PRINCIPE DE LA SYMBOLIQUE
L’origine de la science des symboles se perd dans la nuit des temps, et semble se rattacher au berceau de l’humanité; les plus anciens cultes en subirent la loi; les arts du dessin, l’architecture, la statuaire et la peinture, naquirent sous son influence, et récriture primitive fut encore une de ses applications.
Les symboles avant de se traduire dans la langue écrite existaient-ils dans la langue parlée? La parole primitive fut-elle la source des symboles? Telles sont les questions qui forment la base de ces recherches.
Les premiers hommes pour exprimer les idées abstraites empruntaient des images à la nature qui les environnait ; par une intuition surprenante, ils attachaient à chaque race animale, à chaque espèce,
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aux plantes, aux éléments, les idées de beauté, de laideur, de bien ou de mal , d’affection ou de haine, de pureté ou de souillure, de vérité ou d’erreur.
Ces pères de l’humanité ne comparaient pas, mais ils nommaient les idées par leurs correspondances dans le monde matériel : voulaient-ils dire le roi d’un peuple obéissant, ils ne l’assimilaient pas à une abeille gouvernant une ruche soumise, mais ils le nommaient abeille ; voulaient-ils dire la piété filiale , ils ne la comparaient pas à la cigogne qui nourrit sa famille , mais ils la nommaient cigogne ; exprimaientils la puissance , ils la nommaient taureau ; la puissance de l’homme , le bras ; la force de l'âme , lion ; Ydme qui s’élève vers le ciel, l’épervier qui plane dans les nues, et qui fixe le soleil de ses regards.
L’écriture primitive , image de la primitive parole, fut uniquement composée de caractères symboliques ; l’exemple de la Chine et du Mexique le démontre, et les symboles que nous venons de citer en sont le témoignage dans l’écriture égyptienne (1).
Si le principe que nous venons de poser est vrai ,
(i) Scion toute apparence, d’après M. Champollion, les Égyptiens usèrent d’abord de caractères figuratifs et symboliques {Précis , p. 358'. M. Lepsius pense également que l’ccriture égyptienne fut d’abord complètement idéographique ( Annales de l’Insli/ul de correspondance archéologique , loin. IX, p. 24, an 1837).
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la parole des premiers peuples dut imprimer des traces profondes de ces homonymies dans les plus anciennes langues connues ; sans doute dans la suite des temps l’expression figurée passa de l’état tropique à l’état abstrait; en prononçant le mot abeille, et en y attachant l’idée de roi , les descendants des patriarches ne pensèrent plus à l’insecte qui vit dans une monarchie réglée : dès lors s’effectua un changement de prononciation d’abord insensible, mais qui, dégénérant de langue en langue , finit par faire disparaître toute trace de symbolisme; une poésie morte déshérita alors la poésie vivante des âges antiques , on ne nomma plus , on compara , et la rhétorique vint remplacer la langue des symboles.
Cette théorie résulte des faits qui suivent :
Horapollon enseigne le principe de la symbolique égyptienne en disant que l’épervier est le symbole de lame , parce que dans la langue égyptienne le nom de l’épervier est baieth , et qu’il signifie Y âme et le cœur : bai lame , et eth le cœur. (Horap. I. 7.)
Ainsi en Egypte la symbolique reposait sur ce lait que le nom d’un symbole renfermait Vidée ou les idées symbolisées, puisque l’épervier empruntait sa signification aux deux racines de son nom.
Le témoignage d’Horapollon nous paraît positif; est-il irrécusable?
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La connaissance des symboles, qui a servi à M. Champollion , et qui sert encore aux savants actuels à lire les textes égyptiens, s’appuie presque en totalité sur Horapollon : la pierre de Rosette a montré l’emploi de ces caractères mêlés à l'écriture alphabétique , en confirmant en partie l’écrit du hiérogrammate égyptien.
« Je n’ai reconnu jusqu’ici dans les textes « hiéroglyphiques, dit M. Champollion, que trente « seulement des soixante-dix objets physiques indi- * qués par Horapollon , dans son livre premier, « comme signes symboliques de certaines idées ; et « sur ces trente caractères, il en est treize seulement, « savoir : le croissant de la lune renversé, le sca- « rabée, le vautour, les parties antérieures du lion, « les trois vases , le lièvre , Yibis, Y encrier, le ro- « seau , le taureau , l’oie chenalopex , la tête de cou- « coupha et Y abeille, qui paraissent réellement avoir « dans ces textes le sens qu 'Horapollon leur at- « tri bue.
« Mais la plupart des images symboliques indi- « quées dans tout le livre premier d’Horapollon , et « dans la partie du deuxième qui semble le plus au- « thentique, se retrouvent dans des tableaux sculptés « ou peints, soit sur les murs des temples et des € palais , sur les parois des tombeaux , soit dans les
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« manuscrits , sur les enveloppes et cercueils des «momies, sur les amulettes, etc. » ( Précis , p. 348.)
M. Champollion n’hésite pas non seulement dans la lecture des inscriptions, mais égalementdansl’examen des autres monuments , à donner aux formes symboliques la signification que leur assigne Horapollon ; la Notice descriptive des monuments égyptiens du Musée de Paris montre toute la foi que le savant français avait dans l’écrivain niliaque.
