‹ Les symphonies: idylles héroïquesChapitre 35 sur 61 · LES LACS DBS VONT AGNES · texte numérisé non relu

LES LACS DBS VONT AGNES

Honte encore, et sur les faites Cherche, à l'orient vermeil, Des voluptés plus parfoitas Que l'oubli dans le sommeil. Ton âme, en nos flots trempée.

Comme l'acier de t'épée, Doit flamboyer au soleil.

L'argent de ma zone blandie Encadre mon bleu miroir; Le ciel est proche et se penche Sur l'eau sans plis pour s'y voir.

Hen sein, des chastes fontaines Qui vont jaillir dans vos plaines, Est le profond réservoir,

' Déjà Ion pied qui s'allège A dépassé les grands bois; Tiens vers la coupe de neige Ofi s'abreuvent les chamois; Jamais une main grossière.

Jamais l'homme et sa poussière N'ont souillé l'onde oi^ tu bois.

LES SVUPHONIER.

Viens t'y plonger! et, peut-être, Toi qui rtvea liberté, Des vertus qui la font naître.

Par nous tu seras doté.

Notre eau d'azur et de glace Prâte à tous œux qu'elle enlace Sa force et sa pureté.

C'est toi que je demande à la lumidre, aux ondes, Toi qu'enferme la terre en ses reins de granit. Toi que je veux puiser h ces roches fécondes D'où jaillit le grand fleuve, où l'aigle a fait son nid.

Toi qui meus l'univers de la base immobile, force, à bien suprême, b mère des vertus 1 Viena rapporter le calme en mes flancs abattus : L'homme reste agité quand son cœur est débile.

Ce repos que j'invoque, il n'appartient qu'aux forts; Bnx seuls auront connu cette paix souveraine Qui n'est point le sommeil , la torpeur ou je dora ; Eux senls sont ï jamais sans colère et sans haine.

Ici je sens mon âme et mon corps raffermis ; J'aspire à pleins poumons là vie nniversdle ;

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Un soleil créateur sur tout mon corps ruisselle. Et, mieux prêt au combat, je n'ai plus d'ennemis.

Ici, la nature ouvre à mon nouveau courage Dn monde à conquérir sans y causer dé pleure. J'y suis fier d'arracher les cristaux et les fleurs A ces sommets abrupts défendus par l'orage.

J'y sens, 'a chaque essor vers l'horizon vermeil , A chaque halte au bout d'une cime élancée.

J'y sens la passion qui cède à la pensée Comme un feu plus grossier éteint par le soleil.

Si tu veux briser tes chaînes, Fuis au delà des grands chênes ; L'homme est encor trop prés d'eux.

Prends, pour éviter ses pièges, Dans les rochers et les neiges, Prends nos sentiers hasardeux.

Le chamois à barbe blanche Au-dessus de l'avalanche Monte avec'son pied de fer; Le vieux chamois solitaire, Le seul des fils de la terre> Qui soit resté libre et 6erl

S'il te fout gras pâturage, Lit de fleurs et tiède ombrage, Retourne avec les troujieaDX ; Fuis ces rocs où le pied saigne ; L'amant'des hauteurs dédaigne La richesse et le repos.

Jamais, au prix d'une cliatne, Je n'ai dans la tourbe humaine Accepta l'herbe ou le pain.

La liberté seule est douce; Avec elle un peu de mousse Prise an tronc d'un vieux sapin.

Sous un joug, fAt-il de soie, Mon cou jamais ne se ploie . Comme celui du chevreuil ; Et jamais une caresse FTéleint, quand mon front se dresse, Le feu sombre de mon œil.

Le chamois noble et sauvage, Vivant au nid de l'orage, Hourra fidèle aux sommets.

Le cliasseur qui suit ma trace Peut exterminer ma race...

Hais l'apprivoiser, jamais.

D,gniod.,GoOglc

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Courage, enfaots de l'aurore!

Bravons rbomme ud jour encore, Demain nous serons sauvés ; Son pied chancelle à mesure Qu'il trouve une arme plus sflre, Et ses reios sont énervés;

Il a perdu toute haleine Dans l'air épais de la plaine; Tous ses enfants naissent vieux , Et l'âme, dans leurs corps frêles, N'a plus d'essor et plus d'ailes Pour monter si près des cieui.

Hais, sur sa cime étemelle, Tdnjours l'Alpe maternelle Verra bondir d'un pied sûr.

Fier de sa robuste adresse.

Le noir chamois, qui se dresse Entre la neige et l'azur.

LG OLtCIBR

Il est sur l'Alpe immense, il est un ÎToli empire Où plus rien ne végète, où la nature espire ;

Et doat nulle saison de joie ou de douleur

Ne change au gré des jours l'immobile couleur.

L& nul être vivant n'a laissé de vestige,

Et le sang le plus chaud dans les veines se fige.

Lorsqu'à ces blancs sommets l'âme atteint dans son vol ,

Le feu des passions meurt en touchant le sol \

Car sur cette hauteur lumineuse et glacée

Rien ne peut babiter, si ce n'est la pensée.

