PYRÉNÉES-ORIENTALES
Dans ce département, on compte au moins deux transportés : ' .
iiioiiasii; néiodàhfc à P^rpig;^ TtomÈRBâ; pro|irïétàire I TUnir.
Nous savons que le citpyen Broqsss était interné à
Mostaganem; et le citoyen Tignières à ïénez, renommée pour, ses saf dioes et ses langoustes , sur lesquelles il fiusait des observations intéressantes.
TARM.
lié préfet ih eè dépairlêmeni itait M. Montob.
Nous croyons savoir qu'il ^ a éii dans le tara kn môin2
quatre transportations. Nous n'avons pu, malheureusement, nous procurer des repseignemeots que sur quatre. - Ce sont :
ÀùssBRAG^ avoiSat à Gastirés.
Jean BARiHis, propriétaire à Maïamet.
Froissac, fabricant de chapeaux à Albi.
Auguste foNTsspzsimfiy £sbricant de briques k Albi.
AossiNAC était un avocat distiogné qui> api^ès le coup
d'fitat; avait subi une détention de plusieurs annëes à Belle-Isie-en-Mer. Sa peine subie, il rentra à Gastrès, où
il reprit sa robe d'avocat ët traVaillà beaucbii)i; fié tlè4 à 1858, il est constant qu'il ne s'occupa point de politique, qu'il évita même toutes les occasions d'en taire ou. d'en parler, à ce point qu'ôii s'ëîi étonnait, et 4u'oii remarquait beaucoup qu'un àndéfa rë^liiblicaini comme iûi, restât ainsi, au moins en apparence, complètement étranger à tout ce qui se passait.
Quelques Jours après l'arrivée aux affaires du général Espinassê, ayant oîivert les iéîiétreà de sa bbanibriè au point dû jour, comme il avait l'habitôdé dé le flaire, il aperçut les gendarmes à la porte d'entrée de sa maison. 11 comprit sans peine, pria de ne pas donner l'alarme à sa famille, descendit lui-môme ôûvriir ëi se livra à la gendarmerie.
11 l'ut écroué dans Ta prison de Castres, où il resta dixsept jours au secret. U fut de là transporté à la maison d'arrêt d'Albi«Puis, ùhe voiture cellulaire viot le prendre pour le coiiduire à Màrséillè et de là éii liOriqué. U ftit interné à Tleincen, où il ezejrce isncoré aiiJourîl'Mi sa profession d'avocat.
Jean Barthès était d'une honorable et nombreuse taniille de Mazaidèt. Sa vie, depuis le coup d'État, et sa ifabH én 18^ ne sont qu'une Ibii^e et biste odyssée. Ali 2 décembre, il avait été déporté i 'Cayebne. Ayant au bout de quelque temps obtenu une commutation de peine, il Ait porté avec quelques-uns de ses co-détenus dans une colonie hollandaise, où on refusa «le les lÎMevoii', le |oU-
▼eraeur ayant déclaré au commandant du nayire que,
« puisque la France avait condamné ces hommes, elle devait les recevoir après leur sortie de Gayeune. > Ils furent de noQTeaa transportés à Gayenne, puis de là à Rocheforty efr de là encore à la Nouvelle-Orléans^ où on les Jeta à terre sans ressources, accablés par la maladie, dévorés par la fièvre, à ce point que quatre d'entre eux étaient morts pendant la traversée. Le hasard fit que Jean Barthés, presque mort de iaim» fut recueilli par un compatriote établi depuis longtemps à la NouveUe-Orléans.'Ne pouvant vivre dans ce pays fiévreux par excellence, il dut à la générosité de son hôte de pouvoir se faire transporter à Barcelone.
De Barcelone, le citoyen Barthés se rendit en Algérie, où il obtint l'autorisation de séjourner et où il s'établit bientôt avec sa famillu. Au bout de quelques années, sa lemme mourut, et lui-même, abîmé par le climat d'Afrique, obtint de revenir à Mazamet chez son gendre, où il arriva, environ un mois avant Tattentat Orsini, dans^un état voisin de Fagonie.
Lorsqu'eut lieu Tattentat du 14 janvier, il n*était pas encore sorti de sa chambre, mais, néanmoins, une amélioration notable commençait à se faire sentir. Au mois de lévrier, un commissaire de police vînt l'arracher à son lit de douleur d'entre les bras de sa fille et de son gendre, et le conduisit à la prison de Gastres, à la grande stupéfaction de tout le monde.
