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AU PIED DE LA CROIX

Triomphez doue, 6 vous, qui gardez pour enseigne Le saDgIant labarum •■ l'amour confié; Les temps ne verront pas la fin de votre règne i ToQt l'univers est plein du grand crucifié.

Il9 sont morts! ils soot morts avec leur allégresse. Ces dieux qu'un monde enfant adorait en sa fleur; Ils ne revivront plus dans les marbres de Grèce : La croix est immortelle ainsi que la douleur.

Fais-moi donc adorer cette loi qui nous lie Au gibet où ton fils monte encor chaque jour ; Donne-moi d'en chérir la sublime Tolie, Et d'épouser la croix comme un dernier amour;

Car il n'est ici-bas qu'un seul bonheur paisible, Qu'on trouve au sein des maux librement acceptés : C'est l'eitase oii les cœurs, épris de l'invisible , Se font de leurs tflunnenls de saintes voluptés.

SYMPHONIE ALPESTRE

CHoeun Diîs alpes

Vois ces vierges, là-haut, plus blanches que les cygnes,

Assises dans l'azur sur les gradins des cieuxl Viens! nous inviUns l'âme à des fêles insignes. Nous, les Alpes, veillant entre l'homme et les dieux.

Des amants indiscrets l'abtme nous prolége; Notre front n'a rougi qu'aux baisers du soleil, Et les rosiers du soir sur notre sein de neige Itâpaadent seuls l'ardeur de l'ambre et du vermeil.

314 LES SYHPBOMIBS.

Nos flancs ont retenu lenr première ceinture ; Nul œil n'en prof^ana les mystiques attraits ; Là, sous l'épais rideau des grands bois sans culture, Le cœur seul est admis & goûter nos secrets.

Nous laissons sur nos pieds verdoyants de prairies Se jouer les pasteurs et croître les troupeaux; Tiens, nous t'y verserons le lait des vacheries Sur nos tapis de fleurs argentés de ruisseaux.

Notre souille y répand toute vie, et nous sommes Le réservoir sacré de toutes les vigueurs; Nous gardons pur le sang des taureaux et des bommes. ' Chez nous est le remàde à les vaines langueurs.

Pour qu'il reste ici-bas une place au mystère, Nous cachons nos déserts avec un soin jaloux ; Nos bases de granit sont les reins de la terre , Et ce vieux continent s'étaye encor sur nous.

L'Europe, où grandit l'âme, à nos nmes s'abreuve; Nous portons notre sève aux Cdtes, aux Germains. Chaque peuple, & nos pieds, reçoit de nous son fleuve Et le bois des vaisseaux Taçonné de nos mains.

En vain l'Himalaya mit le vieux Gange au monde, Et vit les fils du ciel descendre et s'y baigner : Les hommes et les dieux qui sont nés de notre onde Sont forts entre les forts et seuls doivent régner.

SYMPHONIE ALPESTRE. 21

Nous avons donné l'âme à des races guerrières Que nous berçons encor sous les cbSnes gaulois; Nous sommes les autels d'où montent leurs prières; Nous sommes les remparts de leurs antiques lois.

Chez DOS rudes pasteurs, nourris d'orge et de seigle, Naquit la liberté, cet enfant des hauts lieux; Et c'est là, dans le nid du chamois et de l'aigle, Qu'elle viendra mourir quand vous serez trop vieux.

Si vos lâches cités l'accusent de leurs fautes,

Sous notre dernier chSne elle aura son autd;

Car nous resterons, nous, dont les dieux sont les bdtes,

Fieras d'avoir tendu l'arc de Guillaume Tell.

Toi donc, puisqu'il te faut un sol chaste, un air libre. Viens et fuis les bas lieux et leur souffle grossier; Si ton corps amolli veut retremper sa Gbre, Viens le frotter de neige au sommet du glacier.

Viens réveiller ton âme aux sources étemelles, Toi, somnolent rêveur par la ville engourdil L'Alpe, Bile du ciel, de ses blanches mamelles Verse un lait généreux qui fait le cœur hardi.

Viens I si tu veux monter au niveau de ton rôve Et gravir l'idéal par son échelle d'or; Nous prenons dans nos mains l'âme qui se soulève. Et l'emportons vers lui d'un invincible essor.

il6 LES SÏHPHUNIES.

De nos premiera parvis, tout rosée de bruyères, Honte aux créneaux d'argent perdus dans le ciel bleu. C'est là, de nos fronts purs, que l'aigle et la prière S'élancent dans leur vol vers le soleil et Dieu.

Sur nos mille degrés qui mènent à son trône Fleurissent les moissons dont ton àme a besoin; Recueille, en y passant, le fruit de chaque zone, La vertu qu'il te feut pour atteindre plus loin.

D'abord nous donnerons la force à tes pieds fraies, Puis le calme à ton cœur plein de trauble et de fiel; Puis à ton âme enfin tu sentiras des ailes, Et l'aigle dépassé te cédera le ciel.

lÀ tu respireras l'éther incorruptible Oh germe toute diose, où s'allume le jour, Et, par de^ ce monde et l'univers visible, Tes haines s'éteindront dans un immense amour.

. Salutl 6 noire sapins que les glaciers défendent!

Temple contre l'homme abrité.

Asile des vaincus, mes douleurs ta demandent Ta sauvage hospitalité.

SYMPHONIE ALPESTRE. H

Ici je n'enlMids plus gronder comme une injure

La voix dea cités que je bais ; Si je puis respirer ton silence, ô nature,

Je serai guéri pour jamais I

Je suis venu croyant à la verte jeunesse,

A l'éternité du désert, l'apportant, pour qu'un jour leur empire y renaisse.

Mes dieui dont le culte se perd.

J'ai cru que la forât, m'abritant sous sa robe, Régnait en pais sur tes hauteurs...

Hais voilà que j'entends, sur ces confins du globe, . Crier les ouljls destructeursT

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