FEUILLES, TOMBEZ
Déjà le vent, tant la saûoii est brève,
Sème la Teuille autour de la forôt; Et des seatien encor varis, où je rêve, Sous le bois mort le gazon disparaît.
Arbres cbéris! plus U'ombre sous vos branches; La clarté pleut à travers leurs réseaux.
Sur cette mousse adieu les robes blanches, Sur ces buissons adieu tes gais oiseaux 1
Ainsi, mon cœur, dans les bois où tn scogos L'automne arrive et la biae a soufQé; Le jour s'est tait h travers leurs mefigonges : De nos plaisirs l'asile est dépeuplé.
m LES SYMPHONIES.
La feaille tombe et les cimM jaunies Laissent glisser de clairs mais froids rayons; Je n'entends plus nos vagues harmonies.
Je ne aeca plus iloUer ngs visions.
Comme ces bois, en perdant ton mystère, Ta vois la fin de les rares beaux jours; L'antomne, hélas I si précoce, a foit taire Le cbœur ailé qui chantait les amours.
D'hiver chez loi le ciel avance l'heure ; U t'a banni de les chères forêts ; L'été s'en va I... mais qu'un autre le pleure. Pour nous, mon ctBur, point de lâches regrets
Fais 163 adieux à la folle jeunesse; Cesse, 6 r6veur abusé si souvent I De souhaiter que la feuille renaisse Sur les rameaux desséchés par le veut.
Ce doux feuillage obscurcissait ta route, Son ombre aidait ton cœur à s'égarer; La feuille tombe, et, sillonnant la voûte, On jour plus pur descend pour t'éclairer.
Oai I si les bois, l'ombrage aimé du chêne.
Ont bx>p caché la lumière à mes yeux, Soufflez, 6 vental que Dieu si tât déchaîne.
Feuilles, tombez, laissez-moi voir les cieui 1
Vers la forêt, Ib-bas, â mi-coteau, Quand le brouillard s'eutr'ouTre et s'illumine, Je Toia, pli& dans sou neigeux manteau, Uq lent vieillard qui vers nous s'achemine.
Les noirs rameaux que brise un vent du nord Autour de lui pleuvent comme des flèches ; D'un pied pesant foulant les feuilles sèches, n vient, courbé sous son fiiix de twis mort.
Chênes si verts, aubépine si blanche, Si pleins de fleurs et d'oiseaui familiers I... Par la forêt, le verger, les halliers, n a glané son fagot branche à branche.
lU LB3 SYMPHONIES.
n en a pris au tronc où fut gravé Dn chifl^ encor souriant sur le bôtre, Où, dans le nid, fut, pour elle, enlevé Le gai pinson qui chante à sa fenâtre;
La branche aussi d'où l'amant fît pleuvoir Sur on cou blanc les vermeilles cerises.
Et celle encor du saule b feuilles grises Qu'il écarta sur son bain pour l'y voir;
Et les rameaux du bois plus solitaire Où tant de mousse invite à se poser, Sous le rocher qui garde avec mystère L'écho furtif de leur premier baiser I
A pas rêveurs le vieillard nous apporte Son lourd faisceau dont il aime te poids; Du chaume antique il a franchi la porte, Sur les chenets il a rangé le bois.
Là, chaque brin dn fagot qu'il ménage Flambe â son tpur et fait durer le feu...
Débris ardents des b-ésors d'un autre &ge, Vous pouvez seuls le rajeunir un peu I
Assis dans l'àtre, eu sa robe de laine, n tend BOB doigts vers les ronges tisons; Sur le chenet tiédit sa tasse pleine D'uD viu gardé des fertiles saisons.
Du dous brasier son cœur reaseut le charme; La sève eucor monte â ses yeux taris ; De ses cils blancs éclairés d'un souris Jusqu'il sa main roule une grosse larme.
firâlez, rameaux des buissons prinlaniers, Débris de fleurs amassés eu relique ; ' A votre feu pâle et mélancolique De ses soupirs réchauffez les derniers.
Chers souvenirs de la forât secrète.
Bois sec et noir, jadis bouquet vermeil, Au vieil Hiver, donnez,' dans sa retraite, Quelques tisons il défaut de soleil I
LIYRE TROISIÈME
SYMPHONIE DES MORTS
Novembre anx cheveux gris s'est drapé dans sa brume; Il répand ses vapeurs sur le sillon qui fume.
Et, de ses Sis d'argent croisés sur le gazon, Tresse un premier linceul à la belle saison.
Frès des bois, dépouillés comme un sombre oi On pressent aux brouillards la neige mortuaire.
Combien, au t«mps du renouveau.
Quand les bourgeons naissaient à peine.
LKS SYMPHONIES.
Combien le désert était beau, Combien la nature était pleinel L'Automne, hélas, a récolté Tous ses fruits doat j'étais avide; J'ai tOQclié la réalité...
La terre est ride.
Hon âme avait, dans un cial bleu, Des amours lointains et tranquilles; Je rencontrais partout mon dieu, H6me à travers la nuit des villes.
Aux champs, des esprits, par milliers, ATemportaient dans leur vol rapide...
Plein Jadis d'hôtes familiers.
Le ciel est vide.
Ce monde n'a plus d'horizon, Il est muré par les ténèbres; Et moi, dans sa morne prison.
J'entends glisser des pas funèbres.
Je vois, sous l'habit des vivants.
S'approcher un squelette aride ; L'homme a jeté son âme aux vents...
Partout le vide.
SYMPHONIE DES MORTS