‹ Les suspects en 1858; étude historique sur l'application de la loi de sureté générale; emprisonnements - transportationsChapitre 43 sur 53 · L'atttoiité let empôcha de mettre le rifnMimiinl · texte numérisé non relu

L'atttoiité let empôcha de mettre le rifnMimiinl

trois mois, lorsqne le 28 janvier 1858 la police fit une descente chez lui. On saisît dans sa poche une lettre insignifiante qu'il venait de recevoir de Londres ; puis il fut appelé chez le juge d'instruction qui, après l'avoir à peine entrevu, ordonna à un gendarme de le conduire en prison, n y resta jusqu'au 88 février» époque à laquelle il liit relâché.

Il y avait lieu de croire que les persécutions à son égard en resteraient là, lorsque, trois «mois plus tard, le 4 Juin» le commissaire de police et des gendarmes envahirent de nouveau son domicile. Il était absent en ce nooment; on lui apprit à son retour ce qui venait de se passer. Fallait-il, comme il nous le dit lui-même, se sauver, reprendre le chemin de l'ADgleterre? Il n'avait rien fliit, rien écrit, rien dit qui pût le fme tomber sous le coup de la loi, et fort de son droit, il s'en alla naïvement demander au commissaire de police ce dont il s'agissait. Gelui-<û, qui était encore avecles gendarmes et qui était porteur d'un mandat d'amener, le mit purément et simplement en état d'arrestation, et les portes de la prison d'Yssoire s'ouvrirent de nouveau pour le recevoir.

n fut mis au secret le plus absolu et ne put voir ni son père ni sa pauvre mère qui se désolait. Il r^sta là jusqu'au 10 juillet. Ge jour-là deui gendarmes flanqués d'un gardien de la maison centrale de Riom Tinrent le prendre, le firent monter en voiture cellulaire et il dut partir sans pouvoir môme dire adieu à ses parents. Le voyage d'Is-

soire à Maneille dora trois jours. De Marsdlle il fiit embarqué pour l'Afrique et interné à Oran.

Peghouz est revenu en France depuis ramoistie. Il est . papetier-reUeur à Issoire (Puy-de-Dôme).

RHONë.

Le patriptique département du Rhône ne pouvait évidemment pas échapper à la persécution. Il avait déjà été rudemeut éprouvé au coup d*Ëtat; c'était là un titre à de nouvelles sévérités qui ne lui ont pas été épargnées.

Gomme eela avait lieu au même instant dans beaucoup d'autres villes, le jour anniversaire de la révolution de février, dans la nuit du 23 au 24 février 1858, vingt-deux citoyens, contre lesquels on eût été fort embarrassé de formuler le moindre délit, furent arrêtés dans leurs domiciles et séquestrés dans la prison dite dépôt de police située rue Luizerne, où l'on a coutume d'enfermer les malfaiteurs pris chaque nuit en flagrant déht ; d'où ils fàrent transportés le lendemain à la prison St^oseph. ^ Ce nombre s'accrut les jours suivants de cinq autres citoyens arrêtés dans les divers points du département.

M. le sénateur Vaisse était alors chargé de l'administration du département. Le maréchal de GasteUane commandait le V corps d'année.

Void les noms de vingt-qaatre des eitoyens ainsi arrêtés :

André, perruquier.

BLADffy balancier.

BSLISCKR.

Ghahpagnon, meunier et propriétaire à Ghazay.

Chanu, tisseur.

GoRHu, tisseur, maire de la Guillotière en 1848. Driton, chef d'atelier.

DucARRK, manufactnrier, ancien secrétaire du

conseil municipal sous la républit^ue.

Durand, méclecio.

MSYZISRB.

Favibr, tisseur.

Machisot.

Moine.

Ouys.

PiLLtj, tisseur.

Pascot, tisseur.

PiLLiARD, commissionnaire en soieries.

Raffin, pliariQacien. *

RiCHSRAllD.

Saunibr, ancien membre du conseil municipal

sous Id république.

Ihoff.

Vebriâre, horloger.

VmcEHT {Guillaume), négociaDt.

n y avait en outre un citoyen de Venissieux et deux

autres dont nous n'avons pu retrouver les noms.

Nous croyons intéressant de reproduire ici. la lettre que nous avons reçue du citoyen Ducarre.