Horapollon n’a donc pas pu se tromper en énonçant , comme un fait connu de son temps , que tel signe avait telle signification , parce que son nom portait cette signification. On peut inventer le sens d’un symbole , ou le détourner de celui qu’il possède réellement , mais qu’un scribe égyptien suppose un principe aussi extraordinaire que celui de l’homonymie, et que ce principe soit faux, c’est ce que nous ne saurions admettre.
Ce raisonnement a paru concluant à plusieurs savants qui se sont occupés des écritures égyptiennes ; l’un des premiers , le célèbre auteur du Traité des Obélisques, Zoéga, le reconnaissait en principe.
« La nomenclature exposée par Zoéga dans son « Traité sur les Obélisques, dit le docteur Dujardin, « admettait pour les signes hiéroglyphiques un
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« emploi phonétique dans lequel les caractères de « l’écriture sacrée jouaient un rôleanalogue àcelui des « figures dont se composent nos rébus. Horapollon,
* sur la foi duquel Zoéga avait admis ce cinquième « mode d’expression, nous en cite un seul exemple :
« il nous montre l’aigle ou l’épervier employé, non « plus figurativement pour représenter l’oiseau qui « porte . ce nom , non plus tropiquement pour expri- « mer l’idée d’élévation , non plus énigmatiquement t pour rappeler l’idée du dieu Horus , mais phonétic quement pour désigner lame. Les deux noms de
* l’épervier et de l’âme sonnant à l’oreille de la « même manière, ces deux choses, quoique fort « différentes, étant homonymes, dès que la figure « de lepervier se trouvait employée pour rappeler t seulement le nom de cet oiseau , on sent que de « cet emploi pouvait résulter l’expression de l’idée « âme.
< Ce dernier mode d’expression a été signalé par « d’Origny dans ses Recherches sur l’Egypte an- « cienne , par Zoéga dans son Traité sur les Obé- « lisques, comme devant former, si réellement on « en fait usage, un obstacle presque insurmontable
* à l’interprétation d’un grand nombre de tableaux « hiéroglyphiques. Toute langue s’altère par le laps « des siècles , il est à croire que La langue égyp-
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« tienne n’aura pu traverser des milliers d’années « sans éprouver des changements , des modifica- « tions peut-être assez grandes; or , dans un pareil c travail, les homonymies primitives s’effacent et « disparaissent, et l’on en voit apparaître de nou- « velles. La forme des objets , leurs qualités natu- « relies ne changent pas; aussi peut-on regarder « comme offrant les mêmes résultats , à deux épo- * ques fort distantes l’une de l’autre , des modes « d’expressions fondés sur cette forme , sur ces qua- « lités ; mais les noms changent avec le temps , si « bien que telle figure qui , à cause de son nom , «• aura pu rappeler telle idée à certaine époque , « pourra, plus tard, par suite des changements « que ce nom aura subis, rappeler toute autre « idée que celle qui était dans l’intention de l’écri- « vain (1 ). »
Nous admettons également le principe et les conséquences qu’en tire M. Dujardin , en ajoutant que la symbolique dut son origine aux homonymies, mais que cette science une fois établie, les langues varièrent sans porter atteinte aux significations primitives des symboles.
L’étude du copte prouve ce fait, puisque les
(I) Revue des deux mondes, II* partie, XXVI, p. 771-772.
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homonymies symboliques ont disparu en grande partie de la langue égyptienne parlée , sans porter atteinte à la valeur des symboles; il s’est formé par le hasard , ou de toute autre manière , de nouvelles homonymies dans le copte, qui n’ont point engendré une nouvelle symbolique ; cependant , comme le principe de la science des symboles était présent à l’esprit des hiérogrammates , il est arrivé aux époques de décadence que les scribes sacrés jouaient sur les mots et visaient au calembourg; c’est ce que M. Champollion a remarqué dans les inscriptions du portique de Denderab (Lettres écrites d’Égypte, p. 397); et ce qui nous semble une nouvelle démonstration de notre hypothèse.
La conclusion de M. Dujardin est que le copte, n’étant pas l’égyptien primitif, ne peut reproduire les homonymies symboliques ; cette conclusion est également celle qui pour nous résulte de la logique et de l’étude des faits. Les travaux de M. Goulianof viennent ici éclairer la question ; le système de ce savant , présenté dans son Essai sur les Hiéroglyphes d’Horapolion , fut soutenu avec ardeur par le savant orientalisteKlaproth, et attaqué par M. Champollion. Ce système repose en partie sur ce que l’académicien russe nomme les paronomases ou jeux de mots ; dans Horapollon il n’en trouve que dix-huit
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explicables par le copte , et dans ce nombre il en est plusieurs qu’on ne saurait admettre.
Ce travail a rendu service à la science en prouvant d’une part que les homonymies avaient dû être l’origine de la symbolique égyptienne, puisqu’il en existe encore plusieurs traces dans le copte ; et de plus, qu’il est inutile de chercher dans cette langue la raison complète des symboles de l'Egypte.
