SOUVENIR DE TURIN
Lu grandeur et la gloire! pdiKons nou'. encore entendre ces noms dans ce triomphe de ia mon ?
BOSSOET.
^^ui nous révélera ces sublimes mystères , Dont nous interrogeons envain les caractères
Sur ce monument colossal?
Qui nous dira quel tems , quelle époque ils retracent ? Livre éternel et mort ! sur lui les siècles passent
Sans ébranler son piédestal.
De quelle nation conserve- t-il la gloire? Géants, qui choisissaient pour graver leur histoire
Un livre aux feuillets de granit?
Hélas , notre pensée et petite et mesquine Ne comprend plus ce peuple à l'antique origine
Où le monde eut son nid.
L'immobile silence assis sur cette pierre
Du poids de si'i mille ans écrasant leur poussière
Triomphe du tems effacé; Leur voix morte n'a plus des sons pour nos oreilles ; Le désert seulement a gardé leurs merveilles
Pour nous dire qu'ils ont passé.
Alphabet incompris, qui confond nos sciences! Chiffres mystérieux , qui de tant de croyances
Renfermez les secrets divers ; Peut-être est-il écrit sur vos pages de pierre Les chocs qui tour-à-tour ont ébranlé la terre
Et les phases de l'univers?
Peut-être saurions-nous , combien de fois le monde , Secoua dans les cieux, comme une fange immonde ,
Le genre humain vieilli ; Rejetant au néant les noms de sa victime , Qui vont s'engloutissant dans l'éternel abîme,
Dévorés par le vaste oubli.
Peut-ctrc saurions-nous, quelles mains colossales, Ont jeté dans les airs ces gigantesques dalles
Comme un monument immortel ; Qui , sur les flancs du globe , incrustant leur mémoire , Par un penser sublime , éternisait leur gloire
Avec Toeuvre de l'Eternel.
Quand du tems l'aile impitoyable, Aura- balayé nos cités ,
Et couvert d'une mer de sable Tous nos empires habités ; Quel monument , dressant la tète , Comme un phare dans la tempête Surgira du sein des débris? Dominant la race passée D'une sur-humaine pensée Frappera l'avenir surpris?
Oh qui dira ce que nous sommes î Quand nos langues mêmes sans noms N'auront plus d'écho chez les hommes Qui puisse répéter nos sons?
Quand nos cultes et nos sciences , Nos mœurs , nos gloires , nos croyances Et nos souvenirs confondus , Auront à leur tour , dans l'espace Glissés sans laisser plus de trace Que le flux et que le reflux.
Alors , à la race nouvelic Pour perler notre souvenir.
Parlez? quelle voix pourra-t-elle Tonner encor dans l'avenir?
Et (le quelle œuvre magnanime Jetez-vous la trace sublime ?
Jalons , de la postérité !
De l'homme impérissable ouvrage Et qui semble offrir une imago De l'immobile éternité.
Ilatons-nous de laisser l'empreinte ,
Que fait la trace de nos pas;
La génération éteinte
Ne nous avertit-elle pas?
Sur chaque couche de la terre
Le tems a broyé sa poussière.
Où s'entassent les fondements
Des races encor à renaître
Qui sur nous à leur tour , pcul-ctre ,
Germeront de nos osscmens.
Conquérants', c'est ici que l'on rêve la gloire!. .. Quoi! le tems a déjà dévoré la mémoire
De ce peuple plus que géant , Qui roulait au désert les hautes pyramides! Hommes prodigieux ! et dont les noms splendides
Durent étonner le néant.
Dans la nuit du passé se ^perd leur origine ; Mais ce vaste secret, écrit sur la ruine
Est-il donc mort pour l'avenir?
Et lorsque de ce tems j'évoque la poussière , Nulle ombre ne s'élance , et ne brise la pierre
Pour nous jeter un souvenir ?
Quoi ! muets à jamais , nul c-cho qui réponde Dont la fibre puissante ébranle encor le monde Après six mille ans de repos?
Quoi le livide oubli? quoi l clcrnel silence Nous tlérobera-t-il sous son linceul immense L immense peuple des tombcauxV
^«on î non ! champolliox a soufflé sur sa cendre ; Le passé ranimé se lève pour l'entendre
Quand il l'appelle par son nom ; Sa voi\ a dit : debouts: et les siècles en foule Contemplent étonnés celte main qui déroule
Les annales de Pharaon.
C'est lui, qui le premier lut dans la grande histoire! Qui , des tems oubliés ose fixer la gloire
Qu'il exhume de ses débris.
Rien ne peut échapper à ses regards avides ; El sublime , il médite assis aux pyramides ,
Les destins du grand Sésostris.
Car la voix du passé , vibre encor et lui porte Les sons ressuscites de cette langue morte
Que son génie a découvert.
Ces chiffres incompris lui révèlent leur âge : Du registre du monde il a tourné la page ,
C'est le premier qui l'est ouvert.