Personne ne poufait soupçonner la raison de cette
persécution, et nous avons sous les yeux une lettre écrite à son gendre par im habitant de Blidah, lettre timbrée de la poste» et qui montre dans quelle situation il se troQvait et de qneUe cmanté on nsa vis-à^rô de loi.
Nous croyons devoir la citer textuellement :
« Uidali, mm 1868.
«^Monsieur, ,
\ « M. M.. ..y ainsi que M. Totre beau-frère, ont reçu vos lettres relatives à l'arrestation inattendue de votre beaupère.
« Personne ici n*a pu comprendre cette arrestation d'un moribond qui rentre en France par ordre de la Faculté, pour échapper à une mort certaine dont le climat d'Afrique le menace depuis longtemps. Cependant on a pensé que X(à»mM^ à Vaigi^ du fmtgon détior^, du mit' Hfeat de$ médêekii^ aoaU pu moHver atte muun trèt-poH- Uque mu dmu$y mais à coup sûr fàn MvamamB. Je me suis donc rendu à Alger, dans les bureaux de la préfecture» où j'ai appris que ce certificat était resté pour être adressé au ministre de la guerre, parmi les pièces de comptabilité des passages ou traversées gratuitement accordés.
« On m'a conseillé enfin, et c'est ce que je viens de fàire» de lever un duplicata du'certificat des médecins de l'hôpital de Blidah, constatant la maladie de votre
beau-père et le besoin pour lui de rentrer en France; on m'a assuré que ee duplicata, visé à rintêndaoce, lèYemlt toutet les difficdltés.
t tteUt c8 dniplicaift qoé Jé rem admse d-^oint, peiûr être remis an préfbt de votre département, qui le communiquera au parquet.
ce Je ne sais si votre l>eau-p^re a eu le temps de vous dire combien l'Algérie reste étrangère à la politique» combien» par compensation, elle prend part aux questions d'humanité. Aussi, vous pouvez assurer le pauvre père Barthès que les mesures dont il a été l'objet à son arrivée en France lui ont attiré toutes les sympathies dans tons les lleut où il est connu, sans aeceptfdii des civils, militaires ou fonctionnaires publics. Du reste, la persécution a toujours eu pour résultat d'exciter la pitié en fsvenr des persécutés et l'opprobre contre les persécoienrs.
« Tons les amis dn papa Barthès, toutes seseonnals-
sances, l'engagent au courage, à la patience, en lui témoignant re!;poir de son prompt rétablissement, en môme tempe ipi'ils lui assurent leurs sentiments de bonne et cordiale amitié.
« Quant à moi, il sait à quoi s'en tenir sur lllOn compte....
« Recew mes sahits empressés, « X.... »
Ce n'était pas le certi6cat des médecins qui manquait.
c'élinient les sentiments de l'hamanité la plus Yolgaire qni étaient foulés au pieds, c'était la statue de la justice qui était voilée T
De Castres, Barthès fut conduit à Alby, puis à Marseille en voiture cellulaire. C'en était tr^p^ pour ce courageux dtoyen, autrefois renommé pour son énergie. Rongé par la maladif, écrasé par les maiivaffl trattements, 11 né put
être embarqué pour l'Afrique. Il mourut k xUarseiiie le quatrième jour de son. arrivée.
Il est mort en brave, dévoré comme tant d'avtres par Tamonr sombre et Jalonz de la république et de la liberté !
Nous savons qu'un arrêté de transportation fut aussi notifié au citoyen I^ujsch, médecin à Alby. Mais ii ne put ' être mis à ezécutioni car Puech qui, en 1858, avait été transporté en Algérie et détenu à la Ca^ah de Bône en était revenu à demi paralysé et, depuis Tétait de tous ses membres.... Depuis diz-liuit mois ii n'était pas desoandu de son lit
Noui dira*tK)n qu'il était un danger pour la frm^
TAaN-«r-GARONNK.
Le Préfet de Tarn-et-Garonne était M. Loretke. Oant ce déjMarteme&t, comme dans lei aaires» en général» il y ent quatre victimes :
Hnmi Eatroo, vétérinaire à Gaatèl-Sarrann.
Manau, de Moissac.
Mànau, avocat à Montauban.
ÏÏKBOSf onvrier moivisier k Montanban.
Le citoyen Henri Bayrou était vétérinaire à Gastel- Sarrasin. Dans la nuit du 23 au 24 février 1856 (la date eft à peu près partout la même) , une brigade de gendarmerie, conduite parle capitaine de l'arrondissement, cerna sa maison. A la pointe du jour, le maréchal des logis frappa discrètement à la porte de service, le vétérinaire croyant qu'on le demandait pour une visite, va ouvrir ponr répondre à ce client un peu matinal, il trouve un mandat d'amener et sans plus de façon est conduit en prison au grand étonnement de la ville tout entière.
