Paris en décembre IS&l
plaies saignantes» mais raffecmia 4a^& teuc iipi ^ dans kura espérances par le souvenir des exilés de tow les temps, dont ils retrouvaient les tracts dans chacon des pays qui les accueillaient si généreusement. Tous, ils reverront la France, et le jour n'est pas loin où ils poqrront de nouveau y saluer la liberté 1
Où étaient-ils ces journalistes^ ces avocats, ces médecins, ces littérateurs^ ces ouvriers, cea philosopbeft ^, eux au3si, avaient été frappés par les vainqueurs de décembre ? eux aussi étaient à Cayenne ou en Afrique, en exil, ou en prison.
Il ne restait donc plus à Paria que ceux qui avaient été assez beureux pour écbapper à la loi commune, gu qui déjà, mais en bien petit nombre, avaient pu rent^ au foyer domestique avec le stigmate de la mise sous la surveillance de la haute police !
Étaient-ce ceux-là qui s'occupaient de politique, qui organisaient des complots et qui s'exposaieAt à toçibea^ sous les coups de la loi? £taient-ce eux qui avaient aidé pu assisté Orsini dans Tapcomplissement de son atteiitat ? Étaient-ce eux qui troublsûent la paix publique et qui pouvaient être irespon^bjes du complot des Italiens? Qui donc ignorait en France que ces hommes, tout en gardant au fond du cœur leur amour pour le droit, pour la justice, pour la république, assistaient passifs i tout ce qu'ils voyaient, se contentât de r^^tter en silence ce qu'ils avaient perdu ?
fioq tenu autres dtaveas.
1^ plu'fMt d*eotre eox, à k T^rité, fiw^ques jour» après leur arruUtk>a.
50101 croyons savoir que le nombre des dIojeBS da département de la Seioe, transportes a cette époqoB en Algérie, s'élève à J6r&M9lf^^l0tf2<.
Voici les seuls noms que nous ayons pa josqo'i présent ol/tentr :
A5SAfiT, pharmacien, à Paris.
AsTUS, coiffeur, à Boulogne-sor-Seine.
Auo£H| dit MazagraUf charpentier» à Passy.
ÂuoiER, marchand de vêtements confectionnés, à Paris.
. Babaud, ancien avoué, à Paris.
Boulanger, mécanicien, à Paris.
Buffet, piqnenr, i Paris.
Canterbl, marchand de vins, à Paris.
Garettb, fabricant de produits chimiques, à Paris.
Ghaussadb, tailleur, à Batignolles.
Gharavat, homme de lettres, k Paris.
Cressignt, marchand d'habits, rue du Faubourg- Saint-Antoine, à Paris.
FoMBERTAUX (Eugène), employé, à Paris.
Cent, cafetier, rue Rambuteau, à Paris.
^^ Girard (Pierre-Philippe), implanteur, à Paris. — GoTARD, chaudronnier, à Paris.
GouDOUNÉCHE, chef d'institution, à Paris.
HuRiOT, dit Robespierre, cordonnier, à Paris.
Henri, coiffeur, à Paris.
Lbvasseur, horloger, à Gentilly.
Marie, forgeron, à Charenton.
Maugin, gérant de la société des fabricants de limes.
Moulin, cartonnier, i Paris.
Robin, chaudronnier, à Batignolles.
Roger, sculpteur, à Paris.
Schumacker, dit Henri Y, mécanicien, à Paris.
THiéBAUD, itaattre cordonnier, à Paris, TiLLiER (Georges), rédacteur du Figaro.
VoiGNiER, matlre cordonnier, me it Provence, à Paris.
Entre tous, il aVait patii tiéceisilsaire dé frapper les tnemblies relstants du Comité cRt de ^ésistàntue^ qui, sous la présidence de M. Louis Bonaparte, n'avait cessé de lutter pour la cause républicaine. Déjà en iB51, un grand nombre d'entre eux àYàieM été tbndamnés et «iVoyes à Belle-Isle. Quelques-uns en étaîtot i^venus et vivaient tranquilles, s'accoutumant taiit bien que mal au régime de la sui^veillance sous la haâte police auquel ils étaient Isotimis.
On remua letirs anciebs dossiers tout poudreux depuis le temps où oii ne s'était plus occu^ d'eùi. Et le 24 février 1858, à quatre heures du m^alin, les commissaires de police furent lancés à la "recherche de louis COMBES, homme de lettres ; eugène fombertaux, employé; FRÉDÉRIC G-ÉRARD, hommo dO IcttrCS; CHARDON,
instituteur, et de quelques autres.
