésies. Depuis il a fait quelques chansons, entre autres un rondeau, La Cage aux Parisiens^ que ses amis le prient de chanter, entre le café et la chartreuse, quand ils dînent chez lui, ce qui arrive assez souvent, le docteur étant très hospitalier, surtout pour ses anciens camarades d*exil.
Ce rondeau a le double mérite d'être inédit et d'entrer absolument dans le cadre de notre sujet, puisqu'il y est question de plusieurs survivants de la Commune :