M. Goulianof fut lui-même convaincu de cette inutilité en abandonnant les paronomases pour s’attacher à ce qu’il nomma les acrologies , ou l’explication des symboles seulement par l’identité de la première lettre entre le nom du symbole et le nom de l’idée symbolisée. Enfin, ne trouvant plus dans le copte l’explication des symboles ainsi qu’HorapolIon la donne, M. Goulianof, dans son Archéologie égyptienne, vient de tomber dans l'écueil signalé par Zoéga , d’Origny et Dujardin; il veut reformer par le copte seul une nouvelle symbolique en opposition et aux témoignages de l’antiquité et à l’évidence des monuments.
Dans toutes les langues il existe des homonymes, mais ces homonymes sont-ils des symboles? Non ; les homonymes de la langue copte sont pour la plupart le produit du hasard , et un petit nombre seulement manifeste l’influence de la symbolique.
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Il était facile à M. Goulianofde trouver des homonymes dans le copte ; mais ce fait, reproduit dans toutes les langues , est de nulle valeur s’il ne confirme les faits de la science; or, il suffit de jeter un coup d’œil sur quelques-unes des explications fournies par M. Goulianof, pour reconnaître que son nouveau système est en contradiction manifeste avec les rapports de l’antiquité et les découvertes modernes.
Ainsi l’abeille , symbole du roi d’un peuple obéissant, d’après Ammien Marcellin et Horapollon, désignerait les rois impies.
La couronne blanche et la couronne rouge, qui sont, d’après la pierre de Rosette et tous les savants, les signes de l’Egypte supérieure et de l’Égypte inférieure , deviennent la couronne des Pharaons impies , et la couronne entachée de sang.
Le scarabée serait le symbole apocalyptique des sauterelles qui sortent du puits de l’abîme; enfin non seulement tous les Pharaons auraient été des impies , mais tous les dieux se transformeraient en satans (Archéologie égyptienne, tom. III).
Nous pensons que les bases de la science égyptienne sont désormais trop solidement établies pour être détruites, et que c’est seulement en marchant dans la voie déjà tracée que l’on pourra accomplir de nouvelles découvertes.
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Salvolini en acceptant tous les faits irrécusables , et en reconnaissant le principe de la symbolique égyptienne , fit faire un plus grand pas à la science, et s’il n’atteignit point le but, du moins il en fraya le chemin; ses découvertes successives montrent dans tout son jour la vérité du principe sur lequel nous nous appuyons. Dans son ouvrage sur la Campagne de Rhamsès , il dit :
€ Voici un fait qui n’a pas encore été constaté : f on sait bien que telle image d’objet a pu servir « dans l’écriture sacrée, comme signe tropique de « telle idée ; mais personne n’a encore fait observer, « que je sache, que l’expression phonétique du nom * propre même de cet objet, tel qu’il est usité dans « la langue parlée, représentait quelquefois tropi- « quement dans la langue écrite la même idée , dont < l’image isolée de l’objet était autrefois le symbole. « Telle est , suivant moi , l’origine de la signification « de force, que reçoit souvent dans les textes le mot « ojOLmcy cuisse de bœuf; c’est par une foule « d’exemples que j’ai été conduit à cette conclusioù; « je me contenterai d’en citer un seul. On sait par « le texte d’Horapollon que le vautour était, en « Egypte , l’emblème de la victoire (I. n) , le nom t de cet oiseau , tel qu’on le trouve dans les inscrip- « üons,s’écriitoujoursKpEOY;c’est le copte noVpï.
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« Or, très-souvent ce même nom a été employé, * soit dans le Rituel funéraire, soit dans d’autres « textes , pour exprimer l’idée vaincre ou victoire ; « seulement , dans ce dernier cas , il reçoit un set cond déterminatif, le bras tenant le casse-tête
« Un pareil fait n’offre rien d’extraordinaire dans « sa nature ; mais on sera certainement étonné de « voir que quoiqu’il existe dans les textes an- « tiens égyptiens un certain nombre de mots symbot liques, tels que ceux que je viens d’indiquer, la « langue copte n’en conserve presque pas de trace. » (Salvolini, Campagne de Bhamsès, p. 89. )
Dans ï Analyse des textes égyptiens, Salvolini formule sa pensée d’une manière plus complète , et reconnaît à la langue copte un caractère plus symbolique qu’il ne l’avait d’abord présumé. Il établit en principe qu’un mot peut avoir pour déterminatif un signe dont le nom est le même que le mot qu’il accompagne, quoiqu’il ne représente nullement la même idée ; en traduisant la pensée de Salvolini , nous dirons que les déterminatifs symboliques empruntaient leur valeur à l’homonymie. Ce passage est trop important pour le passer sous silence :
« L’admission de ma part d’une opinion telle que « celle que je viens d’émettre , relativement à l’ori-
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•« gine de l’emploi des deux différents caractères Iro- « piques de l’idée race ou germe , ne manquera pas « de surprendre, au premier abord, ceux qui savent « qu’elle a été constamment désavouée par mon il- « lustre maître (1). Si l’on s’en tient aux dogmes « qu’il a cherché à établir dans son dernier ou- « vrage , les signes tropiques employés par les Égyp- « tiens se réduisent, quant à leur origine, aux quatre
* procédés suivants, déjà signalés par Clément d’A- « lexandrie : le premier par synecdoche , le second « par métonymie , le troisième par métaphores , le « quatrième par énigmes (2); mais je dois avouer,
* d’après ma propre expérience, que, pour peu « qu’on avance dans l’étude des textes hiéroglyphi- « ques , on sent bientôt l’insuilisance des quatre mé- « thodes précitées, pour l'explication de cette foule « de caractères symboliques que les Égyptiens ont « employés sans cesse. Le savant hiérograinmate « lui-même, qui, à l’époque de la publication de « son Précis, avait déjà reconnu , pour la formation « des signes symboliques , les quatre procédés qu’il « vient d’annoncer dans la Grammaire hiérogly-
(1) Ce passage semble faire allusion au système de M. Goulianof combattu par M. Cbampollion.
