‹ Les suspects en 1858: étude historique sur l'application de la loi de surété généraleChapitre 27 sur 60 · MARNE · texte numérisé non relu

MARNE

Ce département compta quatre transportés :

Pons, tailleur de limes à Reims; Gkombâk, tisseur à Reims ; Bertrand, tisseur à Reims ; LoRiNBT, serrurier à Reims.

Les citoyens Pons et Grombak furent transportés en même temps et internés à Mostaganem.

Quant au citoyen Bertrand et son beau-père, le citoyen LoRiNET, ils ne furent transportés qu'en septembre 1858. Le premier laissait à Reims une femme dans la misère et trois enfants en bas âge.

HEURTHE.

Le préfet de ce département était H. Albert Lenglé. Yoici le noms des citoyens arrêtés et transportés :

Ferdinand Lelièyre, ancien greffier à Nancy ;

Paillier, cordonnier à Nancy; .

RuoTTE, marchand de Tins en gros à Nancy- Un autre devait égalemeqt faire partie du sinistre convoi, c'était le citoyen A. BonRRBiFp, qui agile conune un cerf avait eu le tempft de brûler la pqlitessç auf a^nts diargés de procéder à son arrestation , et de s'échapper en sautant par-dessoff tes murs 4a son jardin. Dh autre encore, le docteur E. mBCBài», a été inquiété, nais n'a subi qu'une simple visita domidliura.

Le 24 février 1858, Ferdimaud LBUftvu vit arriver chez lui le commissaire central de police et cinq agents. On lui déelara qu'on venait faire chet lui une perquisition qui dura quatre heures sans résultats. On se hùnm. à saisir quelque^ papiers insignifiants, et le commissaire le pria poliment de raccompagner à son bureau situé à rhôtel de villQ, où on le mit immédiatement en état d'arrestation. Il fut conduit d'abord à la prison de la Monnaie j puis à celle des Tabacs où il rencontra les citoyens Paillier et Ruotte. Ce sont eux trois, comme nous l'écrit plaisamment l'un d'eux , qui eurent l'honneur de pendre la crémaillère dans cet établissement, auquel on venait de mettre la dernière main.

Ayant écrit au préfet, M. Albert Lenglé, pour connaître la cause de leur arrestation, un commissaire de police vint les soumettre à une sorte d'interrogatoire assez grotesque. On leur demanda s'ils faisaient partie

de sociélûs secrètes? S'ils étaient prévenus de rall£Dtdt du U janTÎer 1 Puis leur faisant un crime d'avoir soutenu l'année précédente la candidature du g^nérsl Cavtignae à Nancy, on osa leur demander de qui ils étaient les agents en celte circonstance? Où ils avaient pris fa prtH fession de foi du général et les bulletins, etc.? Et ou l«ur adressa encore quelques autres questions toutes plus saugrenues les unes que les autres , «t rinterrogïloire se borna là.

Ils restèrent en prison pendant un mois. C'est pendant ce temps que le maréchal Canrobert, nommé commandant du 3= corps d'armée, faisait son entrée triomphale à Nancy. Enfin le 19 mars, un commissaire de police agissant aui poursuites et diligences de M. le préfet, leur noti£a un arrêté du ministre Espioasse qui ordonnait leur transportation en Algérie. On eut la gracieuseté de leur dire qu'ils y seraient conduits aux frais de Vtiii.

Le 24, à quatre heures du matin, on leur annonça qu*ils allaient partir. A cinq heures, en effet, ils se troaraient tous levés, réunis à la geôle. Mais c'était une fausse alerte. Ce n'est que le soir, vers sii heures, taodîf qu'ils achevaient chacun dans leur cellule leur triste repas que le directeur de la prison vint d'un air consterné leur annoncer qu'ils partiraient à huit heures en voiture cellulaire.

On les conduisit immédiatement h la gare dans des voitures de place. Là on les fit grimper dans la voiture

odfadure qui les attenàait lindiée sur un trac, deux Ikopb mnaû k d^iarl du traîu. Pour trrîfcr dms les sllnîs&. S leur i^Qnl irrarvH' une écheDe Inrt raide, œ oïL aau: dm à Snotte : « Istrce qu'on m» Mt monà In giriTkithiP? >

Pîos hmuBLA csependint que bien d'autres, ils qUî»eris à JînsifteM» du directeur de la pràan -rt 'ftn rtiHf K CBY;, ose }e cnndncteur de la oelluluR -voulfiEt iàet m etenrar de ^nrs malles.

lÎK ioê^ « fomçvfs dans cellt sàornùraUe barique » DL f'uixns «^ ftivfaieot déj^^ 3» punsit: mt seoiHMfte ncr JE -nnnife.^ D y iHrait là Bocngcnif en. ^tBosuz tk, Buir^Bniii. tanscH, Weir, K£llcr et Zttœ:», du Bb&- BUK ^bécrs; WiBRoiTE et SiBERT, it Kb VoseUe, « en somt ntiîfté&tteDt là douze colis ou num^ts, tous éb-

ioain i: Erauf heures, ils quittaient les rires de la Mo- ^|*r >i» airigeant sur Paris, où ils arrivèrent à cinq hsww-du matin. Là, ils furent conduits à la gare de Ijti» ^ ils attendirent dans leur cellule le départ du XmllUe deux heures et demie du soir.