Mon cher ami,

« J'ai un engagement à remplir envers vous : à me rappeler l'épisode de 1858. — C'était le 24 février, 41 jours après l'attentat du 14 janvier. J^ignore qui a eu • riienreuse idée à Lyon de célébrer cet anniversaire par un

empoignement sur tonte la ligne t si c'est une attention délicate du grand liomim.' que Lyon pleure encore, pourquoi laisser plus longtemps sa statue en souffrance sous un hangar ?. . . lies conservateurs sont ingrats 1

« Donc le soir du 23 février, tout ce que Lyon comptait d'agents, de mouchards, de sergents de ville et de gendarmes partirent par escouades et par bandes à la chasse aux bandits. On aurait pu ce jQur4à inaugurer sans périls une profession pratiquée depuis avec succès : l'assassinat anonyme Ce jour^là, la force publique aurait pu donner des raisons : elle avaitautre chose à faire.

1. Depuis quelques années, à Lyon, il y a eu un certain nombre d'assassinats dont jamais les auteurs n'ont été découverts; c'est à ce fait que le citoyea Ducarre fait allusion.

« Je possède à dix kilomètres de Lyon une usine qui d^à avait été visitée en 1851. .

« A cette époque je venais de donner ma démission de membre et secrétaire du conseil municipal de Lyon* n'empoigner pour ce fait^ eût paru trop eiœntrîque dans le milieu commercial où je vivais. Les magistrats de la commission mixte préférèrent envoyer saccager mon usine par une force respectable qui, dans sa perquisition, enleva des armes de chasse, et prit ce qui lui convenait, entre autres, une arquebuse à rouet, comprit dans la razzia mon jeune frère âgé de vingt ans qui habitait l'usine, le mit pourrir deux mois dans les casemates de la Vitriolerie, l'envoya ensuite perclus de douleurs à Avignon pour le rendre enfin aux réclamations de mon père, qui n'a jamais pu savoir de quels forfaits son jeune fils s*ét&it noirci.

« Le 24 février 1858, nouvelle visite à l'usine. Malheureusement, ce soir-là, j'étais à Lyon. On franchit les murs, on brise les clôtures, on entre partout excepté par la porte, on menace de tuer les chiens qui se permettent d'aboyer, et après avoir arrêté les vingt-cinq personnes habitant la nuit notre maison, on demande : M. Ducarre. Ma femme demande pourquoi ? Une sorte d'argousln lui répond : Qu'est-ce que cela vous f... ?

« Le brigadier de gendarmerie, honteux de la situation, essaye de dire que M. le préfet ayant à causer avec M. Ducarre, l'envoie chercher.... par une vingtaine d'hommes. Ma fenmie soupçonne une nouvelle édition

de 18&1| répond que M. Ducarre arrêté en 1851 n*est jamais revenu ni à l'usine; ni à Lyon depuis cette époque.

Il nous idul un Ducarre, et nous le trouverons, dit l'agent....

« Je passe une heure de recherches, d'avanies, d'injures de la part de l'agent et d'efforts pour les atténuer de la part des gendarmes embarrassés du triste métier

qu'on leur faisait faire. Enfin, on se décide à revenir m*arrêter à Lyon. Arrivé à onze heures à mon appartement de la ville, le l)rigadier, qui avait eu le bon goût de laisser l'argousin en route, me renouvelle l'invitation de venir causer avec le préfet fbtur grand homme. Je le prie de me montrer l'invitation écrite. Il m'exhibe un papier portant imprimé : « Cabinet du préfet », et à la main : une douzaine de noms, sans prénoms, adresses ou indications. Le mien y était, je remerciai le brigadier et le priai de remplir son mandat.

« Ici, nouvelles difficultés : arrivé successivement à la porte de deux prisons, le concierge reftise de me recevoir, mon conducteur n'ayant pas de mandat d'arrêt, ce que l'invitation du préfet ne portait pas, et ce qui n'était pas venu à l'idée du gendarme (l'argousin n'était plus 'là}, c'est que, pour une arrestation illégale, dont on ne peut de notre tempe demander compte & personne, il y a toigours place pour d'honnêtes gens dans le bouge où .Ton jette les bandits, les malfaiteurs du flagrant délit.

« Cette nuit-là, beaucoup d'invités du préfet y parta-

gèrent la paille et la vermine du lit de camp. Je trouvai là des hommes aujourd'hui morts (entre autre, le fils Mvon : on voulait le père» le père était mort depuis deux ans, on avait empoigné le fils à sa place (il est mort à son tour) ; d'autres vivent encore et vous diront leur histoire. Le lendemain les invités du préfet se séparaient, quelques-uns pour aller à Gayenne, à Lambessa'ou en internement.

