M» TRANSPORTATIONS
Nous avons décrit la situation de la France , en 1858, nous avons fait le récit de l'attentat du 14 janvier, oout avons déterminé son caractère, montré la but des iUl{e|ui foî lenls Tavaient accomplit nous cavona d« qnélles amas diapottii la gouTcmeiBettl impérial , il nous reste à dire comment il usa de son pouvoir sur les Français étrangers à cet attentat, et de quelle fa^n Ift loi da sûreté géi»érale fut appliquée par lui»
Nous Kons contauterona pour eel» d« racouter les laits sèchement, sans commentaires, tels qu'ils nous ont été racontés par les victimes. Ils crient ^ssez d*eui^mêmes pour qu'il ue soit pM nécessaire de lté fai^e crtsr an» core en les caractérisant.
Itous croyons toutefois utih^ reproduira ici in-f l^r
tenfio la correspondance suivante, qui ne donne cependant qu'une idée inoompièle du sort qui était réiorré auiTickimas* :
eOUVIRNmiMT OftfCiUL DV L'ALGÉRIK.
SBCEÉTÀUAT CiNiRAL. — !*• burtOU.
Tnnsportés politiques de 1858. — Prochaine arrivée des individus traïuforté» à la «nild dt U loi du 21 février 1858.
Alger, le 13 mars 1858.
Mon cher général, Monsieur le ministre *de la guerre m'annonce le prochain envoi en Afirique d'un certain nombre d'Mlvidiiff
transportés (300 environ), en exécution de la loi du 27 février dernier. Ces envois seront effectués proportionnellement et directement sur chaque province, par les soins de M. le^ général commandant la 9* division militaire à Marseille, conformément aux dispositions que j*ai arrêtées, et dont je donne aujourd'hui même connaissance au générai commandant la 9' division. Le contingent de votre province doit être des deux cinquièmes des envois successifo.
Je vous prie de prendre immédiatement les dispositions pour qu'au fur et à mesure de leur arrivée dans les
1. Les pièces ofticielles qui suivent sont complètement inédites; ellei n'étaient pas destinées à la publicité.
ports ded^rqnement, les transportés soient dirigés
sur les dififérentes localités ci-après indiquées, qui seront spécialement affectées pour leur résidence dans cette province de Gonstantlne: La Galle» Guelma, Souk- Haïras, Tébessa, Bordj-Bonaréridj, Djidjelly et Bougie.
Comme en Tétat , il n'y a pas possibilité d'occuper à des tramux publics les individits transportés en exécution de la noiiTelle loi, qpi ne les condanune d'aiUenrs qu'à rintememeni, j'ai décidé qu'en attendant que ceux qui ji'ont pas de ressources personnelles, puissent trouver à s'occuper, il leur serait alloué une ration de vivres militaires (0 £r. 23 c 5 millO» et an allocation de 0 £r« 75 c. par Jour poor les autres besoin de la vie.
UH. les intendants ne recevant pas de délégations spéciales pour ce chapitre, il leur sera facile de pourvoir à ces dépenses sur leurs délégations générales. Jusqu'au moment où H. le piinistre de la guerre aura mis à leur disposition des fonds spéciaux.
Vous aurez soin de ne pas laisser séjourner dans les ports,les transportés qui serontenvoyés dans la province.
Il est un autre point que je vous recommande tout particulièrement et sur lequel vous devez appeler la sollicitade des généraux commandant les subdivisions : c'est de faciliter l'établissement des transportés, comme concessionnaires, par tous les moyens possibles dans celles des localités ci-dessus qui vous en offriront la poBsibUité.
U est bien entendu que tous me tiendrez exactement au courant de l'arrivée des convois, des internements que vous aurez désignés et des incidents de toute
nature qui pourraient se présenter dans l'application des dispositions dont je viens de vous entretenir. VoUs veillerez également k te que les trabsportéi^ soient ioumis aux mesures de surveillance et- de sûreté qull èSt d'usage d'observer à l'égard des internés.
Leurs familles pourront être autorisées, sur leur demande, que je nié réserve d'approuver, à les rejoindre lorsqu'elles justifieront de ressources stfffilsantdâ pOur subvenir à leurs besoins.
Recevez, mon cher général....
Signé: Kandon.
