‹ Les suspects en 1858; étude historique sur l'application de la loi de sureté générale; emprisonnements - transportationsChapitre 12 sur 53 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

mrauQHiiBiiuin r numMRTAiiOKi mus

m DIP1MDIIIIT8 DU IIO^p*

Aiiiis, Aube, Kure, Loiret, Nord, Crise, Seine-et-Qise, Sein», Seine-lAférieure, SoxDme.

AISNB

Ce département compte au moins une victime :

Benjamin Gastineau, rédacteur en chef du Guetteur de Saim-Quetuin,

Le 84 février 1858^ entre minuit et une heure du matin, huit gendarmes, à la tdte desqnélf se trouvait le capitaine de gendarmerie de Saint-Quentin, enyahirent la maison où demeurait le citoyen Benjabmn Gastineau, rédacteur en dief du Guetteur de Saint-Quentin ^ qui fut conduit sons cette escorte à la maison d'arrêt de la ville. Le

capitaine n'était porteur d'aucun mandat. Ans qnefiions

de Benjamin Gastineau il répondit que l'ordre de son arrestation était arrivé de Paris par dépêche télégraphique. M. Benjamin Gastinean avait été déporté en Âfnqne en 1852; U faisait partie à cette époque des pro« scrits du Gers.

Le lendemain, l'imprimeur et les amis de Benjamin Gastineau le cherchèrent pour rédiger le journal, et ils n'apprirent que deu« jours après sa consignation clandestine à la maison d'arrêt.

Après être resté un mois au secret à la prison de Saint- Quentin, Gastineau reçut notification d'une pièce qui, déclarant sa présence en fiance dangereuse pour la sûreté publique, décidait qu'il serait transporté en Algérie.

« En réalité, nous écrît-il, ce n'était pas ma présence qu'on redoutait, mais le journal que je rédigeais et qui fut supprimé peu de temps après, comme n'ayant pas de rédacteur en chef. >

De Saint^Quentin, Gastineau flit conduit en voiture œUulaire à Paris, déposé à la préfecture de police, puis de Id à la prison de la Roquette où, malgré ses énergiques réclamations, il fut rasé et tondu comme le;i condamnés aqx fers.

Quelques Jours après, le citoyen Gistoixau, placé de nouveau dans la cage d'une voiture cellulaire, fut conduit à Marseille, déposé, au milieu de tant d'autres républicains, au fort Saint-Mcolas, et de U transporté en Al-

gérie dans la provinee ie ComiUntiiie où i| fut interné ^

la Calle, sur les frontières de la régence Tunifi.

AUBB

Les victimes de ce département sont :

Habert» architecte à Troyes.

QoTon, pfofesiear de mathématifiaeB à Troyes. RicBTKii, eordonnier à Bar-sur-Aube.

GouBAULT, entrepreneur à Ville«sur-Arce.

Tous les quatre furent arrêtés le S4 février 18&8.

Le préfet et le maire vinrent visiter le citoyen Haurt dans sa prison deux jours après son amstation. Le préfet lui déolara qu'il partait le soir même ponr Paris et qu'il

espérait obtenir sa mise en liberté, mais que pour cela, < il fallait lui dire franchement ce qu'il avait fait. » Habert lui répondit qu'on ne pouvait lui imputer ni actes, ni paroles» ni écrit9> qu'au surplus une négation ne se «prouvait pas et que c'était à lui, préfet, qui l'avait ftdt . arrêter, à prouver les actes coupal)les qui lui étaient reprochés. Le 18 mars, un brigadier de gendai oierie vint à la prison lui notifier une décision du ministre de Tio-

térieur et de la sûreté générale datée du 16» et ordonnant, au nom de l'Empereur, sa transportation et celle de ses codétenus en Algérie. On y remarquait les conndérants sniyants :

< Yn l'avis du préfet de l'Aube, dn général qui y commande et du procureur impérial; considérant que det faits graves signalent de nouveau les individus ci-dessus désignés comme dangereux pour la sûreté publique.... etc.»

