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LES TÊTES DE FOURMIS

C'est à Suçruta-Samhità que nous devons la première mention de 4 . > . « .

chirurgie abdominale et de sutures digestives (1)

.…. Dans les cas d’épanchement [par perforation] aussi, après avoir extrait la pointe [de la flèche], évacué les écoulements intestinaux, ajusté l'intestin perforé, il faut faire mordre par des fourmis noires. Quand la morsure est faite, il faut retirer le corps en laissant les têtes puis suturer comme précédemment. »

On retrouve ces pratiques exposées à peu près dans les mêmes termes dans le Cikitsästhâäna de Caraka (1° siècle de notre ère), puis plus tard vers le vrr° siècle dans les œuvres de Vâgbhata. Elles disparaîtront par contre des œuvres postérieures au x1° siècle qui semble marquer la décadence de la chirurgie hindoue.

Par une tradition remarquable, ce procédé s’est transmis chez les médecins arabes jusqu’à nos jours et M. de Monfreid a pu voir traiter ainsi en 1914 sur la côte des Somali une plaie de l’estomac par coup de lance. La technique opératoire fut exactement celle décrite par Suçruta.

Cependant, lors qu’au xr° siècle Abulcasis cite ce mode de suture (2), et bien qu'il eût eu grand soin d’en laisser la responsabilité aux « Empiriques », il prit figure de novateur ; et jusqu’au xvn° siècle tous les traités de chirurgie discuteront le « procédé d’Abulcasis » pour le condamner d’ailleurs sévèrement. Fallope ne croit cette suture applicable qu'aux Arabes « dont l'intestin est résistant et solide comme du cuir » et son élève Fabrice d’Aquapendente la déconseille, « parce que la teste de fourmy morte se relâche et tombe aisément par le frottement

des intestins : outre qu’en hyver les fourmys ne se trouvent point, et en esté on n’a pas toujours loisir d’aller les chercher. »

Mais les têtes de fourmis même mortes sont plus tenaces que ne pensait Fabrice : sous forme de serre-fines de Furnari, de pinces de Suarez ou d’agrafes de Michel, elles réapparaîtront dans l’arsenal chirurgical moderne et Péan en 1869, M. J.-L. Faure en 1895, Chaput en 1901, M. de Petz en 1927 décriront grâce à elles de nouveaux procédés de sutures intestinales.

(1) Le texte nous révèle une chirurgie d’une audace stupéfiante :

« En cas d'occlusion intestinale et d'épanchement [abdominal] le malade est d'abord fomenté et oint de substances onctueuses. Après avoir, au-dessous de l’ombilie et à quatre doigts à gauche de la ligne des poils incisé l’abdomen sur une longueur de quatre doigts, extrait les intestins, examiné attentivement, retiré la pierre faisant obstacle dans l'intestin [du malade atteint] d'occlusion intestinale ou la concrétion ou [l'obstacle] qui résulte des ordures et après avoir fait une onction de miel et de beurre fondu et disposé les intestins en place comme ils étaient [auparavant] il faut suturer la plaie extérieure de l’abdomen. Dans le cas d'épanchement [par perforation] aussi, après avoir extrait la pointe [de la flèche] évacué les écoulements intestinaux, ajusté l'intestin perforé, il faut faire mordre par des fourmis noires. Quand la morsure est faite il faut retirer le corps en laissant les têtes puis suturer comme précédemment, Le rapprochement [des lèvres de la plaie cutanée] doit se faire comme il a été dit et après avoir fait une onction de terre noire mêlée à de la réglisse il faut appliquer comme traitement un bandage. Puis après avoir introduit [le malade] dans un local tranquille, il faut prescrire les soins et l'installer dans une cuve d'huile ou de beurre fondu en le mettant au régime lacté. » (Cikitsästhâna, ch. xIV, paragr. 17.)

Dalhana commentant ce passage est d'avis que : « c’est une intervention aléaer faut-il n'intervenir qu'après avoir demandé au roi et s'être [d’abord] récusé ».

Il est difficile de l'avis des indianistes les plus autorisés d’assigner une date exacte à la rédaction de l'ouvrage de Suçruta. Cependant M. le Dr Filliozat qui a eu l'extrême obligeance de traduire pour nous ce texte du sanscrit et auquel nous devons toute notre documentation sur la chirurgie hindoue, ce dont nous lui exprimons je1 notre gratitude, estime que, dans l’'énsemble l'œuvre peut être considérée comme antérieure à l'ère chrétienne. D'ailleurs, ni Suçruta ni Caraka ne se donnent pour des novateurs : ils ne font que propager les enseignements de la célèbre école de Takshacilâ (la Taxile des Grecs) où déjà Jivaka, médecin du Bouddha, s'était initié à l’art de la trépanation.

(2) « On prend des fourmis à grande tête, on réunit les bords de la plaie et on applique une fourmi, la bouche béante sur les deux lèvres de la plaie. Une fois qu'elle a fermé la bouche en rapprochant les mandibules on lui coupe la tête qui reste dès lors adhérente et ne s’enlève plus. On prend une autre fourmi que l'on place près de la première et l'on continue d’en appliquer d'autres suivant l'étendue de la plaie. » (Chirurgie, chap. LxxxvII.)

Fallope précise que seules « les grandes fourmis aïlées qu'on trouve dans les creux des saules » sont propres à cet usage, et il ajoute un détail technique savoureux : il faut, lorsque la fourmi est placée, « serrer son abdomen entre les doigts un instant, afin que de douleur la fourmi morde plus fort » (ut ex dolore formica valide PR eg Me puis s'étant assuré aus est bien accrochée, op la décapite.

(Ch. x1x : De curatione intestinorum.…)

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