Aieta». -i- ttvtstON un oomnniBux.
Bureau det affaires civiki, N*li08.
ArciTée de nounanz tnuuportés en «séentiOii âelàloiéttSTlfnier 18M.
ConstaDtlDe, le 20 mars iSôd. '
Mon cher commandant, l>ar dépêche du Id mars eoui^nt, dont j'Ai l'hohflettr
de vous adresser ci-joint copie, H. le goUVernëtIr génê-*
rai m'annonce l'envoi prochain en Algérie d'environ
300 indmdutf transportés en exécution de la loi du 27 février 1858.
• Sur oe nombre, notre provinee doit en recevoir les
deux cinquièmes, soit environ cent vingt. Soixante d'entre eux seront internés dans les trois localités de la subdivision de fiône, désignées par M. le gonveirnenr général, vingt seront énvoyés à Bougie, autant à Djid-
jfelly. Les centres de Tébessa et de Bot*ds-Douaiéridj en recevront chacun dix.
La dépêche ci-jointe, fait cobnaltr^ les dispositions nHâî Mont tirtnes pùat imbirenil* m. besoins de ces hëitUb»i qui n'ont pin dé ressources t»éi^odttelieâ, eh attend^iil
(Qu'ils trouvent du travail. J'invite M. l'intendant militaire à prendre à cet effet les dispositions nécessàifes.
Ces ti*àbsportés sont placés, comuie lés internés, sous la dlrecUoil dé l'antoHté tnllitai^. Mdàttt iitielqtte
tëmps, ils devront étré astreints k répondre jdtit^iiellément à l'appel, à une heure qui sera fixép devant le Cdlbmaiidant de la place. Lorsqu'on se âera aâSuré de 16UIS diépdsitlonâ, én poutra réduire le nombre des appels ànil put MmaiUé.
Il devra in'ôtre rendu compte de l'arrivée de ces transportés. Des notes Seront fournies chaque semaine suf leur conduite, cotnme pour les autres ti^sportés*
Recevez, mon cher comMélidafit^' TasBUrancé de més sentlihedtl fespectuettt, été.
U général de division, commandani la provincé^
Signé: Gastu.
— lis —
OOOTBRNBHBtlT CtNAlAL Dl L'ALGfiUB.
Ttuuporléf de 1868. — loitnifitimis géoAnlM.
Alger, le 23 man 186^.
Je Tiens compléter, tout en les modifiant sur certdns points, d'après les nécessités qa'an nonvel examen m'a
révélées, les instructions que jè vous ai données tout récemment relativement aux individus transportés eu Algérie, en Yertu da la loi da 27 février dernier.
D'après les instructions que Tient de me notifier M. le ministre de la guerre, lesHindioidut dont il s'agit, seront embarqués à Marseille par les soins de Tautorité militaire et surveillés à bord jusqu'au moment du départ du paquebot; puis ils accompliront la traTersée sans escorte.
Au moment de leur arrivée au port de débarquement, le commandant du navire préviendra l'autorité militaire qu'il a des transportés à bord» et celle-ci devra envoyer une escorte de gendarmerie pour les recevoir.
n ; a lieu d'espérer que les traversées s'accompliront sans accident. S'il survenait quelques désordres, ils seraient facilement réprimés.
On veut ainri prouver aux transportée qu'ils ne sont point considérés comme des malfaiteurs.
Le gouvernement désire que la mesure de transportation s'effectue dans le plus bref délai possible. Tous les individus atteints par la loi de sûreté générale, et envoyés en Algérie, seront arrivés i Marseille avant la fin de ce mois, et tont fait supposer qpa'ils auront quitté la France le l" avril. Leur nombre s'élève aujourd'hui h 380 et M. le ministre a autorisé M. le général commandant la 9^ division militaire, à faire partir un paquebot supplémentaire, si les départs réguliers ne suffisaient pas.
D'après les proportions, que j'ai déterminées, ce serait 'donc m effectif d'environ 150 individus pour votre province. Userait possible quepour éviter un encombrement àMarseiUe dont les prisons ne peuvent loger convenablement que 100 transportés à la fois, ces proportions dussent être changées, de façon à ne pas ralentir le mou-
vement de départ. M. le ministre m'annonce que le cas échéant, il y pourvoirait d'office et m'en informerait aussitôt. Je vous en informerais h mon tour.
