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LeliAtre était un honnête père de famille, homme de
conviction et de cœur qui avait joué Ln certain rôle en 1848 à Issoudun. En 1852, il jouissait d'une certaine * aisance, était propriétaire d'un magasin de sellerie à Issoudun, mais avait été complètement ruiné par la transportation qu'il dut subir à cette époque.
En 185 , il taisait un petit commerce de beurre ; il fut arrêté au cours de l'un de ses voyages. É roué successivement à la prison de la Châtre, puis à celle d'Issoudun, et enfin à celle de Ghâteauroux, il partit de là pour l'Afrique où il fut interné à Bougie.
Nous savons qu'il y a eu pour l'arrondissement d*Issou iun une autre transportation, mais nous n'avons pu nous procurer aucun renseignement à ce sujet.
Gh. BforrAUD était un républicain dé vieille date, qui
avait été en 1848 sous-commissaire du gouvernement à la Châtre. Arrêté et conduit à la prison du Blanc, puis à celle de Gliâleauroux, il fut relâché au bout de quelques jours, on n'avait pas osé porter une main plus audacieuse sur sa vénérable téte blanche. Le préfet était toute-
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fols venu le congédier en personne, en loi disant: « qu'il
était fort heureux d'être ausM âgé, que sans cela il eût mérité toutes les rigueurs du gouvernenif^nt, qui se bornait à le soumettre à la surveillance de la haute police. • Tont cela fût dit, .nous raconte le témoin oculaire et auriculaire qui nous transmet ces détails « avec un ton et une attitude bien étranges, vis-à-vis d'un vieillard dont la modération et la convenance n'avaient jamais fait
, question pour personne.... »
M* Briffaud fut remplacé par le docteur Arthème Plat qui, en 1858, n'avait pu échapper à la proscription que parce qu'il subissait déjà, à la prison de Châteauroux,
• une condamnation pour l'affaire de la Solidarité rèpu" hlicaine. C'était un démocrate actif, dévoué et intelligent. Il exerçait ^ Martezay, arrondissement du Blanc, la pnn fession de médecin avec un dévouement et une philanthropie qui l'avaient rendu, à juste titre, très-populaire et très -influent. Envoyé en Afrique, il y est resté après l'amnistie et y est mort en 1861.
INDRft.ET-LOIRS,
Dans le numéro du journal d'/ndrs-st-ioirs du S6 janvier 1858, on lisait : « Hier, diverses arrestations, qui pa^
«Tours.
« Nous ignorons complètement par suite de quelles OÛT- « constances ces mesures ont été prises. »
Le préfet d'Indre^Loire était alors M. Podevin. U Était devenu ma§iftrat tous k République» etrdeyait m à?ancemeiit dans la nagUfaratare au eîtoyea GrMeux» alors ministre de la justice.
Les citoyenB arrêtés étaient au nombre de sept, sa* voir:
Louis Desmoulins, médecin à Tours.
DoiTELLE père, tisseur en soie» & Tours.
Marié, tailleur, à Tours.
fiAUBBRGBR, homme de peine, à Tours.
Fariau, marchand de rouennerie, à Tours.
ToucHELAY, mécanicien, à Cormery.
ÂRDANGE, charron, à Roche-Gorbon.
Arrêtés, le 25 Janvier, dix jours après l'attentat Orsini, les citoyens dont les noms précèdent Ibrent conduits an pénitencier de Tours, oh ils restèrent environ deux mois. Pendant leur séjour dans les cellules du pénitencier, ils furent soumis au même régime que les criminels au milieu desquels on les avait placés, c'est-à-dire qu'ils furent obligés de travailler comme les autres prison- Bterà, et de voir prélever sur leur Mvall, lelou les règlements, les trois quarts de leurs bénéfices.
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La Bat» an aatiii, ka femiiMa des iéporMa éHêai TfBiiea, codune de mniIubm^ I la prlm apporter l« jeuner de leurs maris, apprirent avec stupeur que eeui oi étaient partis, qœlquea heures avant, pour Paris.
