CONCLUSION
Lm voilà, cet hommesy ebamés de leur patrie, amehte à leur fiunille, à leors amis, jetés dans les cachots et transportés en Afrique!
Qui sont- ils? Nous ne craignons pas de le dire : ils sont tons d'honnêtes gens, contre lesquels nous défions qu'on relève le moindre délit I médecins, ayocats, officiers ministériels, négociants, artisans, ils se livraient péniblement à leurs travaux, attendant du temps, et du temps seul, la réalisation de leurs espérances! Ils ne s'occupaient plus de politique : qui donc s'en occupait depuis IWtl Ils descendaient, non pas gaiement, comme on le leur conseillait, le fleuve de la vie, mais laissant à
d'autres ic souci des affaires publiques I ils regrettaient le passé, et ils s'en font gloire, mais en silence 1
Los un» étaient oonchés, moribonds, sur leur lit de douleur ; les autres vivaient retirés au fond de leurs montages, évitant avec soin jusqu'au mot qui pouvait donner prise au gendarme. Ceux-ci revenaient, depuis ^eîqnes mois à peine, d*eiil, de Gayenne on de Lambessa; ceux-là étaient morts depois des années!
Une nuit, entre minuit et deux heures, à peu près partout^ le jour anniversaire de la révolution de février, on va frapper à la porte des vivants et jusqu'aux tombeaux des morts ! < Qui va làt — La police. — Oue me veutelle î — Tu es républicain? — Il ne m'est pas permis de le dire. — Tu l'es, tu as défendu la république en 1848, la constitution et la loi, en 1851. Suisrmoi, ta es un gibier de prison^ un fOMsaonnaire désigné dt Gayenne .eu'de Lambessal Viens, et suis nous, la èhatne au cou et les menottes aux mains! Tu es malade? tu vas mourir? £n voiture cellulaire» c'est bien bon pour un républicain! * Mais pourquoi?-* L'Italien Orsioi • tiré aur limpereur. »
« Et toi, qui es-tu? — Vous demandez mon père? il est mort depuis deux ans. — Mon mari? il est dans une maison de fous. ^ Mon frère? U est aux États-Unis. Mon autre frère? il est encore en Afrique» où mi l'avez transporté en use*
— Ton père est mort? ce n'est pas vrai, puisqu'il est
sur la liste. Tu soutiens toujours qu'il est mort! Viens ' avM nodSy It nous faut «lueiqo'ttn de ce nom. *
fil ailleurs : « St tous, msdame, vous êtes la femme
d'un republicdin, vous êtes républicaine vous-même; votre mari revient de Ca; enne? Allons, laissez^lÀ votre mariy vos enfants, vos affections, voira ménage, vos oecujiatiofls ; 8uive£-nous an cachot et en ÂfMqut. »
Èt ailleurs encore : « Qui es-tu, toi ? — Moi? que me voulez-vous ?» Et la fille, aux gendarmes : « Que voulez- vous à mon père t — Retirez-vous ; nous l'emmenons
en prison. • ISt Tenfant et la femme tombent étendues sans vie sur le parquet.
Et ce colloque se continue, se prolonge, s'étend pendant des mois, et dans tous les coins de la France, entre les gendarmes et près de deux mille citoyens fi'ançaisl
Et que peut-on faire, en prison, de cette masse d'hommes, à qui on n'a rien à reprocher^ qu'on ne parviendrait pas à faire condamner & la plus légère amendo par le tribunal le plus rigide ?
Gomment les condamner? où trouverait-on des juges? fin 1851, U y avait bien des eamimMêiu mioMs» ï mais petttnm, aloiw qua le pays est dans le calma la plus oom- ' plat, alors que personne, quoi qu'on 9a dise, ne aroit au
— aao —
danger dont on le dH menacé , recommencer le même
système? Est-on bien sûr, du reste, que les magistrats de 1851 voudraient continuer la besogne commencée à cette époque?
Gomment sortir de làt n faut cependant snspendre • sur lestâtes une terreur salutaire. La loi est déjà violée, puisque tous les citoyens, dont les prisons regor> gent» ont été arbitrairement arrêtés. Il faut se tirer do là au plus tôt, il £iut donner à ce qui a été fait les apparences de la légalité.
Quoi de plus simple? Et le Corps législatif vote la loi de sûreté générale!
Mais encore, cette loi n'autorise les arrestations, les séquestrations, les transportations que dans des cas déterminés. Qui donc va l'appliquer ? Y aura-t-il des juges? Les décisions seront-elles publiques? Les garanties qu'on accorde aux malfaiteurs^ les républicains en seront*il8 . entourés t pourront-ils se défendre, se Justifier, démontrer leur innocence, revendiquer leurs droits, demander l'application de la loi? Non, non, non.