Ainsi que le portaient mes précédentes instructions, les transportés ne devront séjourner que le moins possible au port de débarquement, vous aurez donc à prendre à Tavance toutes les dispositions voulues pour
assurer leur prompt transport, sous escorte, dans les localités que je vous ai désignées, comme lieu d'internement.
Les convois de transportaUon devant être composés
^ lao —
leur travail, j'avais décidé que ces derniers recevraient par jour» une ration militaire, telle qu'elle est attribuée à la troupe» c'est-è-dira partie en nature, partie en argant» efcimo ayoeatîM de 0 fr. T5 a. pdm les autrea besoins de la ^e. des dispositions ont besoin d'être complétées, et voici à quoi je m'arrête à cet égard.
domine tous les transportés, ceux qui peuvent avoir des ressoarees personnelles oomme eenx qm s'en trouvent dénués, oti< été inopinimmt mrrkUf on doit supposer que la presque totalité se trouvera dépourvue d'argent, et par conséquent de moyens immédiats d'existence, au moment où ils mettront le pied dans la colonie. La ration et Tallocation devront donc être attribuées à tous indiltinctement jusqu'au moment de leur artivée au lieu d'internement. Mais une fois an lieu de leur résidence, les mesures de bienveillance prises à leur égard doivent être combinées dô façon à préowxr la c<mtmkUi de ces allocatleas, qui seraient une lourde chaiige pour le Trésor.
Dans ces vues, il convient d'instituer provisoirement partout où il sera possible, dans les localités d'internement, ce que j'appellerai un dépôt où tous m mâmdm fSHeroittiMiMm^ tant qu'ils m poirraîMit pas se suffkte à
Il no s'agit pas, cela doit être bien entendu, d'une prisoi, mais d'un établissement où, trouvant la nourri-
tMét Me^oëliir ddiilYotil^mz demander le matéh rlel I rittfeenfldiit mllitiilrd» Us seront néanmoins soumis^ sans être prwês dë tekr l^téy à un régime d'ordt» et de
régularité, qui sans être trop répressif, les invite cependant à ' f échapper en se créant des ressources par leur travail, on fêT remploi des fbnds qae leurs liunilles pearent. • mettre à leur disposition. îh deormU itre notammm soumis à des heures de rentrée et de sofiie et à des appels journaliers. ^
Tons comprendrez parfaitement ma pensée : le byX qtie Je me propose iel est dep««8r m* ta parem qui pourrait porter quelques-uns à se considérer pour ainsi âin comme pensionnaires de l'Etat.
Ciomme il peot se faire que, selon les localités, 11 se reneontfe plus oti moins de difficultés pour rinstaUa<tion de ces Mablisseméttts, Je ne râsoadrai pas ici la question de savoir, si là où Ils auront pu être complètement installés, c'est-à-dire là où Thomme trouvera gîte et nourriture, on ne devrait pas réduire ou même supprimer ralloeaiion en argent. C'est un point que je tons laisse le soin de régler selon les drcon* stances.
Quant aux transportés qui pourvoiront eux-mêmes à leurs besoinSy^is daorotix être sownis à uns iuromUanc$
OCffoS; ON DIVRA ÉVUCII 00*113 AIBUT DBS RAPPORTS AVEC
us inuTAlRcs. tewrs fréquentations devront être f objet
(i'urie attention toute particuliiire. Tous les tiuit jours au
moins, et plas souTent, si Tautorité locale le jiige nécessaire, ils devront être astreints à ilUre constater leur
présence à la place ou à la gendarmerie.
. Mes recommandations précédentes subsistent toujours relativement aux facilités que rautoritô locale devra fournir à ceux qui manifesterdent Tintention de s'établir définilivement dans le pays.
Je verrais avec plaisir que cette autorité pût aider les internés à trouver du travail, et partout où cela se pourrait les admit comme colons en leur attribuant des concessions proportionnées à leurs forces et à leurs ressources.
Les présentes instructions, seront également portées par mes soins à la connaissance de MM. les préfets, pour qu'ils aient à y concourir à ce dernier égard dans les localités d'internement qui appartiennent à leur circonscription.