(2) Cfr. Grammaire égyptienne , p. 23.
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« phique, avoue, dans la suite de son ouvrage (1), « qu'il ne resterait plus qu’à trouver une méthode pour « reconnaître la valeur des caractères symboliques ; et « c’est là l'obstacle , ajoute - 1 - il , qui semble devoir « retarder le plus l’intelligence pleine et entière des « textes hiéroglyphiques. Or je suis persuadé que * celte méthode , que feu Champollion désira qu’on « découvrît pour reconnaître l’origine du grand « nombre, parmi les caractères tropiques égyp- « tiens, qui n’ont pu être expliqués par les procé- « dés signalés par Clément d’Alexandrie ; que cette « méthode , disons-nous , se trouve justement dans « le nouveau principe que je viens d’appliquer à « l’explication des caractères déterminatifs du mot « rot, germe. Voici du reste comment je formule ce « principe :
« Comme toute image hiéroglyphique a son terme cor - « respondant dans la langue parlée , il en est un certain « nombre qui ont été prises comme signes des sons aux- « quels elles répondaient , abstraction faite de leur signi- « fication primitive. Les caractères hiéroglyphiques appar- « tenant à celte singulière méthode d’expression , de meme « que tous les autres signes tropiques qu’emploie l'écri-
(i) Précis du système hiéroglyphique, p. 338 et 462-3, 2* édition.
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« ture égyptienne, ont été employés, soit isolément, soit à « la suite des mots. » (Analyse, p. 225.)
Comme application de ce système , Salvolini montre que le mot égyptien iri , faire, est habituellement représenté dans les textes par l’image isolée d’un œil , parce que , d’après Plutarque et les monuments, le nom de l’œil est également iri.
De même le museau de veau signifie celui qui est à, ou dans ; parce que le nom du museau ou nez f nt, feint, fait allusion au mot peinte , celui qui est à ou dans.
Le caractère hache signifie Dieu, parce que le mot ter désigne une hache et un Dieu.
L’idée de statue était représentée par le dieu Toth, parce que le nom de Toth forme le mot statue. (Cfr. la Pierre de Rosette.)
Le dieu Toth, protecteur d ’ Ilermopolis magna , reçoit pour titre, dans les inscriptions, le signe seigneur et le signe du nombre huit, parce qu’en égyptien le nom d’ Ilermopolis signifie huit.
La déesse Neith reçoit pour nom symbolique une sorte de métier de tisserand , parce que la même ressemblance existait entre le nom de Neith et le métier nal.
Une espèce d’oiseau aquatique était le signe de
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l’idée de médecin , parce que sur les monuments le nom de cet oiseau est sini , et qu’en copte le mot seini signifie médecin.
Le doigt représente le nombre dix mille , et teb signifie le doigt, et tba dix mille.
* Je ne sais , ajoute Salvolini , si le petit nombre « d’exemples que je viens de soumettre au lecteur, « en preuve du nouveau fait dont je crois avoir dé- « couvert l’existence dans le système des écritures « égyptiennes, suffira pour le faire admettre. Quant « à moi, dans mon intime conviction de la réalité du « principe que j’ai cherché ici à établir, conviction « qui se fonde sur les résultats obtenus de l’appli- « cation de ce principe à l’interprétation d’un très- * grand nombre de textes, je dois avouer fran- « chement que, depuis le moment que j’ai pu « soupçonner son existence , la partie symbolique « des écritures égyptiennes , partie que Champol- « lion a Laissée, on peut dire, intacte, et qui pour- 4 tant, j’ose le dire, est la plus nécessaire à con- 4 naître, m’a paru enfin dans son véritable jour. » (Analyse, p. 233.)
Après ce témoignage décisif, nous devons présenter celui d’un homme que l’Europe savante considère, à juste titre, comme l'un des représentants actuels de la science égyptienne.
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M. Lepsius, dans sa lettre à M. Rosellini , recherche quel est le moyen de reconnaître la signification des signes idéographiques , et il assigne dix sources principales pour parvenir à ce but ; les huit premières, qu’il nous importe de reproduire, parce que nous les avons adoptées dans nos recherches , sont :
1° La représentation même de l’objet pris dans le sens propre ;
2° Les images ou tableaux que le caractère accompagne ;
3® L’explication des auteurs grecs ou latins;
4° Les traductions anciennes ;
5° Le contexte lui-même;
6° Le groupe phonétique qui accompagne le signe ;
7 ° Les variantes des différents textes ;
8" Les signes idéographiques employés comme initiaux de certains groupes dont le reste est phonétique.
