‹ Les Symboles des Egyptiens comparés à ceux des HebreuxChapitre 59 sur 66 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

application aux symboles de la bible.

Le principe des symboles de la Bible est enseigné par cette parole du Seigneur à l’apôtre Simon, qui venait de le reconnaître pour le Christ, le fils du Dieu vivant :

Tu es pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon temple. (Matth. XYI, 18 .)

La pierre est le symbole de la foi : le fondement de la foi chrétienne est de reconnaître le Seigneur pour le Christ, le fils du Dieu vivant.

Jésus imposa à Simon le nom de Pierre (Marc, III, 1 6 ) parce que la mission divine que cet apôtre devait

accomplir représentait spirituellement ce que représente matériellement la pierre fondamentale de l’édifice.

Ici est-il nécessaire de le dire aux chrétiens? le Messie ne joue pas sur le mot, mais exprime par un symbole la fonction que Pierre aura à représenter et à accomplir ; or, il faut choisir entre ces deux interprétations, l’une triviale, l’autre sublime ; la première présentant un calembourg, puisqu’il faut trancher le mot, la seconde donnant la clef des symboles de la Bible. (Voyez le mot Pierre ci-après.)

Le système des homonymes appliqué à l’interprétation deJa Bible n’est pas nouveau, quoique aucun savant n’en ait fait l’objetd’une élude spéciale ; ce principe est si évidemment employé par les écrivains sacrés , que les hébraïsants ne pouvaient s’empêcher de le reconnaître dans quelques passages.

Il y a plus de deux cents ans que le célèbre Heinsius, dans les prolégomènes de son Aristarchussacer, établitquel’Évangile de saint Jean, écrit en grec, avait été conçu en syriaque, parce que dans cet Évangile l’écrivain sacré fait des allusions au double sens des mots, double sens qui n’existe qu’en syriaque et non pas en grec (1). Le savant commentateur fait la

(1) Si qnis ex me quærat, qtianam lingua scripserit evangelista

DE LA BIBLE

même observation à la suite de l'examen du mot dpevt], employé par saint Pierre dans son Épître II, ch. I, vers. 5(1).

J’emprunte ces deux citations de Heinsius à l’ouvrage de M. Goulianof sur l’archéologie égyptienne

noster; hellenistica scripsisse dicam. Si quis, qua concepcrit qui scripsit; syriacam fuisse dicam. Ad eam autein quod est hellcnistis proprium, et voces et scrmonem deflexissc græcum : quare ad allusiones, non quæ extant, sed quas animo couccpcrat, cundcm esse ; nihil enim æque atquchas amat Oricns : Statim initio, -/.ai ro èv rü crxorîa yatvii, -/.ai ri maria «ùro où xarAaÇsv, dicitur. Quod si clialdaice aut syriacc efTeras, suavissimain allusionein , quant nec græca, nec hellenistica admittit lingua, protinus agnosccs. Nam ro cabl/el est y.ara\a /tSâvetv, * 73 p tebal autem ù maria, enim Thargumistis obscurari. Quantopere autem hos ainaverit evangeiista, passim jam ostendimus.

(Cfr. Goulianof, Archéologie égyptienne, III, p. 560.)

(1) Igitur, ut jam diccbam, alia lingua primo concipit quæscribit, alia, quæ jam concepit, hellenista exprimil. Primo enim ad origincm ipsius linguæ respicit, qua sua exprimit, autejus sequitur interprétés. Et quia quæ diversis concipi ac scribi soient, non convenant ubique (nam ut litteræ ac syllabæ, sic et allusiones ac paronomasiæ, quæ singulis sunt propriæ, transfundi commode vix possunt), de his ipsis ex interprète earum lingua ferçi sententia ac judicari potest. Utrum, nempe, hebræa aliquid conccptiun fuerit an syra ; nam in eo quod eadem scriptum ac conceptum, nulla difficultas. (Ibidem, lin peu avant.)

(III, 560 ). L’académicien russe les lait sqivre de ces réflexions :

« C’est donc par la découverte des homonymies « dans les passages obscurs et difficiles, que le cé- 4 lèbre critique est parvenu à se convaincre de cette 4 importante condition de l’exégèse, savoir : que les 4 auteurs du Nouveau Testament ont souvent em- 4 ployé non pas le mot propre exprimant leur idée , 4 mais l'équivalent du mol sémitique, dont l’homonyme 4 renferme cette idée, soit en syriaque, soit en chal- 4 déen, soit en hébreu. Salomon Glassius, dans sa 4 Philologia sacra, au chapitre des Pauonomases, 4 pour appuyer la découverte du célèbre commen- 4 tateur, cite maints exemples des homonymes hété- 4 roglottes, et dit : Quandoque vocum et

4 allusio in alia lingua quam ea , qua scripsit auctor 4 sanctus quœrenda est. » (Philologia sacra. Lipsiæ 1713 , p. 1996 .)

