INTRODUCTION
Beste ist noch ebwas das uberwunden werden muss.
Fr. NIeTzcHe.
La technique de la chirurgie digestive nous semble parvenue actuellement à un degré de perfection! remarquable. Les statistiques les plus brillantes sont produites dans nos journaux ou dans nos assemblées scientifiques, et elles arrivent à peine à nous étonner. Lorsque des chirurgiens nous citent des séries de 46 gastro-entéro-anastomoses, avec une mort par pneumopathie au 20° jour (M. Robineau), de 28 coleclomies droites avec 26 succès (M. Robineau), ou de 68 colectomies et 2 morts (M. Moynihan), ou encore une série de 21 gastrectomies sans aucun accident (M. Jean Duval) — nous pensons qu'ils ont opéré correctement, tant notre esprit s’est habitué à cette sécurité opératoire qu'ont su nous inspirer nos maîtres.
Et il nous semble évident que maintenant, c’est grâce à une collaboration médico-chirurgicale de plus en plus étroite, que nous arriverons à diminuer encore les aléas de toute intervention (voir l’article de M. Robineau sur « la Mortalité en chirurgie digestive. Presse médicale, février 1933).
Ce qui frappe d'emblée lorsqu'on parcourt la littérature chirurgicale, c’est de constater que les questions de technique pure, dans les interventions gastro-intestinales, qui, jusqu’à ces dernières années, avaient passionné les chirurgiens, leur paraissent à juste titre, actuellement, à peu près jugées et que, libérés de cette préoccupation, ils peuvent consacrer toute leur attention aux problèmes si délicats des indications thérapeutiques.
Et c’est pourquoi nous avons tenu à ce que ce travail soit d’abord un hommage aux chirurgiens d'autrefois qui, par leurs efforts patients et audacieux, ont créé peu à peu cette partie si parfaite de la technique opératoire dont nous bénéficions aujourd’hui.
Mais, d’autre part, il est bon à certains moments que le chirurgien s’arrêtant d'opérer médite sur les bases mêmes de son art, surtout peutêtre sur celles qui lui paraissent les plus acquises et les plus familières
en apparence, telles par exemple que l’asepsie, telle que l’anesthésie,
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telles que les techniques les plus banales : en les comprenant mieux, en pénétrant mieux leur mécanisme, il nous semble qu’il développe infiniment sa puissance et affirme sa maîtrise.
Nous ne croyons pas que le chirurgien moderne ait pris nettement conscience de tous les bouleversements que les progrès scientifiques ont apporté à son art, tant l'esprit humain est lent à se dégager des habitudes qu'il a reçues.
Bien des opérateurs nous paraissent encore trop préoccupés de la durée de l'intervention. En voyant pratiquer à notre maître M. Robineau les opérations les plus diverses de chirurgie nerveuse, de chirurgie des membres, de chirurgie abdominale, nous ayons acquis la conviction que, grâce à une anesthésie douce et sans à-coups et une asepsie rigoureuse, la question de temps n'avait aucune influence sur Île choc opératoire. Au contraire même, une intervention lente permet des manœuvres plus délicates et moins traumatisantes. Et il faut se souvenir toujours en opérant que l’anesthésie n’est que corticale, que toute manœuvre brutale retentit douloureusement sur l’organisme et constitue un élément de gravité certain.
Il est loin le temps où Roland avant de pratiquer une pneumectomie alla en demander la permission à l’évêque et « se fit assurer toute sécurîité par le malade lui-même, par son seigneur, et par près de trente de leurs amis qui assistaient à l'opération ».
Il est loin aussi le temps où Pierre Franco des Turriers en Provence ne pouvant arriver à extraire une calcul par une taille périnéale inventa en un éclair de génie au cours même de l'opération la taille hypogastrique : « Je délibéray, dit-il, avec l’importunité des père, mère et amis, de couper le dit enfant par dessus l’os pubis. »
La « Chirurgie Héroïque » a vécue, et sa parodie la chirurgie spectaculaire des coups d’archet et des records horaires doit être aussi rejetée dans le passé.
L'opérateur pourra évidemment encore parfois se trouver brusquement aux prises avec une de ces circonstances imprévues qui exigent une décision et une action immédiate et à laquelle il est beau de faire face avec élégance. Mais ce sont d’autres qualités que la pratique quotidienne de notre art exigent de nous, et ces vertus, pour être moins apparentes, n’en sont pas moins difficiles. C’est d’abord une patience que rien ne doit rebuter, qui ne se lasse point quelle que soit la difficulté ou la durée de l'intervention. C’est un soin vigilant qui ne néglige aucun détail : un surjet trop serré peut déterminer du sphacèle et nuire à la cicatrisation, une fermeture trop étanche de la paroi
Gr
eut être cause d’hématomes en empéchant un léger épanchement sanguin de suinter au dehors, un catgut trop long, trop de tissu pris dans une ligature et voué à la nécrose sont d’excellents milieux de culture... C’est enfin une préoccupation constante du point de vue physio-
logique et fonctionnel, un penser plus médical. Mais nous retrouvons
déjà le désir de toutes ces vertus chez les plus grands de nos devanciers, Guillaume de Salicet, Lanfranc, Henri de Mondeville. Ils ont espéré et ils ont préparé de tous leurs efforts cet achèvement de la chirurgie auquel nous assistons aujourd'hui.
Et c’est cette évolution de notre art que nous nous sommes efforcés de retracer dans ce travail en étudiant la conquête de l’une de ses techniques les plus délicates.