Développant cette dernière source, celle des signes initiaux, M. Lepsius dit : « Ce sont des signes « qui s’employaient aussi souvent seuls et avec une « signification idéographique , mais qui servaient en « même temps à représenter tous les mots ou par- « ties de mots qui renfermaient les mêmes lettres ,
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c quoiqu’elles eussent souvent un sens très-diffé- « rent. Nous avons rencontré plusieurs fois la même « licence pour les caractères purement idéographi- « ques. La corbeille se prononce R 6, et désigne « aussi bien le seigneur RE&, que le tout 0)- »
Il est facile de reconnaître , par ces derniers passages de MM. Salvolini et Lepsius , que les travaux de ces savants sur les symboles s’appuient du moins en partie sur les homonymies, et rentrent par conséquent dans la théorie de l’académicien russe ; seulement M. Goulianof veut trouver la raison des symboles dans le copte seul, tandis que MM. Salvolini et Lepsius la demandent également aux textes hiéroglyphiques. La conséquence naturelle de ce dernier principe était la division de la langue égyptienne en deux dialectes , l’égyptien des monuments et le copie, répondant à la langue sacrée et à la langue vulgaire de Manethon.
Écoutons encore M. Lepsius : « Les Égyptiens , « dit-il, avaient deux dialectes bien distincts, sa- « voir : l’ancien dialecte classique et sacré [Upd « yXwcffa (2) , Upà 3tâ),£x.Toç (3)J , et le dialecte popu-
(t) Annales de l'Institut de correspondance archéologique ; Rome , 1857, p. 26 et 51 , tome IX.
(2) Maneth. ap. Jos. C. Ap. p. 445.
(3) Maneth. ap. Syncell. Chron. p. 40.
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c laire [xoivti ûdkx to? (1)] ; l’écriture sacrée, ainsi que € l’écritûre populaire hiératique, nous présente de « tous temps le dialecte sacré ; et l’écriture populaire « épistolographique , ainsi que la littérature copte , « nous présente le dialecte populaire (2). »
Les faits et les raisonnements sur lesquels M. Lepsius fonde son opinion paraissent solidement établis; cette division des deux langues expliquerait alors comment le copte se refuse souvent à l’explication des symboles , explication que l’on retrouve en partie dans la langue sacrée (3); cependant il existe très-peu de différence entre ces deux dialectes sacré et profane, et si le premier présente un assez grand nombre de mots qui ne se reproduisent pas dans le second , cependant la langue des monuments est encore loin de donner la raison complète des symboles.
Nous ne doutons pas cependant que de nouveaux
(1) Maneth. ap. Jos. lib. I.
(2) Àunatcs de V Institut de correspondance archéol. IX , 18 ; et l'appendice, p. 67.
Cfr. Salvolini, Campagne de Rhamsès, p. 91 ; et la Traduction de V Obélisque, p. 10.
(3) Dans les huit exemples d’homonymies symboliques que nous
avons cite's d’après Salvolini , mmft se retrouvent dans le copte ; ce sont la statue, huit, le métier et le doigt.
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travaux entrepris dans le but de découvrir des mots symboliques dans les textes hiéroglyphiques, ne conduisent à d’importants résultats ; mais , pour atteindre ce but , il sera sans doute nécessaire d’interroger l’origine des symboles de l’Égypte.
Il est généralement reconnu aujourd’hui que la religion et le système d écriture des Égyptiens furent empruntés à l’Éthiopie (1).
La conséquence nécessaire de ce fait et de ce qui précède est, que la langue éthiopienne renfermait la raison des symboles : comment, en effet, pourrait-on admettre que les inventeurs d’un système d’écriture basé sur la langue se fussent servis d’une langue étrangère pour exprimer leurs idées? Les Égyptiens acceptèrent les symboles des Éthiopiens et les significations qui leur avaient été imposées à l’origine de l’écriture. Nous avons déjà dit que les symboles ne dépendaient de la langue qu’à l’époque de leur formation; et que le système de symbolique étant formulé , la langue pouvait varier ou complètement changer sans .apporter la moindre altération à l’expression primitive de l’image. Ainsi les Égyptiens pouvaient adopter en entier la symbolique des Éthiopiens sans que la langue égyptienne eût le moindre
(t) Cliampollion-Figcac, Egypte ancienne, p. 28,
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rapport avec la signification des symboles; cependant il est plus que probable que l’Égypte reçut une partie des mots de la langue éthiopienne sur lesquels reposaient les symboles , ou du moins que la langue écrite des Égyptiens acquit un caractère symbolique qui était étranger à la langue vulgaire.
Jamais un peuple n eut une haute influence sur la civilisation d’un autre peuple sans lui imposer une partie de sa langue; les Éthiopiens durent imprimer dans la langue sacrée de l’Égypte des traces profondes de leur influence religieuse, tandis que cette influence dut être beaucoup plus restreinte sur le dialecte vulgaire.
Ce qui semblerait confirmer cette opinion , c’est que les mots de la langue sacrée qui n’existent pas dans le copte se retrouvent en partie dans les langues qui appartiennent à la même souche que l’éthiopien , et que les symboles de l’Égypte trouvent également leur explication dans ces langues.
Écoutons ici le prêtre égyptien Manethon : expliquant le nom des pasteurs ou liykschos , il dit que le mot YK , roi , appartient à la langue sacrée , Upàv ylûaaav ; tandis que 2Q2, pasleur , appartient à la langue vulgaire , xoiv/jv âidXexrov.