On pôutYa juger, par ce qui va suivre, du sans façon avec lequel on procédait à cette époque.
Les agents se présentèrent chez Frédéric gérard, traducteur au ministère de la guerre, savant naturaliste, polyglotte distingué, Tun des collaboratenrs du dictionnaire d'Orbigny, Ils trouvèrent xme fMdîlle en deuil,
(touloureQideHtent stn^riise p» leur préftènce, etiiui !6ur apprît, à lëar grande stupéfiiclion, que ûeltri tpi'iU dterôhafent, tf/aft inort depuis bientét un an.
CBARDoiiy înàtituteor à Kcmtrobg^y tftii aVèSt été coUpromis êaAis Taffairé dite Ai comité de résisiânt^ytotntaà^ le citoyen TBtotttctc ctt^àRD, et atait été abquitlë par lé jury, était loccnpé & la dit èbUoh dé isoïi instUûtiéti «t avait repris la publication de ses excellents petits livret Etolaires qiii lui ont acquis une si légitime réputation. Ge fut 1A> qu'il fût aïtèté, pour être ensuite eihprUonné. Mais grâce aux activés démairches de son frère, tlfSdtir d'artillene dhtinigûé, *& fût tendu à la liberté quelques jours après.
LOUIS COMBES, ^ui depùis tst entré dans la presse militante et 4ui est l'auteur de ce livre remarquable : la Sriàb antique^ Miil isratl venir forage et s^ëtait mis prudemment en lieu de sûreté. On ne put mettre la miafii stirluî.
Tel lie fut pas le sort de Tinfortuné stroÂNE foiqerrkvx qui occupait alors un modeste emptoi à rimprimerie Dubuisson. Hls dtl cordonnier Fombertaux qui figura sous la monarchie dé Juillet dans tm certain nombre de procès politiques, il avait été, dès son plus jeune âge prisonnier au Mont-Saint-Micliel, où vinrent le rejoinàre plus tard Blanqni, ÏBarbès, Martiâ-Béniard et les condaimtiès de mai 1S39.
Cet homme qu'on jugeaît alors si dangereux, avait été
— IM — li habilement ranreillé par la police, qu'on alla le therdier dans nn dosucile qu'il avait quitté depuis un m; de U h police se transporta dans un autre domicile qu'il aTaitqoittâ dq>iifs six mois, enfin après denx jours deourcliesetdecoBtre-marches, on le trouva rue Campj^tU-Pramière en iue du cimetièru Mont- Parnasse. àntiA milgré ses énergiques protestations, il fut
e an pen dé l'émotion que lui avait causée l'ar- Km nuri, Mme Fombertaux se rendit h la fMbctan de ptdiM - pour avoir de ses nouvelles. OnMlui r^ixmdîtqae par des sourires d'étonnement : "^B On m Kftit ce qa'eik voulait dire ; aucune personne ,JtbMlMHn a'avidt été transférée )à. > Elle se rendit à Mme, pria, sa[^dla vb employé, consulta les registres : la prison ne contenait pas de détena du nom de Tbmbertauxl
Deux jours après, lui parrenait une lettre datée de Marseille : tombertaux avait été immédiatement après son arrestation, placé dans une Toiture cellulaire et expédié par le chemin de fer sans avoir pu dire adieu aux siens, sans autres vêtements que ceux qu'il avait sur le dos et possédant pour toute fortune nne somme de futiue eenlimes.'
Quelques jours après, Mme Fombertanx reçut une nouvelle lettre de son mari datée de Sidi-Bel-Abbès (Algérie) où celui-ci avait été conduit
A Paris, plusieurs personnes s'intéressant & Fomberlaux, entre autres M. Guéroult de YOpinion nationale, Brent des démarches pour le faire revenir. Il leur fut répondu que Fombertaux était un homme des plus redoutables, que depuis longtenips la police avait l'œil sur lui, et qu'on ne comprenait pas qu'on puisse s'exposer su danger de s'intéresser à lui.