4 Nous citerons enfin, ajoute M. Goulianof, l’in- 4 téressante dissertation inaugurale du savant com- 4 menlateur Chr. Michaëlis, destinée exclusivement 4 à l’examen des paronomases sacrées , tant de l’an- « cien que du Nouveau Testament. Après avoir in- 4 diqué les expressions mises en contact, ou em- 4 ployées dans la même phrase à la faveur de leur » consonnance, l’auteur aborde le fait des homonymes

DE LA BIBLE

« tacites, à l’examen desquels il consacre plusieurs « paragraphes ; et les réflexions dont il accompagne « chaque exemple, soit de ces derniers, soit des pat ronomases explicites, prouvent suflisamment que le « savant auteur, loin d’y voir des jeux de mots, les « considérait au contraire comme une classe d’ex- « pressions intimement liées à l’économie du style sa- « cré. Tel est aussi le sentiment du célèbre Glassi us, « que nous avons cité tout à l’heure, sentiment au- « quelles commentateurs s’empresseront sans doute « de se ranger lorsqu’ils auront acquis la certitude « que les homonymes tacites donnent constamment « le mot de l’énigme et servent de légendes spiri- « tuelles à toutes les allégories, à toutes les paraboles, à « tout le langage symbolique ; que ce n’est nulle part « ailleurs que dans ces homonymes qu’il fout ehera cher l’explication du sens mystique des Écritures, « toutes les fois que la lettre présente une difficulté à « l’exégèse; qu’en un mot les homonymes tacites con-

* stituent l'esprit des Écritures et servent de types au

* langage mystique de la lettre , dont les valeurs < conditionnelles disparaîtront à mesure qu’on aura « apprécié leurs termes correspondants. » (Goulianof, Archéologie égyptienne, tom. III , p. 563.)

J’adopte ici le principe du savant académicien de Pétersbourg, mais je m’étonne des conséquences

qu’il en tire en disant qu’on chercherait en vain ces homonymes dans les dialectes sémitiques (III, p. 569), et en prétendant expliquer les figures de la Bible par la langue copte, qu’il confond avec la langue sacrée de l’Égypte : c II nous reste, dit-il, à « prévenir une objection superficielle, qui serait, du « reste, favorable à la question présente. Parmi les « hagiographes de l’Ancien Testament , la presque « totalité des prophètes n’ayant point été en Égypte, « ils ne pouvaient avoir la connaissance de la langue « sacrée de ce pays : celte objection devient encore « plus positive à l’égard des évangélistes et des « apôtres. Comment concevoir dès lors, dira-t-on, « la possibilité d’expliquer par le ministère de la « langue sacrée des Égyptiens, les paroles des pro-

* phètes et celles des évangélistes et des apôtres, qui « n’avaient nulle connaissance de cette langue? Or, « si le ministère de cette langue peut conduire à « l’intelligence du sens spirituel de l’Écriture, ce fait

* deviendra la démonstration en quelque sorte ma- « térielle de la révélation des mystères de la nou- « velle alliance et de l’inspiration des hagiographes.

* (Ibid. p. 557.)

Pour que le copte pût être considéré comme contenant le sens spirituel de la Bible, il faudrait d’abord que cette langue expliquât les symboles de

DE LA BIBLE

l'Égypte, ce que nous nions en présence des faits acquis à la science; il faudrait de plus montrer par le rapprochement de tous les passages de la Bible contenant le même mot, que ce mot a bien le double sens qu’on lui assigne ; or, c’est ce qui nous paraît impossible avec la méthode de M. Goulianof.

Il est évident pour nous que si les prophètes firent reposer leurs mystères sous le double sens des mots , ces mots furent empruntés à la seule langue qu’ils comprissent.

Il est également palpable que si l’inspiration divine vint à l’insu même des prophètes cacher le sens spirituel sous le double sens de la lettre, ce ne peut être que sous la lettre hébraïque que l’on peut retrouver les pensées secrètes des images bibliques, et non dans le copte ou l’égyptien vulgaire, inhabile à expliquer même les symboles de son propre pays.