Btle préfet qui venait de dédarer qu'il ne savait pas

ce dont il s'cLgissaitl

Après trente jours de détention dans la prison de Troyes, au secret le plus absolu, le 27 mars, à 4 heures du matin, Habirt, GomT^RicsiiR et GoimAULTmontèrent en Toiture cellulaire, et (tirent dirigés sur Marseille parle chemin de fer, avec arrêt à Dijon et à Ghâlon-sur-Saône pour compléter le chargement. Il est à remarquer que partout, on attendait toiyours la nuit pour effectuer le chaigement et dans les gares, les plus grandes précautions étaient prises pour laisser ignorer la présence des proscrits.

Arrivés à Marseille le 28 mars, à cinq heures du soir, après a? heures consécutives d.e séjour dans les voitures cellulahres, ils én partirent le s avril et furent débarqués à Philipf eviUe le 4 avril, d'où ils repartirent le 7 pour être transportés à Bougie, lieu de leur internement.

£n arrivant^ ils durent coucher par terre sous des tentes.

Us étaient à BoDgie une vingtaine d*intemé8. Pendant les quinze premiers jours on lenr attribua les subsides

des soldats en campagne. Plus tard, on les supprima à ceux d*entre eux qu'on avait jugé devant avoir des moyens d'existence. Au bout d*un moiS| on les supprima à tous. Quatre ou cinq -transportés sans ressources et sans ouvrage sont restés pendant tout le temps de la déportation à la charge de leurs compagnons d'infortune. Plusieurs nous affirment qu'ils étaient traités à Bougie « comme des forçats et que certains commandants militaires les appelaient des assassins! >

mm

£n 1852, ce département avaitaussi fourni son contingent de victimes, il était bien naturel qu'il le fournit aussi en 1858.

A cette époque le préfet de l'Eure était M. Janvier de la Motte, destiné depui«i k une si iiaute célébrité.

Six citoyens forent transportés en Afrique* Nous ne pouvons malbeureusement donner les noms que de quatre d'entre eux :

Alizacidrb FiPON, anden aYonô àâfreax.

ViRnir, anden libraire, présidait da tribunal d6 ooinnmto d*Éfr6iix.

MoissT, agent d'alFaires à Nonancourt.

Imbbrt, cordonnier à Pont-Audemer.

PàJMÊ «t yïMiKr «nient été an moment du <xmii dlkat iateraét Tan à flalnt-Brienc, i*antre à Napolfon-yeDdée.

Kn février 1858, na commissaire de police etde§ gendarmes vinrent les arrêter dans leur domicile. Ils furent tenus pendant un mois au secret dans la prison d'Ëyreox, pnia la voitare oellolaire vint lea prendre, et après &6 heures de route, ils se trouvèrent dans une ^s prisons de Marseille, d'où on les embarqua pour l'Afrique oii ils furent internés.

Ils rentrèrent en France après Tamnistle. Pendant Tabsence du dtoyen Yemey,- le préfet da l'Eure igouta l'ironie à la peine : il fit exproprier sa maison pour l'adjoindre à la préfecture.

Le citoyen Imbert fut transporté en Afrique et interné à Ttomcen.

LOIRëT.

Le préfet de ce département, eh 1858, était M. Bossely. Parmi les Tictiuiesy dont nous n'avons pu nous procu* rer tous les noms» on compte :

FoRGiATi ébéniftte à Ghâteau-Renard.

Mme jARRSAUy née Suzanne Grenon, fermière à

Batylli, commune de Briare.

JACQUEiiARD, coutcUer à Gien.

Beaupin-Paris, marchand de nouveautés.

NoRHAND dit Simon, cordonnier à Montargis.

Brunbt, à Orléans.

Le citoyen Forgeât était un ancien commis voyageur, excellent homme, bon démocrate qui, en 1858, s'était étaUi comme ébéniste, à Ghâteau-Renard.