Le mot 2Q2 se retrouve dans le copte avec la valeur assignée parle prêtre de Sebennyte, cytuc,
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pasteur ; le mot YK , roi , existe sur les monuments pharaoniques, et manque dans le copte ; nous voyons ici, avec M. Lepsius, une preuve que le copte était la langue vulgaire , et que les inscriptions hiéroglyphiques sont l’expression de la langue sacrée.
Le mot YK n’existe pas dans l’éthiopien , mais on le retrouve dans une langue qui tient à la même origine , Y hébreu ; le mot YK , qui a été reconnu sur l’obélisque de Louqsor (1) par Salvolini, est orthographié par le pedum et Y angle; ce groupe, transcrit en caractères hébreux , d’après l’alphabet de M. Champollion, donne le mot jTI une loi, un décret, ppn un législateur, un souverain ou roi modérateur, ainsi que Salvolini traduit ce groupe (2).
Ce mot est en même temps symbolique , c’est-àdire fondé sur l’homonymie, puisqu’il signifie en hébreu un sceptre et un souverain , et que ce sceptre est le signe de l’idée roi modérateur.
On ne peut nier les relations intimes qui existent entre les langues éthiopienne et hébraïque. Wansleben a fait le rapprochement de cinq cents racines qui sont les mêmes en éthiopien et en hébreu , in-
(1) Façade des Champs-ÉIysées , première inscription sous la bannière à gauche ; Salvolini, Explication de l’obélisque.
(2) Cfr. Campagne de Rhamsès, p. 16.
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dépendamment des autres langues sémitiques; ce travail est imprimé dans le Dictionnaire éthiopien de Ludolf (p. 475 et suiv.); le voyageur Bruce remarque également cette ressemblance (tome II, p. 267 ) , et le savant Gesenius la consacre dans son Lexique.
On pourrait trouver ici la raison historique des faits que nous cherchons à établir dans ces recherches :
L’hébreu et l’éthiopien découlent d’une source commune , voilà ce que prouve la philologie ; un de ces dialectes nous a été conservé pur dans le Pentateuque , tandis que la langue éthiopienne éprouva de nombreux changements, soit par suite des différentes migrations de peuples dans l’Éthiopie , soit par l’effet du temps ; on n’aurait donc pas lieu de s’étonner que l’hébreu donnât des explications auxquelles l’éthiopien se refuserait.
Un fait déjà signalé et non expliqué, est qu’il existe des mots égyptiens qui se reproduisent identiquement dans l’hébreu,, et qui manquent dans Je copte; M. Lepsius se sert de cette observation pour expliquer un des noms égyptiens du cheval, D1D sus (Lepsius, Annales , IX, 56). Je trouve dans le même ouvrage le mot scher, qui n’existe pas dans le copte, et que M. Lepsius traduit par règne (Annales, pl. A,
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col. c) ; l’hébreu me l’explique , puisque TtP scher signifie un prince, un roi, un gouverneur.
Écartant ici tout rapprochement entre les langues égyptienne et hébraïque , nous voulons seulement établir qu’alors même qu’il serait démontré que la signification des symboles se retrouve en entier dans l’égyptien, et qu’il n’y eut jamais un seul mot de commun entre la langue de Moïse et celle des Pharaons, ces deux langues étrangères l’une à l’autre , mais animées du même génie symbolique, donnèrent également aux mêmes objets physiques les mêmes significations morales.
Les différentes autorités que nous avons invoquées nous ont , je crois , suffisamment éclairé sur le principe de la symbolique égyptienne ; il est nécessaire de rechercher maintenant si ce caractère symbolique appartient à l’hébreu.
Non seulement tous les noms d’hommes, mais les noms des quadrupèdes , des oiseaux , des poissons , des insectes, des arbres, des fleurs, des pierres, sont significatifs en hébreu ; il n’est pas nécessaire de le prouver aux hébraïsants , ils n’ignorent pas le savant et volumineux traité de Boehart sur les animaux mentionnés dans la Bible.
Ce principe des noms significatifs , reconnu vrai et adopté par le célèbre Gesenius , et avant lui par
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tous les lexicographes , n’est pas niable ; mais l’application qu’on en a faite étant purement arbitraire et ayant été entreprise sans but , ne produisit aucun résultat utile pour la science.
Bochart , ignorant le principe de la symbolique , ne cherche et ne trouve dans les noms des animaux que des significations purement arbitraires ; tordant à sa fantaisie les racines hébraïques , il repousse le sens moral quelles présentent naturellement , parce qu’il ne comprend pas le rapport qui peut exister entre un animal et une idée philosophique ; lorsque ce rapport est par trop évident il le donne , mais comme malgré lui ; ainsi il ne peut nier que le vautour signifie la miséricorde , et la taupe le monde.
L’hébreu porte donc une empreinte évidente de symbolisme, puisqu’il donne aux objets matériels des significations morales. Avant de tirer la conclusion de ce fait remarquable , résumons les déductions précédentes. Les symboles de l’Égypte , fondés sur les homonymies, furent empruntés à l’Ethiopie avec la religion et le système d’écriture. Nous venons de dire que l’hébreu et l’éthiopien primitif dérivaient d’une source commune, la conclusion amène à rechercher si l’hébreu donnerait la raison des symboles de l’Égypte.