Du reste, le passage de Clément d’Alexandrie établit formellement que les symboles des Égyptiens sont semblables à ceux des Hébreux. M. Goulianof prétend, au contraire, que les symboles des Hébreux sont semblables à ceux des Égyptiens; il se trouve par conséquent en opposition et avec la science moderne et avec le seul passage d’un auteur ancien et compétent qui puisse éclaircir la question.

Nous ne prétendons nullement que l’on puisse

lever toutes les difficultés exégétiques de la Bible par le moyen que nous offrons ; nous n’avons pas surtout la folie de croire que l’on puisse par ce moyen ouvrir le livre de vie et en briser les sceaux , mais nous croyons seulement que la saine critique, avant de se priver de ce mode d’investigation, devra l’étudier consciencieusement, et ne l’admettre ou ne le rejeter qu’après lui avoir lait subir les épreuves dont il est susceptible.

Je ne chercherai pas à expliquer ici comment le sens spirituel peut être caché sous le double sens de la lettre, je n’étudie et ne veux constater que le fait lui-même.

Le sens symbolique ne se manifeste pas toujours d’une manière évidente dans une phrase du texte sacré. Aussi pour avoir la signification d’un symbole, il ne suffit pas de l’interpréter tel qu’il se rencontre dans un passage de la Bible , mais il faut réformer sa signification en prenant tous ses noms. La preuve de la vérité de cette règle résulte de ce que le Nouveau Testament est écrit en partie d’une manière symbolique , ainsi que le prouve l’Apocalypse entier, le vingt -quatrième chapitre de saint Matthieu, etc., etc. ; et que le grec n’est pas une langue symbolique ; il faut donc que les symboles de l’Évangile fassent allusion à l’ensemble des syno-

DE LA BIBLE. 133

nyraes hébreux répondant au mot grec qu’il s’agit d’interpréter ; puisqu’il faut traduire le grec en hébreu, il n’y a pas plus de motifs pour choisir une expression que son synonyme.

Dans l’Ancien Testament l’écrivain sacré semble à dessein voiler sa pensée sous des mots qui n’ont pas le double sens qu’il leur donne évidemment. Si le Psalmiste dit que l’homme juste fleurira comme le palmier, mD 1 “CDD p^Tf, il n’emploie pas l’expression de Dn thm, V homme juste , pour le comparer au palmier “IDH tiimr, mais il exprime sa pensée par un synonyme qui ne reproduit pas la même homonymie, p’Hj tsdiq, l’homme juste.

On comprend, en effet, que si la Bible avait toujours placé le symbole en regard de son homonyme, le mystère qui devait envelopper la lettre de la parole aurait été divulgué. Ainsi il ne faut pas, avec Fabre d’Olivet, vouloir expliquer une phrase de la Bible par elle-même en scrutant le sens moral de chaque mot ou de ses racines, on n’arriverait par cette méthode à aucun résultat utile et scientifique.

Le moyen que j’indique pour l’interprétation de la Bible est celui dont je viens de montrer l’application aux symboles de l’Égypte; reconstituer d’abord le sens de chaque symbole par les significations

morales de ses différents noms, et vérifier par l’application aux divers passages de la Bible, si ce symbole possède bien cette signification. Cette marche adoptée pour l’interprétation des monuments de l’Égypte , doit reproduire les mêmes résultats dans l’exégèse du livre sacré.

Je dois ici adresser quelques observations aux chrétiens qui pourraient craindre que ces rapprochements entre l’Égypte et nos croyances vinssent porter atteinte à ces dernières. La science ne saurait nuire à la religion chrétienne, toutes deux viennent de la source de toute vérité : si le système que je présente est vrai, il sera une nouvelle preuve de l’inspiration divine de la Bible ; si ce système est faux, la religion n’a rien à craindre de lui.

Déjà, parmi les protestants, M. le pasteur Coquerel avait montré l’importance que les études égyptiennes pouvaient avoir pour l’exégèse de la Bible : « De tous les peuples, disait-il, l’Égyptien est « celui avec lequel les Hébreux ont eu le plus de rela- « tions, depuis le voyage d’Abraliam (Gen. XII. 10) « jusqu’à la déportation de Jérémie (Jér. XLIII. 6), « c’est-à-dire depuis le premier patriarche, jusque « après la ruine de Jérusalem. Aussi l’Égypte est « le nom étranger qui se lit le plus souvent dans * l’Écriture; le signe distinctif de la race élue était