< Voilà comment le sénateur préfet Vaïsse, seizième

d'agent de change, a célébré à Lyon le '2k. février 1858.

« Tout à vous : N. Oucarrb. »

Le fait dont parle le citoyen Ducarre, et concernant le

citoyen Drivon fils, se produisit en un grand nonilire d'autres départements, et eut même à Lyon une seconde édition.

La police avait ordre d'arrêter le citoyen Millbt, bien

connu autrefois pour son dénouement à la cause démocratique et républicaine, et qui, avant sa mort, habitait une maison sur le plateau de la Croix rousse. Une brigade fiit commandée pour arrêter le vieux républicain, garda avec soin toutes les issues de la maison, s'en fit ouvrir les portes au nom de la loi, et réclama impérativement le citoyen Millet, mort depuis dix-huit mois!... La réponse à cette injonction ahurit quelque peu les visiteurs nocturnes, comme nous dit le citoyen Durand en nous rapportant le fait, toutefois l'instinct de leur

profession les rappela bien vite à leur devoir, et leur

zèle surexcité par la honte d'une ridicule tentative, s'en augmenta d'autaat. Ils insistèrent pour qu'on leur livrât Millet» et, comme on ne lea satisfaisait pas, ils se mirent à fouiller, de la cave an grenier, la maison dn républicain défunt, et malgré leurs efforts furent contraints de revenir bredouilles.

Le seize mars suivant, quelques-uns des citoyens arrêtés fbrent amenés devant un commissaire de police, ceint de son écharpe; ils apprirent de ce fonctionnaire au nom du ministre de l'intérieur, qu'ils étaient condamnés à la transj)ortation en Afrique.

Ouinze d'entre eux étaient ainsi condamnés sans autre forme de procès. Ce sont les citoyens DmuND, RavfiHi Pascot, Ghanu, Favier, Pallit, André, GHAMPAOtroN, Cornu, Saunier, Vincent, Richerand, Ismoff, Meyzière, et Blain. Tous ils avaient d^à subi les rigueurs du pou- • vobr, lors du coup d'Etat.

6ans la nuit du 16 au 17 mars, ces malheureux, sans pouvoir embrasser leurs familles, sans avoir pu se procurer des vêtements, du linge et de l'argent (ils n'avaient pas cent francs entre tous), furent emmenés à la gare du chemin de fer de Uarseille, placés un à un dans les comparUments d'une voiture cellulaire où tout mouvement devenait impossible. Ils arrivèrent à Marseille brisés à ce point que l'opération du déceUukmmt ne put s'effectuer qu'avec le concours des gendarmes qui entouraient

la ToHîAre. Us étaient tous engoardis et à demi para-

De IftariëOle, Ik tarkhi eibBarquéè pon^ Philipjkiville.

On leur avait adjoictt deut transportés du Vaucluse Bar- RÈRE etBARiLLON. Arrivés à Plillippevîlle, la gendarmerie, les conduisit dans la cour d'une caserne où ils furent en- ' fkrdiéé. Verà iieuf hetures^ M républicalùs, mourant de faim, s'adressèrent aux zouaves consignés dans les chambrées et qui les regardaient avec étonnemenl par les croisées. Ces courageux solJats, bravant la consigne peut secourir leurs infortunes èoncit^yetls , appof tètdnt aù lùfllen de là côiir cleùx gamelles Ae jioàpe et deux pains prélévés sur leurs rations. Bientôt tous les zouaves firent irruption dans la cour, apportant et offrant aux transportés toute la nourriture dont ils disposaient. Âlois ce ne iat|pluS qu*edibrasseinents, poignées de mains ; on but ft la liière pairie, et de copieuses libations aidant, les zouaves parlèrent d'enfreindre tout à fait la consigne et d'aller en ville fêter Tarrivé^ des transportés. Ceux-ci s'y o^ipoÀaiedt ^ur be pas eompromettre ces braves solâaté, mais leà Suaves inslstèretit, ct-lèrem : AlIbnS enfants, allons y gaiement ! et la porte de la caserne céda sous leurs efforts. On se répaniit ainsi dans la ville jusqu'au soiir, mais le Soir venu, oii coucher î Quelquesdus eû fUtent rôdbits, à aller doriùii' sous des tehtès dteé&ées èn dehors de la ville p6tir S6r(rir d'abri aui ViU ^abonds i

Après les avoir laissés dans l'iDcerUtode pendant plusieurs jours, on les enleva de Philippeville pour les transporter à Bone où ils arrivèrent le 24 mars.