Fombertaus est rentré en Fraoce depuis l'amnistie. Il est aujourd'hui encore employé à l'imprimerie Dttbuisson. Que ceux qui le connaissent se demandent s'il eût été capable de prêter les mains à Orsini î
Le citoyen Goudoonèchï demeurait à cette époque rue dti l'Ouest. Le ik février, à une heure du matin, il tvX réveillé en sursaut par M. Montval, commissaire de police. Comment la police avait-elle donc pu pénétrer chez lui ? Elle avait su que la domestique du citoyen Goudounëche couchait dans une chambre au cinquième étage de la maison qu'il habitait. Elle y monta, Gt lever la domestique qui avait une clef de l'appartement. Celleci l'introduisit à travers toutes les pièces jusqu'à la chambre du citoyen Goudounëche. Le commissaire de police qui connaissait ce dernier, s'excusa de la triste mission qu'il avait à remplir, le mit néanmoins en état d'arrestation et le fit conduire à Mazas.
Le lendemain, Goudounèche fut interrogé, comme il nous le dit lui-même ■ pour la forme. ■ Et le 13 mars il dut monter en voilure cellulaire sans avoir pu voir sa
famille, et il arriva à Marseille le lendemain vers trois heures. Il faisait partie d'un convoi qui emmenait trentesix républicains.
Le lendemain même de son arrivée à Marseille, il M transporté sur un navire à Alger, où il fut enfermé à lliAtel LafiBte (prison militaire). Il y tomba n^alade et après sa sortie de l'hôpital, il fut interné à Médéab. Le citoyen Goudoui^èche avait fondé à Médéab une écQle préparatoire pour les deux baccalauréats, n fut à ce sujet souvent tracassé par la police. Il est aujourd'hui à Paris, où il est rentré après l'amnistie.
Une autre arrestation sur laquelle nous avons le devoir d'insister est celle du citoyen Georges Tiluer, rédacteur du Figaro, fils de Claude Tillier le pamphlétaire. Arrêté à Paris, après avoir été traîné de prison en prison, il fut conduit â la Roquette^ où à son entrée il eut les cheveux tondus et la barbe rasée. Puis après l'avoir dépouillé de ses vêtements, on le revêtit du costume des condamnés au milieu desquels on le jeta.
Le lendemain, on lui mit les fers aux pieds et on le plaça dans une voiture cellulaire où on lui attacha à l'un des pieds une seconde chaîne dont l'extrémité était Gxée à l'extrémité de la voiture. Il fut ainsi en compagnie de onze forçats expédiés à Marseille où il arriva après soixante-quatorze heures de voyage, malade et crachant le sang.
Pendant ce temps sa mère et sa fiancée, qui habitaient
HeTera, étaient purement et simplement emprisonnées.
De Marseille il fut transporté en Algérie et iptarné à Oraq*
On comprend que nous ne voulions pas fitisuer l'attention du lecteur par le rédt des arrestations et tvansportations de chacune des victimes, qui du reste s*^pérèrent à peu près partout de la même façon)
Le préfet 4f^ la Sçiqe - Inférieure , en 1858^ était . M. ^ei^Y.
\fis yictim^s SQn|; :
BsAUFouR, ourdisseur à Rouen.
BRiANT, débitant et tisserand, à Rouen.
NomBTy tisserand, à Rouen.
Gratignt, fileur, à Rouen.
Le citoyen Beaufour avait été, en 1852 , condanmé à cinq ans de déportation à Cayenne. Il était rentré depuis 1857, lorsqu'il fut arrêté de nouveau en février 1858, emprisonné , conduit ' en voiture cellulaire à Marseille conune tous ses camarades et de là transporté en Afrique.
Le citoyen Bréant avait été déjà déporté en Afrique en 1852 ; il le fut une seconde fois en 1858. Il avait été arrêté à Elbeuf où il était allé pour soigner son père, qui était à son lit de mort.
Le citoyen Noiret avait été aussi déporté en 1852. Il le fat encore en 1858.
Le citoyen Gratigny avait été, en 1856, condamné à dix ans de prison pour association illicite. Au moment de l'attentat Orsini, il subissait sa peine à la prison de Beaulieuy il lui eût donc été difficile de conspirer. Il n'en fut pas moins déporté en Afrique.
On nous signale, dans ce département , un fait qui se reproduisit dans beaucoup d'autres : L'autorité lança un mandat d'amener contre le citoyen Leprêtre, de Caudebec-lès-Elbeuf. Il était mort depuis trois jours. Victime d'un de ces dévouements qu'on ne rencontre que chez les natures généreuses : Dans un incendie, pour puiser de l'eau, il fallait se placer dans une mare qui était un véritable bourbier. Tout le monde hésitait. Leprêtre lui, n'hésita pas, mais il contracta la maladie dont il mourut juste à temps, pour n'être pas transporté en Afrique.