‹ Les suspects en 1858: étude historique sur l'application de la loi de surété généraleChapitre 30 sur 60 · SARTHE · texte numérisé non relu

SARTHE

Le département de ht Sarthe fournit quatre victimes à la transportation de 1858. Ce sont:

Henri Lemonnier, docteur-médecin à Cbâteau-du- Loir.

HippOLTTE Le Cornue, ancien juge de paix au Mans, ancien sous-commissaire du gouvernement provisoire en 1848.

HippoLTTE PiTET, tisseraud à Mamers.

Jean-Baptiste Gornillaud, menuisier au Lude.

Le docteur Lemonnier, qui exerçait et exerce encore la profession de médecin dans une petite localité de la

Sarthe, vivait entouré de l'estime et de l'afTection de tous, lorsque dans la nuit du 23 au ik février 1658, il lot réveillé par des bruits de pas précipités. Il crut qu'on venait le réclamer pour un malade pressé. — Il alla ouvrir et Tut arrêté et emmené sur-le-diamp, sans même pouvoir prévenir ses parents , vieillards octogénaires qui habitaient avec lui.

HiPFOLTTE Le Cornue, ancien juge de paix au Mans en 1830, sous-commissaire du gouverneoient provisoire en 1848, fut arrêté à son domicile de la chaussée commune de Volnay, le vendredi 26 février 16S8, k cinq heures di matin, par un commissaire de police du Mans, et emmené jusqu'à cette ville en cliaise de poste sous l'escorte de la gendarmerie.

Le docteur Lemonnier et lui furent mis immédiatement au secret, où ils restèrent vingt-huit jours consécutifs.

' Le jeudi 25 mars suivant, on les eu fit sortir pour les conduite à Marseille en voiture cellulaire. — La voiture dans laquelle on les fît monter revenait de Brest, où elle avait conduit douze forçats. La grosse chaîne, destinée & les attacher, était encore dans le couloir de la voiture. Il s'y trouvait déjà trois citoyens de l'Orne et dn Calvados.

Ils partirent à midi pour Paris^ où ils arriTërent h cinq heures du soir. La voiture cellulaire fut enlevée de dessus le train, et on leur fît passer li nuit tout entiire

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sur la route sous la surveillance des gendarmes. On leur avait encore adjoint trois transportés de Paris que, sans doute pour aggraver leur supplice, on avait préféré faire coucher dans la voiture cellulaire que dans la prison oà ils étaient détenus.

Le lendemain, la voiture fut remise sur le train, et ils arrivèrent le soir à Joigny. Là on jugea encore convenable de leur faire passer de nouveau la nuit sur la grande route en compagnie de deux nouveaux compagnons d'infortune qu'on était allé extraire de la prison<

Le surlendemain matin, 28 mars, ils reprirent le train pour se rendre à Beaune où ils passèrent encore huit heures de la nuit sur la route avec d'autres républicains qui leur furent adjoints. Us restèrent ainsi dans cette voiture de galériens cinquante-sept heures consécutives.

Arrivés à Marseille le soir à huit heures, le corps brisé, les jambes enflées, ils furent écrouës au fort St-Nicolas, où ils trouvèrent un lit de camp pour se reposer. Ils étaient rongés par la vermine, et, comme les forçats, il leur fallut manger à la gamelle.

On embarquait les transportés pour l'Afrique par fournées de cinquante ou soixante. Les transportés de la Sarthe quittèrent le fort St-Nicolasle l*' avril à dix heures du matin avec 55 autres victimes. Lorsqu'ils traversaient Marseille, la population voyant parmi eux des vieillards de 70, 72 et 74 ans, était émue et murmurait. Les gendarmes firent hftter le pas, et deux vieillards, qui

ne pouvaient BniTte, ftarent lusséa dans an poste 3

le passage.

Après saixaDte-dnq heures de trarersée, Us amvkt derant Oran le dimanche, 4 aTril, k cinq beores da ma- ' tin. Ils furent conduits aa camp St-André, toujours soss l'escorte de gendarmes et de soldats. Enfin ils partirent de là le 8 arril pour se rendre à Uostaganem, où ils étalent internés, fis passèrent là de longs mois. Tirant comme ils pouvaient sons l'œil Tigilaot de la police.

