‹ Les SylphidesChapitre 30 sur 31 · OTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

OTE QUATRIEME

Réveillez les beaux jours de la Grèce et de Rome , Génois , américains î pour voiler ses malheurs Et consoler son ombre, aux pieds de ce grand homme Portez des lauriers et des fleurs.

On parlait beaucoup à cette époque, du projet d'élever un monument à Colomb, surle sol même qu'illustra sa naissance, et, ce monument, disait-on, devait être érigé du produit d'une souscription ouverte par les Génois et les descendants

de ces hommes qu'il rendit à la société , à la civilisation , bien plus, qu'il fit participer aux sublimes lumières du christianisme. Peuples créés par lui, une seconde fois , arrachés au néant et aux ténèbres de l'idolâtrie ; d'un mot il féconda leur intelligence, prépara leur bonheur éternel et leur prospérité à venir. Si l'humanité gémit des cruautés horribles exercées plus tard dans ces paisibles contrées , ce n'est poiul Colomb qui attira ces malheurs sur les peuples qu'il a découverts, mais la cupidité, l'avarice, le fanatisme et lignorance de ces tems d'erreurs et de corruptions; il n'en est pas moins vrai, que la découverte de Colomb eut des résultats dun avantage immense, sa mission était sublime, comme celle de Guttem-

berg ! OEuvres sur-humaines ! qui devaient changera

jamais le cours des idées et des opinions, pivots sur lesquels tournent les civilisations modernes; béliers, dont le choc puissant écroule ces vieux débris d'ignorance et d'erreurs (lui emmaillottent encor l'intelligence humaine; tocsin de la raison , qui donna le branle au monde étonné et remua fortement tous les cœurs et tous les esprits, Colomb et Guttemberg ! vos prodigieuses découvertes ont lancé la pensée et la puissance humaine sur le champ immense de l'infini.

Honneur et gloire à votre immortel souvenir! que l'homme s'incline et fléchisse le genoux devant vos grandes images! Puissent nos vœux être réalisés , et qu'un monument consacré à la mémoire de Colomb, rappelle un jour, à l'étranger

surpris , en parcourant Gènes la superbe , cité de marbre et d'enchantements , belle et resplendissante comme une création magique, qu'unmonument, dis-jc, vienne rappeler à son cœur ému , qu'il foule le sol natal de ce Colomb dont le nom seu'. semble rapprocher les deux mondes }>ar un sentiment de respect et de reconnaissance.

PIETRO MICCA.

^"OTE CINQUIÈMIi

i^N retrouvera, peut-être ici, avec plaisir, quelques légers détails sur le noble dévouement de Pietro Micca , caporal des mineurs , une des plus belles pages de nos glorieuses annales.

Lors du siège de Turin, en 170G , dix mille hommes seulement à la tête desquels se trouvait le brave gouverneur Daun défendaient la ville investie par 40,000 franeais, commandés par le duc d'Orléans , le maréchal de Marsin et le duc de la Fetiillade.

Les Français s'étaient emparés d'une des poternes de la citadelle de Turin , dont ils allaient se rendre maîtres et parla , de la ville entière, livrée alors sans défense à l'ennemi et épuisée d'ailleurs par la résistance héroïque que depuis plus de trois mois elle opposait aux assiégeanls. Pietro Micca, travaillait à préparer une mine au fond du souterrain , sous la porte même , par où les Français allaient pénétrer dans la citadelle ; lorsque les pas des ennemis etentissants sur sa tête lui révèlent le danger de la patrie :

« Recommandez ma femme et mes enfants au roi, dit le généreux soldat à l'officier qui surveillait les travaux , et sauvezvous. » L'officier s'éloigne et le magnanime Miccamet le feu à la mine dont l'explosion fait sauter et le bastion et les soldats français qui déjà arboraient leur étendart , et le héros qui sacrifiait sa vie au salut de son pays et de son roi. Cette glorieuse action , en faisant avorter les projets des assiégeants donna au prince Eugène le tems de voler au secours de Turin , après avoir passé le Pô à la vue du duc d'Orléans, il traversa le Tanaro malgré Vendôme, rejoignit le duc de Savoie Victor Amédée II et vint présenter la bataille à l'armée française sous les murs de Turin , le 7 septembre 1706 ; la mésintelligence régnait parmi les généraux français ; le duc d'Orléans voulait attaquer le prince Eugène ; Marsin retenu , dit-on , par des ordres secrets de la cour de France , prit le partit d'attendre : le prince Eugène s'avance impétueusement, attaque les retranchemens et les forcent dans moms de deux heures ; le duc d'Orléans fut blessé et le maréchal de Marsin perdit la vie , il fut enterré dans l'église des Capucins du Mont et l'on grava cette singulière épitaphe sur sa tombe :

Ci-gil le maréchal Marsin

Et le bâton de Feuilladin.

Car on croyait alors , assez généralement , que la prise de Turin aurait valu le titre de maréchal de France au duc

de la Feuillade , l'homme le plus brillant et le plus futile de la cour de Louis xiv. Les Français dispersés et vaincus levèrent le siège de Turin , le 8 septembre de la même année, se retirèrent vers Pignerol et perdirent dans un seul combat en moins de 3 heures le Modenais , le Milanais , le Mantouan , le Piémont qu'ils évacuèrent et enfin le royaume de Naples.

Etait-ce à des hommes aussi médiocres qu'un la Feuillade et qu'un de Marsin , qu'il était donné d'arrêter l'essor du prince Eugène? quels talents , quelle renommée pouvaientils opposera ce génie prodigieux et entreprenant? les obstacles irritaient sa bravoure sans ébranler sa constance , d'un coupd'œil vaste et assuré, il savait calculer et prévoir les chances d'un combat , sa vigilance surprenait et trompait tous les desseins des ennemis que sa prudence mettait toujours en défaut. Ferme et profond dans ses entreprises , jamais il ne laissa inexécutée une grande pensée, son courage , si bouillant et si intrépide , à Belgrade fut une heureuse et sublime témérité , une valeur héroïque , un sang-froid calme et raisonné , un esprit vaste et lumineux , une connaissance profonde des hommes et de l'art de la guerre , une promptitude admirable, une prévoyance active et sûre. Telles étaient les qualités guerrières du prince Eugène, et si à ces rares talents on veut opposer ses vertus privées , on le retrouvera également grand et magnanime ; à cet indomptable courage qui pour si

long-tems fit les tleslias de l'Europe ; le héros alliait une douce et craintive modestie , tempérait l'éclat de sa grandeur et de sa gloire par une touchante urbanité et voilait des connaissances aussi vastes que variées sous l'aimable abandon de la simplicité et de l'indulgence.

Ce fut à la paix d'Utrecht en 1713 que Victor Amédée lï fut nommé roi de Sicile et ensuite de Sardaigne , titre que ses successeurs ont si dignement porté jusqu'à nos jours et qu'illustre encore l'auguste descendant du prince Eugène , S. M. Charles Albert, qui occupe si glorieusement le trône, et qui joint aux rares talents et aux grandes et magnanimes qualités de son aïeul une touchante et paternelle sollicitude pour le bonheur et l'avenir de son peuple , et dont la brillante auréole de gloire, resplendissante , couronnera chez la postérité le nom bien-aimé du législateur du Piémont.

Terminons cette notice , en ajoutant que Victor Amédée accorda une pension à perpétuité à la famille du magnanime

Micca, dont jouit encore le dernier descendant du généreux soldat , juste récompense accordée à la mémoire d'un brave j et au sublimo dévouement qui lui fit sauver la patrie , que son nom et son action honorent également.

LE

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