Aiaaiy sans loiir donner k pessiMUté dfembfassir leon funifieseft ^eora, et de fcite fne^nas pripagatift pènr le lointain voyage qu'da devaleal entrepirendro, sans même leur permettre de prendre d'autres vêtements que ceux qu'ils avaient snr le dos, ou les avait jetés dans une voitore cellulaife» én lanr disant foTils . étaient appelée an témolgVBa à Paria.
Afrivés à Parlai ces maUnforoDXr qni cfoiyaieiit avoir atteint le but de leur voyage, furent tout étonnés de se voir transporter à la gare de Ljoo» où un train^ partant pour itosstUe, les attendait.
DeiToiira I MiraeiUe, eea hommes, dont tonllo Cfîme étaH d^ètre républioeins, ne bougèrent pas de place peàdant quarante-huit heures, obligés de se tenir courbés, et Urent plus de 300 lieues dans eette positèon d'autant phas cmelle <iu'on était en hiver.
Arrivée k Mafseille, on les conduisit an flnrt Sain^ Nicoiaa, où Ils trouvèrent an grand nombre d'antre» d^ portés.
Deux jours après, quatre d'entre eux furent embarqués pour l'Afrique et dirigés sur Stora, à quelques kilomètres de Phîlippeville. Arrivés à Stora apris une traversée de 44 heures, ToucntEiAT et iapAiioa fiirent
internés dans cette ?ille, pendant que Boitdle et Manberger étaient conduits à Bône, puis à la Galle (province
de Constantine).
Quant aux citoyens Desmoulins, Fariau et Marié, ils restèreai une huitaine de Jours à Marseille, et furent emi>arqué8 pour Alger. D'Alger, ils furent conduits à Orléansville, où on les interna. Le citoyen Fariau fit partie de ce convoi de transportés qui furent enchafnés à une tringle sur le devant du vaisseau U TUan, pendant leur traversée d'Alger à Tenez.
Quelques jours après, Boitelle écrivait à son iils, dans une lettre que nous avons sous les yeux : « Noos sommes tous arrivés dans une nudité presque complète. On nous donne 0 fr. 90 c. par jour, plus le pain. Quant au logement, il nous faut payer 1 fr. pour deux par nuit.... Avec une pareille solde, je ne pourrai manger que du pain.... Nous sommes dans le pays le plus triste de TAlgèrie, nous ne trouvons presque rien en fait de vivres, et le peu que nous trouvons nous est vendu trois fois plus cher qu'en France.... Je n'ai pas encore reçu les effets que tu avais mis au ctiemin de fer le lendemain de mon départ de Tours J'ai à te raconter des détails affreux sur la mort d'un de mes amis transporté à Stora, distant
1. Ces elTots ne sont parveaus à Boitelle que huit mob apr&s son arrîvée an Afrique dans un état imposable, et il fut obOgé de payer une sontnM de 12 fr. ponr lei avoir.
de 30 lieues de la Galle. Dans le courant de mai, il s'est absenté, et huit jours après sa disparition, on a trouvé sa tète, sans aTdir pu découvrir aucune trace de son corps. Cet ami se nomme Lélu *, est de Nevers » et était âgé de 50 ans. On ignore par qui il a été assassiné.... »
Les sept déportés de ïuurs avaient de 50 à 60 ans à l'époque de leur déportation. Un d'entre eux, Marié est mort en Afrique de la dyssenterie, maladie très-commune en Algérie, et qui sévit particulièrement sur les étrangers, peu habitués à supporter les grandes chaleurs. Ses amis lui élevèrent un monument. Touchelay faillit mourir à Stora de la même maladie.
Aruangk est mort à Marseille en rentrant en France après l'amnistie. Le docteur Desmouuiis est mort, il y a deux ans, à Tours, des suites d'une maladie contractée en Algérie. Boitelle, de retour en France, s'est suicidé.
Quant à leurs familles laissées en France sans ressources, elles n'ont pas eu moins à soufiDrir.
La femme d'Ardange, pendant Tabsence de son mari, après avoir perdu son enfant^ est morte dle-mèmé de misère et de chagrin.
Mme Mauberger, qui allaitait un enfant de six mois, rejoignit son mari interné à la Galle. Mais à peine arrivé, son enfant mourait à la suite des fatigues du voyage.