DE LA BIBLE

« porté peut-être par le sacerdoce des Égyptiens (1); « Moïse avait été instruit dans toute leur sagesse « (Act. VII. 22); Salomon a épousé une fille de « leurs rois (I Rois, III. 1); et ce qui ajoute à l’in- « térêt de cette grande question, c est qu’il était « défendu à Israël de communiquer avec les nations « voisines; un seul peuple était excepté de cette « interdiction, et ce peuple , c était l’Égyptien « (Deut. XXIII. 7). Tout concourait donc à faire « présumer que le meilleur commentaire des anti- « quilés judaïques était sculpté sur les temples, les « palais, les obélisques des Pharaons ; mais ces ter- « ribles hiéroglyphes semblaient séparer pour ja- « mais le Jourdain et le Nil (2). »

Te travail du ministre protestant ne fut point perdu pour la science. M. l’abbé Greppo, vicaire général de Belley, en étendit les applications, et ne craignit pas de voir la vérité et de la publier ouvertement. Rassemblant les nombreuses locutions bibliques qui semblent copiées des monuments de l’Égypte, il dit : « Les dates qu’on a lues en grand

(1) Voyez, pour la circoncision des prêtres égyptiens, l’article Fourmi, p. 60.

(2) Lettre sur le système Liéroglypliique de M. Champollion , considéré dans scs rapports avec l’Écriture sainte , par Coquercl ; Amsterdam, 1825, p. 6-7.

« nombre, jusqu’à ce jour, dans les inscriptions hié- « roglyphiques , hiératiques ou démotiques des « stèles, des papyrus, etc., sont toujours mention- « nées selon la même formule, et ne diffèrent en rien « de la manière dont les livres saints ont coutume « de les exprimer : Dans l’année cinquième, le cin- « quièmejour du mois de...., de la direction du roi du « peuple obéissant (les cartouches , prénoms et noms t du prince). Cette similitude d’expressions n’est- « elle pas frappante ?

« Il en existe de plus saillantes peut-être dans « quelques titres d’honneur donnés aux princes et « aux dieux, et que M. Champollion a recueillis « dans son Tableau général. Plusieurs de ces formules « de protocole retracent des idées religieuses qu’on « chercherait en vain dans les monuments de l’anti- « quité, soit grecque, soit romaine ; mais qui domi- « nent dans le style noble et simple des divines Écri- « tures. Telles sont celles de chéri (1) d’ Amman (Ju- < piter), tout-à-fait semblable au dilecius a Domino suo « Samuel (Eccli. XLYI. 16), approuvé par Phtah (Vul-

(1) On a souvent remarqué que l’antiquité païenne parle peu de l’amour dû à la Divinité. Chez les Égyptiens, les expressions chéri des dieux, aimant les dieux , sont fréquemment répétées, et semblent indiquer des idées plus justes de la Divinité et des devoirs qu’elle impose aux hommes. (Note de l’abbé Greppo.)

DE LA BIBLE

« cain) , éprouvé de Ré (le soleil) , expressions ana- « logues à celles d 'acceplus Deo, probatus Deo, souvent * répétées dans l’Écriture. Les dieux seigneurs , litre « identique , à part la pluralité, au Dominus Deus de « la Bible ; grand et grand, qualification donnée à Thoth, « le Mercure égyptien, et qui rappelle le sanctus, t sanctus , sanctus, que, dans nos sublimes prophètes, t les chœurs des cieux chantent sans fin au pied du € trône de l’Éternel (1 ).

Je ne suivrai pas M. Greppo dans d’autres rapprochements semblables, ceux-ci suffiront pour montrer que la Bible et les monuments de l’Égypte se prêtent un mutuel secours pour leur interprétation, et qu’aujourd’liui le critique éclairé ne saurait repousser les avantages qui doivent naître de l’examen attentif et de la comparaison des monuments hiéroglyphiques avec les livres et la langue du prophète hébreu, de Moïse, initié à toute la sagesse des Égyptiens (Actes des Apôtres, VII. 22.)

Je ne m’appuierai pas ici sur la ressemblance qui existe entre l’hébreu et le copte , ainsi que le montre le docteur Loeve (2), et sur les rapports plus décisifs

(1) Essai sur le système hiéroglyphique de M. Champollion le jeune, et sur les avantages qu’il offre à la critique sacrée, par Greppo. Paris, Dondey-Dupré, 1829.

(2) The Origin of the egyptiau language proved by the analysis

qui unissent la Langue sacrée des Juifs à la langue sacrée des Égyptiens ; je me bornerai à présenter quelques exemples de l’application de notre théorie aux symboles de la Bible ; la plupart de ceux de l’Égypte examinés dans le deuxième chapitre ont déjà trouvé leur application au livre saint, et je n’ai prétendu donner ici qu’un nouvel instrument d’exégèse, et non un traité de la matière.

Page 1