Là, la gendarmerie les conduisit dans la conr de rtiôtel de Tille» où le général Périgo, commandant de la subdivision les fit former en tercle autour de lui, et les hiranî^na, leur annonçant, qu'ils seraient conduits à Souk-iiarras, où, leur dit-il, il y a de « très-bonne eau. »

Le lendemain, en effet, ils partirent À pied pour SouIl- Harras, où ils arrivèrent dnq jours après, ayant fait au milieu d'un véritable désert près de 140 kilomètres; ce lut le 27 mars , vers six heures du soir, qu'ils firent leur entrée à Souk-Uarras , raacienoe Tbagaste, la patrie de saint Augustin. Ils y arrivèrent harassés, brisés, accablés par les fatigues et la maladie. ^Us furent confiés à la garde d'un brigadier qui procé Ja, dans la chambrée, à l'appel nominal- Le lendemain ils reçurent la visite du commandaot de place, et il fut de nouveau procédé à l'appel nominal. Le citoyen Durand nous raconte, dans la relation qu'il nous a adressée, qu'ils furent reçus par les autorités militaires avec une bienveillance qui contrastait siogulièrement avec la façon dont ils avaient été traités en France par les autorités* ci viles,, et à ce propos, on nous signale d'autre part un feit qui vient corroborer l'observation du citoyen Durand. A leur arrivée à Souk- Harras on ab savait où les loger, aucune disposition, n'avait été prise, lorsqu'un capitaine de spahis, aussi gé-

néreux que brave» 11. Constant, neveu de Benjamin Constant^ interpella le commandant de place et lui dit : Vous êtes embarrassé de loger ces hommest Si j'étais commandant de place, ce serait bientôt fait! et il s'en alla louer, à ses frais, deux chambres dans une maison inoccupée. Ce fut lui encore qui, plus tard, oiiganisa dans la garuisoû une souscription au profit des transportés, « qui étaient dans la misère la plus, complète. U est mort - depuis : honneur à sa mémoire !

Le citoyen Saunier avait fait partie de ce convoi dont ceux qui le composaient transportés d'Alger à Tenez sur h TUan tarent enchaînés à une tringle sur Tavant du vaisseau. A ce sujet, le citoyen Uucamp de Nîmes, complétant les renseignements que nous avons donnés à cet égard dans notre récit concernant le département de la Menrthe» nous afQrme que cet ordre barbare n'avait pas été donné par le commandant du Titan^ ... mais qu'il fut trouvé sur la feuille du bord, signé du contre- amirai ancien gouverneur de Cayenne. Les ofhciers du TUan en étaient eux-mêmes indignés et supplièrent les transportés de ne pas résister (quelques-nns parlaient de se jeter à la mer), afin de ne pas les obliger à mettre de vive force à exécution un ordre par lequel ils étaient enx-mémes contraints à regret de passer. A chacun la responsabilité de ses actes!

On leur annonça ensuite qu'ils seraient traités comme des soldats, exempts de services, soumis seulement à

rj^)pel. Puil 0» l0Uf api^pr^ ^ ratfpns 4P yian^e et 4^

biscuit.

Çiiiq ou sif ipurs 9'éC|0ulèreiit ayai^t qu'ili ppif^i^

Ds r^cevaÛDt bien chaque jour une ratîon ^ vivref,

mais ils n'en étaient pa.s iiiuirii) privés de logement , de foufDitures de literie, de chaussures, de vêtements, etc., qui lee mettait dans un ^tat do g^nç, focU d à comprendre*

On Yoit, comme le fait obsenrer le citoyen à qui nous devons ces détails, qu'en certaines choses au moins, Ip gouverj^ement ne prodigue pas le^/^nance^de l'ÈtsX.

On peut se figurer aisément les so^^^cev que ^xfftnA endurer, loin de leur pays, de leurs familles, de leurs amis , privés des choses les plus nécessaires, ces raall^i^reux républicains jetés pêle-méle dans un vili^e idn^ depuis à pe^a^ deux moif » au inilieu d'up d^âjsevt»

élpigné de tp^te commi^catioD.

L'un d'eux, André, inourut bientôt faute de soînis. ImolT, à la suite des grandes fatigues qi^'il avait ep.d,Mjrées» perdit la raîso|^. V^ ai^tr^, dont nouf ^'ay^ pa« lie Qooa, parvînt à. s'évader. Les autres peu à pe]^ dispersés dans les différentes provinces.