La question présentée en ces termes ne peut être
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résolue que de deux manières , par le témoignage des écrivains de l’antiquité, et par l’application de l’hébreu aux symboles hiéroglyphiques.
Clément d’Alexandrie , le père de la science moderne de l'Égypte , dit en termes exprès qu’en ce qui touche les choses mystérieuses , les symboles des Égyptiens sont semblables à ceux des Hébreux :
Ôuoia yovv rots ÉSpaïxoïç , xarà ye rriv ènixpvÿtv , xai TÜv AtyuTTTtwv abjtypara (1).
L’autorité de Clément d’Alexandrie ne saurait être révoquée en doute, puisque son témoignage est le fondement sur lequel M. Champollion et les égyptologues élèvent leurs systèmes d’interprétation des écritures égyptiennes. Clément d’Alexandrie, nourri de la lecture de la Bible , n’a pu laire un rapprochement aussi extraordinaire, pour un chrétien et pour un Égyptien , sans avoir sous les yeux les preuves positives de la vérité de son assertion. Ce passage formel doit donc recevoir une application ; la seule possible est de rechercher dans la Bible et dans l’hébreu la raison des symboles de l’Égypte.
(1) Stromat. lib. V, p. 566, ed. SyLburg. — Dans ce passage, Clément d’Alexandrie semble faire allusion au double sens des mots , puisque les dictionnaires traduisent iKixpvÿiç par œnigmaticus scrmo , et oiîvtyp a par ambages verborum.
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Que cette interprétation paraisse vraie ou fausse, on ne saurait l’affirmer ou la nier sans preuves ; dans les questions d’archéologie, le lait doit toujours dominer le raisonnement , et c’est aux faits seuls que nous voulons en appeler.
Le premier résultat de ce système serait de donner la méthode explicative des symboles égyptiens, que M. Champollion demandait dans son Précis (1 ) ; Salvolini, dans son Analyse des textes égyptiens (p. 225); et que M. Lepsius recherche dans dix sources différentes.
Le second serait de considérer l’hébreu comme étant l’expression de la symbolique primitive , si ce n’est en totalité, du moins en grande partie ; nous ferons l’application de ce principe aux couleurs symboliques dans le troisième chapitre de cet essai.
Enfin, le troisième et le plus important résultat serait l’application du principe de la symbolique au plus symbolique de tous les livres , la Bible.
Il nous paraît évident que si l’hébreu donne la raison des symboles de l’Égypte , et explique les emblèmes qui furent les mêmes chez tous les anciens peuples , cette langue doit également renfermer l’explication de ces images bibliques que le savant Lowth
(t) Précis, p. 558 et 462-5, seconde e'dition.
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et toutes les syntaxes hébraïques s’efforcent en vain d’interpréter.
Dans le quatrième chapitre , nous donnerons les preuves directes de l’emploi des homonymies par les écrivains sacrés, et le témoignage des hébraïsanls viendra confirmer nos déductions.
Il est nécessaire d’ajouter ici quelques remarques sur la manière dont nous procédons dans ces recherches :
L'écriture égyptienne néglige les voyelles, elle s’identifie complètement, par ce fait, à l’écriture hébraïque sans points-voyelles. Telle est la première et la plus belle découverte de M. Champollion, découverte qui a servi de base à toutes les autres (1 ). Dans ces recherches , les points de l’écriture hébraïque ne peuvent donc être d’aucun usage , et seront par conséquent omis.
Mais ce n’est pas seulement à cause de cette . identité entre l’écriture des Égyptiens et des Hébreux que nous reconnaissons la nécessité de négliger les points- voyelles dans les homonymies; les hébraïsants nous enseignent la même méthode dans la recherche des racines , puisqu’ils font dériver un mot
(1) Champollion, Précis du système hiéroglyphique , seconde édition , p. 111.
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d’un autre mot présentant les mêmes lettres , indépendamment de toutes les différences de prononciation marquées par les points-voyelles ; ce moyen nous l’emploierons , comme il est employé à chaque page du dictionnaire de Gesenius.
Ainsi l’homonymie doit s’établir sur le mot écrit , et non sur le mot prononcé; j’en appellerai encore au témoignage du célèbre Heinsius, qui, en interprétant un passage de l’Évangile de saint Jean, dit que l’écrivain sacré fait allusion au double sens d’un mot syriaque, bp cabbel et bp cebal , prononcé différemment , mais dont les lettres sont les mêmes. Nous reviendrons sur ce passage dans les applications à la Bible (chap. IV).
Cette méthode de négliger les points pouvant paraître arbitraire à quelques lecteurs , il est nécessaire de l’expliquer.
A l’époque de l’invention de l’écriture , tous les mots écrits de même avaient probablement la même prononciation; plus tard, les langues éprouvèrent des révolutions , les différentes significations d’un même mot reçurent pour les distinguer une prononciation différente, qui porta sur les voyelles; et enfin, à l’époque où ces changements s’étendirent sur la majorité des mots de la langue hébraïque, on sentit la nécessité de recourir aux points -voyelles , inven-
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tion qui remonte, au plus haut, à Esdras. Des traces non moins évidentes de cette révolution de l’hébreu se manifestent dans les quiescentes , c’est-àdire dans les anciennes voyelles , qui finirent par ne plus être prononcées, quoiqu’elles le fussent au temps de Moïse ; ainsi qu’il résulte de la concordance de plusieurs mots et de plusieurs noms propres, qui se retrouvent et dans la Bible et sur les monuments de l’Égypte , et dans les écrivains grecs.
