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VIEUX SOLDAT

îsOTE SIXIEME,

AI conservé cette romance , consacrée pour moi par un touchant et pieux souvenir: puis-je oublier quelle charma ks derniers jours de mon père! * vieux guerrier lui-même , ses larmes coulaient aux récits des malheurs passés de ses anciens compagnons de gloire et d'infortune! Habituée dès mes premières années aux chaleureux discours du noble vieillard, mon ames'étaitimpressionnéedesespenséeset deses affections. Que de fois! dans nos soirées d'hiver, assise à ses genoux, émue et tremblante, écoulais-je avec ravissement ses longs récits de batailles ! Tout le feu de la jeunesse et de l'inspiration animait alors ses traits graves et mélancoliques et cette vois, si douce et si sonore qui n'eut jamais pour moi que des mots de bonheur et d'amour ! . . . . Ses yeux rêveurs cherchaient encor à voir ses eofans chéris , hélas , avec ce doux et suave regard

1, Feu M. Luuiî Saijcrii.j, lieul. cloue 1 d'infault-rie .. au sr.riice dt l.i Frju. c.

qui ne pouvait plus rencontrer les nôtres ! Alors , le son

de nos voix enfantines égayait cette ame forte, que le malheur ne fit jamais plier : et lorsqu'un jour, à peine âgée de 14 ans, palpitante de joie, je vins m'élaneer dans ses bras, ma romance à la main et que je vis ce vieillard adoré sourire à la lecture de ce frêle essai et applaudir avec toute la bonté d'un père à mes premiers vers, qui semblaient lui retracer ses propres émotions ; oh alors , je me sentis si heureuse , que je vouai à celte pièce un espèce de religieux sentiment de rjconnaissance.

J'ose donc réclamer plus vivement encore, lindulgence des lecteurs à l'égard de ce morceau de poésie ; puissent-ils ne pas oublier, que c'est l'œuvre d'une enfant de 14 ans, animée par le seul désir de charmer un instant les ennuis d'un père aveugle et adoré.

Note de l'Editeur. Nous ne pouvons nous empêcher d'ajouter quelques lignes à cette note : disons que cette pièce, qui dans un âge si tendre semblait révéler un poète à venir ; attira de nombreux éloges à la jeune muse, M. Jauvy de Grasse (Var), littérateur distingué , enlevé trop tôt *■ à la brillante carrière que semblaient lui réserv er ses talens , et à l'amour de son épouse et de cinq jeunes enfans ! Se

(i) Mort à Grasse du choiera, clans le mois de s^pirmbre iSJs.

liàta d'adresser une ode à M."^ Sasserno , dont le lecteur nous saura gré sans doute d'insérer ici une strophe.

Quand le pauvre soldat, vieilli dans les batailles , Réclame deux deniers pour soutenir ses jours : Pour ce vivant débris de tant de funérailles Quand votre voix louchante implore nos secours; J'ai cru voir Bélisaire aux pieds d'une Antigène

Essuyer doucement ses pleurs ; Tandis que la beauté va tendant à l'aumône Vn vieux casque chargé de gloire et de malheurs.

NAPLES

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