Mme Jarriau était la femme d*nn gros fermier de Briare, qui arait été transporté à Gayenne, en 1852. Le mari était de retour depuis un an, en 1858, mais il était malade et alité. On Jugea conyenable de le remplacer par sa femme, <iui était seule, à la téte d'une Vaste ex* ploitaHon qui occupait de vingt à vingin^nq domestiques. Quel crime pouvait-on lui reprocher? Ses compa-

gnons d'infortune n*ont jamais pu en découvrir cpi'un seul : en 1852, elle avait été arrêtée et enfermée à la prison Saint-Lazare» à Paris. £lle y avait connù Pau- LniB Roland, et elle s'était chargée de Tenfimt 4e oeUe> ci. Le pauvre enfant, né maladif, ne yécat pas, et Mme Jarreau lui avait fait faire à Briare un enterrement convenable auquel la contrée tout entière s'était fiit un devoir d'assister. Mme Jarreao était elle-même mère de trois enfants.

Le citoyen Jacquemard était coutelier à Gien. Nous croyons savoir qu'il avait déjà subi les rigueurs du pouvoir en décembre 1851.

Le citoyen Brunet était, si nonsne nous trompons, un négociant d'Orléans, qui fiit, ainsi qu*un certain nombre d'autres citoyens, arrêté mais relAché quelques jours après.

Quant à Mme Jarreau et aux citoyens Forgeât et Jacquemard arrêtés en février 18&S, Ils ftirent transportés en voiture cellalaire à Marseille.

Mme Jarreau montra lors de son arrestation et pendant tout le temps de la transportation un grand courage, et ne contribua pas peu k relever le moral abattu de ses compagnons de malheur. Bile fut internée à IQidjelly où elle fut employée chez M. Martin, comptable de l'armée.

Le citoyen Forgeât fut interné à Tiemcen. Le navire qoi l'avait transporté de Marseille à Oran se nommait

le Sahel. Le convoi dont il faisait partie, se composait de 59 proicritSy p«nDi lesquels se trouvaient entre autres deui curés dont nous n'avons pu malheureusement

nous procurer les noms.

Le citoyen Jacquemard fut interné à Bougie, dont le commandant supérieur était M. Augerand, lieutenant colonel d'artiUerie. Le convoi dont il fiùsait partie, composé de fiO proscrits, débarqua à Bougie dans la nuit du b au 9 avril 1 858. Ils y furent reçus par le capitaine Cotelle et des gendarmes.

Deux tentes adossées à un palmier, avaient été dres»* sées pour les recevoir. Us s'y installèrent avec leurs bagages. Sous ces tentes, il n'y avait que la terre pour les reposer de leurs fatigues. Néanmoins la gaieté française remporta et ils nommèrent leur logement un peu léger, Vhâtel du PaJbaà&r. .

Le lendemain, le capitaine Cotelle les fit amener à la gendarmerie. 11 leur demanda s'ils avaient des ressources et s'ils acceptaient les vivres et les subsides. Ils acceptèrent naturellement tous, et il leur fut enjoint de se' présenter chaque matin k la gendarmerie. Puis on les engagea à se procurer rapidement du travail, car les vivres et les subsides ne devaient pas leur être accordés pour longtemps*

Quelques jours après, quelques-uns d'entre eux ayant trouvé de l'ouvrage, les subsides et les vivres leur fuirent retranchés. Quant aux autres, il leur en fut alloué jus-

qu'au 90 mil, »prto qm îli fNmrt rtm im iMr^

^jilé:» dd leurs camarades.

TAUn» avocat napolitain qui âûsjiit pvttt 4i liur «PW fiit#nFoyéiS4ti|.

Cfiux qui s'étai«f^t procuré l'ouvrage et qui va-

naientà eo maoquer, racUm^ient en vaiin des vivres et

ilUjour» la f^FW tmomuH 4a la mefttiiBà «M-air

fcader (la prison), s'il se permettait ancora éB lédaflur el d'eiJibèier ainsi à ce fiujet le colonel Augerand.

i^a c^Wyea BsAUPm-PAms faisait àum partie di| «on-^ val tm«»oftât du Mr«t. U M inlêodà mmm»

U a» M aWbM ia dtayan HsBium. fl M in^^ à fiougije.