Dans le chapitre qui va suivre, nous donnons l’explication de cinquante signes symboliques, ainsi qu’elle résulte des trois témoignages de l'hébreu , d’Horapollon et des monuments ; il eût été facile d’augmenter le nombre de ces exemples , mais il nous a semblé que la meilleure démonstration de la vérité de cette méthode serait, pour le lecteur, de faire de nouvelles découvertes. Ainsi nous avons négligé les signes qu’on peut considérer comme figuratifs : la fumée signifiant le feu , le bras désignant la force , IVchelle, l'assaut , etc. (cfr. Horapollon). Ces significations, que l’on retrouve également dans l’hébreu (1), ne sont cependant pas une preuve du caractère
(1) y ni le bras , la force ; une échelle , et ^ es rcm ~
parts dressés par les assiégeants , de la racine nSo ou V?D élever, dresser, comme en français échelle et escalader sont formés par la racine latine scala.
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symbolique de cette langue , puisque ces images sont des tropes de la rhétorique de tous les peuples.
Il est un assez grand nombre de symboles égyptiens dont je n’ai pas trouvé le nom hébreu ; ainsi , parmi les animaux, l’t&i*, Yoryx, le cygne, l 'éléphant, le pélican, etc., nommés par Horapollon, ne peuvent trouver leur explication.
Il existe aussi dans Horapollon , comme sur les anaglyphes ou tableaux symboliques, des mythes sacrés que la langue ne peut directement expliquer ; ainsi la labié du singe qui a deux petits : il porte l’un devant lui, il l’aime et il le tue; l’autre, qu’il porte derrière lui , il le hait et le nourrit (Horapollon, II, 66).
Le singe cynocéphale était en Égypte, comme dans l’Inde, le symbole de la régénération (1), du passage de l’état animal à l’état d’homme, et du passage de la mort à la vie éternelle ; c’est pour ce motif que lorsqu’il est assis il représente les deux équinoxes (Ilorap. I, 16), c’est-à-dire l’état d’équilibre entre la lumière et les ténèbres, entre le bien et le mal , la vérité ou l’erreur, ou entre la brute et l’homme; le Rituel funéraire représente le singe assis sur la balance du jugement des âmes.
(1 ) Couleurs symboliques , p. 199.
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Le singe indiquait la révolution des âmes , qui parcourent le cercle des purifications avant d’entrer dans le champ de la vérité ; c’est ce que nous apprend également son nom hébreu tpp un singe, et former un cercle , achever une révolution.
L’explication de ce mythe devient facile : l’enfant que le singe porte sur son sein, qu’il aime et qu’il tue, représente les bons sentiments , les actions vertueuses que l’on aime , que la conscience met toujours devant les yeux , et que cependant on tue dans son cœur; l’enfant que le singe porte sur le dos, qu’il hait et qu’il nourrit , symbolise les sentiments mauvais , les actions perverses , dont on doit incessamment se détourner, qu’on hait dans sa conscience , et que l’on nourrit comme malgré soi (t). Ces explications , plus ou moins probables , je les négligerai , car elles ne se rattachent pas nécessairement à ces recherches.
En achevant ces préliminaires, je dois ajouter que quelques essais d’interprétation des monuments égyptiens par l’hébreu furent tentés , et ne conduisirent à aucun résultat scientifique , sans doute parce
(I ) Saint Paul dit : « Je ne fais pas le bien que je voudrais faire ; « mais je fais le mal que je ne voudrais pas faire. »
(Épître aux Romains, VII, 19.)
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qu’ils se fondaient sur deux erreurs capitales : la première, que la langue de Moïse était celle des Pharaons ; et la seconde, que les hiéroglyphes formaient une série de symboles.
Le principe de la symbolique égyptienne posé par Horapollon, enseigné par Zoéga, est reconnu même par les auteurs qui s’appuient sur l’hébreu, comme Lacour de Bordeaux et Jannelli de Naples; il s’agissait d’en faire la triple application, à l’hébreu, à Horapollon et aux monuments de l’Égypte, et c’est, je crois, ce qui n’a jamais été fait.
La symbolique étant la partie La plus mystérieuse des écritures égyptiennes , devait être la dernière découverte; il fallait d’abord connaître le système de l’écriture et la langue des Égyptiens avant de pouvoir pénétrer dans le sanctuaire. La science devait suivre la route parcourue par les initiés de l’Égypte; d’après Clément d’Alexandrie, ils apprenaient d’abord l’écriture épistolographique , puis l’hiératique, et enfin l’hiéroglyphique, contenant la symbolique. C’est ainsi que les travaux de MM. Silvestre de Sacy et Akerblad portèrent d’abord sur l’écriture épistolographique; que plus tard M. Champollion déchiffra les écritures hiératique et hiéroglyphique, et qu’aujourd’hui il reste encore à retrouver les éléments de la symbolique égyptienne. Le