Délivré de ton cœur et de tes sens épais.

Là ton esprit plus pur aura trouvé sa paix.

Ya donci pour embrasser cette vierge sans taclie,

Honte à travers la brume où sa tète se cache.

Tu verras, de là-haut, s'élargir l'horizon

Dans la sérénité de l'auguste raison.

Et Ion àme, é poêle, aura sa faire en elle

Le calme et la clarté de ma neige étemelle.

Ici le jour rayonne, égal, tranquille et pur.

Sur la vie et les choses, Et je vois du même œil, du haut de mon azur,

Les cyprès et les roses.

Je promène au hasard un cêi) indifférent

Sur cette foule humaine, Et regarde couler le fleuve et le torrent

Sans amour et sans haine.

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Ici, tout vain regret s'est éteint dans mon cœur;

J'y pourrais voir paraître Mon sidcle tout entier sans éprouver d'horreur.

Ni de mépris peut-être.

Sur ces hauteurs de l'âme, établi sans retour, Loin des lieux où l'on pleure.

J'y sens flotter, avec un impassible amour, L'infini qui m'effleure.

Montons, enveloppé dans notre austère orgueil,'

Et si la foudre gronde.

Le , nous aurons du moins soustrait notre cercueil

A la pitié du monde.

LA CLOCHE DE l'hOSPICE

Voyageur errant, La nuit te surprend.

L'avalanche est proche.

Entends-tu, dansTair, Vibrer un son clair?

Entends-tn la cloche f

Pour ^ haut voler Et pour l'appeler

Par des sons fidèles.

Notre lourd métal

Dans le feu natal A trouvé des ailes.

Le fondeur pieux, Qui fit pour les cieus la cloche aumônière.

Au bronze écument Hèla saintement L'or de sa prière.

Et l'oiseau d'airain.

Cher au pèlerin

Qui sur lui se règle.

S'est venu percher

Au bout du clocher.

Plus haut qu'un nid d'aigle.

Or, toutes les fois Qu'on entend sa voix Tinter à l'oreille, La nuit ou le jour, C'est l'ardent amour Qui frappe el l'éveille.

n dit : qu'au désert On cœur reste ouvert, On toit qui protège ; Qu'en des lampes d'or

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Un feu brûle eocor A traren la neige I

Qui m'a parlé plus haut que le glacier géant?

Est-ce une voix des hommes?

Vertu, qui hia ici subsister leur néant,

D faut que lu I» nommes I

CBCeua DBS hospiialibas

Il est un Teu dans l'âme et plus pur et plus chaud , Ëclatrant mieux pour elle un horizon sans borne; n est une vertu qui la porte plus haut Que ton orgueil vantant sa sérénité morne.

Près de la sphère ardente "où l'amour nous conduit. L'astre de ta raison est froid comme la nuit.

Tu ne la connus pas, en ta vie infertile.

Cette clarté plus chaude et pourtant plus subtile, Cette flamme étrangère aux cœurs où tu frappais! Tes amours ont vécu dans les [deurg, dans les chaînes; Tous sont morts au milieu des mépris ou des haines... Le nôtre est immortel et nous consume en pais I

Un perfide sommeil t'a surpris sur la neige Et va livm ton cœur au néant qui t'asûége.

î.GoogIc

Snr sa Troide raison malheur â qui s'endort I Ne tiens pas pour sagesse et vrai repos de l'âme Ton impassible orgueil, cette lueur sans fiamme; La pAIe indifférence est la sœur de la mort.

Mais val sous ta Troideur qui n'est rien qu' Un souci noble et pur à ton insu te ronge; Cq amour doit renaître en ton cœur agité:

Celui par qui notre âme, en son printemps vivace. Se couvre encor de fleure dans ces déserts de glace. Viens l'apprendre avec nous : son nom est charité I

YiensI tu n'auras de paii que dans le sacrifice; Goûte au moins les douceurs de ton amer calice L'homme, tu le sais bien, n'excelle qu'k souffrir; Mais il peut de «es maux faire sa joie intime. Si du prix de son sang il sauve une victime.

Tu serais épargné si tu voulais l'offrir,

Si tu voulais monter sur la hauteur sereine Où s'éclipsent les sens, où l'âme tôt souveraine. Non pour fouler aux pieda tes souvenirs d'avril, Non pour l'ensevelir sous la neige qui tombe Et prendre ton orgueil pour chevet de ta tombe... Mais pour rester debout au poste du péril.

Nous n'avons pas si haut porté notre demeure Pour y rêver sans vivre et devancer notre heure.

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Et pour nous adorer dans Dotre oisif orgueil-, Haia, comme l'aigle aux cieus planant ivre de joie, Notrq amour y vola pour découvrir sa proie Et l'embrasser au loin d'un plus large coup d'ceil. .

L'âme qui sait atteindre h la cime oii noue sommes S'y rapproche de Dieu sans s'éloigner des hommes; Elle est là pour descendre et monter teur à tour. Et, des.sommets parés de neige et de bruyères, Elle s'élance au ciel en gerbes de prières.

Et revient sur la terre en semences d'amour.

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