■ p ' i" IIOA0.

Depuis 1852, 4#n» iq ^uiêmfki du Noml, la liéMoratia n'^t plus ^'un sowvaiiir. Il avait yidawnaat

'souffert au coup d'État, et là, comme ailleurs, une vévî^

table terreur pesait sur tous les esprits. Il ne devait pas

4:apendant éc^^&p à la io» iatêla* U Imruèi êm (oatiagant obUigé k la trampqrtation.

Digitiz

Le prélet du Nord, en était il. VaUoo.

A fifiiibiii:» 110 «0rMi aoi»^ /i'oiivrim, éatki m$l* bmÊÊXteami hom D'wDiif pa mm inmimt mw, farmit arrètéi. 9i lùnsiit rttiliMi ta kosi Ai «qoeliint

temps, sauf un complètement inoffensif qu'on jugea di gne dâ plus ito sévérité, (pk (ui ImAsporté m àkiq^ lHtm »mam pfMmmi à nous ftoavBêtlp mm 4» c»iQiHCi: .

Dafreuvole, fileuràRoubaix,

^iii, tr«BiiiiM^ 0n AâTique, tut inlmé 4 Ti«ncei.

A Lille, pas plus iill'à Ronbiiai^ oods MpsiiiiiMUi fMéoser te nombr» des sfrestsiioDs, qui M'osMîdérsble

Nous savons seulement que les citoyens désigné fiour Isire partie de 1& ûinètoe expédition étaiMit :

Degiesse, à Lille.

Oeswarlkz, serrurier, à Lille. .

GRAimcAV, employé, à Lille.

Colas, employé, à LOle.

'fiBoassE, A ce moment, était hydrof^i^ae et m sr ibo né ;

on ne put mettre à exécution la dédeioR prise à son égard.

DsswAiiLEZ, ancien maître serrurier, ancien cafetier, «Tsîtdéi^ en décembre I86I 4U en<enaé dans la cfittdeite de lille avec soixante antres réjMbKeains. n awaft

une grosse voix, un air rébarbatif, mais au fond était

d'un caractère afTectueux et serviable, et du reste, incapable d'aucune initiatiYe politique, n'avait jamais aspiré h une directioa quelconque. En 1848» il tenaUT un café fiructneuiemént achalandé où on chantait de tempa à autre la Marseillaise — (mais en ce temps-là, ce n'était pas encore un crime). Lorsque, le lendemain du coup d'État, son établissement que les réactionnaires appelaient plaisamment le café de la GwOoHmj fut fermé, le préfet Besson lui demanda gravement sMl était vrai qu'il eût chez lui des modèles de guillotine. Deswarlez se mit à rire, pensant sans doute en lui-même que sa clientèle valait mieux que la guillotine.

Revenu d'Àrras, où il avait été interné, il avait monté à Lille, rue dès Augustins, avec les débris de sa petite fortune, un atelier de serrurerie. C'est là qu'il vivait paisiblement de son travail sans jamais plus chanter la JTorMtlkliis, lorsqu'un jour, en mars 1858, des agents de police se présentèrent chez lui en l'engageant à se rendre auprès du commissaire. Ayant déjà entendu parier d'arrestations, et flairant un mauvais tour« il demanda la permission de se vêtir, et préférant non sans raison la Belgique à l'Afrique, il prit la ftiite par une porte de derrière. Après l'amnistie, il rentra d Lille, où il est mort il y a deux ans à la suite de maladies caiisées par les grands chagrins qu'il avait endurés, et protestant jusqu'à la fin contre l'importance du rôle politique qu'on M avait attribué.