Ils sont tous rentrés en France. Depuis leur rentrée six sont morts ; trois à f.yon : Saunier, Cornu et Favier, trois en Afrique oi^ ils éimoi» retourné^ : ^iclieraud, lileyzière et Pallji Sur les qijiinzç ipaaiffuïf» din

Rbéne, il en reste donc huit, dont nù atteint d'aliénation mentale, les sept antres habitent encore Lyon : Dnrand

y exerce sa profession de médecin, Vincent y est à la téte d'une maison de commerce, etc., etc.

Voilà comment ils expièrent» enz aussi, le crime d'avoir aimé la Ubetié, la j[»airie et la répuMiqoe.

HADTI-VISNm.

Le préfet de ce déitactement, en 1858^ étfit M. ,Goëtlogon.

Les dàuffûûÈ arrêtés sont :

piaiGNAC^ restaurateur à Limoges.

BaïQUiTy marchand de porcelainee.

^ Nj^enouT, cordonnier.

ViLLEGOimEixjeune, négociant.

Tuilier, ex-prêtre, ej^trepreneur.

BuRiGDET, docteur médecin à Saint-Grieix* Fricbon, jeune» de Bellac, ancien ayoué.

Ces sept citoyens forent écroués, les six premiers dans

la prison cellulaire de Limoges, et Frichon dans celle de Bellac, où ils restèrent pendant un mois au secret. Au bout de ce temps Frichon fut relaxé. Il ayait déjà été

arrêté en I8&a. Il est le frère de l'anden représentant da peuple aui assemblées républicaines.

Quant aux autres, le S3 mars, on leur signifia un

ordre du ministre de la sûreté générale, en vertu duquel ils devaient être transportés en Afrique. Ils partirent le soir même à quatre beores eu voiture cellulaire. Ils passèrent une partie de la nuit dans la gare de Ghâteouroux, traversèrent Paris le lendemain, et furent dirigés sur Marseille. A Valence, où ils séjournèrent quelques beures dans la gare, leur conducteur les ayant un instant laissés seuls, ils se procurèrent la satisfaction de voir leurs notes de police, et les copièrent. Les voici :

Tuilier. Homme appartenant à l'état ecclésiastique , qui a traîné sa robe dans la fange, qui a fait du journalisme, et exerce une grande influence sur les ouvriers. Très-dangereux.

ViLLEGouBEix. Républicain de père en fils; orateur de Das étage, ayant une grande prépondérance sur les classes ouvrières. Très-dangereux.

DÉRI6HAC. Bestaurateur, ayant prêté un local pour la lecture des journaux, faisant chez lui des réunions politiques, ayant une grande inilueuce sur les ouvriers. Dangereux.

Briquet. Porcelainier,, courtier républicain des plus ardents, ayant une grande influence sur les ouvriers.

Très-dangereux.

BuRGUET. Docteur en médecine, bomme qui a fait de la

médecine et donné des médicaments pour rien, et qui n'a

pas voulu accepter le gouvernement ; homme entêté et taciturne, ayant une grande influence sur les paysans. Très-dangeienz.

NiGRODT. Ckirdonnier, liomme qui s'est trouvé dans plusieurs réunions, ayant nne grande supériorité sur ses camarades. Très-dangereux.

Ils avaient à peine achevé la lecture des pièces qui les conduisaient en Afrique, que la locomotive siffla. Ils arrivèrent le soir à Marseille, où ils furent conduits au fort Saint-Jean, et enfermés dans un cachot profond auquel on descend par dix-huit marches d'escalier, et qui est destiné à recevoir les condamnés à mort.

Ds ne tardèrent pas à être embarqués* yillegoureix» Dérignac, Burguet et Briquet arrivèrent après une pénible traversée à Alger. Ils furent conduits à la prison, où ils ne purent qu'à grand'peine et avec leur argent se procurer du pain et du vin. Enfermés dans un cachot, ils durent se coucher sur un Ht de camp et s'envelopper de couvertures, qui , ayant servi à des Arabes, étaient littéralement pleines de vermine.

Enfin ils furent extraits de cet enfer, et expédiés les uns à Dèlhys, les autres à Hostaganem, à Saîda, k Mascara, etc., etc. Peu de temps après Négrout put revenir dans son pays, mais pour y mourir après quinze jours de séjour des suites de la dyssenterie qu'il avait contractée en Afrique.

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