OUYE
Fallu, tisseur.
Pascot, tisseur.
PiLLiARD, commissionnaire en soieries.
Raffin, pharmacien.
RiCHERAND.
Saunur, ancien membre du conseil municipal
sous la république.
Imoff.
Ver«ière, horloger.
Vincent (Guillaume), négociant.
^P II y avait en outre un ciloyeu de Venissieui et deai
I autres doat nous n'avons pu retrouver tes noms.
I Nous croyons intéressant de reproduire ici, la Irftra
H que nous avons re^ue da citoyen Ducarre. J
■ en
I di
Mon cher ami, ■
J'ai un engagement h remplir envers vous : k me rappeler l'épisode de 1858. — C'était le 24 février, ^1 jours après l'attentat du 14 janvier. J'ignore qui a en l'tieureuse idée à Lyon de célébrer cet anniversaire parmi empoigoement sur toute la ligne 1 si c'est une attention délicate du grand homme que Lyon pleure encore, pourquoi laisser plus longtemps s.i statue un souffrance sous un hangar T.. . Les conservateurs sont ingrats 1
a Donc le soir du 23 février, tout ce que Lyon comptait d'agents, de mouchards, de sergents de ville et de gendarmes partirent par escouades et par bandes k la chasse aux bandits. On aurait pu ce jour-là inaugurer sans périls une profession pratiquée depuis avec succès : I'assassinat anonyme '. Ce jour-là, la force publique aurait pu donner des raisons : elle avaitautre chose k l^ire.
1. Depuis quelques années, à Ljoq, il 7 a eu un cerlaiD aombrt d'aswssJDals dont jamais les auteurs n'ont Hi découTerU; c'est i m fait que le ciloyeû Ducarre fait allusion.
« Je possède i dix kilomètres de Lyott qm usine qui déjà avait été visîtée en 1851»
« A cette époque je venais de donner ma démissioa de membre et secrétaire du conseil municipal de Lyott. M'empoigtater pour oe fait, eût paru trop excentrique dans le milieu commercial où je vivais. Les magistrats de la commission mixte préférèrent envoyer saccager mon usine par une force respectable qui, dans sa perquisition, enleva des armes de chasse, et prit ce qui loi contenaiti entre autres, une arquebuse à rauet^ cottiprit dans la razzia mon jeune frère âgé de vingt ans qui faabitaît l'usine^ le mit pourrir deux mois dans les casemates de la Yitriolerie, l'ravoya ensuite perdus de douleurs à Avignon pour le rendre enfin aux réclamations de mon père, qui n'a jamais pu savoir de quels forfaits son jeune fils s*était noircie
« Le S4 février 1858^ nouTelle visite i l'usine^ HaUteureusement, ce soir-là, j'étais à Lyon. On franchit les mursi on brise les clôtures, on entre partout excepté par la porte, on menace de tuer les chiens qui se permettent d'aboyer, et après avoir arrêté les vingb-doq personnes habitant la nuit notre maison, on demande : H. Ducarre. Ma femme demande pourquoi ! Une sorte d'argousm lui répond : Qu'est-ce que cela vous f... ?
« Le brigadier de gendarmerie, honteux de la Bitua«> tion, essaye de dire que M. le préfet ayant à causer avec M. Ducarre, l'envoie ch^x^her.... par une vingtaine d'hommes. Ma femme soupçonne une nouveUe édition
gèrent la paille et la vermine du lit de camp. Je trouYti là ,des hommes aujourd'hui morts (entre autre, le fils Drivon : on voulait le père» le père était mort depuis deux ans, on avait empoigné le fils à sa place (il est mort à son tour) ; d*autres vivent encore et vous diront leur histoire. Le lendemain Itts invités du préfet se séparaient, quelques-uns pour aller à Gayenne* à Lambessa ou en internement.
« Voilà conunent le sénateur préfet Yaîsse, seizième d'agent de change, a célébré à Lyon le 24 février 1858.
« Tout à vous : N. Ducarrb. »
Le fait dont parle le citoyen Ducarre, et concernant le citoyen Drivon fils, se produisit en un grand nombre d'autres départements, et eut même à Lyon une seconde édition.