En ce qui concerne les dépenses résultant soit du transport, soit de l'établissement des dépôts 4>rovisoires, soit enfin des distributions en vivres et numéraire, dest à Mil. les intendants qu'incombe le soin d'y pourvoir. Vous aurez à icuv donner à ce sujet tels ordres que de besoin. M. le ministre vient de m'inforraer que les ordonnateurs vont recevoir des délégations pour satisilBure aux dépenses de la transportaUon. Mais, en attendant que ces délégations leur parviennent, ils devront, comme J'ai déjà eu l'honneur de vous le dire, imputer les-
dîtes dépenses sur les délégations générales qu'ils ont d^à reçues.
Tons aurez à poniroir, selon les éventualités^ à diverses mesures de détail» qae je ne puis prévoir ici. Void toutefois celles que j'ai arrêtées.
C'est l'autorité militaire du lieu d'internement qui dressera l'état des transportés admis à recevoir la ration et l'allocation» qui prononcera les radiations. Cestelle qui visera les bons de vivres; et c'est en son nom que sera délivré le mandat pour les allocations, lequel mandat sera établi par l'intendance sur les états de mutation fournis par le commandant supérieur ou tel officier qu'il désignera, le commandant de place par exemple.
Il me reste à vous entretenir d'un détail d'ordre. M. le général commandant la 9* division militaire, à qui j'avais demandé de me fournir un double des pièces qui devaient accompagner les transportés, me fait savoir que dans l'impossibilité où il se trouve dé satis&bre & cette demande, faute de temps, il me fera parvenir les états signalétiques des individus dirigés sur Stora et Oran et fera suivre les convois des arrêtés de transportation avec un état nominatif.
' Comme il importe (jue la centralisation se fasse à Alger d'une manière très-régulière, j'aurai soin de vous transmettre copie de ces feuilles signalétiques; et de votre côté vous aurez à me renvoyer les arrêtés de
trantportatimi, «prto ap «voir toutefois &it coiuîgDer ém
extraits sur les copies des feuilles signalétiques que je vous enverrai.
Je routprifl de m'accuser utoptiop i)o ]» pr^mto cireukire enmedonmiriMiiriiiooqiiotOQtif lei bmsaret seront prises pour Pszéeutloa.
Le maréchal de France , gouverneur général.
J^igni : JEUnoon.
Suit une circulaire conforme du général aux commandants de place.
GOUVERNEMENT GÉNÉRAL DE L'âLGERIË.
SBCBËTIBIÀT GÉNABAL.
Nhw» — 99rvk$ frafMyoff^.
Tnuu|K»rt£s de 186S.— Initnietioiis gônértles.
Algsr, U 1^ avril 1S68.
' Mon cher général.
Je tiens à bien préciser Tespi it de nia circulaire du 23 mars dernier, n*" 197, relative au|L transportés de 1858 et à prévenir tout malenlondi» sur la ligne df conduite qui doit être suivie à leur égsrd.
Je vous disais dans cette circulaire : « On veut prouver aux transportés qu'ils ne sont point considérés comme des malfiûteurs* » Cette pensée 9^ dicté les 41s*'
pûsi Lions BIENVEILLANTES que le gouvernement a prescrites, pour le traitement des transportés à bord des bAtiments de l'État pendant la traversée. Elle doit présider également aux mesures de sorreUIanoe et de précaution que nécesi^te leur séjour dans la colonie. Nous ne devons pas perdre de vue que, considérés comme dangereux en France et internés en Algérie, au nom de la sûreté générale, il convient de ne pas aggraver leur position par une sorte de rigueur préventive.
Vous avez dû remarquer comme moi que dans le contingent des divers convois, surtout la majorité se compose d'hommes établis, ayant une prolession et des moyens d'existence et dont quelque»-nns appartiennent aux dwenet eUuset de la bowgeoisU.
deux d'entre eux qui manifesteraient Tintention de rester tranquilles, de travaillor de leur état, de former en Algérie des entreprises agricoles ou industrielles, devront trouver de la part de Tadministration toutes les&cilités compatibles avec Tordre public.
Recevez, mon cher général, etc.
Le marècfuU de France^ gouvenieur général.
Signé : Random.
Nous nous abstenons de commenter : les récits qui forment Tensemble des chapitres qui vont suivre, ils suffisent pour permettre à tous de juger en connaissance de cause.