Depuis, le docteur Lemonnier est rentré dans son pays, où l'estiinc de ses concitoyens l'a appelé successÎTenient au conseil municipal de la commune, et au coosei) général du département. Quant à Le Comuâ , il habite le Mans, et, toujours ardent pour le bien public, il espère bien voir la liberté renaître.

Pendant que ces deux courageux citoyens partaient pour l'Afrique, la main de l'aulorité s'appesantissait sur un troisième fnnoœnt. le citoyen Hippolttb Prm, brare DuTTier tisserand qui fut mis au cachot et on moi* après également transporté en Afrique et interpé i Oraa, où il trouva de l'occupation comme jardinier.

Il en ftit de même du citoyen CoRNiLuttD qui, égaleiB«Bt biuisporté, fut interné à Bongie.

LOmE-INFËRIEURE.

Quelques jours après l'attentat Orsini, le bruit se répandit à Nantes que des ordres arrivés de Paris enjoignaient d'arrêter un certain nombre de citoyens honorables, connus seulement comme républicains. Bientôt le bruit prit corps, et l'on apprit avec ëtonnement qu^ six personnes avaient été saisies la nuit dans leurs domi elles. Voici leurs noms :

GLâcENCEAU, docteur médecin.

MAsssLm, typographe.

EvEN, couvreur.

Pageot, tanneur.

Seyeux, ouvrier.

YiLLETARD, chapellcr.

Le docteur ClAmenceau n'avait rien d'un conspirateur, mais esprit fin et délicat, il avait pfus d'une fois couvert de ses sarcasmes certains personnages qui le faaïssaien à cause de ses bons mots incisifs et mordants. Arrêté pour ce crime, il fut transporté h Marseille, où il allait être embarqué pour l'Afrique^ lorsqu'on événement grave.

— ÎOO — qui avait profoodément agité l'opinion publique-à Nantes, força en quelque sort« l'autorité à le relaxer. Au moment de son enlèvement, en effet, sa fille, jeune personne d'une grande distinction, avait été subitement frappée d'une attaque de catalepsie, à la suite de laquelle elle perdit la parole; elle resta plusieurs mois suspendue entre la vie et la mort. La ville de Nantes tout entière s'associa auï malheurs de cette infortunée famille, et la réprobation se manifesta d'une façon si énergique que le pouvoir n'hésita pas à faire revenir le docteur Clemenceau qui habite aujourd'hui la Vendée, entouré de l'estime générale.

Masselin était un typographe connu pour ses sentiments démocratiques et son énergie, et qui déjà avait été arrêté à l'occasion du procès dit de la Marianne.

EvEN était un couvreur que l'on regardait comme complètement inoffensif, et qui n'avait jamais joué qu'an rôle politique très-effacé. Transporté en Afrique, il y est resté.

Pageot était un tanneur qui jouissait d'une réputation d'honorabilité notoire. Il est aujourd'hui de retour k Nantes.

SïTEUx était un simple ouvrier qui, jamais de sa vie, ne s'était occupé de politique. Il avait un frère, forgeron de son état, qui passait pour avoir fait partie de la société de la Marianne. C'était lui, qu'on avait voulu arrêter. Mais Sgteux, qui était célibataire et dont le frère était

marié et père d'une nombreuse famille, n'hésita pas à se dévouer pour lui, acceptant ainsi courageusement les suites d*une méprise qui le conduisit en Afrique.

Hasselin,Even, Pageot et Seyeux furent seuls transportés.

Quant à Yilletard, chapelier, depuis longtemps il ne s'occupait plus de politique. Il était accablé des chagrins les plus cruels. Sa femme était devenue folle depuis quelque temps, et quand on l'arrêta, on trouva sur lui la quittance de l'hospice SaintJacques à qui il venait de payer la pension de celle-ci. Il fut relâché quelques jours après son arrestation.

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