Après avoir subi Tingt-denx jours du tÊtm le plus rigoureax, il ftit conduit à Ifontanban. Dans le trajet» on
voulut lui mettre les menottes, mais il résista si énergiquement qu'on u'iusista pas. Un gendarme se contenta de lui passer an poignet la dragonne de son sabre.
An chemin de fer, il trouva le citoyen Mamau de Moissac, et tous deux escortés de quatre gendarmes arrivèrent ainsi à la gare de Montauban où ils trouvèrent encore force gendarmes et force agents de police.
En prison, ils rencontrèrent le citoyen Manau, un des
avocats distingués des barreaux du Midi, ancien secrétaire de Ledru-Rollin, et le citoyen Bergis, brave ouvrier menuisier, qui tous deux avaient été également arrêtés à Montauban.
Le IS mars, ils Airent, tous les quatre, descendus \ la
geôle, où on leur notifia la pièce suivante :
Préfécuum de Tam^t^GaronM.
« Au nom de S. M. l'Empereur.
« Le Ministre secrétaire d'État au département de Tintérieur et de la sûreté générale.
« Ytt l'art. 7 de la loi du i? février iSôS, ainsi conçu :
« P«ut 4tr« iateroé dans un de» départements de Tem-
qui n été soii condamnai sQit întomé» 6iqpiQU4 w tniui* porté par une meinre de sûreté générale è ToecMion des
événements de mai et juin 18^8, de juin 1849 ou de dôcembra et que 44* /aiu graves signal6rmni dê im-
Ta rartide 9 do le même loi, ainii cobcu : « Tout in*
dividu interné en Algérie ou expulsé du territoire, qui rentre en JbYance sans autorisation, peut être placé dans ime colonie pénitentiaire, soit en Algérie, soit dans tout autre possession française. »
Tu la décision de la commission mixte» instîtaée dans le département de Tarn-et-Garonne, en exécution de l'instruction ministérielle du 18 janvier 1852, en vertu de laquelle le sieur Bayrou^ (Henri), vétérinaire à Gastel- Sarraiin, avait été soumis par mesure de sûreté générale, à roccasion des événements de décembre 1851, k l'internement;
Vu l'avis du préfet de Têra^t-Garoune, du (générai qui y commande, et du procureur général; Cionsidérant que des faUi gram* rignalm de nounmt
individu ci-dmus désigné comme dangereux pour la sûreté
l. Chaque pièce notifiée contenait un nom difiérani.
Msné 00 Algérie*
nï% à Pkù, le Ik taan liâlt
Signé EspmASSK*
Pour âmpUatioB,
U chef de dinHsUm :
Signé DmAZE.
Pour c«pia eonforme,
Sigtié LoRËTTE.
Pour expédition Gonforme et si^ificatioii an sîeW Bayrou (Henri), vétérinaire.
HantwIiUy 19 mm 1868.
Signé BàSÊom,
Les quatre détenus devaient être transportés à destinatioii par la voiture cellulaire n* 4, Celle-ci, en efifet, arriva le 26 mars & Montauban, apportant de Gahors les
citoyens LaiToque, Glary et Bailly. MaiSy dans la journée, arriva de Paris l'ordre de re-
liser les citoyens HaiiAU et Bayrou. La voitare qài était allée inrendre ceaz da Tarn, et qtà devait partir chargée des donze yictimes des trois départements (Lot, Tftrn-et- Garonne et Tarn), do partit qu'avec neuf, trois ayant été relaxés.
Le citoyen Manau, qui était alors avocat à Montauban et qui est aujourd'hui un des membres éminents du barreau de Toulouse, n'eut pas besoin de la transportation - pour être frappé aussi durement que ses compagnons. Sa Jeune iiUe, âgée de quinze ans, en voyant arriver à Montauban la voiture cellulatre qui devait emmener son père en Afrique, fut frappée d'un coup de sang, et cette malheureuse enfant est restée estropiée pour sa vie; elle peut à peine nuuwlier. Quant k sa mère, Mme Manau, qui était gravement malade lors de l'arrestation de son mari, elle quitta son lit pour se rendre à Paris où elle obtint, après des démarches surhumaines, l'ordre de faire relâcher celui-ci, ordre qui n'arriva qu'au dernier moment Mais sa santé ne se releva pas de ce terrible coup, et elle mourut peu de temps après.
A ces courageux citoyens, quel fut aussi leur crime? L'amour de la justice.