La police avait ordre d'arrêter le citoyen Muo^bt, bien connu autrefois pour son dérouement à la cause démocratique et républicaine, et qui, avant sa mort, habitait une maison sur le plateau de la Croix rousse. Une brigade fut conunandée pour arrêter le vieux républicain, garda avec soin toutes les issues de la maison, s'en fit ouvrir les portes au nom de la .loi, et réclama impérativement le citoyen Millet, mort depuis dix-huit mois !... La réponse à cette injonction ahurit quelque peu les visiteurs nocturnes, comme ,nous dit le citoyen Durand en nous rapportant le fait, toutefois l'instinct de leur
profèMlon Im rappela bien vit* k leur devoir, et I zèletureicit^ par la hoole d'aoe ridicole tentative, s'en sngmenta d'autant. Us insistèrent pour qn'oc leur lirrAl ULUet, et, comme on ne les satisfaisait pag, ils se mirent i fouiller, de la caïe au grenier, la maison du rèpublic*in défunt, et malgré leur» efforts furent contraints de revenir bredouille».
Le seize mars suivant, quelques-uns des citoyens an*- Ue fan-'Ot amenés devant un commissaire de police, ceint (le son écharpe;ils apprirent de ce fonctionnaire au nom du ministre de l'intérieur, qu'ils étaient condamnés à la transportalion en Afrique.
Quinze d'entre eux étaient ainsi condamnés sans antre Corme de procès. Ce sont les cilofeos Durakd, Kappoi, pA«:oT, CHAJto, Favier, Paixu, Andr^, CSAUPAGHOn, CoRHu, Saunier, Vincent, Hicherand, I'smoff.Metzière, et Blain. Tous ils avaient déjà subi les rigueurs du pouvoir, lors du coup d'Ëtat.
Dans la nuit du 16 au 17 mars, ces malhenrem, suis pouvoir embrasser leurs familles, sans avoir pu se procurer des vêtements, du linge et de l'argent (ils n'evuent pas cent francs entre tous), furent emoieDès à lagnra do chemin de EerdeHarseille, placés uni un dam les compartiments d'une voilure cellulaire où tout mouvemmit devenait inapoisible. Ils arrivèrent à Marseille Inisét à ce point que l'opération du dicetlukment ne pnt iftOtùtuer qu'avec le concours des gendarme! qui eatonraient
la voiture. Ils étaient tons engottrâîa et k à&m paralysés.
De Marseille, ils furent embarqués pour Philippeville. On leur avait adjoint deux transportés du Tauduse Bar- RÈRS etBARiLLON. Arrivés à Philippeville, lagendarmeriei les conduisît dans la cour d'une caserne où ils furent en* formel . Vers neuf heures, les républicains, mourant de faimi s'adressèrent aux zouaves consignés dans les chambrées et qui les regardaient avec étonnement par les croisées. Ces courageux soldats, bravant la consigne pour secourir leurs infortunés concitoyens, apportèrent au milieu de la cour deux gamelles de soupe et deux pains prélevés sur leurs rations. Bientét tous les zouaves firent irruption dans la cour, apportant et offrant aux transportés toute la nourriture dont ils disposaient. Alors ce ne iatiplus qu'embrassements, poignées de mains ; on but à la mère patrie, et de copieuses libations aidant, les zouaves parlèrent d'enfreindre tout à fait la consigne et d'aller en ville fêter l'arrivée des transportés. Ceux-ci s*y opposaient pour ne pas compromettre ces braves soldats, mais les zouaves insistèrent, crièrent : Allons enfants, allons y gaiement! et la porte de la caserne céda sous leurs efforts. On se répandit ainsi dans la ville jusqu'au soir, mais le soir venu, où coucher? Quelquesuns en Curent réduits, à aller dormir bous des tentes dressées en dehors de la ville pour servir d'abri aux vagabonds!
A|«%s km 4T0ir Ulstès dans l'iacertitude pendant plu- D ks eole^-a de PliiiippeviUe pour lei' r à Boa* où ils urivèrenl le 2k mars.