IJfci iraesèrent ce temps à examiner leur cercueil. On «utm quoi il consiste. Un long rectangle divisé en deux pKtMS par un couloir. Chacun des deux côtés contient $àx cellules hautes de l^jSO et larges en haut de 0",70, et M bas de O^.^O. Garantie de la Moselle en prit lui-même la mesure. Les cellules sont éclairées du plafond par une

petite ouverture qui ne permet pas même de lire ; elles sont percées à Tintérieur d'une portière percée ellemême d'un volet et garnie d'un grillage. On leur laissa le volet ouvert et on leur fit grâce des chaînes, qu'on se contenta de leur montrer. Pour siège, une vespasienne infecte mal close par un ventail couvert d'un méchant cuir et contenant un récipient en zinc destiné à un double usage. La nuit, on les gratifie d'une couverture sale, et dans chaque cellule se trouve probablement, sous prétexte de pantoufles, une paire de gros sabots.

On peut se faire une idée des souflirances qu'on doit endurer là dedans quand on songe que quelques-uns y sont restés sans descendre pendant 96 heures, les autres pendant 66 heures, 61 heures, 52 heures, 46 heures, etc., etc.

Dans celle où se trouvaient les transportés de la Meurthe se trouvaient aussi ceux du Bas-Rhin, lous quatre d'une structure athlétique et dont l'un d'eux, le citoy en Bœrsch, était pour comble atteint d'une sciatique dont il souffrait horriblement.

Avant de quitter Paris, le convoi dont nous parlons nota deux incidents caractéristiques. A la sortie de la gare, des plâtriers qui travaillaient sur un échafaudage, ayant reconnu l'un d'eux, les saluèrent noblement en mettant la main sur le cœur. Plus loin, quelques bourgeois s'approchèrent d'eux et dirent : < C'est de la bande àVidocql »

Us éRivitwt énfia k Iftirseille le 26 mars, à 5 heï àA Boir. Qi ftinUt iétwrq&és au fort Saint-Nicolas. Pour y atrivoT) il ttnt gcttir one petite montée ; des porte-faix ■'{^Hnnt fMtir iKorter 1m malles des voyageurs, mais 1& garde iM np««Bit et Deoi-ci furent encore Oiiligâs, pouvant à ptâa se tenir dttout, de traîner leurs bagages jusque dmfe lettr OpVTdlB demeure.

Nous prràteroiudel'Mcasion qui nous est oiïertepour parler avec qaalqtlbi détails du fort Saint-Nicolas, qtii ncaelllit une gtwids pstiie des déportés de 1858, et ft tin p«Bt de nu gteiral de la transportatlon . Au surplus, l'^ReUent titef eB hotDiMiND LELu:vRE,qui nous a dooné eotre anttea rBBjMgirainCnts un récit très-complet de 1> tranapertalion dans la Meurthe, nous en donne luimême le moyen, et bons en profiloua en le remerciant id au nom de la démocratie, des notât préciedkei iju'il a recueillies touchant les transportations de 18SS A celles de 1858.

Le fort Saiot-Nioolas est une assez vaste forteresse i|(if défend l'entrée du vieux port. Les Priientiiust la prison citile, étant pleine déjà de proscrits, on dut le laire servir à cet objet pour lequel il n'elistait pas précisément. Nos malheureux coreligionnaires et amis étaient là claquemurés dans lA geûle militaire du fort*

Représentez-vous trois cours en pente rapide, eommuniquant entre elles et fermées par de hauts battions, sous lesquels sont pratiquées des casemates et

des cachots voûtés. A Textrémité droite de la plus re* culée des trois cours, il y a une petite chapelle oit les condamnés à mort passent leurs quatre demieni quarts d'heure de réflexion. Au-dessus de leurs têtes les prisonniers politiques voyaient se promener sur les remparts les sentinelles chargées de veiller sur eux^ Beaucoup eurent à se plaindre des privations de toute

sorte qu'ils y endurèrent. On le croira sans peine, et ce que nous aurons occasion de dire ailleurs le démontrera suffisamment.

Le convoi qui emmenait les transportés de la Meurthe en Afrique partit le S7 mars de Marseille. Il était composé^ outre les trois citoyens dont nous connaissons les noms, de Groelli^ deKeller, de Zabern^ de Garantie et de huit autres de divers départements, parmi lesquels le docteur Desmoulins de Tours. On leur adjoignit une vingtaine de soldats envoyés aux compagnies de discipline.

Le Sinal sur lequel ils étaient montés les transporta rapidement dans le port d* Alger, où ils arrivèrent le 29 mars à 4 heures du matin. Un agent vint faûre leur recolement et ils furent immédiatement conduits à Vhôid Laffittef rue Saliuste. C'est ainsi que les transportés appelaient la prison militaire d'Alger, du nom de son directeur.

