‹ Les symphonies: idylles héroïquesChapitre 33 sur 61 · LES SAPINS · texte numérisé non relu

LES SAPINS

Oui, les bois gémissants sont pleins de noirs présages; Un monde qui t'est cher avec nous disparaît.

Viens donc) Recueille encor les legons des vieux Ages Dans les derniers soupirs de la sainte foréll

Elle meurt I Nos remparts de rochers et de neige. Rien n'arrâte un seul jour ce siècle audacieux ; Les chênes sont tombés sous un fer sacdlége, Le même dont il Trappe et les rois et les dieux.

C'est notre tour, à nous, de combler les abtmesl Souillant s^ chevelure aux fanges du torrent ,

Le sapin qui trAnait, voix des Alpes sublimos, Croule avec les débris de tout ce qui fut grand.

Les sévôres chansons avec dous sont bannies!

Hâte-toi , si ton cœur, disciple des hauts lieux , Veut savourer encor les grandes harmonies Dont la terre a nourri l'âme de les aïeu\ I

Me voici 1 Du désert je ne veux plus descendre ;

Plus de pacte avec les humains I Mes pieds de leurs foyers ont secoué la cendre

Et la poudre de leurs chemins.

Les dieux , la liberté, seuls biens d'une âme forte, Sont nés t^z vous sur les sommets ;

Ils y viennent mourir et je vous les rapporte : La terre y renonce h jamais.

Chez vous, en plein soleil, sur ce lit de bruyère Où nos amours avaient dormi ,

Nous trouverons là.^ut une mort libre et fiëre, Loin des yeux d'un monde ennemi.

Hais avant de tomber avec tout ce que j'aime, Avant de brûler mon drapeau ,

Je veux lancer encor un dernier anathéme

Sur les hommes, ce vil troupeau I ,

SYMPHONIE ALPESTRE

LRS TOBBEHTS

Prêtant Bes fureura à ta baioe.

Le torrent se gonOe à ta voix ; II court en grondant vers la plaine, Par la cime oîi fureat les bois.

Tremblez, humains, stupide engeance!

C'est nous qui sommes la vengeance Des monts dépouillés jusqu'aux OS.

Vos désirs, qui lui Tont injure.

Ont forcé la sainte nature A déchaîner les grandes eaui.

La trombe éclate, et sur la pente Qu'abritaient les chênes divins, Vos champs ofi la vigne serpente Sont emportés dans les ravins.

Le sol, œuvre de mille années.

Les chaumières déracinées, Les sapins croulant des hauleuis, La glèbe arrachée aux collines Tont enfouir sous les ruines La cité des prosateurs.

Aide, 6 foudre, à notre colèrel Frappe aus^ le glacier d'azur!

Car l'homme, aujourd'hui, ne tolère Kiei^ de sublime et rien de pur.

D,gniod:>,GoOgIe

La neige est trop blanche et trop Qu'un limon vil fonde avec elle Pour grossir nos flots irrités I Allons, roulant ce noir mélange, Noyer dans une mer de fange Votre orgueil et vos Idcbetés.

Moi , je veux que le cri de mon âpre justice

Égale ces rugissements ; Afin que l'âme aussi gronde ot vous avertisse Jusqu'à l'heure des châtiments.

Vous savez s'il jaillit de quelque lâche envie,

L'aoathème que j'ai lancé; Leurs coups ne sont pour rien dans le deuil de ma vie:

Je ne suis pas Jour offensé.

Hais je maudis en eux leur propre servitude, L'oi^eil qui leur cache leurs fers,

Leur main cupide osant; jusqu'en ma solitude. Dépouiller les dieux que je sers.

Je les hais de l'amour que j'ai pour la nature,

Les vieux droits et la liberté.

Je puis mêler sans honte à votre saint murmure

La voix de l'honneur irrité.

SYMPHONIE ALPESTRE. - 921

Je sais bien qu'à leur souffle il est aisé d'éleindre Et ma flamme et ces vains discoure;

Mais, ô Tolcansl ô flotsi qui les forcez i craindre, Sur eux vous gronderez toujours.

Portez, fléaux vengeurs, daos vos feux, dans votre onde,

Portez, i ce siècle odieux, La menace qui sort des entrailles d'un monde

D'où l'homme osa chasser les dieux.

RANZ DES VACHBS

Voici les beaux jours, alerte !

L'herbe est verte, La monlagna nous attend ; Les troupeaux couvrent les routes;

Tenez toutes, Mes vaches que j'aime taatt

Par vos nocns je vous appelle ;

La plue belle.

Fauve et blanche au brun naseau.

Tend son cou pour que j'y mette

Sa clochette ; C'est la reine du troupeau.

Elle marche la première, Et derrière.

BcHidissant vers l'abrenToir, VoQt, Bans cloches argentines,

Les mutines, Celles dont le poil est noir.

Mais du coraet de vos pitres,

Mes folâtres, Vous aimez toiyours les sons; Et sur le versant rapide.

Je vous guide Avec mes seules chansons.

L'oiseau gris de nos brayôres

Familiàres Vole, et sans s'effaroucher, Joyeux de notre venue,

Bien connue) Sur vos fronts veut se percher.

Qu'on est bien sous le mélèze,

Bien à l'aise Pour traire et battre son lait, En siSlant dès que l'aurore

Passe et dore Le toit noir du vieux chaleti

Hier, j'ai vu seul et l'air sombre, Cherchant l'ombre.

SYMPHONIE ALPESTRE

Descendre un jeune étranger :

Quel ennui dans la montagne

L'accompagne?

J'y sens mon cœur si léger !

Oh I comme la vie est douce

Sur la mousse, A l'ombre des grands taillis, Soiu le chËne ou sous le tremble

Où s'assemble Le groupe des armaillis I

Qu'il fait bon, sous les arcades

Des cascades.

Voir, au refrain de nos chants, Briller, sur l'eau transparente ,

L'amarante Et l'or des soleils couchantsi

L'écho du long précipice

M'est propice ; Le signal de mon corfiet, Sans y réveiller personne,

Y résonne, Et Mina le reconnaît;

Mina folle et toute en joie Qu'on l'envoie

Ramasser de grand matin Les fraises, dans ses corbeilles,

Hoios venneilles Que sa bouche au ris mutin.

Toici les beaux jours, alerte I

L'herbe est verte, La montagne nous attend; Les tix>upeaus couvrent les roulesj

Venez toutes, Hes vaches que j'aime tant I

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