‹ Les SylphidesChapitre 27 sur 31 · SOUVENIR DE TURIN · texte numérisé non relu

SOUVENIR DE TURIN

Lu grandeur et la gloire! pdiKons nou'. encore entendre ces noms dans ce triomphe de ia mon ?

BOSSOET.

^^ui nous révélera ces sublimes mystères , Dont nous interrogeons envain les caractères

Sur ce monument colossal?

Qui nous dira quel tems , quelle époque ils retracent ? Livre éternel et mort ! sur lui les siècles passent

Sans ébranler son piédestal.

De quelle nation conserve- t-il la gloire? Géants, qui choisissaient pour graver leur histoire

Un livre aux feuillets de granit?

Hélas , notre pensée et petite et mesquine Ne comprend plus ce peuple à l'antique origine

Où le monde eut son nid.

L'immobile silence assis sur cette pierre

Du poids de si'i mille ans écrasant leur poussière

Triomphe du tems effacé; Leur voix morte n'a plus des sons pour nos oreilles ; Le désert seulement a gardé leurs merveilles

Pour nous dire qu'ils ont passé.

Alphabet incompris, qui confond nos sciences! Chiffres mystérieux , qui de tant de croyances

Renfermez les secrets divers ; Peut-être est-il écrit sur vos pages de pierre Les chocs qui tour-à-tour ont ébranlé la terre

Et les phases de l'univers?

Peut-être saurions-nous , combien de fois le monde , Secoua dans les cieux, comme une fange immonde ,

Le genre humain vieilli ; Rejetant au néant les noms de sa victime , Qui vont s'engloutissant dans l'éternel abîme,

Dévorés par le vaste oubli.

Peut-ctrc saurions-nous, quelles mains colossales, Ont jeté dans les airs ces gigantesques dalles

Comme un monument immortel ; Qui , sur les flancs du globe , incrustant leur mémoire , Par un penser sublime , éternisait leur gloire

Avec Toeuvre de l'Eternel.

Quand du tems l'aile impitoyable, Aura- balayé nos cités ,

Et couvert d'une mer de sable Tous nos empires habités ; Quel monument , dressant la tète , Comme un phare dans la tempête Surgira du sein des débris? Dominant la race passée D'une sur-humaine pensée Frappera l'avenir surpris?

Oh qui dira ce que nous sommes î Quand nos langues mêmes sans noms N'auront plus d'écho chez les hommes Qui puisse répéter nos sons?

Quand nos cultes et nos sciences , Nos mœurs , nos gloires , nos croyances Et nos souvenirs confondus , Auront à leur tour , dans l'espace Glissés sans laisser plus de trace Que le flux et que le reflux.

Alors , à la race nouvelic Pour perler notre souvenir.

Parlez? quelle voix pourra-t-elle Tonner encor dans l'avenir?

Et (le quelle œuvre magnanime Jetez-vous la trace sublime ?

Jalons , de la postérité !

De l'homme impérissable ouvrage Et qui semble offrir une imago De l'immobile éternité.

Ilatons-nous de laisser l'empreinte ,

Que fait la trace de nos pas;

La génération éteinte

Ne nous avertit-elle pas?

Sur chaque couche de la terre

Le tems a broyé sa poussière.

Où s'entassent les fondements

Des races encor à renaître

Qui sur nous à leur tour , pcul-ctre ,

Germeront de nos osscmens.

Conquérants', c'est ici que l'on rêve la gloire!. .. Quoi! le tems a déjà dévoré la mémoire

De ce peuple plus que géant , Qui roulait au désert les hautes pyramides! Hommes prodigieux ! et dont les noms splendides

Durent étonner le néant.

Dans la nuit du passé se ^perd leur origine ; Mais ce vaste secret, écrit sur la ruine

Est-il donc mort pour l'avenir?

Et lorsque de ce tems j'évoque la poussière , Nulle ombre ne s'élance , et ne brise la pierre

Pour nous jeter un souvenir ?

Quoi ! muets à jamais , nul c-cho qui réponde Dont la fibre puissante ébranle encor le monde Après six mille ans de repos?

Quoi le livide oubli? quoi l clcrnel silence Nous tlérobera-t-il sous son linceul immense L immense peuple des tombcauxV

^«on î non ! champolliox a soufflé sur sa cendre ; Le passé ranimé se lève pour l'entendre

Quand il l'appelle par son nom ; Sa voi\ a dit : debouts: et les siècles en foule Contemplent étonnés celte main qui déroule

Les annales de Pharaon.

C'est lui, qui le premier lut dans la grande histoire! Qui , des tems oubliés ose fixer la gloire

Qu'il exhume de ses débris.

Rien ne peut échapper à ses regards avides ; El sublime , il médite assis aux pyramides ,

Les destins du grand Sésostris.

Car la voix du passé , vibre encor et lui porte Les sons ressuscites de cette langue morte

Que son génie a découvert.

Ces chiffres incompris lui révèlent leur âge : Du registre du monde il a tourné la page ,

C'est le premier qui l'est ouvert.

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