Qu^^n se représente une cour de treize pas carrés^ pavée en pierres noires, fermée par quatre bâtiments ft

deui étages de construction mauresque. Les prisonniers politiques logeaient au second étage, les détenus nUMtaires au premier ; le rez-de-chaussée était occupé par le grelTe, les cuisines, etc., et les caves par dus cachots où grouillaient des Arabes accusés de vol, de viol ou d'assassinat.

Le rëgleomnt de Vhûlel Lafuie assujettit les détenus au régime suivant ; appel matin et soir ; dans la nuit deux rondes militaires qui venaient mettre la lanterne sous le nez des transportés pour voir s'ils n'avaientpas pris leur vol. Tous les jours à dix heures, on leur servait invariablement une soupe au riz renfermant « un morceau d'un bœuf qui devait, nous dit notre correspondant, descendre en droite ligue de l'une des sept vaches maigres du songe dePharaoD. • Pasdevin, etlesoirrien. Ceux qui • avaient autant d'argent que d'appétit • pouvaient se procurer à dtner à la cantine. Quant auK autres, ils en étaient quittes pour se seFrer le ventre. De plus, l'établissement ne possédant ni tables, ni bancs, les répubUcûns étaient obligés.' de mettre la potée par terre et de manger autour comme des chiens courants, cinq par gamelle. > Enfin, à leur entrée, on les avait désarmés de leurs couteaux, > ce qui les rapprochait par trop, .on en conviendra, de l'état primitif de nature chanté par le poète. >

On ne- s'étonnera pas qu'après quelques jours da. ce régime-là, plusieui^s durent être conduits à. l'hâpital. Mais aussi, h l'hdpital., ils avaient l'agrément de voir

inscrit en tête de chacun de leurs lits : N''.... régmeru des transportés! C'est ce qui arriva aux citoyens Lèliètre et Paillier.

En sortant de l'hôpital on les envoya en internement à Tenez.

D'Alger à Tenez, il y aune traversée de quinze heures. Un convoi de quatorze transportés fut embarqué sur le Titariy le 4 avril à huit heures du soir, et arriva le lendemain à onze heures du matin à destination. Il fut débarqué à trois heures du soûr. De ce convoi faisaient partie, outre Ruons de Nancy, Saunier de Lyon, 6âlUNTjs de Metz, Fariau de Tours et d'autres. Pendant tout le temps de la traversée et sans aucuns motifs, le capitame ne trouva rien de plus amusant que de faire mettre aux fers sur le pont les quatorze républicains. Garantie et Fariau notamment furent attachés sur l'avant du vaisseau à la même tringle que trois Marocains condamnés pour crime.

On nous assure même, sans que nous ayons pu véri* fier le fait, qu'après cet exploit le capitaine, en digne catholique, fit mettre à genoux tous les honunes de l'é* quipage, et leur lut lui-même une prière. C'était le jour de Pâques, et pour les catholiques c'est une grande fête.

Nous dirons ailleurs de quelle vie vécurent nos malheureux amis dans leurs lieux d'ioternement.

MOSELU

Le prtfet de ce déparlement en 1858 était MH M. de Gérando y était procureur général. 1«| Marey-Monge y commandait la division.

II y eut trois victimes :

Garantie, menuisier en Mliment & Mell.

WiBhOTTE, maître d'hôtel à Metz.

SiBKRT, carrier et cultivateur à RemjIIj (cànlon de

Le citoyen Garantie était en même temps que menoisier, choriste au théâtre. Personne, à Metz, ne le connaùsaitpour un homme politique.

Le citoyen Wibrottb, maître d'bâtelf roe GbiBibrière à Metz, avait été, en 1848, capit&ine d'une^çonlpagnîe é6 volontaires, dite les Montagnards. U avait été eiilé ni coup d'État et avait dû passer plusienrs aimées ax Belgique.

Le citoyen Sibert avait déjà été déporté en 185S.

Tous trois furent arrêtés le ik février 1868. Leur rMB et leur influence politiques étaient considérés comme nuls, et personne ne comprit rien k leur arrestation.

Mme Wibrotté) femme fért énet|;ique, mère de sii eû^ fii&ts en bûs âge, courut de tous les côtéi^ pour B&toir lëK ihotiâ dé ces rigueurd^ mais ne put rien obtenir. Il n'y avait pas de raisons ! qui donc aurait pu en douuer ?

Quoi (foUl en soit» ils furent transportés & Marseille en voiture cellulaire. Ils faisaient partie du convoi ôà se trouvaient les transportés de la Heurtbe et du Habt- Rbin. A Marseille, où ils arrivèrent brisés^ les jambes enflées et meurtries, ils furent enfermés au fdrt SeinU Nicolas et couchèrent, comme leurs camarades, sur de la paille dans dei^ cachôtà infects.

De Marseille ilâ furétit ëiubarquês pour Philippeville et furent ëùsuite dirigés iStlr Guelma.

Garantie faisait partie de ce convoi de républicains qui, transportée d'Alger à îèhez sur le Titarty furent mis aux fers pendant tout le temps de la traversée. Il jouit même de ce privilège, conjointement avec le citoyen Fariau de Tours, d'être enchaîné avec deux Marocains condamnés pour crime;

Page 1