Un général ministre de l'intérieur et de la sûreté générale, qui a pour mission « de rassurer les bons et de «faire trembler les méchants», sera juge et partiel N'est-ce pas justice? N'a-t-il pas pour devoir de sauver Tordre et la société? Ët quand un Italien vient jusque dans les rues de Paris faire éclater des bombes, les républicains n'en sont-ils pas responsables? Alleii allez, vous
— 3ii —
dilf a?et-T<Mt dès klv 1« droit de Vous plaindre d'être
frappés injustement? Cachez yos iiguresj^es, elles sont un danger pour la France!
Lski de fùreté générale^ fiM nom ireiie dtée teiiael^ • lement ph» haot, «olorlsaiti par «on urtiole 8eptièni0# le
gouvernement impérial à «interner, dans un des départements de rJSmpire ou en Algérie^ ou à expulser du territoire français, tout individu qui a été soit condamné» aoil
nMle, roteâsioif dei 6vdifeiiièntïd<^ mal et jutn itMy
de juin 1849 et de décembre 1851, et que des faits graves sigmlmt de nouveau comme dangereux pour la sûreté
Eii bien I letf fééilir qui précèdent nent f «ntoriwnl,
nous mettons encore au défi qu'on nous cite un seul des citoyens arrêtés et transportés que des faits, mous ne disons PAS UÉME ORAVBSy MAIS AYANT L'APPARENCB DE VÉ- RITÉ» AIENT SIGNALÉ DB NOUVBAU COHMB DARGBABnX POUR
LA fluiwÉ ptnoiiQini I
Cert qu'en effet , et nous avons insisté sur ce point dans tout le cours de ce travail, rien, absolument rien ne peiit|non»seulementfeiré croire à lev culpabilité» é lenr comfdietté même monde, wels encore k lent dan-* ger. Oui, tous, tous sans exception, ils étaient parfaitement inofîensifs, et on n'avait pas même» pour lee arrêter» le préteile d'un tronUe quekonqae dans le paye*
. ai
Steli-eeqoeiiolueiagérolisT A4^Midfliii6iit prit des renseignementit S'esl-oii feulement deraindé li les fUtt
nouveaux exigés 'puT la loi, existaient? Nous avons le droit de le nier, puisqu'on lançait des mandate d'amener contre des citoyens morts depuis plusieurs aimées, ou ayant quitté la Franee^ ou se trouvant dans des maisons de fous, ou étant encore en exil. Tout se réunit pour établir que les arrestations ont été faites sur des listes datant de 1851 !
Voilà oe qui étonnera la postérité l voilà ee qui fera juger les proscriptions ^e 1858 plus sévèrement encore que celles de Marius et de Sylla, et celles même de décembre 1851 et janvier 1852.
Qna appelé la loi de 1858 la loi des suspects ; si nous avions un mot plus fort pour la caraetériser, nous nous en servirions.
Nous avons dit que plus de deux mille citoyens ont été
arrêtés. Il n'y avait aucune raison pour n'en pas arrêter cent mille!
Quoi qu'il en soit, sur ces deux mille citoyens arrétéSi un certain nombre furent relâchés; mais nous croyons
être dans la vérité en disant qu'il y en eut plus de quatre , cents, transportés en Algérie. La lettre du gou?erneur général de l'Algérie, que nous avons dtée au chapitre iv.
porte^i 11 fin de marSy le nombre de omix qui devaient
avoir quitté la France au avril, à trois cent quatrevingts. Or, si on songe qu'à cette date les embarquements Gonttnoaient à Marseilley et qa»f d'autre part, les fransportalioni oontinnèrent, et qne qoelques-nnes» comme dans rAUier^ la Loire et le Pay-de-DÔme, eurent lieu jusqu'en février 1859, on verra que le calcul de l'une des victimes qui fait monter le chiffre à quatre cent tÊftmtm n'a rien d'exagéré.
Ainsi, TOilà quatre cent trente, bons citoyens dont l'innocence est notoire, qui, brusquement enlevés, sont envoyés en Afrique, d'où beaucoup, accablés par la maladie, usés par le climat de ce pays, ne devaient pas revoir leur patrie, et d*autres qui ne devaient y revenir qne pour la safaier une dernière fbis et mourir des suites des souffîunces, des misères et des chagrins qu'ils avaient endurés l
Nous avons déjà, en parlant de la transportation de . cbacnn, donné quelques détails sur le mode d'existence de nos malheureux amis pendant le temps de leur séjour en Afrique. Qu'on nous permette d'y revenir encore.
Gonmie on Ta vu, les villes d'intemementétaîent, dans la province d'Alger: Déllys, Ghercfaell, etTénex sûr la
côte et Orléans ville, Aumale Medeah et Boghâr dans Hntérieur. Dans la province de Gonstantîne, sur le littoral ; Bougie^ DjicyeUy et la GaUe; à rintéliear, GuelfKia, Sûittk-flarfas» Tebeséa et fi6r4|-Bou-Ai'6rîd!i* ïDaiià la province ^Oran, sur la c6fe, ffostaganem, et à lintérieur Sidî-bel-Abbès, TIemcen et Mascara.
