‹ Les suspects en 1858; étude historique sur l'application de la loi de sureté générale; emprisonnements - transportationsChapitre 15 sur 53 · I. Biographie de J, P. ChevaiieTf par Gustave Dorituz · texte numérisé non relu

I. Biographie de J, P. ChevaiieTf par Gustave Dorituz

fut arrêté. Après avoir passé un mois aux grands cha- ' jmuœ, la uuiBon d'arrêt d'Aiiiieos> il fut envoyé à Doullen9, où il resta trois mois. Biilé ensuite par la commission miite du département de la Somme, il alla se fixer

à Londrns, et rentra à Amiens quelques années après.

11 y vivait de sa profession de pharmacien, ne s'occupant plus de politique, (on ne s'ep occupait pas en ce temps-U t } £MMnt le bien, soulageant Ipa infortunes, se rendant utile à ses concitoyens, lorsque, le 24 février 1858, il fut brusquement arraché à sa famille, à ses enfants, à ses amis, à son pays , jeté en prison et conduit à Marseille dans les voiturps cellulaires, d'où on ' l'embarqua pour l'Algérie avec les autres déportés.

Il débarqua à Alger et de là fut envoyé à Medeaii, ou il fut iQterné. A Médéah, raconte son biographe, il sut se rendre utile à tous comme pharmacien et comme pratieiio» Il avait pour comp^on d'internement M. Lam- .bert, avocat, M. Renardet, ancien notaire à Dijon; M. Macliart, professeur de physique à Dijon; M. Arrivets, négociant, et M. Goudounèche, ancien instituteur à Paris. Il ne tarda pas, cependapt, à être envoyé à Blidab où, jusqu'au Jour de sa rentrée en France, il sut mériter les sympathies de tous.

Il revipt à Amiens après l'amnistie. Grâce à la popularité douMl jouissait, il put remonter sa pharmacie. Il est mort pondant l'épidémie cholérique de 1866. C'était un hofume de bien*

Isidore Thuillier esl un marchand de bois d'Amiens, dévoué sans doute au parti républicain, mais dont le caractère iooffeDsif était notoire. On nous rappoiie , an sujet de son arrestation, un fait dont nous né pouvons garantir l'authenticité , mais qui serait caractéristique de cette époque de tristesse et de deuil. Gomme on s'étonnait devant le général Boyer de l'arrestation de ThuiUier, le général répondit : « Je le regrette, mais on « meravait dénoncé; que YOulez*voo8, il fallait bien « faire quelque chofîe. »

Thuillier était parti d'Amiens avec sa voiture, par un mercredi de février 1858^ pour se rendre au marché d'Abbeville, où il devait rencontrer des marchands de bois. Dans la soirée, il quittait Abbeville; mais, quelques heures après, la police et la gendarmerie, qui avaient ordre de l'appréhender, arrêtaient tous les voyageurs qui se trouvaient à Abbeville, espérant le trouver dans le nombre. Sur l'indication qui fut donnée aux gendarmes, que Thuillier était parti pour Crécy , ils y accoururent, mais fouillèrent en vain le village, et tous ceux qui se rencontrèrent sur la route.

Le lendemain, Thuillier se rendit à MarcheviUe pour les besoins de son commerce, et se dirigea ensuite sur Vron. A Marciieville, où les gendarmes étaient arrivés, un individu, qui fut pris pour Thuillier, fut arrêté. Toutes les brigades de l'arrondissement étaient sur pied pour mettre la main sur ce malheureux. Thuillier qui

ne s'en doutait f;uère. Tous les villages, tontes les campagnes ftirent battus. Enfin, le surlendemain, vendredi, S6 février, à trois heures du matin, Thuillier fût arrêté

à Villers-sur-Authi, où il était descendu la veille au soir. Il fut conduit à Âbbeville, ensuite à la prison d'Amiens, où on le dépouilla de son argent, de tous les objets qu'il avait sur lui, puis on le conduisit à sa cellule. « Mais si vous dites un mot de politique, si vous élevez la voix contre la religion, lui lit observer le gardien, j'ai Tordre formel de vous mettre au cachot. »

Thuillier fut séquestré là pendant vingt-cinq jours, sans que personne pût parvenir jusqu'à lui.

Au bout de ce temps, il fut conduit devant le préfet Mouzard-Sencier, qui lui demanda s'il faisait partie d'une société secrète ? Sur sa réponse négative, M. le préfet lui dit:

< Bn connaissez-vous, des sociétés secrètes ? ~ Aucune, répondit-il.

— n faut faire des révélations, ajouta le préfet, votre liberté est à ce prix.

— Je ne suis pas un mouchard, répliqua Thuillier, et je n*ai rien du reste i révéler. •

Là-dessus, Thuillier futreconduit en prison, où il resta encore douze joura* Au bout de ce temps, un conunis* saire de police vint loi apprendre qu'il parlait pour l'Afrique en voyage de plaisir. 11 put, à grande peine, faire

prier un de ses amis de iui apporter d« l'argent, ei il ne lui foi pas donné da ponvDi|! embrtatfir ufmïï^

Bnfin, on le oit dam nna voiteo odlulidre, où U« troBva Gbtvaliflr. •

Ces deux courageux citoyens souiTrirenl là dedans tout ce que soufTrireDt leurs malheureux compagnons d'infortune. Arrivés à fiaris, on les cpadnisit à la gara de Lyon, n était a|orf deny lieqres dn soir. On leur çffàt un morceau de pain et du fromage corrompu qu'ils refusèrent. Le lendemain, à midi, soulTrant de la faim et de la spif, TlmiUier» aysQt demandé d'obtenir de quoi boire avec son argent» 09 lui répoqdit gn'^n n'evai$ pas le temps ; ce n'est qu'à Dijon que, moyennent son propre argent, il put se procpr§r un» bQi^tpillt^ 4o yi^ &t> un morceau de pain.

Enfin, il arriva à Marseille» et, de là fut dirigé m l'Afrique.

n est revenu à Amiens après ramnlstie^

Page 1