Ghautbait un ancien sons-ofiBder de l'amée, fils d*iin ancien militaire du premier Empire. Mais ses convictions républicaines étaient sincères et profondes, et son dévouement à la cause inébranlable. Ën 1851, comme Deswarlez, malgré son état maladif qui le condamnait pour ainid dire au repos, il fut enfermé à la citadelle. De 1852 à 1858, il fut employé par divers industriels qui se louèrent tous de sa probité et de ses excellents services, il ne s'occupait plus de politiquis» et ne sortait guère de la maison paternelle. Anété un soir^il futécrouéà la mair son d*arrét, oi^ il gémit pendant plusieurs semaines, sans savoir ce qu'on allait faire de lui. Enfin on lui signifia la décision en vertu de laquelle il fut transporté en Afrique.

Plus pour lui qui était soufifrant que pour ceux qui se portaient bien, le tnjet de Ulle à Marseille fut un véritable supplice. Arrivé en Afrique, il fut dirigé sur une localité éloignée et malsaine et subit les plus durs traitements. ^

Quand 11 revint au foyer paterne!, il était méconnaissable, d'une eflhtyante maigreur et à peu près paralysé, n mourut quelque temps après, à la suite d'une lente agonie dans les bras de ses parents désolés.

Le citoyen Ck>LAs était autrefois géomètre dans une petite ville de SaÔne-et-Loîre. En 1553, il avait dû se réfugier en Suisse pour échapper à la persécution. En 1858, il était depuis quatre ans employé à Lille^ La notiûca-

1. Nm ;wnidgn«iin«ite diitat qiw Golas «tait à lilto. lUiseepeiuiuit

don de la dédsM do miirîfltre d« rintérim Im

pt ndani fatto flam le ééparlenent de Sataè-eULoîre qu'il

ifhabftaH plus depuis dea années. Gwà à Lille, cpfwprèê

rte nombreuses recherchp*;, la police parvint à le d<'couvrir pour le transporter en Alriqne. Dira l^on qa'araoi de le frapper on sfait pris dea renseignemenls snr son eomplet

OISK.

Voici les noms de deux des transportés de ce départe* ment :

Loins-NAPOx.toii Oviodit^ oofrier'tsîllenr k Saia*- André-FaHrille.

Bellengsr, docteur-médecin à Senlis.

Le citoyen Gueuûet était du nombre de ces transportés qui» conduits d'Alger à Ténez snr 1$ Titan^ furent enchaînés à la tringle pendant tout le temps de la traversée*; il ftat interné à Gherchell.

A son arrivée au lieu de son internement, avec son

nous ne pouvons affirmer si c'est là la vérité. Ce que nows nvone seulement, c'est qu'il habitait une ville du Nocd. 1. Voir le défarteneat 4e U Me«rthe.

ti/iOpt$n6Diévùjtig0i lèdtoyeti Bàiideinaiï (delTOratAt), il se présente devant le eapitdné Poiy4ÊAtéieità qui, aptfeft avoir lu ses papiers, lui dit : « Vous n'êtes pas digne de porter les noms qu'on vous a donnés. » « Cè n'est pas ma faute, répondit Gueudet» c'est celle de moit parrain, qui en oiitre est cause qn^en 1814 j'ai failli être assommé par les alliés; heureusement qu'à cette époque, j'avais des jambes que malheureusement je n'ai plus aujourd'hui. •

Pour se soustraire aux compliments de ce capitaine qui avait toujours rinvective h la bouche, et qui avait

traité de pillards neuf citoyens de Paris, internés à Gherchell, leur disant : < Ce n'est pas ici qu'on aurait dû vous conduire; Il y a longtemps qu'on aurait dû faire

la fin de tous, que vous auriez dû cesser d'exister »

pour se soustraire, disons-nous, à de semblables aménités, le citoyen Gueudet se fit «^nvoyer de sa commune .un certificat que nous reproduisons textuellement :

« Nous Dutnont (Jean-Louis), maire de la commune de Salirt-Aiidré-Fsriviller, canton de Fhïîn^, arrondissefnent de Clermont- sur-Oise, ?oussifrné, certifions à t^us à qui il appartiendra, que le sieur Gueudet (Louis- Napoléon), ouvrier tailleur, époux de Florentiue Delatle, domicilié en êettê commune, aujourd'hui lutetud eu Algérie, d'où il est revenu en 1852, ne s'est, pendant cet espace de temps, aucunement occupé d'affaires politi- (tueS( écartant dé hii toutes les personnes supposées

hostiles au gouvernement français, vivant en parfoit honnête homme et en bon mari»...