Pour tous ceux qui connaissent l'Algérie 11 ne sera pas difficile de reconnaître qut'on avait cholBi précisément les "dlles les plus insipides, quelquefois les plus malsaines cl souvent des villages à peine bâtis depuis quelques mois.
Embarqués k MarseiMey les républicains des mêmes départements étaient séparés avec soin, et dirigés dans
des localités opposées.
Une fois parvenus à leur destination, commenl vivre? Ceux sans doute qui avaient le privilège de la fortune oufiGraient moins que les autreSi mais qu'on ne slinagfne • pas qu'en internement, même avec son siègent, on puisse se procurer toutes les commodités de la vie. Quant à ceux qui arrivaient en Algérie sans argent, sans vêtements, que de misère, que de Souffiraiices ( Travailler f hb travail manque. Que faire du reste dans un village de l(So âmes, où il y a 40 ou 50 transportés? Travailler? mais ne les empéchait-on pas quelquefois de le faire, comme cela est arrivé an docteur Meynier t
On Jeur donnait à chacun un prêt qui variait selon les localités entre 05 centimes et 98 centimes par jour; on
y ajoutait du pain, du café et du sucre. On les logeait dans d'afifreuses casernes où ils étaient empilés les uns sur les autres, et ils vivaient ainsi se promenant du matin au soir et du soir au matin, dans nn espace de territoire limité et qu'ils ne pouvaient franchir. Icicliaque matin et chaque soir, là chaque jour, ailleurs une, deux ou trois foi^ par semaine, obligés de répondre àl'appel sur lepréau, et touteelasouspeinede )a prison I Heureux quand on ne leur retranchait pas leurs subsides comme cela arriva une fois au citoyen Joseph Faure Desplantes, d'Étagnac (Charente). Il sortait de l'hôpital de Bougie; il réclame ses subsides, il &llait bien qu'il vécut et il y avait bien droit puisque le Ck>rps législatif venait de voter une somme de 1 200000 firancs pour &ire fiice aux frais de la transportati'on. On lui oppose cependant un refus formel; il déclare alors qu'il va réclamer au prince-ministre. Il eat condamné pour ce £ût à huit joursde prison* Quelle existence I Boire, manger, donmr et pleurer, et cela pendant des mois entiers dans un pays désert, sous un clipiat meurtrier et loin de ceux qui vous sont chers I
Et est^ tout) Nout On ne se contente pas di^ i^^ser souffiir en silence, on les mélange Ikdue nepria 49 justice coaitiie cela est cuiivé au Méchouar, àTlemceu, et on les injurie I
VMhb§fr^i<mmi ûiifieidttx d'ijgeri contenait dans son numéro dn 93 Janvier 185§ un aittdo |ont pou9 extrayons les passages suivants ;
« La démagogie chassée des bords de la Seine, plante résolùment son drapean sur la rite africaine et prodame les doctrines réfolntloimaires.
< ....Ce que nous combattons, c'est que des armes matérielles et intellectuelles soient confiées & ces déshérités de la métropole qui n W pas encore donné des gpges de retour aoz grands principes d'ordre et de liberté qui dominent aujourd'hui pour le bonheur de la France. Ce que nous combattons, c'est que l'Algérie devienne simplement Vtxutoire politique de la France. Ge que nous réclamerons justement, c'est que les menées démagogiques réprimées sur les bords de la Seine, le soient aussi énergiquement sur la rive Africaine et que la colonie soit détournée de Tablme de réaction où voudraient Tentrainer ces modernes convertisseurs. »
St dans son numéro du 4 août suivant :
€ Chassés de la mère patrie, les démocrates ont apporté en Algérie le foyer de leurs théories et de leurs agitations permanentes. ...»
Bt encore dans son numéro du 7 août, quelques jours avant l'anmistie:
« Ainsi que nous le disions le 23 janvier dernier, ces hommes qui sont un embarras pour la mère patrie, ne • seront-ils pas unmémeembarras pour une société qui se crée, qui se fonde? Ne redoutec-vous pas -leur ftineste influencei surtout si vous laissez un libre cours à leur
dévergondage de principes et dMdées? Vous redoutez leur contact pour les institations fortes et libres de la métropole et TOUS ne craignei pas de les mettre au prises avec on régime dans Tenfance, avec des institutions à peine élaborées I... »
Ainsi pour YAkhbar et ses inspirateurs, l'Algérie était encore mitropbeans^onr pour des répnblicains. Ils sonhaitaient sans doute qu'on les envoyât périr sous lesdlmats empestés de la Guyane!