VIEUX SOLDAT
SOUVENIR
ENDANT vers les passants une main suppliante , L n vieux soldat français , les yeux rougis de pleurs , S'écriait , d'une voix affaiblie et tremblante :
« Passants, d'un vieux guerrier soulagez les douleurs;
» Si vous êtes français secourez ma misère ;
)) Je bénirai le pain que je tiendrai de vous ;
)) Au nom de la patrie , au nom de cette mère ,
« Donnez , un de ses fils embrasse vos genoux, d
Dans les champs de riionucur, autrefois redoutable. On le vit le premier à Theure des combats ; Aujourd'hui sans secours , infirme , misérable , Sur la paille et sans pain, il attend le trépas. Était-ce là grand Dieu! le prix de sa vaillance? Lui qu'on a décoré du signe de l'honneur , Lui, qui versa son sang pour défendre la France , On le laisse expirer de faim et de douleur.
Souvent quand il est seul , de celte main meurtrie , Qui lançait le trépas du sein des bataillons , Il presse sur son cœur cette étoile chérie Qu'il cache avec respect sous ses humbles haillons , Alors, parfois il dit ! « Témoin de ma souffrance, » 0 signe révéré, noble signe d'honneur ! )) Va ne crains pas, hélas, que je montre à la France •» En t'cxposant aux yeux , sa honte et mon malheur.
» Je sens rougir mon front d'orgueil et de colère ! » France! voilà le sort de tes anciens soldats? )) Quoi ! tu peux nous laisser languir dans la misère M Quand nous avons pour toi vieilli dans les combats? )) Lopprobre et le mépris, est' ce la récompense )) Quon destinait, hélas, à tes vieux défenseurs? » Et devons nous cacher, réponds, ô chère France, )) \os exploits , nos regrets et jusques à nos pleurs?
)> Du Xil à la Neva, du Tibre juscju'au Tage ,
)) Rien n"a pu résistera l'effort de nos bras;
)) Les ennemis en vain , nous opposant leur rage,
)) De cent pays divers accouraient aux combats;
)) Nous savions les dompter tous ces peuples avides ,
)) Ils frémissaient d" effroi devant notre drapeau :
)) Les orgueilleux enfants des hautes pvranudcs ,
)) Ont fui devant nos pas , comme fuit un troupeau.
)) Oui , je le sens encor , mon amour pour la France
)) Comme aux jours d'autrefois vient embraser mon cœur;
» Ce ruban me suffit , il est ma récompense ,
)) Il me fait oublier , mes maux et ma douleur.
)) Si l'on me laisse, hclas, expirer de misère ,
:» Si tes dons, jusqu'à moi , ne sont point parvenus ,
» Un fds ! un fils doit-il , se plaindre de sa mère,
)) Va , contre toi , mon cœur ne murmurera plus.
)) Je n'ai plus qu'un seul bras ! il est pour ta défense ,
» Ah ! sil pouvait un jour punir les étrangers ! !
)) Sous ces cheveux blanchis , oui , j'irai pour la France ,
» Comme autrefois encor , affronter les dangers ,
)) J'irai )).... mais du soleil se cachait la lumière,
Le vieux soldat français essuya quelques pleurs
Et reprenant soudain , son chemin solitaire
Il arriva pensif à son lit de douleurs.
Bientôt il ne vint plus à son heure ordinaire ,
Implorer tristement les dons du voyageur ;
Un soir, un jeune enfant , le vit sur une pierre ,
Couché , sans mouvement et couvert de pâleur;
Ses yeux étaient fermés , sa tête languissante ,
Son front cicatrisé parlait de sa valeur,
Il tenait un ruhan dans sa main défaillante
De pleurs humide encor c'était sa croix dhonneur.
LERMITAGE.