• C'est pourvoi, noiu maire sua-nommé, rédamoni auprès de tontes les personnes, sons la sunreillanee desquelles se trouve le sieur Gueudet, tous les égards dus à ses malheurs, dont il ignore la cause, quoiqu'il en soit la victime par le fait de la malveillance.

« Mairie de Saint-André-Farlviller, le 87 avril 1858.

« Signé : le maire, ûoMoni. »

Comme nous le fait observer le citoyen Lelièvre de la Henrthe, l'honnête maire de Safnt-André ne se doutait

probablement guère qu'il énonçait dans son certificat des vérités applicables à tous les proscrits de 1858.

Hait jours après son débarquement, le citoyen Gueudet Alt appelé avec ses compagnons devant le commandant de place qui leur dit qu'il fallait renoncer aux subsides de l'Etat, et se procurer des moyens d'existence ailleurs, et leur demanda de signer leur renonciation. Ces malhenrenx & demi terrifiés par tout ce qu'on leur avait fût souffrir : prison, voiture cellnlaire, fers aux pieds, et craignant pis encore s'ils refusaient, signèrent purement et simplement.

Les subsides cessèrent de leur être fournis, et ils du- ' rent, pour vivre, travailler sur les routes et sur les chantiers du port.

Le docteur Bsllenger, après son arrestation, en îé-

irricr 1858, foi retenu en IVance par ime maladie grave contractée en firison; il ne put partir de Marseille qae le

13 mai^ il fut interné à Mers-el-Kébir.

SRINB-ET-OISB.

II y a eu dans ce département plusieurs transportés. Nous n'avons pu nous procure]; que ios noms de quelques-uns :

Charles-Auguste Durand, propriétaire à Uédouville.

JiiLBs-L4TietiB» msrdiand de meubles^ à fitampes. BoiâAio)^ iiorl<^r à Montthéry.

Tous les trois forent transportés en AfHque, et internés le premier à Tlemcen; les deux autres à Bougie.

SëINë.

Ce n'est pas, à coup sûr, ce département qui pouvait être épargné. N'a-t-il pas été de tout temps la capitale des idées, le boulevard de la liberté, et, dès lors, ne de-

T8ii*il pas contenir un grand nombre d'hcfinm^s dangegaranf

Depuis les journées de Juin 1948, jnsqn'ani jours <)é->

fastes de 1851 et de janvier 1852, il avait été rudement frappé par la réaction triomphante; il avait été, en quelque sorte, décapité de ses enfants les plus vaillants, les plus énergiques et les plus dévoués à la cause démocratique. C'est par milliers qu'ils avaient été transportés à Cayenne ou à Lambessa, chassés en exil ou en internement, et massacrés dans les rues par les soldats victorieux. Nous n'avons pas à revenir sur cette époque de tristesse et de deuil. L'un de nous, du reste, dans un livre' dont le succès a montré la nécessité, a déjà raconté les hauts faits de 1851 et de 1852. En attendant, il nous est bien permis de dire qu'en 1858, la plus grande partie des honomes qui sont l'iionneur et la gloire de la France et du parti démocratique, expiaient loin de Paris le crime d'avoir été jusqu'à la fin fidèles à leurs devoirs.

Où étaient-ils ces courageux montagnards représentmts du peuple à la Constituante et à la Législative ? Les uns, comme Baudtn, étaient morts sur les barricades, ou étaient à BoUc-Islc, ù lloullcns, à Corte; les autres, en Angleterre, en Amérique, en Belgique, en Espagne, en Italie, en Suisse, traînant, pour la plupart, une ezislenee maUieiir«iiie, vivant de- privations, caeliaiit leurs

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