‹ Les survivants de la communeChapitre 41 sur 68 · UNE BALAYEUSE · texte numérisé non relu

UNE BALAYEUSE

AUX PRÉTENDANTS CONSPIRATEl'Ri?

Puisque les Conspirateurs font la proclamation Pour le renversement lîe la Kcpublique, Moi, je fais une réclamation Pour le balayage monarchique.

La mode fait porter aux dames des balayeuses. Moi, je suis plus que ça envieuse.

Que je voudrais être moi-même balayeuse I Celte fonction me rendrait >i heureuse î

Du reste j'ai des idées qui sont d'abord Contraires de l'avis du comte de Chambord.

Si j'étais Richcr avec ses tonnes et ses vidangeurs, Je ferais fourrer dedans les couronnes avec leur am-

■ pleur.

Et les amis, qui [lensent c^mme moi, Ne souffriront jamais un roi, Car il nous forcerait d'aller à l'église Pour assister à des véritables bêtises.

Et je ne vous conseille pas de le faire monter. Dès le lendemain, il se ferait sauter.

LES FEM^MEvS DE LA COMMUNE

Comme je n'aime pas voir fracasser les rois Pas plus que de voir tordre le cou aux oies,

Je ne vous dis pas ça pour vous faire peur.

Je n'ai que de bous sentiments dans le cœur.

Je n'aimerais pas voiis voir légèrement blessés A cause de vos tristes intentions si intéressées.

A quoi bon de nous faire tant de misère ?

Moi pour tout le monde je voudrais être mère Afin que tout le dissentiment disparaisse Et de nous aimer d'une sincère tendresse.

LEONIE ROUZADE

Je ne l'ai bien vue qu'une fois.

G'élail le mardi, 2 août 1881.

La dernière période électorale était à peine ouverte. On commençait à démolir Gambetta, qui se trouvait réellement à la salle Graffard, le Palais-Royal de la Yillette.

Le futur grand ministre y était en elfel, non pas en personne, mais en effigie morale.

Son corps seul y manquait.

Pendant trois heures, on y a montré, étalé, disséqué le traître, « celui qui dort dans le lit de Môrny et qui, niallieureusement, s'y réveille ».

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Sur le pas de la pchrie, on vendait Gambetta ou' la Justice du Peuple. Dans Va salle, on offrait, en ' attendant que le bureau fût formé, la Biographie du nouveau Jecker,

— Achetez, citoyens, le gros et le bien petit Gàmbetta. Il est à vendre. Achetez lé ventru I

Ici la voix devenait solennelle :

— Ce que je vous offre, citoyens, ce sont de vrais documents. Vous avez tous besoin d'être édifiés. Il faut lire cela.

Et voilà ce que j'ai entendu pendant soixante minutes, car la réunion Graffard, annoncée pour huit heures, n*à commencé à former son bureau ■ qu'à neuf heures.

Président nommé par un millier de personnes : Robert.

Premier assesseur : Dangé.

Mais il en faut un autre.

— Citoyens, dit le président, les deux sexes,, qui sont égaux, doivent être représentés aux deux côtés de ce bureau. Je vous prie de me désigner une citoyenne.

— Rouzade ! crie la salle.

La citoyenne Léonie Rouzade' est nommée assesseur.

Elle monte au bureau.

Un petit corps de brunette, qui annonce timî-

dément d'agréables surprises. Cheveux abondants et txès noirs. Gentil air moâ^ste.

Je prQfit^aiid^j'pccafifiatt pour essayer d'esquisser la toilette socialiste. Robe d'orléans noire, col droit tuyauté, immense «ravale de dentelle blanche que reoouvw la bridé toute jaune du . chapeau en paille noire, orné d'une plunae circulaire de même couleur; bouquet de fleurs rouges par derrière. Et voilà.

Après quelques discours plus ou moins édifiants de quelques orateurs plus ou moins joffrinesques, la parole est k la citoyenne Rouzade, qui me plaît moins comme conférencière que comme femme. D'abord elle a une petite voix vinaigrée . qui fait mal à l'oredHe. Elle aussi eût bien voulu être la Judith de Gambetta : .:

— Quelle inconséquence! s'écrie-t-elle. Vous êtes le peuple et on vous propose d'élire un bourgeois î

On ne peut pas lui reprocher de ne pas étendre, autant que possible, le rôle de l'électeur. Elle voudrait que le collège électoral eût toujours le droit de destituer le député qui, comme le Morny moderne, manque à ses serments.

La période électorale ne cesserait d'être ouverte I

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