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UNE ANECDOTE TYPIQUE

Il y eut, récemment, au musée du Louvre, un concours d'experts pour examiner si une importante œuvre d'art attribuée à un sculpteur célèbre était réellement de lui. On n'avait aucun indice sérieux à cet égard, et l'on voulait une certitude.

Il y avait là des architectes, des peintres, des sculpteurs, des critiques d'art et un grand nombre de« connaisseurs».

On chercha vainement un nom, un signe, une initiale sur le socle ou dans les recoins. Rien, moins que rien. Dès lors, on essaya de savoir ce que l'œuvre représentait au juste, et c'est ici que la chose devient amusante.

— Il est évident, disait un vieillard à barbe blanche, que c'est le. symbole de la tristesse ; on ne peut s'y tromper.

— Mais pas du tout, hurlait un autre vieillard à barbe blanche, pas du tout, c'est le symbole de la foi.

— Ou de F espérance, souligna un Rapin.

— C'est Idi statue de la Charité, dit timidement un jeune architecte.

— Moi, j'affirme, dit un monsieur à monocle, de la

catégorie qualifiée de « connaisseurs », j'affirme que c'est le symbole de la modestie , et je maintiens mon dire.

Et les contradictions de se heurter.

Finalement on ne put rien fixer, tant les avis étaient contradictoires. La confusion était complète et nul ne voulait démordre.

On renonça à savoir.

Cela nous amène à conclure que, si les gens de l'art, du métier, et messieurs les qualifiés de connaisseurs^ ne peuvent s'entendre sur la signification exacte d'un syml)ole, comment feront les profanes pour en saisir le sens, eux qui n'ont pas la satisfaction d'avoir une opinion personnelle à soutenir ou une réclame quelconque à se tailler?

Le chaos et Vinco7npréhensibilité ne sont-ils pas aussi dgS symboles ?

Certes, et des meilleurs.

Etienne Bellot.

A. MIGHALON, Éditeur, 26, rue Monsieur-le-Phnce, Paris

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