14, U gcadutterie les conduisit dans la cour de fMM é» «iUê, où le général Pérîgo, commandant de fa « ■fc g 'i iiiuK les fit Tonner en cercle autour du lui, et k» Iwiimii. I«ur umooçant, qu'ils seraient conduits àSMk^lMtns, où, leur dtt-il,U y a de • très-bonne eai
U t—ifc«atu, en eOet. ils partirent h. pied pour Souk- Bams, où ttt armArsnl cinq jours après, ayant fait an wuOàm d*Ba v^UUe désert prâs de UO kilomètres; ce fat lo tT Dan • rers six heures du soir, qu'ils ûrent leur taMe i So)rt.-Hirns , Tancienne Ttiagaste, la patrie de suit Aa^astia. Us f arrivùrent harassés , brisés, McabUs par las Utiçoes et la maladie- ils furent confiés à U s»^ faa Wigadier qui procéda, dans la chambrée, k Vnpf^ rwaùaal- Le lendemain ils reçurent la visite du coDimuidaat de place, et il lut de nouteau procédé i l'appel nominal. La citoyen Durand nous raconte, dans la relation qu'il dods a adressée, qu'ils furent reçus par les autorités militaires iTec unebienveillance qui contrastait siogulièreiDeot arec la fa^n dont ils aidaient été traités ea FniKe par les autorités civiles, et à ce propos, on noos signale d'autre part un tût qui vient corroborer l'observation du citoyen Durand. A leur arrivée à Souk- Uarras on ae savait où les !(^er, aucune disposition, n'avait été prise, lorsqu'un capitaine de spabis, aussi gé-
— SSl — néreïix lue brave, M. Constant, neveu de Benjamin Constant, interpella le commandant de place et lui dit ; Vous êtes embarrassé de loger ces liotnmesî Si j'étais commandant de place, ce serait bientôt fait! etii s'en alla louer, à ses frais, deux chambres dans une maison inoccupée. Ce fut lui encore qui. plus tard, organisa dans la garnison une souscription au pro6t des transportés, qui étaient dans la misère la plus complète. Il est mort depuis : honneur h sa mémoire 1
Le citoyen Saunier avait fait partie de ce convoi dont ceux qui le composaient transportés d'Alger à Tenez sur le Titan furent enchaînés A une tringle sur l'avant du vaisseau. A ce sujet, le citoyen Ducamp de Ntmes, complétant les renseignements que nous avons donnés à cet égard dans noire récit concernant le département de la Meurlhe, nous affirme que cet ordre barbare n'avait pas été donné par le commandant du Tiian, ... mais qu'il fut trouvé sur la feuille du bord, signé du contre-amiral ..., ancien gouverneur de Cayenne. Les officiers du Titan en étaient eux-mêmes indignés et supplièrent les transportés de ne pas résister (quelques-uns parlaient de se jeter à la mer), afin de ne pas les obliger h mettre de vive force & exécution un ordre par lequel ils étaient eux-mêmes contraints h regret de passer. A chacun la responsabilité de ses actes!
On leur annonça ensuite qu'ils seraient traités comme des soldats, exempts de services^ soumis seulement i
— Mî — rBpi)e). Puis on tear apporta du raUoDS èa vianile et it biscuit. '
Cinq ou sii Jours ^écoalèreDt avaiit qn'ila pu Mn n t nrpreridre l'usaje de leurs jambes.
Ils recevaient bien chaque jour une ration de vitrefl, mais ils n'en étaient pas moins privés de logement, de fournitures de literie, de chaussures, de vêtements, etc., ce qui les mettait dans un état de gène, facile k cornprendre.
On voit, comme le fait observer le citoyen à qui nous devons ces détails, qu'en certaine» choses au moins, le gouremement ne prodigue pas les finances de l'État.
On peut se figurer aisément les souffrances que dorent endurer, loin de leor pays, de leurs familles, de leurs amis , privés des choses les plus nécessaires, ces malheureux républicains jeti5s pêle-mêle dans un village fondé depuis à peine deux mois, au mOiea d'an désert, et éloigné de toute communication.
L'un d'eux, André, mourut bientôt faute de soins. Imoff, k la suite des grandes fatigues qu'il avait endurées, perdit la raison. Un antre, dont noos D'araw pas le nom, parvint & s'évader. Les autres furent pea k peu dispersés dans les différentes provinces.
Us sont tous rentrés en France. Depuis leur rentrée sii sont morts; trois à Lyon : Saunier, Cornu ^ fnier, trois en Afrique ofi il» étaient retournés : Rkheraud, Meyzière et Pallo Sur les quisze trfu^ortés du
Bhône, il en reste donc huit, dont un atteint d'aliénation mentale» les sept autres habitent encore Lyon : Durand y eierce sa profession de médecin^ Vincent y est & la tête d'une maison de commerce, etc,, etc.
Voilh comment ils expièrent, eux aussi, le crime d'ar YOir aiiné la libertâ, la patrie et la république.